Voici une sélection, ce 19 janvier 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France à propos de la nomination du gouvernement puis de la démission du premier ministre.
► Emmanuel Macron (Président de la
République)
> Un esprit de dialogue exigeant et respectueux a fait émerger l’accord
Élysée–Oudinot, ouvrant un chemin clair pour l’avenir institutionnel de la
Nouvelle-Calédonie.
> La France est pleinement mobilisée pour les populations de Gaza. Un porte-conteneurs vient de quitter Le Havre direction l’Égypte avec une aide humanitaire d’ampleur pour les Gazaouis.
> Je me suis entretenu ce matin avec le président syrien Ahmed Al-Charaa. Je lui ai fait part de notre préoccupation face à l’escalade en Syrie et à la poursuite de l’offensive conduite par les autorités syriennes. Un cessez-le-feu permanent est nécessaire et un accord doit être trouvé sur l’intégration des Forces démocratiques syriennes à l’État syrien, sur la base des échanges de mars dernier. Il en va de l’unité et de la stabilité de la Syrie.
> Une Syrie unie et stable passe par l’intégration des Forces démocratiques syriennes en son sein et non par la guerre contre celles et ceux qui ont combattu Daech à nos côtés. L'offensive des autorités syriennes doit cesser immédiatement. La France et l'Europe ne pourront pas soutenir la poursuite d’une telle approche. Un accord global est possible. Le décret présidentiel sur les droits kurdes acté hier est un pas qui va dans la bonne direction. Nous poursuivrons nos efforts pour appuyer ce processus de négociation en soutien à l’unité et à l'intégrité de la Syrie. C'est le message d'un pays ami de la Syrie et du peuple syrien.
> La France est attachée à la souveraineté et à l’indépendance des Nations, en Europe comme ailleurs. Cela préside à nos choix. Cela fonde notre attachement aux Nations unies et à notre Charte. C’est à ce titre que nous soutenons et continuerons de soutenir l’Ukraine, et que nous avons bâti une coalition des volontaires pour une paix robuste et durable, pour défendre ces principes et notre sécurité. C’est à ce titre aussi que nous avons décidé de nous joindre à l’exercice décidé par le Danemark au Groenland. Nous l’assumons. Aussi car il en va de la sécurité en Arctique et aux confins de notre Europe. Aucune intimidation ni menace ne saurait nous influencer, ni en Ukraine, ni au Groenland, ni ailleurs dans le monde lorsque nous sommes confrontés à de telles situations. Les menaces tarifaires sont inacceptables et n’ont pas leur place dans ce contexte. Les Européens y répondront de façon unie et coordonnée si elles étaient confirmées. Nous saurons faire respecter la souveraineté européenne. C’est dans cet esprit que je m’entretiendrai avec nos partenaires européens.
► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans
cette liste alors qu’il n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de
Renaissance, parti centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un
homme de droite; c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du
fait qu’il a composé un gouvernement d’axe central.]
> [Budget et 49.3] J’avais pris plusieurs engagements au mois
d’octobre : donner un budget à la France dans les temps, c’est-à-dire
avant le 31 décembre. (…)
Nous avons décidé, je dois le dire à
titre personnel, avec une certaine forme de regrets et d’un peu d’amertume,
d’engager la responsabilité du gouvernement, ce que je ferai demain sur la
partie recettes du projet de loi de finances (…)
Je prends sur moi ce texte de compromis, je le donne au Parlement et
j'engage la responsabilité du gouvernement (...). On est la France et on va
arrêter de se donner en spectacle. (…)
Ce n’est pas parce qu’on engage la
responsabilité du gouvernement qu’on abandonne l’idée du compromis, du travail
sur le fond. Et c’est pour cela que la semaine dernière, vendredi, j’ai
commencé à dessiner à quoi pouvait ressembler cette copie finale. (…)
On a quelque chose qui a commencé à s’embourber, à s’enrayer, avec au fond
cette circonstance un peu particulière d’un gouvernement qui veut que les
débats aillent jusqu’au bout mais un Parlement qui a acté que les travaux, eux,
ne pouvaient pas aller jusqu’au bout.
> [Budget] Nous tiendrons les 5%" de déficit. (…) La crédibilité de la signature de la France dépend effectivement beaucoup de cette parole donnée à 5 %.
> [Budget] Je vous rappelle que l’abandon du 49.3 était demandé par les forces politiques à l’Assemblée nationale. Et vous voyez bien que ces lignes évoluent depuis quelques jours, tout simplement parce que tout le monde en arrive aussi à la conclusion que l’on va dans une impasse.
> [Budget] Les impôts pour les ménages seront les mêmes en 2026 qu’en 2025. Tous les instruments de fiscalité sur les entreprises pour 99,9 % des entreprises seront les mêmes en 2026 qu’en 2025. (…) C’est aussi ça, un des éléments des points de compromis que nous avons tenté de tracer avec les différents groupes politiques.
> L’ensemble des règles fiscales applicables aux entreprises est stabilisé. Pour répondre aux nombreuses craintes exprimées : il n’y a pas de modification des dispositifs existants, pas de remise en cause des équilibres connus, pas d’instabilité normative. C’est un choix économique assumé.
► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Roland Lescure (ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté
industrielle, énergétique et numérique)
> Comme l’a réaffirmé le Président de la République, les menaces tarifaires
sont inacceptables. Nous saurons faire respecter la souveraineté européenne
avec nos partenaires.
> Les menaces américaines de droits de
douanes sont inadmissibles. L'UE est pleinement solidaire du Groenland et nous
sommes déterminés à défendre notre souveraineté. La coordination et l’unité de
l’UE sont clés.
Ce matin à Berlin avec mon homologue et vice-chancelier. Si les menaces américaines étaient mises à exécution, l’UE doit être prête
à utiliser pleinement les instruments dont elle dispose, tels que les droits de
douane et, si nécessaire, l’instrument anti-coercition. Le dialogue franc et
respectueux reste possible : nous appelons à une désescalade rapide.
Dans ce contexte de fortes turbulences mondiales, la France et l’Allemagne
continueront le travail pour une Europe innovante, souveraine et compétitive.
Nous devons faire plus pour assurer le financement de l’innovation en Europe et
renforcer la compétitivité de nos entreprises.
La France et l'Allemagne jouent un rôle clé pour affirmer la puissance de
l'Europe. A Bruxelles cet après-midi, nous pousserons ensemble cette volonté
auprès de nos homologues.
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et
des Affaires étrangères)
> [Discours à l’Institut de France] En quelques jours à peine, l’année 2026
a montré la pertinence du thème que vous avez retenu pour vos travaux :
celui de la « transformation profonde ».
Renversement et capture de Nicolás Maduro au Venezuela. Répression sans
précédent du régime iranien sous la menace d’une intervention armée.
Revendication par les Etats-Unis d’un territoire européen placé sous la
protection de l’OTAN…
A n’en pas douter, nous vivons un moment de transformation profonde. Une
brutalisation du monde dont l’histoire, nous disent certains, semble écrite
d’avance : celle d’une rivalité croissante menant à la confrontation
inéluctable entre deux superpuissances, la Chine et les Etats-Unis.
Partie I : Un conflit inéluctable entre deux superpuissances ?
Soyons lucide, la force n’a jamais disparu des relations internationales.
Elle n’a pas été abolie par le droit international, ni dissoute dans la
Déclaration universelle des droits de l’Homme. Elle a été domestiquée.
Comment ? En faisant en sorte que ce qui est fort soit juste, conformément
à l’intuition visionnaire de Blaise Pascal dans ses Pensées :
« La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est
tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des
méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la
justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que
ce qui est fort soit juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût
fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. »
Les efforts pour domestiquer la force se succédèrent tout au long du XXe
siècle. Nous nous y reprîmes à plusieurs fois.
La Société des Nations fut une première tentative admirable mais néanmoins
inaboutie, car elle demandait aux États de renoncer à la force sans leur offrir
de garanties crédibles sur son encadrement.
Après 1945, l’Organisation des Nations unies et les institutions de Bretton
Woods tirèrent les leçons de cet échec : elles ne cherchèrent pas à nier
les rapports de puissance, mais à les organiser. Les grandes puissances y
virent leur intérêt, non par altruisme, mais par calcul rationnel : la
stabilité du système international, l’équilibre des forces et la prévisibilité
juridique leur promettaient des dividendes supérieurs aux coûts de l’instabilité
et du chaos. Et elles bénéficièrent d’une position d’oligopole, matérialisée
par leur siège de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies
associé au droit de veto. Sans ces concessions faites aux grandes puissances,
aucun multilatéralisme durable n’aurait été accepté.
Et de fait, la première des grandes puissances du XXe siècle, les
Etats-Unis d’Amérique, tira des dividendes exorbitants du multilatéralisme.
Dividende sécuritaire. Avec les opérations de maintien de la paix des Nations
Unies, les Etats-Unis s’appuyèrent sur les contributions des autres pour
assurer la sécurité du monde. Avec l’architecture de non-prolifération, ils
évitèrent une course aux armements nucléaires qui eut été, pour eux, ruineuse
et délétère. Je n’ose parler de l’OTAN dont nombre de ses membres ont servi de
débouché à leur puissante industrie de défense.
Dividende monétaire. Avec le système de Bretton Woods, le dollar devint une
monnaie de réserve mondiale qui permit aux Etats-Unis de limiter
considérablement le coût de financement de leur budget et de leur économie.
Dividende commercial. Avec les règles du GATT, puis de l’OMC, les services
financiers et numériques américains purent se répandre sans contrainte sur
toute la planète.
Mais cet équilibre des forces garanti par le droit, patiemment construit au
cours du XXe siècle, se fragilisa avec la fin de la guerre froide. La fin du
face-à-face structurant entre les deux blocs fut interprétée, en Occident,
comme la victoire définitive d’un modèle, le modèle occidental. L’illusion d’un
monde enfin pacifié par le droit, le marché et la démocratie s’installa dans
les esprits. Avec une assurance confinant à l’arrogance, on célébra la
« fin de l’Histoire » alors qu’on assistait au début d’une nouvelle
ère. Et l’on vit l’hyperpuissance américaine, sûre de son fait, prendre des
libertés avec le droit dont elle était pourtant garante.
