samedi 26 novembre 2016

L’Humeur du centriste. Fillon ou Juppé, le Centre sera de toute façon perdant

Fillon & Juppé lors du débat de la primaire
Paris, jeudi 24 novembre au soir.
Une amie de ma fille rentre dans un bar avec sa conjointe et s’aperçoivent que celui-ci a été envahi par les supporters de François Fillon pour regarder le débat entre leur héraut et Alain Juppé.
Elles hésitent mais choisissent de rester.
A un moment, elles s’embrassent.
Déboule alors un fan de Fillon qui les prend à partie en leur demandant d’arrêter.
Vient un de ses amis qui fait semblent de s’excuser en déclarant à la compagne de l’amie de ma fille: «pardonnez-le, il n’avait pas vu que vous étiez un garçon»…
Un peu plus tard, un autre filloniste est venu pour réellement s’excuser du comportement de ses deux coreligionnaires en ajoutant, «vous savez, nous ne sommes pas tous comme ça».
Oui, il a raison, ils ne sont pas tous «comme ça» dans le camp Fillon mais ils sont aussi «comme ça».
Car, en ayant jouer la carte du conservateur ultralibéral, François Fillon a libéré la parole comme l’avait fait au premier tour Nicolas Sarkozy en s’affichant en populiste démagogue, copiant en cela ce qui a si bien réussi à Donald Trump pendant sa campagne et qui fait qu’aujourd’hui, aux Etats-Unis, les agressions racistes, sexistes et homophobes sont en hausse depuis son élection.
Et les nombreux centristes qui se sont ralliés sans aucun état d’âme à l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy devraient se poser quelques questions entre la compatibilité des valeurs centristes et celles d’un homme qui a courtisé les franges de la droite radicale et engrangé des soutiens à l’extrême-droite.
Rappelons que Trump a fait de même tout en expliquant que ce n’était pas sa faute si des extrémistes le soutenaient.
Comme si cela n’avait rien au à voir avec son discours et son comportement…
De même pour Fillon.
Faut-il, pour autant, en tant que centriste, se jetait dans les bras d’Alain Juppé?
Ce serait oublié que l’homme n’a jamais été réellement un ami du Centre qu’il a essayé de phagocyter définitivement avec la création de l’UMP en 2002.
De même, ses soutiens disent en boucle que son programme est de droite sans aucun complexe et on n’oublie pas que ses lieutenants ont, à périodes répétées, lancé des attaques contre les centristes, notamment contre François Bayrou.
La question est donc de savoir si l’on doit aller voter à la primaire et pour qui, si l’on est un centriste, ou s’il faut demeurer chez soi.
La réponse n’est pas aussi simple.
Il vaut mieux avoir un Juppé libéral qu’un Fillon conservateur.
Mais ni un Juppé, ni un Fillon ne feront une politique centriste.
Si l’on a un Fillon, on aura une candidature Bayrou, c’est-à-dire une vraie candidature du Centre et une candidature Macron.
Si on a un Juppé, on aura aussi une candidature de l’espace centriste avec Emmanuel Macron.
Si on a Juppé et qu’il est élu au second tour face à Marine Le Pen, on n’aura sans doute pas toutes ces organisations ambiguës et dangereuses qui graviteront autour de l’Elysée et qui demanderont récompense pour leur soutien à Fillon.
Du coup, si l’on est centriste et que l’on veut vraiment voter, il vaut mieux Juppé que Fillon.
Mais il faut être conscient que ni l’un ni l’autre n’aiment les centristes et qu’il ne faudra pas se plaindre ensuite en faisant semblant se s’en apercevoir à la veille de la présidentielle.
Du coup, il vaut peut-être mieux rester chez soi pour avoir Bayrou.

Centristement votre

Le Centriste


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