mardi 2 juin 2020

L’Humeur du Centriste. Quand Bayrou vient à la rescousse de Collomb, c’est lui-même qu’il défend!



Laurent Wauquiez et Gérard Collomb
Le chevalier blanc François Bayrou est donc venu à la rescousse de ce pauvre Gérard Collomb, le maire de Lyon, qui a décidé de faire alliance avec Laurent Wauquiez et son candidat pour la présidence de la métropole lyonnaise, ce qui lui a valu de se voir retirer l’investiture de LaREM par son délégué général, Stanislas Guerini, qui a expliqué que l’ancien ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron avait franchi la ligne rouge en s’acoquinant avec la ligne dure de LR dont la rhétorique est souvent la même que celle du Rassemblement national.
Et le président du Mouvement démocrate de déclarer:
«J'ai trouvé cette décision brutale et je trouve cette décision infondée. Je voudrais reprendre en deux mots. Premièrement, Gérard Collomb, c'est un grand maire de Lyon. Les vingt dernières années, c'est un homme qui a apporté énormément à sa ville et qui a encore à apporter. Deuxièmement, les principes qui sont les nôtres sont que, lorsqu'il s'agit d'élection locale, on soutient les alliances locales qui se mettent en place à condition qu'elles soient dans l’arc républicain, on va le dire comme cela, dans les sensibilités qui forment la démocratie, la République équilibrée en France. Donc on soutient. Troisièmement, je suis un peu perplexe, on va dire, car ceux qui prononcent des exclusions, si Gérard Collomb n'avait pas été là avec quelques autres pour soutenir la candidature d'Emmanuel Macron et pour apporter toute l'aide que l'on pouvait apporter, probablement ceux qui excluent aujourd'hui ne seraient pas là pour le faire. Et donc, je trouve que, de ce point de vue, les appareils politiques ont des logiques dont je me suis toujours méfié, pour avoir vérifié qu'elles ne sont pas excellentes. Je trouve qu'on est, de ce point de vue, à côté du respect que l'on doit à des hommes qui sont des hommes de valeur et à des principes de respect de la vie au plus près du terrain.»
Voilà une défense en bonne et due forme du maire de Lyon par celui de Pau, tous deux appartenant à la mouvance centrale.
Cependant, il ne s’agit pas vraiment pour Bayrou de prendre parti pour un collègue ou pour un compagnon de route injustement accusé d’une alliance avec le diable mais bien de justifier sa propre alliance avec le même Wauquiez en 2015, puisque c’est avec les voix des élus du MoDem, dont celle du président actuel du groupe à l’Assemblée nationale, Patrick Mignola, que l’ancien président de LR fut élu à la tête du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes.
Et Bayrou de poursuivre dans cet autodéfense, toujours en faisant semblant de parler de Collomb:
«Pendant les campagnes électorales, il y a des positions qui s'expriment et qui sont excessives. Pendant ou dans le feu du débat politique, il y a des positions qui s'expriment et qui sont excessives, mais pas plus que je n'ai jamais cru qu'il fallait avoir aucune alliance avec la gauche, pas plus je ne plaide qu'il ne faille aucune alliance avec la droite républicaine française. J'ai toujours plaidé cela tout au long de ma vie, alors je vais le répéter devant vous. »
Mais nous ne sommes pas au bout de cette défense surréaliste avec cette dernière affirmation:
«Je défends des principes et je les ai toujours défendus depuis le début de ma vie politique.»

Alors monsieur Bayrou, si vous utilisez les grands mots, je vais vous rappeler ce que nous écrivions le 4 mai 2018:

Rappelons que le MoDem fait partie de la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron, ce qui semble pour le moins antinomique dans son soutien à celui qui se proclame constamment comme le chef de file national de l’opposition au chef de l’Etat, l’insultant sans cesse, et que l’UDI, elle, ne veut plus entendre d’une alliance avec Laurent Wauquiez, Jean-Christophe Lagarde, son président, n’ayant pas de mots assez durs à son encontre, il vient d’ailleurs de l’accuser de «trahir la droite» dans un déplacement, justement, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes...
Si le paradoxe n’a pas encore entraîné le retrait des élus MoDem, le débat à l’intérieur du l’UDI a déjà causé le départ du parti d’élus qui préfèrent Wauquiez à leurs engagement centristes comme le maire du deuxième arrondissement de Lyon.
Au MoDem, les consciences sont là, pas les actes.
Ainsi, le député et président de la fédération MoDem du Puy-de-Dôme, Michel Fanget, estime que:
«C'est affligeant, l'attitude de Laurent Wauquiez est devenue un problème politique. On subit énormément de pressions, écartelés entre le contrat de mandature passé avec la droite et la volonté de Laurent Wauquiez d'être le premier opposant à Macron qui justifie toujours plus d'agressivité.»
Et d’ajouter, «Le président de parti est clairement en train de prendre le pas sur le président de région».
Avec ce constat, comment demeurer dans la majorité au Conseil régional?
Avec un brin de mauvaise foi, le porte-parole du moDem, Yann Wehrling, répond que les alliances avec LR dans les collectivités locales, «sont basées sur un programme et des engagements validés par les électeurs et qui n'ont pas été modifiés».
Et, Patrick Migonla, le leader des élus MoDem au conseil régional, de surenchérir dans le double-jeu:
«Lorsque nous avons décidé de faire alliance avec Laurent Wauquiez, ce qui a été une décision difficile à prendre, nous connaissions déjà la personnalité et les ambitions du personnage. Nous avons posé deux règles: ne pas importer la politique nationale dans les affaires de la région et travailler dans un contrat de mandature pour relancer le fonctionnement de la région, qui était dans une situation de blocage avec la majorité précédente.»
Un comportement bien hypocrite et peu reluisant alors que les déclarations inacceptables de Wauquiez pour les centristes se multiplient.
D’autant que certains membres du parti de François Bayrou, comme Laurence Vichnievsky, n'exclut pas à terme «une prise d’autonomie» vis-à-vis de la majorité de Laurent Wauquiez mais sans le mettre en minorité…

Et si ce n’est pas assez clair, voici ce que nous écrivions dès le 12 décembre 2015:

Il suffit de voir le dernier tract de la campagne de Laurent Wauquiez pour savoir, comme le savaient déjà tous les centristes qui se sont alliés avec lui depuis qu’il avait trahi l’héritage de Jacques Barrot qui avait commis une faute en lui donnant sa circonscription, que le bonhomme n’a rien lâché de son ambition démesurée, de son opportunisme nauséabond et de son flirt avec les idées du Front national.
Pour mettre un peu d’humour dans ce pathétique dessein de M. Wauquiez, le site internet d’Europe 1 a tweeté, en présentant son tract, «Il est bizarre ce tract du FN, non?»!
D’ailleurs, le tract en question n’en manque pas, non plus, même s’il est de fort mauvais goût et évidemment fortuit.
Le titrer «Affirmons nos valeurs» alors que l’on tourne le dos à toutes celles de la Droite républicaine mais surtout du Centre, voilà qui ne manque pas d’audace.
Quand aux trois slogans «Immigration, ça suffit!», «Hollande, ça suffit!» et «Europe, ça suffit!» (ça fait quoi de se boucher le nez si fort, messieurs les centristes?!), ils se passent de commentaires.
Comme le dit fort justement le quotidien Ouest France, «Qu'importe si ces thèmes n'ont rien à voir avec les compétences régionales : après l'élection, Hollande sera toujours président, l'immigration ne sera influencée à aucun niveau par les conseils régionaux, et l'Europe continuera à verser ses subventions gérées… par les conseils régionaux.».
Et de nous rappeler sa ligne directrice définie par Laurent Wauquiez lui-même: «la force du FN oblige la droite à se repenser. Le problème n'est pas d'en dire trop mais pas assez».

Voyez vous monsieur Bayrou, j’aurais sans doute voté pour Alain Juppé à la présidentielle de 2017 mais jamais je ne voterai pour Laurent Wauquiez.
Comme j’aurais voté pour Michel Rocard mais jamais pou Jean-Pierre Chevènement.
Sont-ce des subtilités trop difficiles à comprendre de votre part, de quelqu’un qui se dit centriste?...
Ainsi que le rappelle fort justement la porte-parole de LaREM, Aurore Bergé, ancienne membre de LR, «il y a un monde entre la droite Wauquiez et la droite Juppé».
Vos fameux «principes» vous empêchent sans doute de faire la distinction.

Centristement votre.

Le Centriste

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