Dans le même temps, une grande partie du reste du monde vécut cette période
comme une mise sous tutelle.
La mémoire des humiliations coloniales, les ajustements structurels imposés,
les interventions unilatérales nourrirent une frustration qui devint un désir
de revanche.
La Russie post-soviétique nous dit avoir perçu l’élargissement de l’OTAN comme
un encerclement.
La Chine vit dans l’économie libérale et les droits de l’Homme un carcan conçu
sans elle. Le reste du monde commença à voir dans le multilatéralisme un
système à géométrie variable conçu par l’Occident, pour l’Occident. Nier ces
perceptions, c’est se condamner à la moindre pertinence dans sa compréhension
du monde.
La manifestation la plus spectaculaire de ce désir de revanche fut, sans
aucun doute, le réveil de la Chine.
Une civilisation millénaire, se concevant comme centrale, convaincue d’avoir
été reléguée au rang de périphérie au cours de ce que la mémoire chinoise a
nommé le « siècle des humiliations », depuis les guerres de l’Opium
jusqu’à l’effondrement impérial. Et voilà qu’en l’espace de quatre décennies,
la Chine parvint à accomplir une transformation économique d’une ampleur
inédite.
En moins d’un demi-siècle, sa part dans le PIB mondial passa de 2% à 20%. Cet
essor sans équivalent dans l’Histoire permit à des centaines de millions de
personnes de sortir de la pauvreté. Il s’accompagna d’une industrialisation
phénoménale et d’une montée en gamme technologique, guidée par le primat de
l’efficacité. « Peu importe que le chat soit noir ou blanc, disait Deng
Xiaoping, s’il attrape les souris, c’est un bon chat. »
Ce succès restaura la confiance nationale, nourrie par l’idée que
l’Histoire, enfin, reprenait son cours.
Mais à cette ambition économique vint se superposer une ambition politique
explicite : rétablir la prééminence de la Chine dans l’ordre international
et s’imposer, face à l’hyperpuissance du XXe siècle. Et pour cela, mobiliser
l’ensemble des leviers de puissance à sa disposition. Elle le fait avec méthode
en s’appuyant sur des plans quinquennaux garants d’une vision de long terme et
permettant la plus grande efficacité.
Puissance économique, d’abord. La Chine a dépassé l’année dernière le
trilliard de dollars d’excédent commercial, grâce à une politique industrielle
très offensive qui vise à assurer la condition de la prospérité, tout en
plaçant le reste du monde, y compris les Etats-Unis, dans une situation de
dépendance.
Dépendance aux minerais et aux terres rares, ces ingrédients vitaux de
l’industrie du XXIe siècle, dont elle maîtrise aujourd’hui 90% du raffinage.
Dépendance aux infrastructures du commerce international, à commencer par la
maîtrise, désormais quasi exclusive, de la construction des porte-conteneurs,
et celle des infrastructures portuaires et logistiques, le long des nouvelles
routes de la soie, qui s’étendent dans 150 pays.
Puissance diplomatique, ensuite. La Chine s’investit dans le dialogue
bilatéral comme dans les enceintes internationales pour défendre ses intérêts,
mais aussi pour contenir et faire refluer l’influence américaine. Avec
l’Organisation de coopération de Shanghai, la Chine structure les relations
qu’elle entretient avec son voisinage, et notamment avec la Russie.
Avec la création des BRICS, en 2009, la Chine et ses partenaires rejettent
explicitement la domination par le G7 de la scène diplomatique et se font les
porte-parole d’un supposé Sud Global qui aurait des comptes à régler avec
l’occident américanisé. En population comme en richesse, le bloc des BRICS a
désormais dépassé le G7.
Puissance militaire, enfin. L’Armée populaire de libération compte plus de
2 millions de soldats, ce qui en fait la plus grande armée du monde en
effectifs, devant les Etats-Unis. Elle possède la première marine mondiale en
nombre de bâtiments et dispose de l’arsenal de missiles conventionnels le plus
dense au monde, conçu pour tenir à distance des porte-avions américains.
La Chine se met en situation de sécuriser l’environnement régional, de
dissuader toute intervention extérieure, mais aussi d’atteindre une forme de
parité stratégique avec l’hyperpuissance du XXe siècle.
Mobilisation des ressorts de la puissance économique, diplomatique, militaire.
L’objectif semble clair : s’imposer comme puissance centrale, en
rattrapant, puis en dépassant les États-Unis.
La Chine veut redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, l’Empire
du milieu.
Alors que la Chine se réveille, voilà les États-Unis placés face au
« piège de Thucydide », celui qui guette une puissance dominante,
confrontée à l’émergence rapide d’une rivale, et tentée par une confrontation
préventive.
Cette confrontation se révèle souvent coûteuse et périlleuse. C’est le piège
qui se referma sur Sparte, superpuissance continentale de l’époque, confrontée
au réveil d’Athènes, dont la puissance maritime et commerciale se développait
en mer Egée. Sparte lança son armée dans l’Attique, déclenchant la guerre du
Péloponnèse. Trente ans de combats sanglants, qui ravagèrent les cités
grecques. À la fin, Sparte l’emporta. Mais à quel prix ? Les deux
puissances s’étaient épuisées l’une l’autre, et c’est un troisième acteur, la
Macédoine, qui conquit le monde grec, quelques décennies plus tard. Un
troisième acteur : suivez mon regard…
Thucydide rappelle que « la cause la plus vraie, mais la moins avouée,
de la guerre du Péloponnèse, fut la croissance de la puissance athénienne et la
crainte qu’elle inspira aux Spartiates. »
C’est un constat de même nature qui, d’administration en administration, se
confirme à Washington, où la Chine est présentée comme « le défi
géopolitique le plus déterminant pour les Etats-Unis » dans la revue
nationale stratégique américaine de 2022. Et où des mesures de plus en plus
confrontationnelles sont adoptées.
Ce sont des droits de douanes imposés dès 2018 par la première
administration Trump sur des centaines de milliards de dollars de produits
chinois, et plus récemment un quasi-blocus commercial décrété par l’annonce de
droits de douanes allant jusqu’à 145%. L’interdiction du réseau social TikTok,
précédant une prise de contrôle au nom de la sécurité nationale, la plateforme
étant considérée comme un instrument de recueil de données et de propagande au
service du gouvernement chinois.
Des campagnes de communication stratégique visant à répandre dans le champ
des perceptions l’idée que la Chine est responsable des pandémies qui frappent
l’Occident et le reste du monde. Des restrictions de visas pour les étudiants
et les chercheurs chinois travaillant dans des filières sensibles.
L’inscription sur liste noire d’un grand nombre d’entreprises chinoises pour
éviter qu’elles n’accèdent à des infrastructures présentes sur le sol
américain, et empêcher qu’elles ne bénéficient de la commande publique. Le
remplacement d’un opérateur hongkongais par un consortium occidental. Des
restrictions d’exportations sur les microprocesseurs, les semi-conducteurs et
les puces Nvidia, composantes critiques pour les centres de données et les
supercalculateurs.
Le renforcement massif de la présence militaire américaine dans
l’Indopacifique : par l’alliance AUKUS, la multiplication des bases aux
Philippines, la coopération renforcée avec le Japon et Taïwan. La tentative de
rapprochement avec la Russie dans l’espoir de détacher Moscou de Pékin, dans
une manœuvre diplomatique inversant celle de Nixon. Une intervention militaire
en Amérique latine visant l’exfiltration d’un dictateur et le changement de
régime dans un pays pétrolier dont la Chine est le premier client. Des
prétentions territoriales sur un territoire européen sous protection de l’OTAN,
justifiées par la nécessité d’empêcher la Chine d’en faire un point d’entrée
sur l’Atlantique Nord. L’ensemble de ces mesures dessine une stratégie
assumée : contenir la Chine et éviter qu’elle ne supplante les Etats-Unis.
On est loin de la fondation des Nations unies il y a 80 ans. Chacun des
deux grands acteurs de ce duopole développe une vision alternative à celle de
la Charte, pour ériger un ordre international nouveau au sein duquel il
jouerait le premier rôle.
La Chine promeut, depuis septembre 2025, l’Initiative pour la gouvernance
mondiale qui semble dessiner une telle alternative.
Les Etats-Unis, quant à eux, ont proposé samedi dernier à soixante pays
d’adhérer à une nouvelle Charte, celle du Board of Peace, ce conseil de la paix
prescrit par la résolution des Nations unies mettant fin à la guerre à Gaza.
Tel qu’il est présenté, ce conseil a pour responsabilité principale la paix et
la sécurité du monde, à Gaza comme ailleurs.
Il est dirigé par son chairman, investi de pouvoirs très étendus, comme celui
d’approuver la participation des membres, désigner son propre successeur, et
exercer son véto sur toute décision prise à la majorité.
On est loin, très loin, de la charte des Nations unies dont je vous
rappelle les premiers mots : « Nous, peuples des Nations unies,
résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois
en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances,
à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans
la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des
hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites. »
Je pourrais prolonger le propos mais, vous l’aurez compris, tout semble se
passer comme si un choc majeur entre la Chine et les Etats-Unis était désormais
inéluctable. Avec des conséquences très lourdes pour le reste du monde, et donc
pour nous.
Au mieux, le monde pourrait glisser vers un partage en sphères d’influence, un
duopole sino-américain imposant ses règles, ses normes et ses dépendances dans
deux hémisphères différents. Au pire, la rivalité pourrait basculer dans une
confrontation ouverte, entre deux puissances dotées, membres permanents du
Conseil de sécurité des Nations unies.
Ce choc est-il vraiment inéluctable ? N’avons-nous plus qu’à choisir notre
camp et à subir ? Je n’y crois pas. Car dans ce système d’équations par
nature complexe, il y a une variable inconnue, qui peut tout changer.
Cette inconnue, c’est l’Europe.
Partie II : L’Europe est la grande inconnue de l’équation
Oui, l’Europe est la grande inconnue de l’équation stratégique mondiale.
Pourquoi ? Parce que la résistance à la brutalisation du monde s’organise
ici, en Europe.
