dimanche 7 avril 2019

Une Semaine en Centrisme. Etats-Unis – Plaidoyer centriste d’Obama face aux extrémises du Parti démocrate

Barack Obama
Oui, il faut se battre pour ses convictions mais, oui, il faut savoir écouter les autres et savoir faire des compromis pour faire avancer, et sa cause, et son pays.
Tel est, en résumé, l’intervention que Barack Obama a faite lors d’une réunion publique pour parlet de sa fondation dans la capitale allemande, Berlin.

L’ancien président américain et centriste assumé a ainsi expliqué:

«Une des choses sur lesquelles je m’inquiète à propos des progressistes aux Etats-Unis – peut-être que cela est aussi vrai ici – est un certain genre de rigidité où nous disons, ‘oh! je suis désolé, mais c’est comme ça que ce sera et pas autrement’, et de cette manière nous commençons à créer ce que ‘on appelle un ‘peloton d’exécution circulaire’ où vous commencez à tirer sur vos alliés parce que l’un d’eux s’est écarté de la pureté sur les questions à régler. Et lorsque cela se passe, généralement l’ensemble de l’effort et du mouvement mis en route s’affaiblit.»

Et de poursuivre:

«Donc, je pense, que vous parliez en tant que citoyen, en tant que leader politique ou en tant qu’animateur social dans les quartiers, que vous devez reconnaître que la manière dont nous structurons la démocratie demande à ce que vous preniez en compte des gens qui ne sont pas d’accord avec vous, et que, selon cette définition, vous n’allez pas obtenir à 100% ce que vous souhaitez.»

Selon lui, «vous devez prendre du temps pour penser par vous-même et sans cesse affiner et méditer ‘quels sont mes principes fondamentaux?’ parce que le danger est que si vous ne connaissez pas ce que sont vos principes, c’est alors que vous vous éloignez de vos principes.»

Mais, pour Obama, il ne faut pas se méprendre, l’opportunisme (que certains politiciens mettent en œuvre sous prétexte du compromis nécessaire) est aussi dangereux que le radicalisme:

«Vous ne pouvez mettre en place un système où vous ne faites jamais de compromis sur rien mais vous ne pouvez pas, non plus, agir dans un système où vous faites des compromis sur tout».

Ces remarque purement centristes sont bien évidemment faites en direction de toute une aile du Parti démocrate qui vire à un socialisme dur et qui s’est réveillée en 2016 de sa léthargie après le désastre McGovern de 1972 (laminé par Nixon lors de la présidentielle) autour de la candidature à la primaire démocrate du sénateur du Vermont et socialiste assumé (il n’est pas membre du Parti démocrate), Bernie Sanders.

Car même si celle-ci n’a pas réussi à faire élire nombre de ses candidats lors des législatives de novembre 2018  – il n’y pas eu de «vague rouge» au Congrès – qui ont permis aux démocrates de reprendre la majorité à la Chambre des représentants, il n’en demeure pas moins que certains de ses membres les plus représentatifs ont été élus.

C’est le cas, bien entendu, de la représentante du Queens à New York et égérie de la gauche américaine et de nombreux jeunes, Alexandria Ocasio-Cortez, 29 ans, qui depuis son arrivée au Congrès mène des campagnes radicales contre les républicains mais aussi contre tous les démocrates qu’elle accuse d’être trop modérés, comme l’ensemble des représentants de l’aile centriste dans une chasse aux sorcières idéologique nauséabonde et dangereuse (certains des fans de le newyorkaise se félicite qu’elle soit une «Trump de gauche»!).

Barack Obama craint, comme beaucoup d’autres démocrates, que les activistes de gauche ne phagocytent autour de thèmes extrémistes et d’anathèmes, la primaire pour la présidentielle de 2020 et, pire, fassent désigner un candidat très à gauche qui n’aurait pratiquement aucune chance de l’emporter face à Donald Trump (ou un autre candidat républicain).

Rappelons que la montée en puissance de cette aile gauche a été favorisée par le comportement du Parti républicain.

Pour tenter de faire passer sa radicalisation assumée à droite dès le milieu des années 1990, voire à l’extrême-droite, il a décidé de faire passer les démocrates pour des gens de gauche alors même qu’ils étaient et demeurent essentiellement du Centre et de centre-gauche.

Leur stratégie a été de dénoncer un soi-disant «virage à gauche» tout en tentant de déplacer le curseur du Centre vers la Droite ce qui a réussi auprès de beaucoup de médias mais a été dénoncé sans relâche par la communauté des chercheurs en sciences politiques.

Dans le même temps, ils ont refusé tout travail bipartisan et de compromis avec les démocrates, espérant ainsi susciter des réactions radicales de ceux-ci, c'est-à-dire une gauchisation du Parti démocrate.

S’ils n’y sont pas parvenus, ils ont tout de même réussi à permettre la résurgence d’une aile gauche très radicale qui, sans le vouloir, sert les desseins des idéologues d’extrême-droite du Parti républicain.

C’est contre cette menace que Barack Obama a voulu défendre sa vision politique et la manière dont il a gouverné le pays pendant huit ans que des démocrates socialistes, telle Occasio-Cortez, dénoncent aujourd’hui.



Alexandre Vatimbella

Directeur du CREC




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