Parce que, de l’Asie du Sud-Est à l’Amérique latine, en passant par l’Afrique,
des peuples libres – et désireux de le rester – attendent que l’Europe se lève
et montre la voie. La voie de l’équilibre. Dans un monde sommé de choisir entre
la soumission et l’affrontement, l’Europe est attendue là où elle a toujours
été la plus forte : dans l’invention d’une voie exigeante, fondée sur la
souveraineté des nations et le respect du droit international.
Elle est attendue par des États de plus en plus nombreux, attachés à leur
indépendance, qui refusent toute logique de blocs et montrent qu’une
architecture de sécurité collective fondée sur le dialogue est possible – et
qu’elle passe, aujourd’hui, par une Europe forte.
Oui, l’Europe est la grande inconnue de l’équation et, à bien des égards,
une variable que certains préféreraient voir disparaître. Une variable que l’on
cherche à effacer. Côté chinois, les autorités cherchent à effacer l’Europe en
cultivant essentiellement des relations bilatérales avec les pays européens, et
en faisant l’impasse sur les institutions de l’Union autant que de possible.
Côté américain, l’effacement est théorisé explicitement dans la revue nationale
stratégique publiée le 5 décembre 2025.
L’Europe y est décrite comme un continent miné par des politiques
migratoires jugées déstabilisatrices, par la censure de la liberté d’expression
et par la répression de l’opposition politique. Un continent condamné, je cite,
à l’« effacement civilisationnel ». La vérité est ailleurs : une
Europe éclatée serait une Europe plus facilement vassalisée. Et une Europe
vassalisée deviendrait la variable secondaire d’une économie dont les priorités
seraient mises au service des seuls intérêts américains.
Non, l’Europe n’est pas au bord de l’effacement civilisationnel. La
civilisation européenne est ineffaçable. C’est une civilisation de l’esprit.
Elle s’est forgée patiemment depuis plus de deux millénaires. Deux millénaires
parsemés d’échecs et de succès, de flux et de reflux, de guerres et de paix.
L’Europe est cette « forge de l’idée », selon l’expression de Stefan
Zweig, où furent frappées, à partir du sang et de l’esprit des nations latines,
germaniques, anglo-saxonnes et slaves, certaines des plus grandes pensées du
monde.
Des idées qui changèrent le cours de l’Histoire. Et s’il est vrai que l’Europe
a donné au monde le pire et le meilleur, c’est précisément ce qui la rend
aujourd’hui adulte.
Elle était là avant. Elle sera là après. Le dessein européen commença à
Athènes, berceau de la démocratie, puis à Rome, lorsque naquit l’idée inédite
de gouverner non seulement par la force, mais par l’intelligence traduite dans
le droit : une administration rationnelle, un réseau routier, une langue
commune – le latin. Derrière les légions romaines marchait la culture.
L’esprit européen se manifesta à nouveau avec l’humanisme. Les universités
dialoguaient à travers le continent : Bologne, Prague, Oxford, Paris. On y
parlait latin. Érasme, Giordano Bruno, Spinoza, Francis Bacon, Leibniz,
Descartes se savaient citoyens d’une même république : la république des
lettres. L’imprimerie mit le savoir en mouvement. Ce fut la Renaissance, une
nouvelle naissance de l’esprit. Puis vinrent les Lumières, la liberté
d’expression, inventée bien avant le Premier amendement. L’esprit critique. Le
discernement.
Tout au long de l’Histoire européenne, nous rappelle Stefan Zweig,
« chaque fois que la flamme de l’idée a été sur le point de s’éteindre,
elle s’est rallumée ». Et lorsque la littérature se replia dans les
langues nationales, une langue universelle surgit au-dessus des autres :
la musique.
Haendel, Mozart, Haydn, Gluck, Spontini écrivaient indifféremment leurs opéras
en italien, en français ou en allemand. La fraternité européenne prit corps
dans l’art, dans la science, dans la pensée.
L’esprit européen est un esprit de résistance. Contre tous les
totalitarismes. C’est l’esprit des républicains espagnols si brillamment
traduit dans la poésie d’Aragon, d’Eluard, et de Char. Celui d’André Trocmé,
pasteur du Chambon-sur-Lignon, Juste parmi les nations qui, dans un prêche
révolté au lendemain de l’armistice, le 23 juin 1940, s’adressa à ses
paroissiens en ces termes : « des pressions païennes formidables vont
s’exercer pour tenter de nous entraîner à une soumission passive à l’idéologie
totalitaire. Si l’on ne parvient pas tout de suite à soumettre nos âmes, on
voudra soumettre tout au moins nos corps. »
Et qui les appela à « opposer à la violence exercée sur leur conscience
les armes de l’Esprit ».
Esprit de résistance contre le joug soviétique, qui chercha, en 1991, à
réprimer l’élan d’indépendance qui traversait le flanc oriental de l’Europe. Ce
fut le cas à Riga, où je me suis rendu jeudi dernier, et où le peuple letton,
désarmé mais vaillant, affronta la rigueur de l’hiver pour dresser des
barricades et empêcher les tanks de Gorbatchev de reprendre les bâtiments
publics.
Esprit de résistance de l’Homme révolté de Camus, qui nous rappelle qu’
« aussitôt que la révolte, oublieuse de ses généreuses origines, se laisse
contaminer par le ressentiment, elle nie la vie, court à la destruction et fait
se lever la cohorte ricanante de ces petits rebelles, graines d’esclaves, qui
finissent pas s’offrir sur tous les marchés d’Europe à n’importe quelle servitude.
Elle n’est plus révolte ni révolution, mais rancune et tyrannie. »
Une civilisation de l’esprit, qui apporta tant au monde. Et qui qui mit fin
à des décennies de guerres fratricides en donnant naissance à l’une des
constructions politiques les plus abouties de l’Histoire, l’Union européenne,
qui naquit dans le Salon de l’Horloge du Quai d’Orsay, le 9 mai 1950, assurant
à l’Europe huit décennies de paix et de prospérité.
Paul Valéry avait raison : « Les autres parties du monde ont eu des
civilisations admirables, des poètes de premier ordre, et même des savants.
Mais aucune partie du monde n’a possédé cette singulière propriété
physique : le plus intense pouvoir émissif uni au plus intense pouvoir
absorbant. Tout est venu à l’Europe, et tout en est venu. »
Oui, dix pays sont aujourd’hui candidats pour rejoindre l’Union européenne.
Quelle autre organisation politique dans le monde peut en dire autant ?
Oui, à Tbilissi comme sur le Maidan en 2014, des peuples se lèvent et chantent
leur aspiration à la démocratie, au son de l’Ode à la Joie, et en brandissent
le drapeau européen comme un symbole d’espérance. Quel autre idéal politique
dans le monde suscite un tel engouement ?
De fait, on vit mieux en Europe qu’aux Etats-Unis ou en Chine. On y vit plus
libre. On y vit plus longtemps, et en meilleure santé. Notre espérance de vie
est plus longue. La mortalité infantile est plus faible, deux fois plus faible.
Les inégalités aussi. Ceux qui annoncent l’effacement de la civilisation
européenne devraient donc commencer par s’interroger sur leurs propres
faiblesses. Leurs propres fragilités. Le risque de leur propre effacement.
Et se souvenir que les logiques de domination, si fascinantes soient-elles
pour les observateurs, sont vaines et vouées à l’échec. Parce que les nouveaux
empires portent, nous le voyons bien, en eux-mêmes, les conditions de leurs
propres faiblesses. Non seulement les grandes puissances ont leurs propres
fragilités internes, qui sont largement documentées, et je n’y reviens pas,
mais l’Histoire nous instruit que chaque fois qu’une nation a cherché à étendre
démesurément son influence, son empreinte économique ou son territoire au
détriment des autres, elle a fini par tout perdre, aveuglée par son hubris. Le
néo-colonialisme, la pulsion de recolonisation est un aveu de faiblesse. Chaque
nation du monde est confrontée à sa propre finitude. La mesure est la condition
de l’équilibre, c’est cet équilibre qu’il faut chercher avec ardeur.
Non, l’Europe n’est pas au bord de l’effacement civilisationnel. Mais oui,
l’esprit européen est travaillé par un doute profond. Un doute qui interroge sa
capacité à peser dans l’équation stratégique mondiale que j’ai décrite.
Sa capacité à ne pas se laisser entraîner dans un camp auquel elle serait
assujettie, ou dans une confrontation qu’elle n’aurait ni voulue ni choisie. Ce
doute est d’abord de nature spirituelle et morale. Il tient à une lente
corrosion de l’esprit européen par la rouille de l’individualisme, et l’opium
du matérialisme.
A l’exigence de solidarité se substitue des modes de vie qui poussent chacun à
s’intéresser à soi, plutôt qu’aux autres et à la vie de la Cité. Des modes de
vie dont découle l’épidémie de solitude qui submerge nos sociétés
contemporaines.
Au sens du devoir se substitue une course effrénée à l’accumulation de droits
individuels, au mépris de la nature profondément spirituelle et collective de
la personne humaine, qui n’accède à l’émancipation véritable que par l’exercice
de la conscience et de la responsabilité.
Au goût de l’effort et du travail se substitue celui du plaisir matériel et du
divertissement. « J’ai vu toute mon enfance rempailler des chaises
exactement du même esprit et du même cœur, et de la même main, que ce même
peuple avait taillé ses cathédrales. Le travail était une prière. L’atelier, un
oratoire » écrivait Péguy qui concluait que « La bourgeoisie
capitaliste a infecté le peuple. »
Oui, l’esprit européen est traversé par un doute spirituel et moral. Un doute
qui s’accompagne, et c’est un paradoxe pour le continent le plus démocratique
du monde, d’une grande lassitude démocratique, ancrée dans des sentiments
mêlés.
Le sentiment que la démocratie ne nous protège pas des bouleversements
mondiaux. Le choc venu de Chine a détruit des millions d’emplois et laissé des
régions entières d’Europe et d’Amérique du Nord sur le carreau. Les politiques
de Pékin ont fait gonfler l’endettement des ménages américains et assombri les
perspectives d’emplois. Dans le même temps, les mutations profondes des
structures familiales et l’immigration croissante ont transformé nos sociétés,
alimentant des inquiétudes auxquelles la démocratie peine à apporter des
réponses.
La numérisation et l’automatisation ont bouleversé le marché du travail et
fragilisé les classes moyennes qui se sentent livrées à elles-mêmes, seules et
délaissées.
C’est aussi le sentiment d’injustice et de frustration, que génèrent des
sociétés rongées par le matérialisme, malgré le bien-être sans précédent dont
nous jouissons par rapport à l’immense majorité de la population mondiale.
Le sentiment que les citoyens ne sont pas entendus, que les sujets qui leur
tiennent à cœur ne sont jamais traités et qu’une élite lointaine – à Paris ou à
Bruxelles – décide à leur place sans rendre de comptes.
Cette lassitude démocratique n’est pas tombée du ciel. Elle résulte de
décennies d’aveuglement des élites face à un monde en bouleversement, de leur
déni face à la colère légitime des classes moyennes et populaires, fatiguées
d’être méprisées et mises à l’écart.
Elle est le fruit de l’incapacité des forces politiques traditionnelles à
esquisser un nouvel horizon pour répondre à cette colère. Depuis des années,
les forces politiques traditionnelles – aux États-Unis comme en Europe – ont
laissé la situation dériver au point que le peuple se sent totalement dépossédé
du pouvoir.
Soumise aux pressions venues de l’extérieur qui éprouvent sa solidité, et
aux coups de boutoir de plus en plus puissants des forces politiques
nationalistes qui veulent en finir, l’organisation politique qui naquit il y a
76 ans dans le salon de l’Horloge du Quai d’Orsay est remise en question.
Le Président de la République l’avait dit en 2024 à la Sorbonne. Le chancelier
allemand l’a répété cette semaine : rien ne garantit aujourd’hui que nous
vivrons encore au sein de l’Union européenne dans dix ans. L’Union européenne,
notre organisation politique est en danger.
Rien n’est perdu, mais l’Europe ne se relèvera que si elle conclut un pacte
nouveau avec les peuples. Des peuples qui aspirent à maîtriser leur avenir. Qui
aspirent à la souveraineté.
Non pas une souveraineté illusoire, repliée et solitaire, mais une
souveraineté européenne véritable. Des peuples qui n’acceptent ni les
capitulations face aux guerres d’invasion, ni les renoncements dans les guerres
commerciales. Des peuples qui attendent de l’Europe qu’elle protège, qu’elle
défende et qu’elle maîtrise ses frontières. Contre toutes les menaces, qu’elles
viennent du Kremlin, du programme nucléaire iranien ou du terrorisme islamiste.
Contre toute forme de concurrence déloyale, de coercition économique, de
chantage énergétique.
Contre toute ingérence étrangère dans les processus électoraux de ses États
membres.
Que l’Europe tienne bon.
Qu’elle tienne ferme.
Qu’elle sache dire non.
Non aux Etats-Unis quand ils touchent à ce qu’elle a de plus intimes, sa
démocratie, ses frontières. Si certains semblent aujourd’hui l’oublier,
rappelons que les Etats-Unis ont un besoin vital de l’Europe. Les grandes
entreprises du numérique réalisent un quart de leur chiffre d’affaires et sans
doute la moitié de leurs profits en Europe. Les pays de la zone euro détiennent
3 000 milliards d’euros d’actifs de plus que les Américains n’en détiennent en
Europe. Personne ne sort jamais gagnant d’une guerre commerciale.
J’ajoute que nous disposons d’instruments très puissants pour nous défendre
contre toute atteinte à nos intérêts essentiels, qui nous permettent de
restreindre l’accès au marché européen et refermer nos marchés publics. On
aurait tort de l’oublier.
Dans ce contexte, les peuples de l’Europe attendent d’elle qu’elle se
saisisse pleinement de la ligne donnée par le Président de la République dans
ses discours de la Sorbonne : celle de l’autonomie stratégique. Clauses de
sauvegarde pour l’acier. Protection des ferroalliages. Préférence européenne
dans les instruments européens de la défense. Nouvel emprunt commun pour
soutenir l’Ukraine. L’Europe semble enfin se réveiller, mais elle doit
accélérer. Le sursaut européen est encore possible, mais il reste peu de temps.
Et la condition de ce sursaut européen – l’inconnue dans l’inconnue – c’est
la France. Nietzsche disait de l’Europe qu’elle était cette « petite
presqu’île de l’Asie ». Or la France en est le Finistère. C’est là que
tout commence. C’est là que peut repartir l’élan vital.
Le destin de l’Europe est désormais indexé sur le choix que fera notre
pays : s’engager résolument sur la voie de la reconquête, ou se résoudre
au déclin.
C’est à cette responsabilité historique de la France que je voudrais maintenant
consacrer la suite de mon propos.
Partie III : La France
La France ne peut entraîner l’Europe que
si elle est véritablement elle-même.
Et comme l’a si bien dit le général de Gaulle « La France n’est réellement
elle-même qu’au premier rang. La France ne peut être la France sans la
grandeur. »
Il est vrai que la classe politique n’est au rendez-vous ni de ce changement
d’époque que je viens de décrire, ni de cet appel du général de Gaulle à la
grandeur que je viens de citer.
Un débat public stérile, où règnent les invectives, n’en finit plus d’éloigner
les Français de la politique et donc des choix qui engagent leur avenir.
Pourtant, au fond d’eux-mêmes, les Françaises et les Français sont prêts à
participer ensemble à de grandes aventures collectives. A rendre par leur
effort, par leur travail, la vie et le monde meilleurs en même temps qu’ils en
tirent gratification, considération, et dignité. Les exemples ne manquent pas
de ce génie français qui ne demande qu’à s’exprimer.
Il suffit de contempler la composition de cette auguste Académie pour s’en
apercevoir. Qui compte en son sein des esprits parmi les plus brillants du
monde. Philosophes, juristes, entrepreneurs, écrivains, économistes, serviteurs
de l’Etat. Vous avez, Mesdames et Messieurs les Académiciens, donné à voir au
monde la grandeur de la France.
Permettez-moi d’avoir un mot pour le dernier membre que vous avez élu. Il
grandit dans une famille égyptienne, réfugiée un temps en Italie. Il fut formé
en France à l’économie et s’imposa comme l’un des grands théoriciens de la
croissance et de l’innovation, au point de recevoir il y a quelques semaines le
Prix Nobel d’économie. Philippe Aghion.
Un mot aussi pour le dernier d’entre vous à avoir été intronisé, il y a
quelques jours seulement.
Entrepreneur et dirigeant talentueux, théoricien du désir, qui contribue de
façon décisive à la balance commerciale de notre pays, et qui fait rêver le
monde entier en y valorisant admirablement les savoir-faire français. Bernard
Arnault.
Ces destins révèlent le talent et le génie français. Ils sont la preuve
irréfutable que la France n’a rien perdu de sa grandeur.
Ils nous donnent l’espérance d’un nouvel essor collectif.
Mais « on ne va jusqu’à l’espérance qu’à travers la vérité, au prix de
grands efforts », écrivait Georges Bernanos. Alors disons la vérité sur
les défis qui sont les nôtres, et soyons prêts à de grands efforts. Je ne serai
pas exhaustif : les défis sont nombreux, et chacun pourrait faire l’objet
d’un discours à part entière.
J’en citerai trois.
La répartition des responsabilités. La justice générationnelle. Le courage
civique.
Commençons par le premier. Dans toutes les dimensions de nos vies quotidiennes,
l’énergie créatrice du peuple français est enserrée dans un carcan que nous
avons nous-mêmes conçu. Par un pouvoir à la fois concentré et dilué dans des
structures anonymes qui prétendent décider à notre place sans jamais rendre de
comptes. Une technocratie qui croit souvent savoir mieux que nous, les
Français, ce dont nous avons besoin et ce que nous devrions faire. Par un
maquis d’administrations, d’opérateurs, de strates que nous avons créés et qui
perdent le citoyen dans des méandres où il ne sait plus qui décide, ni à qui il
doit s’adresser. D’où le sentiment d’être impuissants et désarmés. D’où le
sentiment de dépossession.
Simplifier, débureaucratiser, décomplexifier, décentraliser, déconcentrer.
Chacun a entendu mille fois ces termes qui portent une part de l’intention qui
est la nôtre, mais que j’exprimerai différemment. J’appelle à un changement de
régime dans l’ordre des responsabilités.
A une remise à plat complète des compétences de l’Etat, des collectivités, de
la sécurité sociale, du secteur privé se donnant pour objectif la libération
des énergies et préservant les conditions de la solidarité.
Que chacun dispose d’une zone d’autonomie et de responsabilité où il puisse
exercer ses capacités. Voilà le principe de fécondité pour toute société qui se
veut créatrice. Car c’est dans la liberté et la passion d’entreprendre que
s’exprime le dynamisme d’un peuple. Rendons à chacun les moyens de diriger sa vie.
Donnons-nous des chefs. Ouvrons des voies et invitons ceux qui trépignent
d’impatience à s’y engager, à y déployer leur enthousiasme et leur talent.
Libérons les puissances du rêve et celles de l’action.
Cela doit commencer par une refondation profonde de l’action publique, telle
que François Bayrou l’avait initiée, et par un acte de décentralisation, comme
le Premier ministre l’a annoncé. Cette refondation doit se poursuivre par une
révision sans tabou du périmètre d’intervention respectif de l’Etat, de la
sécurité sociale, des collectivités, du secteur privé. Sans rien s’interdire, y
compris si cela doit nous conduire à établir des parlements et gouvernements de
province, dépositaires de vastes champs de compétence, comme cela a été suggéré
récemment.
Dans ce même mouvement, des libertés nouvelles doivent être rendues au chef
d’entreprise, au maire, au salarié, à l’usager du service public, qui doivent
pouvoir décider pour eux-mêmes et assumer leur responsabilité.
C’est la condition nécessaire pour libérer l’énergie dont la France a tant
besoin. Et pour offrir à chacun un horizon d’émancipation.
Deuxième défi, la justice générationnelle. Nos prédécesseurs ont bâti un modèle
social qui permet de vivre plus longtemps et mieux que dans la plupart des pays
du monde. Un modèle conçu dans une France en forte croissance, portée par la
démographie galopante du baby-boom. Ces deux tendances sont aujourd’hui
inversées.
Pour la première fois depuis 1945, la France a enregistré l’année dernière plus
de décès que de naissances.
Il est difficile de se faire à cette idée, mais il nous faut sortir du déni
démographique : l’exception française est belle est bien derrière nous. La
France devient un pays de grands-parents sans petits enfants.
Dans dix ans, la population active commencera à baisser.
Tout cela emporte de très lourdes conséquences. Dans un système fondé sur la
solidarité intergénérationnelle, la charge pesant sur les nouvelles générations
devient insoutenable, et les condamne à l’asphyxie. D’où la colère, d’où le
surgissement de Nicolas qui paye, l’affaiblissement du consentement à l’impôt
comme aux cotisations sociales, et le doute désormais bien installé sur la
pérennité du système de retraite par répartition.
La France ne peut se permettre de sacrifier sa jeunesse pour soutenir un niveau
de vie pour les boomers, pardonnez-moi l’expression, supérieur à celui dont ils
bénéficient dans tous les pays comparables. Ayons la lucidité de dire que nous
partons plus tôt à la retraite que les autres, que lorsque nous y sommes, nous
bénéficions d’un niveau de vie équivalent à celui des actifs, d’un taux de
pauvreté inférieur aux autres classes d’âge.
Que nous touchons davantage que ce que nous avons cotisé, et épargnons un quart
de notre revenu.
La France ne peut se permettre de sacrifier l’avenir au présent. C’est la
priorité de toute civilisation que d’opérer ses choix en pensant aux prochaines
générations, à sa jeunesse, à ses enfants.
Des choix devront être faits pour préserver le contrat social.
Bien sûr, il sera nécessaire de rouvrir le chantier des retraites en sortant de
l’obsession stérile de l’âge légal. Une voie crédible existe : le système
de retraite à points, déjà en vigueur dans plusieurs pays européens. Mais cette
ambition dépasse largement le champ de la sécurité sociale. Nous devons assumer
un rééquilibrage entre les générations, et le dire clairement.
Petite enfance, éducation, enseignement supérieur, recherche, accès au logement
et à l’emploi, équilibre des finances publiques : ces investissements
doivent devenir une priorité stratégique. La jeunesse ne doit plus être la
variable d’ajustement de nos choix budgétaires.
Troisième défi, celui du courage civique. Ce tressaillement que nous ressentons
au fond de nous et qui nous pousse à nous désintéresser de nous-même pour nous
tourner vers notre prochain vers la vie de la Cité. Conscient que face à
l’adversité, et quels que soient les risques, nous formons ensemble une
communauté de destin.
Le courage de mettre nos valeurs au-dessus de nos intérêts, d’assumer notre
part du fardeau collectif sans certitude que les autres feront de même,
d’appréhender la dimension spirituelle de la vie et de résister à la tentation
du confort.
De regarder le monde en face et d’être prêts à prendre des décisions difficiles
quand elles s’imposent ; le courage aussi de ne pas céder aux pressions
immédiates et de rester concentrés sur l’essentiel. De refaire la Renaissance,
pour reprendre le titre de l’article d’Emmanuel Mounier inaugurant la revue
Esprit.
Le courage de ceux qui dans les heures les plus sombres de notre histoire
surent prendre tous les risques sans aucune garantie de succès. De ceux qui
partirent à Londres, ou prirent le Maquis.
Le courage de l’Amiral Muselier, envoyé par le général de Gaulle en 1941 pour
protéger Saint-Pierre-et-Miquelon contre l’appétit des Etats-Unis de Roosevelt
qui menaçaient de s’en emparer pour des questions de sécurité nationale.
L’Amiral Muselier reprit le contrôle de l’archipel – qui fut le premier
territoire libéré par la France Libre – à la faveur d’une manœuvre militaire
entrée dans les annales. Mais, constatant que l’appétit américain ne
faiblissait pas, et que Roosevelt songeait à envoyer à Saint-Pierre-et-Miquelon
un croiseur et deux destroyers, l’Amiral Muselier s’adressa au peuple américain
en ces termes :
« Il n’y a pas de puissance au monde qui puisse chasser mes hommes et
moi-même de ces îles tant que nous serons vivants. Pour l’honneur, je
résisterai à toute force navale quelle que soit sa puissance. Si, par une
circonstance incroyable, une telle tentative devait être faite, alors c’est
qu’il n’y aurait plus de démocratie sur la terre, et il ne resterait d’autre
solution pour les démocrates que de mourir. Notre sang tacherait l’histoire, la
démocratie serait notre linceul et notre tombe. »
Et de fait, Saint-Pierre-et-Miquelon resta un territoire français et le restera
toujours. Naturellement, toute ressemblance avec des personnes ou des faits
existants ne saurait être que fortuite…
Le courage civique, c’est celui des Françaises et des Français qui se lèvent
face à l’adversité.
Des médecins, infirmiers, caissiers, chauffeurs, livreurs qui, lorsque nous
avons été confinés par la Covid-19, se sont levés pour permettre au pays de
tenir et résister.
Des Françaises et Français si nombreux qui se sont retrouvés dans des réseaux
de solidarité pour fabriquer des masques, des visières, porter des repas, ou
tout simplement rompre la solitude des plus fragiles.
Le courage civique ne se décrète pas. Il naît de l’inspiration que nous puisons
dans l’Histoire de la France, il se forge à l’école de la République et dans
l’engagement, conçu avec Paul-Louis Landsberg, ni comme une fidélité
irréfléchie, ni comme la passivité de celui qui attend la cause parfaite, mais
comme une nécessité, un moyen de connaissance et de réalisation de la liberté
et de l’émancipation de la personne humaine.
La répartition des responsabilités. La justice générationnelle. Le courage
civique. C’est au prix de tels efforts, et de bien d’autres encore, que nous
parviendrons à donner à la France toute la force et la grandeur dont elle a
impérativement besoin pour éviter à l’Europe d’être condamnée au déclin.
Pour permettre à l’Europe de modifier l’équation stratégique mondiale, faire
mentir ce qui apparaît aujourd’hui comme une évidence algébrique, et ouvrir une
troisième voie.
Telle est la responsabilité que nous avons en partage, devant les générations à
venir et devant nous-même. Telle est l’épopée qui me paraît non seulement
nécessaire mais souhaitable.
A n’en pas douter, le cycle de conférences prestigieux conçu avec soin par
Jean-Daniel Lévitte, que je remercie pour son invitation et pour ses mots, nous
montrera la voie.
> 400 tonnes d'aide alimentaire partent aujourd'hui du Havre pour Gaza. Elles permettront de porter assistance à 42 000 enfants palestiniens. Je félicite les agents du Centre de crise et de soutien du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères qui sont à l'initiative de cette opération, et remercie la Fondation CMA CGM pour son concours.
> A Lomé, le Togo organise aujourd'hui une réunion de coordination des efforts de paix dans la région des Grands Lacs. Plein soutien à cette initiative du Président du Conseil du Togo. La France appelle à une désescalade immédiate en RDC et à la poursuite de la mobilisation des partenaires pour répondre à l'urgence humanitaire. Les engagements pris à Paris le 30 octobre seront tenus.
Amélie de Montchalin (ministre de l’Action
et des Comptes publics)
> En votant avec La France Insoumise 34 milliards d’euros de hausses
d’impôts, le Rassemblement national a abandonné nos entreprises, pourtant
indispensables à la création de richesses. La France ne renouera pas avec la
croissance en cédant à l’amateurisme budgétaire : on ne peut pas dénoncer les
impôts le matin et les voter le soir à l’Assemblée.
> Il y a des milliers de personnes qui payent moins d'impôts que ce qu'elles devraient parce que nous avons des phénomènes d'optimisation fiscale.
> Pas de deal dans l’ombre : un budget au grand jour. Lundi, le Premier ministre écrira à tous les parlementaires pour détailler les choix et propositions du Gouvernement. Transparence totale : nous voulons un budget crédible, lisible, utile pour rassembler les Français plutôt que de les diviser.
> On préférera perdre notre poste que d'emmener le pays dans le vide.
> [Budget] Les mesures présentées tiennent compte des échanges que nous avons eus à Bercy ces derniers jours avec les partis qui ne souhaitent pas le blocage - le bloc central, le Parti Socialiste, les Indépendants (LIOT) et Les Républicains. Le Premier ministre les détaillera dans un courrier adressé à tous les parlementaires ce lundi pour que chacun puisse se positionner. Cette nouvelle copie est un meilleur budget pour la France, les classes moyennes, les classes populaires et la jeunesse.
> [Budget] Le Parti communiste et Les Écologistes ont dit très clairement qu’ils voteraient contre le Budget, quel qu’il soit, et je ne crois pas que le Parti Socialiste puisse le voter comme il l’a fait pour le budget de la Sécu. Ils peuvent, en revanche, s’abstenir de voter la censure du gouvernement et ne pas bloquer le pays.
> [Budget] Nous avons toujours dit que nous voulions travailler avec le Parlement, au-delà des clivages partisans et de la préparation de la présidentielle, mais oui, nous n’avons plus le choix. Par leurs votes successifs, les extrêmes ont rendu le texte du budget principal volontairement incohérent et invotable. C’est une forme d’alliance de sabotage contre laquelle il nous faut trouver un accord politique, transpartisan, dans l’intérêt du pays. Si censure il y avait après un 49-3, nous n’aurions plus ni budget ni gouvernement ; en cas de censure après les ordonnances, nous aurions un début de budget mais pas de gouvernement pour le mettre en œuvre. Dans un cas comme dans l’autre, la France se retrouverait sans moyens pour agir alors que le monde n’a jamais été aussi instable.
> [Coût de la réforme de la prime d’activité] Près de 2 milliards d’euros en année pleine, ce qui ne sera pas le cas en 2026 puisqu’elle ne pourra être mise en œuvre qu’au printemps, probablement en avril ou mai. Trois millions de ménages aux revenus les plus modestes bénéficieront de 50 € de plus en moyenne par mois, et nous leur garantirons ainsi que travailler plus permet toujours de gagner plus. C’est une mesure très forte pour encourager le travail et le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires annoncée par le Premier ministre, avec l’indexation du barème de l’impôt sur le revenu, le repas à 1 € pour tous les étudiants et le soutien au logement. Renoncer au gel du barème permettra à 200 000 foyers qui ne payent pas d’impôts aujourd’hui de ne pas devenir imposables cette année.
> Le statut de bailleur privé permettrait aux propriétaires privés qui investissent dans des logements à loyer modéré de bénéficier d’exonérations d’impôts et de charges sociales sur ces revenus locatifs. C’est une manière de soutenir l’investissement dans l’immobilier et la rénovation de logements, qui s’ajoute à l’augmentation prévue de 400 millions des crédits au logement social. L’inflation, en entraînant une remontée des taux d’intérêt, a paralysé le secteur immobilier dans toute l’Europe. Ce phénomène est derrière nous. Nous observons une reprise assez nette des demandes de permis de construire. Il faut soutenir cette reprise.
> [Budget de MaPrimeRénov’] Il sera maintenu à hauteur de 3,5 milliards d’euros en 2026, tout en ayant recentré le dispositif de manière à augmenter le nombre de dossiers de rénovation globale accompagné et lutter contre la fraude. On veut soutenir les projets qui font vraiment la différence sur les factures d’énergie à la fin de l’année. Une augmentation de 200 millions d’euros du Fond Vert est également prévue pour soutenir l’investissement local dans la transition écologique.
> Le renforcement des budgets des ministères de la Justice, de l’Intérieur et des Armées est absolument essentiel, que ce soit pour lutter contre le narcotrafic, améliorer la sécurité au quotidien ou maintenir notre souveraineté. Les crédits de ces ministères régaliens ne baisseront pas, c’est la condition pour que notre pays puisse répondre aux menaces extérieures et intérieures.
> Nous ne renonçons pas à réduire le déficit, parce qu’un pays qui laisse filer sa dette s’affaiblit et perd sa capacité à investir pour son avenir et le choisir. Je rappelle que nous étions à 5,8 % de déficit public global en 2024 et 5,4 % en 2025. Nous serons bien à 5 % en 2026. Nous tiendrons cet objectif avec une méthode simple : du sérieux, de la transparence, de l’équilibre et de la justice fiscale. Concrètement, l’effort reposera de manière égale sur des baisses de dépenses et sur des hausses de recettes, sans dépasser la charge fiscale de 2019 (avant les grandes crises) et sans jamais faire porter l’effort sur les ménages.
> Aucune augmentation d’impôts, ni pour les classes moyennes, ni pour les familles, ni pour les retraités, dont les règles ne changent pas en 2026. Il n’y aura pas non plus d’augmentation d’impôts ou de charges pour toutes les TPE et PME de notre pays. En 2025, les 400 plus grandes entreprises de France ont contribué très fortement au financement de la Nation. Cet effort sera maintenu en 2026, en excluant désormais les ETI dont le gouvernement veut soutenir l’investissement. Le gouvernement reste donc sur les outils qu’il avait proposés en octobre et on tient notre cap : une trajectoire lisible, responsable et juste. À l’opposé de toute “folie fiscale”. Pas de nouveaux dispositifs fiscaux, pas de bricolage, pas de taxes inventées au dernier moment.
> Aucun Français fortuné ne paye zéro
impôt sur le revenu, mais certains payent moins que ce qu’ils devraient. C’est
la raison pour laquelle nous assumons de durcir concrètement la lutte contre
l’optimisation fiscale des plus riches, avec des correctifs anti-abus sur les
dispositifs existants. Je pense notamment au pacte Dutreil, qui doit
permettre de transmettre des entreprises et non des biens personnels : une
maison de vacances ne fait pas partie d’une transmission d’entreprise. D’autres
mécanismes seront préservés mais nettoyés d’abus connus.
L’apport-cession, les plans épargne retraite (PER), les holdings… Le travail
est en cours, mais l’esprit est clair. Dans une période où la Nation fait des
efforts, personne ne peut s’organiser pour y échapper. Tout au long de l’année
2026, comme en 2025, nous partagerons tous les trimestres le détail des
recettes et des dépenses réalisées, avec les parlementaires, les syndicats et
les représentants des collectivités et des entreprises. Rétablir l’équilibre
des comptes engage toute la Nation et nous continuerons de le faire sans ne
rien cacher à personne. C’est aussi la bonne méthode pour être fidèle aux
engagements pris devant le Parlement.
> [Contribution des collectivités territoriales à la réduction du déficit] C’est en discussion actuellement avec les sénateurs, et notamment le rapporteur général du budget Jean-François Husson, mais l’ordre de grandeur sera compris entre 2 et 2,5 milliards d’euros nets. En revanche, il n’est évidemment pas question de réduire de 20 % la dotation globale de fonctionnement des collectivités, comme le Rassemblement national l’a souhaité et fait voter. Cela représenterait 5 milliards d’euros en moins, pris directement aux petites communes et intercommunalités. Très concrètement, cela veut dire des maires qui auraient du mal à faire fonctionner les écoles, à payer les salaires des policiers municipaux, à assurer le ramassage des déchets, l’entretien des rues… L’effort doit être équilibré, et justement réparti entre chaque acteur, pas imposé à grands coups de rabots. C’est ce que nous proposons et cela doit pouvoir rassembler plutôt que diviser.
Aurore Bergé (ministre déléguée auprès du
Premier ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la
Lutte contre les discriminations)
> Il est temps que l'on tourne la page du Budget. Nous devons doter le pays
d'un budget. Et vite ! Et nous le disons aux entreprises : il n'y aura aucun
changement en matière fiscale. L'incertitude est mortelle pour nos
investissements et emplois. Elle est levée.
> Entre LFI qui pousse au séparatisme et le RN qui entretient le déclinisme, Talents de France, c'est affirmer qu'on croit en la France. On sort de la confrontation et on fait ensemble.
> Pour nos mères qui se sont battues, pour que nos filles n'aient jamais à le faire, nous avons inscrit la liberté d'accès à l'IVG dans la Constitution. Préserver l’héritage de Simone Veil, c’est garantir que chaque femme exerce sa liberté sans peur, sans honte et sans obstacle.
> Pour trop de Français, la méritocratie républicaine est à l'arrêt. C'est un gâchis humain. C'est une aberration économique. C'est une erreur politique. Talents de France est une réponse. Nationale et territoriale. Construite avec les Français.
> Trop de talents restent dans l'ombre. C'est un gâchis humain. C'est une aberration économique. "Talents de France" c'est une réponse que nous y apportons. Avec les entreprises, les associations, partout en France.
Eléonore Caroit (ministre délégué
auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères chargée de la
Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger)
> 21 conteneurs, 25 000 cartons, soit plus de 400 tonnes d’aide alimentaire,
partent du Havre vers Gaza pour porter assistance à 42 000 enfants.
> En Guinée pour représenter le Président de la République à l’investiture du président Mamadi Doumbouya. J’ai eu l’occasion de saluer notamment les présidents gabonais et de Sierra Leone dans la perspective du Sommet « Africa Forward » qui se tiendra à Nairobi les 11 et 12 mai. Avec le Premier ministre Amadou Oury Bah, j’ai réaffirmé le soutien de la France à une transition politique en Guinée et notre engagement en faveur du dialogue avec l’ensemble des forces vives de la Guinée. Avec mon homologue, ministre du Plan et de la Coopération internationale Ismaël Nabé, nous sommes convenus de l’importance de nos échanges économiques et des projets gagnant-gagnant que la France porte dans le pays. La France continue d’approfondir le dialogue avec la Guinée afin de construire un avenir mutuellement bénéfique.
> [Traité international pour la
protection de la haute mer et de la biodiversité marine] 120 jours après
l’atteinte du seuil des 60 ratifications, cet accord devient une réalité :
c’est un succès majeur du multilatéralisme et un signal fort pour la protection
de notre planète. Bravo à toutes et tous pour ce résultat.
Protéger l’Océan, c’est protéger notre avenir commun.
Concrètement, il permettra de mieux protéger la haute mer grâce à la création
d’aires marines protégées et à la mise en place d’évaluations d’impact
environnemental pour les activités humaines pouvant y porter atteinte. Protéger
l’Océan, c’est protéger notre avenir commun.
● Autres ministres
Maud Bregeon (porte-parole du Gouvernement)
> Personne n’ayant de majorité, ceux qui nous disent « vous avez trop
discuté avec les socialistes » auraient-ils préféré négocier avec le RN ?
Ce budget est le fruit de trois mois de discussions. Sans hausse d’impôt pour
les ménages, sans hausse du coût du travail.
> La nécessité absolue aujourd’hui, c’est que la France ait un Budget.
> [Mercosur] Nous sommes favorables aux échanges commerciaux, mais ces traités doivent être justes et équitables.
Benjamin Haddad (ministre délégué
auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères chargé de
l’Europe)
> Le Groenland n’est ni à vendre ni à prendre. Toute remise en cause des
frontières de l’Europe est inacceptable.
> [Groenland] La faiblesse ne fera qu'entraîner l'escalade et l'agression.
> L’accord UE–USA signé en Ecosse l’été dernier était déséquilibré, avec 15 % de droits de douane qui pèsent encore sur les entreprises européennes. Avec les nouvelles menaces de droits de douane, sa pertinence est clairement remise en question.
> La France n’acceptera jamais une Europe vassale ou soumise. Dans un monde violent, la faiblesse invite l’agression.
> Nous sommes 450 millions d’individus, un acteur économique de premier plan: nous avons des outils pour nous protéger. L’instrument anti-coercition permet de riposter quand un pays nous menace : en limitant l’accès à nos marchés, en taxant les services numériques ou en suspendant des contrats publics.
► Assemblée nationale
Yaël Braun-Pivet (présidente)
> Nous avons besoin d’un État de droit et d’institutions solides. J'appelle
le président de la République à réunir le Congrès pour inscrire enfin
l'indépendance du parquet dans notre Constitution et renforcer notre Justice.
> Face aux menaces de droits de douane de Donald Trump liées au Groenland, nous ne pouvons pas laisser faire. C’est une remise en cause du droit international. Réaffirmons le multilatéralisme et n’hésitons pas à utiliser l'instrument anti-coercition de l'Union européenne pour défendre nos valeurs et nos intérêts.
> Il faut continuer à construire des compromis. Depuis 2024, 150 textes ont été adoptés. Des majorités ont été trouvées pour lutter contre le narcotrafic, soutenir Mayotte après Chido, modifier la définition pénale du viol, créer un registre national contre le cancer. Non, le Parlement n’est pas à l’arrêt.
> Je regrette que l’Assemblée nationale n’aille pas au bout du débat budgétaire. Nos règles ne sont plus adaptées. J’ai proposé dès octobre de les améliorer. Le budget ne doit plus jamais être discuté de cette manière.
> Quand la France parle au monde, je crois profondément que le Parlement doit pouvoir la faire parler aussi. Aujourd’hui, au titre de l’article 50-1, l’Assemblée nationale débat du rôle de la France dans la prévention et la résolution des crises internationales. Dans un monde déstabilisé, je défends le droit international, le multilatéralisme et le règlement pacifique des conflits. Ces choix engagent la crédibilité de la France et doivent être discutés et contrôlés par le Parlement.
> Après trois jours de travail, les délégations calédoniennes ont signé, aux côtés du Président de la République et de la ministre des Outre-mer, l'accord Élysée-Oudinot, complémentaire à l'accord de Bougival. Je me réjouis que le dialogue ait permis de forger un large consensus qui doit permettre d'apporter de la clarté, de la stabilité et des perspectives à la Nouvelle-Calédonie qui en a tant besoin. Le Parlement va être saisi de ces accords afin de traduire dans la Constitution les aspirations des Calédoniens. Nous devons les entendre, tout en poursuivant inlassablement le dialogue.
► Partis politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne
sont pas centristes et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus
retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire général de Renaissance, président du
groupe Ensemble pour la république à l’Assemblée nationale)
> Je refuse que nos enfants et petits-enfants n’aient le choix qu’entre deux
emplois : soit servir le café aux Américains, soit le thé aux Chinois.
> La déclaration de Donald Trump ce soir d’imposer des droits de douane sur les pays qui s’opposent à son projet d’annexion du Groenland est totalement injustifiée. C’est une inversion des valeurs. Le Danemark et l’Union européenne ont été jusqu’à proposer de collaborer à plus de sécurité du Groenland en lien avec les États-Unis. Au-delà de la sécurité de ce territoire, il y a donc vraisemblablement surtout un agenda politique de Donald Trump. Si ces droits de douane venaient à être confirmés, nous serions dans un cas d’école de coercition américaine sur les Européens. J’appellerai alors dans ce cas l’Union européenne à actionner son instrument anti-coercition, c’est à dire la réciprocité des droits de douane et l’exclusion des entreprises américaines des marchés publics européens. C’est un test de solidarité et de force pour l’Europe.
> Le monde traverse des bouleversements majeurs (...) Si on n’avance pas, le rapport de force va être bouleversé, et la France changera de catégorie: de grande puissance, elle deviendra un pays déclassé.
> L’Assemblée est devenue un théâtre sans public. La seule chose que les Français ont eue à voir ces dernières semaines, c’est une forme de spectacle lamentable et d’absence de cap total. C’est un immense gâchis.
> Une nouvelle dissolution n'est ni nécessaire, ni souhaitable.
> C’est à l’Assemblée nationale de régler les problèmes des Français, pas aux Français de régler les problèmes de l’Assemblée nationale.
Agnès Pannier-Runacher (députée)
> Mon groupe Ensemble pour la République est contre
les augmentations d’impôts. Il a fait des propositions pour baisser les
dépenses de l’Etat qui n’ont pas été votées. Ça s’appelle la démocratie
parlementaire. Et en démocratie parlementaire, nous ne gagnons pas tous les
votes.
> La dernière fois qu’il y a eu une dissolution, je n’ai pas le sentiment que cela ait clarifié la situation. Sur le terrain, les personnes que je rencontre me disent que cette dissolution n’a fait que compliquer les choses. Et je ne suis pas sûre qu’en refaire une aujourd’hui permettrait d’y voir plus clair. Mais je vais le dire très clairement : je n’ai aucun problème à retourner aux urnes.
> Les 200 millions d’euros d’impôts du Fonds vert sont des investissements dans le futur. Ils nous permettent de devenir moins dépendants du pétrole et du gaz que nous importons chaque année, qui nous coûtent des milliards d’euros et nous mettent en difficulté face aux États-Unis, à l’Algérie ou à la Russie. Quand on est champion de l’électricité nucléaire, c’est quand même dommage d’importer massivement des énergies fossiles.
> Oui, c’est un mauvais Budget. Mais non, je ne le censurerai pas. Parce qu’il faut sortir de cette situation. Les maires n’ont plus de budget. Les entrepreneurs sont à bout. Ils ont besoin de visibilité pour investir et recruter. Avec mon groupe, nous nous sommes battus pour limiter la casse et pour ne pas sacrifier l’avenir. Nous avons pesé pour que la hausse de la fiscalité ne touche pas le salaire des classes moyennes qui travaillent.
Elisabeth Borne (députée)
> Imposer de nouvelles taxes aux entreprises, c'est
aussi décourager l'activité, décourager l'emploi et donc ce n'est pas bon pour
notre pays ;
> Cela fait des semaines qu'on s'enlise dans des débats au Parlement. Il faut maintenant conclure, adopter un budget et passer à l'action ;
● MoDem
Marc Fesneau (député, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale)
> Ne pas voter le Budget en décembre a laissé le champ
libre à la surenchère du PS. Chantage et déni de réalité ne font pas un
compromis. À la fin, ce sont les Français qui paieront la théorie du moindre
effort prônée par les socialistes.
● Parti radical
> [Budget 2026 : le Parti radical appelle à la
responsabilité et à la réduction des dépenses de fonctionnement] Le Parti radical
salue les mesures de protection des Français annoncées hier soir par Sebastien
Lecornu, mais s’inquiète de ces dépenses de fonctionnement sans réforme
structurelle de fond indispensable pour réaliser des économies à l’avenir.
Les seules pistes de répression de fraude ne suffisent pas à régler le problème
de l’endettement. Nous attendons de la part du Gouvernement de prochaines
annonces.
La protection des Français ne peut reposer uniquement sur des mesures
immédiates ou des réponses conjoncturelles alors que la charge croissante de la
dette limite chaque année davantage nos marges de manœuvre. Elle exige une
vision de long terme, fondée sur des choix clairs, assumés et responsables.
Dans un contexte international instable et face à des défis économiques,
sociaux et climatiques majeurs, la France doit regarder lucidement la structure
de ses finances publiques. « Aujourd’hui, notre pays consacre une part
trop importante de ses ressources à des dépenses de fonctionnement, au
détriment d’investissements majeurs pourtant indispensables. Or ce sont ces
investissements qui conditionnent notre capacité à garantir nos souverainetés
stratégique, industrielle, énergétique, alimentaire et militaire, en France
comme en Europe et à mettre durablement à l’abri les générations futures»,
précise la sénatrice Nathalie Delattre, présidente du Parti radical.
Alors que plusieurs de nos voisins européens ont obtenu une meilleure maîtrise
de leur endettement, la France ne peut se permettre de rester à l’écart de
cette dynamique, au risque d’un décrochage durable.
« Le moment est venu de dépasser les postures et les calculs politiques.
Sur le budget, un compromis est nécessaire, mais il ne saurait être un accord
de façade. Chacun doit prendre ses responsabilités, non pour remporter une
victoire politique, mais pour servir l’intérêt général. La seule victoire qui
vaille est celle de la République, de sa crédibilité et de son avenir», conclut
Nathalie Delattre.
> [Anniversaire de la loi Veil] Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Le Parti radical salue ce combat historique. L' IVG est une conquête humaniste fondamentale : nous veillerons toujours à sa protection absolue.
► Autres
● Commission européenne
Stéphane Séjourné (Vice-président exécutif à la Prospérité et à la Stratégie
industrielle)
> Contrefaçons, bureaucratie, concurrence déloyale : l’industrie cosmétique
est sous pression. Ce matin, j’ai réuni les leaders du secteur. Objectifs simplification
administrative, réforme des douanes et défense de ce secteur, pilier du
rayonnement européen.
> Chimie, mère de toutes les industries ! Il y a 6 mois, nous adoptions un plan pour soutenir la chimie. Aujourd’hui, place à l’action avec l’alliance sur les produits chimiques critiques : identifier sites et molécules clés et assurer leur avenir en Europe.
● Organisations centristes
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement
européen)
Valérie Hayer (députée, présidente)
> Si les
États-Unis veulent jouer les durs parce qu'ils pensent que l'UE n'est qu'une
puissance douce qui se laissera faire, qu'ils sachent clairement que les
États-Unis commettent non seulement une erreur de calcul dangereuse, mais aussi
douloureuse.
L'instrument anti-coercition de l'UE n'a
jamais été utilisé auparavant, mais Renew Europe demande aujourd'hui son
activation. L'instrument anti-coercition est notre arme économique nucléaire.
Il permet des représailles immédiates : droits de
douane punitifs, interdictions commerciales, sanctions financières, suspension
des brevets et licences américains, sans passer par l'ONU ou l'OMC.
Les États-Unis exportent plus de 500 milliards de
dollars par an vers l'UE. Nous sommes leur plus grand marché.
Trump devrait y réfléchir à deux fois. Nous n'avons
pas peur d'utiliser la dissuasion pour nous défendre.
> [Extraits de courriers adressés au
président du Conseil européen et à la présidente de la Commisson européenne] L’Union
européenne est confrontée à une réalité stratégique qu’elle ne peut plus
ignorer : sous l’administration actuelle du président Donald Trump, les
États-Unis n’agissent plus comme un allié fiable de l’Union. Au contraire, ils
exercent ouvertement des pressions politiques, économiques et stratégiques
contre l’UE et ses États membres, notamment par des menaces explicites
d’annexion territoriale, des mesures commerciales punitives et des ingérences
dans la gouvernance démocratique européenne. Cette posture agressive modifie
fondamentalement la nature de la relation transatlantique et exige des
conclusions politiques claires.
L’Europe doit donc passer de la dépendance à la dissuasion. L’Union dispose
d’un large arsenal d’instruments politiques, économiques, réglementaires,
financiers et de sécurité. Ces instruments ne doivent plus être considérés
comme des options théoriques, mais comme des outils de puissance crédibles.
L’UE doit être politiquement et institutionnellement prête à affirmer
clairement qu’elle est prête à les utiliser si les comportements coercitifs
persistent. Seule une dissuasion crédible peut empêcher l’escalade, protéger la
souveraineté européenne et défendre les intérêts, les partenaires et les
valeurs de l’Union.
Dans ce contexte, je souhaite attirer votre attention sur trois priorités
interdépendantes :
- établir une dissuasion crédible par le biais de leviers militaires et
économiques ;
- renforcer les relations de l’Union avec le Groenland ;
- consolider la capacité interne de l’Union à agir de manière décisive en tant
que puissance géopolitique.
> Trump et le RN, une hypocrisie au
grand jour.
- Jordan Bardella a qualifié l’élection de Donald Trump de « vent de
liberté qui souffle sur les démocraties occidentales » ;
- il devait prononcer un discours à la conférence des conservateurs américains
avant d’annuler piteusement sa venue après le geste nazi de Steve Bannon ;
- il a participé à des événements de l’extrême droite européenne en présence
des réseaux MAGA…
Une même volonté de détruire l’Union européenne et de poursuivre un agenda
ultra conservateur. Une même xénophobie et une même haine des libertés
fondamentales. Une dénonciation de façade mais un réel alignement
idéologique. Et un pseudo patriotisme qui n’est qu’une soumission au président
américain.
> Les menaces du président Donald Trump d’imposer une augmentation des droits de douane aux États refusant d’adhérer à son projet d’annexion du Groenland sont inacceptables. Ces annonces s’inscrivent dans la continuité de nombreuses autres actions agressives à l’encontre de l’Union européenne. Il est donc désormais temps de passer d’une logique de dépendance à une logique de dissuasion. Par conséquent, Renew Europe ne peut pas voter en faveur de l’accord commercial UE–États-Unis de Turnberry. En outre, l’Union européenne doit se tenir prête à déployer des contre-mesures ciblées et proportionnées. L’activation de l’instrument anti-coercition de l’UE devrait être explicitement envisagée, car il a été conçu précisément pour faire face à des situations d’intimidation économique de cette nature.
> L'Europe ne doit pas avoir peur du rapport de force. (…) Il n'y a aucune raison de céder au chantage de Donald Trump. On est à un moment de bascule aujourd'hui et aucun Etat membre ne peut se permettre la moindre division. Si on se fait agresser, on met des droits de douane punitifs, on interdit l'accès des entreprises américaines aux marchés européens, on envisage un blocage des brevets par exemple. (…) Nous serons aux côtés des Groenlandais.
> On est un
puissant marché pour les Etats-Unis. On est le premier marché extérieur des
Etats-Unis. Les entreprises américaines ont besoin du marché européen. Il faut assumer le rapport de force (…) L'idée, ce n'est pas d'être agressifs envers
les Etats-Unis, c'est de dissuader Donald Trump de nous menacer et de nous
agresser davantage et de revenir à des relations normales. (…)
C'est la seule condition pour être
respecté par Donald Trump et recréer du rapport de force afin qu’il comprenne bien que nous sommes une puissance
économique, politique, qui crée les conditions pour garantir son intégrité
territoriale et sa souveraineté réglementaire. (…)
On n'a pas d'autre choix que de se mettre
d'accord sur cette riposte.
Bernard Guetta (député)
> [Opinion: Lubies de Trump,
force de l’Europe] On lui
reprochait hier de trop en faire. On la dénonce aujourd’hui comme incapable de
relever le gant. « Où est-elle cette Union ? Que fait-elle ? Bravo la désunion
! », entend-on maintenant que les Européens sont menacés par Poutine, horrifiés
par le bain de sang iranien, effarés par le recul du droit international et
constamment défiés surtout par Donald Trump qui, dernière lubie, voudrait
utiliser les droits de douane pour nous faire accepter l’annexion du Groënland.
Alors même que c’est eux, la majorité
d’entre eux, qui avaient si obstinément refusé de faire de l’Union une
puissance politique et militaire, les Européens la voudraient soudain aussi
forte qu’un Etat fédéral, que ces Etats-Unis d’Europe dans lesquels ils avaient
si longtemps vu l’abomination à combattre.
Car enfin, aux atlantistes d’hier, on
pourrait rappeler que c’est eux qui avaient barré la route à la défense commune
; aux eurosceptiques, que c’est à cause d’eux que l’Union politique reste à
construire ; aux Britanniques, qu’ils n’avaient rejoint l’Union que pour
empêcher son affirmation avant de la quitter et aux Français que c’est eux
seuls qui avaient refusé en 1954 la Communauté européenne de défense grâce à
laquelle nous aurions pu former d’emblée une union politique.
Il y aurait vingt leçons à tirer de ces
erreurs du passé mais l’urgence est ailleurs.
L’urgence est de cesser de nous
sous-estimer.
Nous avons su répondre à
l’affaiblissement de l’Alliance atlantique par Donald Trump et à l’invasion de
l’Ukraine par Vladimir Poutine en jetant les bases d’une défense commune. Nous
sommes loin d’y avoir encore mis assez d’argent et de détermination mais nous
l’avons fait et, bien qu’insuffisamment, nous avons su armer l’Ukraine, la
financer, emprunter pour lui prêter 90 milliards d’euros et faire front avec
elle lorsque la Maison-Blanche a voulu lui imposer, l’été dernier, la reddition
dont rêve le Kremlin.
C’est grâce à l’immédiate mobilisation de
25 des 27 pays de l’Union appuyés par la Grande-Bretagne, le Canada, la Norvège
et l’Australie que les Ukrainiens ont pu ne pas céder aux pressions
russo-américaines. C’est ce succès qu’il faut voir et non pas le fait, bien
secondaire, que la République tchèque ait désormais rejoint la Hongrie et la
Slovaquie dans leur soumission au Kremlin.
Malgré l’immense retard que nous a fait
prendre l’aveuglement des nationalistes, des atlantistes et des eurosceptiques
nous avons pu imposer un rapport de forces à Donald Trump. Nous l’avons pu
parce que l’économie américaine, haute-technologie en tête, ne peut pas se
passer des 450 millions de consommateurs de notre marché commun et que les
Etats-Unis auraient tout autant et peut-être même plus à perdre que nous à une
guerre commerciale.
Même Donald Trump doit savoir jusqu’où ne
pas aller trop loin et cela d’autant plus qu’en brisant l’Alliance atlantique
ou privant l’Ukraine du renseignement américain, il achèverait de
décrédibiliser les Etats-Unis en perdant la confiance de tous leurs alliés,
notamment asiatiques.
Même sans défense commune, même sans
institutions à la hauteur des défis d’aujourd’hui, nous restons incontournables
pour les Etats-Unis qui n’ont jamais été aussi divisés depuis la guerre de
sécession alors que nous n’avons, nous, jamais été aussi unis, pas même sous
Rome.
La Maison-Blanche ne peut pas l’ignorer
et c’est pour cela que l’envoi de contingents européens au Groënland, même
symboliques, a beaucoup plus de poids qu’on ne le dit. Il signifie que nous
serions prêts à défendre, les armes à la main, la souveraineté de ce pays
européen contre une tentative d’annexion par la force.
Le message est si clair que Donald Trump
a préféré en revenir à ses épouvantails douaniers. Il n’est, lui, pas prêt à
prendre le risque politique d’un affrontement armé avec les alliés européens
des Etats-Unis alors que les élections de mi-mandat se profilent, qu’il recule
dans les sondages et que 83% des Américains se refuseraient à même acheter le
Groënland.
L’Union européenne doit faire plus,
beaucoup plus.
L’Union ne doit pas se réformer mais se
réinventer.
Tout est à faire mais cessons de ne voir
que nos faiblesses et aucune de nos forces. Cessons d’annoncer comme inévitable
la victoire du RN en France et de l’AfD en Allemagne. Cessons de nous dire
morts et enterrés alors que loin de plier devant tant de défis nous nous en
renforçons, pas assez – oui, c’est hélas vrai – mais bien plus qu’on ne le
croit.
Jérémy Decerle (député)
> [Mercosur] Au parlement européen nous allons voter la
saisine de la cour de justice européenne, qui permettrait de suspendre l’accord
sur le Mercosur. Je me bats pour aller chercher un maximum de voix. Il faut
bataille. (…)
Je suis agacé d’avoir entendu, la semaine dernière sur les plateaux télé, que
la situation c’est à cause de la France. Alors que la France s’est opposée à la
signature de cet accord. Et elle n’était pas tant isolée que cela. Il y avait
l’Irlande, la Pologne, la HongRie, l’Autriche qui ont aussi voté contre
l’accord. Ce sont d’autres pays qui ont choisi de valider cet accord. J’aimerai
que la France politique fasse front commun. Il faut qu’on soit en équipe. (…)
Il faut montrer au monde paysan qu’on veut trouver des solutions.
Nathalie Loiseau (députée)
> L’émissaire de Vladimir Poutine se félicite que
Donald Trump démolisse l’alliance atlantique. À Moscou, on ne doit pas en
revenir de pareille aubaine.
● Personnalités centristes
Clément Beaune (haut-commissaire au Plan)
> On ne résoudra pas le problème des finances publiques en taxant les
riches, comme on le pense à gauche. Et on ne résoudra pas le problème des
finances publiques en tapant sur l'AME ou quelques agences, comme on le pense à
droite.
Sarah El Hairy (haut-commissaire à
l’Enfance)
> Tout le monde parle beaucoup de TikTok, d'Instagram ou de Snapchat,
et c'est bien parce que l’enjeu est là mais il l'est peut être encore davantage
dans les espaces moins connus, comme les plateformes de jeux.
Sur Roblox par exemple, le jeu le plus utilisé par les enfants de huit à neuf
ans, il y a une quantité au mètre carré de prédateurs, c'est devenu un repaire
de pédocriminels. (…)
Il est crucial que les plateformes de jeux vidéo intégrant une messagerie soient
prises en compte dans la lutte contre la pédocriminalité.
Un parent, il s'inquiète de savoir ce qu'il se passe sur le compte Instagram de
son fils ou de sa fille mais il ne regarde pas les autres plateformes, parce
qu’elles peuvent paraître plus safe. Or c'est là où se trouvent également les
prédateurs.
> L’IA transformera l’éducation en reflétant nos choix collectifs. À Londres, au Generative AI for Education Summit, j’ai défendu une IA éthique, encadrée et centrée sur les droits de l’enfant. Innover, oui — sans jamais remplacer l’humain.
> La protection des jeunes en ligne repose sur des obligations claires.

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