mercredi 7 octobre 2015

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Le Centrisme, le compassionnalisme, l’antimodernisme et le populisme démagogue

Certains maîtres-penseurs autoproclamés soit sauveurs bien-pensants de l’humanité, soit champions antimodernistes de la civilisation française, tous prophètes de l’apocalypse prochaine de nos sociétés perdues, certains cathodiques, d’autres à la bonne vieille méthode Gutenberg viennent nous faire la leçon de morale en nous expliquant comment ils vont nous extirper, avec ou contre notre volonté, de la déshérence ou du déclin, au choix, qui nous menacent au nom des valeurs éternelles d’une France qui se noierait et se renierait sous leurs yeux horrifiés.
Oui, la patrie est en danger vocifèrent-ils mais heureusement, selon eux, nous pouvons compter sur leur clairvoyance, leur énergie, leur hargne même pour, au moins, nous le dire, à défaut de se sacrifier pour elle.
Car les intellectuels crient au feu mais répugnent toujours autant à se mettre les mains dans le cambouis pour éteindre eux-mêmes l’incendie.
Ils ont leurs supporteurs, comme au football, pour cela.
Ce sont ces groupes populistes et démagogues qui déversent sans cesse leur haine de tout et n’importe quoi, qu’ils soient de gauche ou de droite, pourvu qu’ils grappillent un plateau télé puis des fans et enfin des électeurs, promettant à ceux qui feront la chasse aux politiques qui trahissent la cause (quelle qu’elle soit) des lendemains qui chantent.
Peu importe que ce soit ou non des hooligans, nos intellectuels supermen ne sont que des lanceurs d’alerte, en quelque sorte, ils ne vérifient pas la qualité de leurs disciples…
Mais, bon, que devons-nous faire puisqu’ils ne sont pas d’accord entre eux.
Ainsi, d’un côté, nous sommes priés de nous installer au confessionnal pour avouer tous nos crimes d’Occidentaux barbares, sommés de faire repentance et d’adopter le point de vue compassionnel et politiquement correct en tendant les deux joues à nos accusateurs et, pire, à nos ennemis.
Nous sommes des méchants, descendants de méchants et reproducteurs de méchants qui doivent porter le fardeau de la domination illégitime et inacceptable de la civilisation occidentale aux XIX° et XX° siècles.
De l’autre, nous sommes convoqués au tribunal de l’histoire pour une inculpation de désertion afin de nous rappeler que seul le repli identitaire, autoritaire et conservateur nous sauvera d’une mondialisation cosmopolite qui ourdit patiemment des complots contre la nation, le peuple, l’Etat et toutes les institutions à vénérer sans modération.
Nous sommes les couards qui remettent en question l’héritage de nos aïeux et qui apprenons à nos enfants à ne pas respecter la grandeur de la nation française.
Comme on peut le constater, notre débat politique, intellectuel et philosophique, s’il n’est peut-être pas très enrichissant et valorisant, prend ces temps-ci des allures de batailles rangées entre des gourous de pensées limitées souvent sans envergure autre que de vendre leurs salades et leurs bouquins.
Bon, direz-vous, c’est la tradition française de s’écharper pour des idées et de mettre en avant des penseurs, souvent de pacotilles, pour alimenter la défiance face au politique, véritable sport national.
Tout cela n’est pas nouveau et l’on ne rappellera pas la longue liste de tous ces qui, lors de décennies passées, faisaient les couvertures des magazines et peuplaient les plateaux télés et qui ont disparu de la même façon qu’ils étaient apparus.
Voici donc leurs progénitures.
Entre la tyrannie de la bien pensance compassionnelle, celle de l’identitaire donneur de leçon qui provoque la réaction du ressentiment haineux, où se trouve le Centrisme?
Il est bon de rappeler, en ces temps où le relativisme et les postures médiatiques prennent le pas sur la substance même de la politique que le Centrisme est:
- un humanisme où la liberté et l’égalité sont dans une continuelle discussion dialectique sachant que l’une ne peut vivre sans l’autre;
- un défenseur de la démocratie républicaine;
- un combattant de la dignité humaine et du respect;
- un soutien à la société ouverte par la mise en place d’une mondialisation humaniste;
- un défenseur d’une société où la tolérance refuse toute pensée et idéologie fermée et d’exclusion, même celle qui prétend pouvoir vivre en bonne intelligence avec l’humanisme.
De même, le Centrisme est un refus de la condamnation de la société occidentale tout autant qu’un adversaire des théories qui prétendent que la division de l’humanité est une variable intangible.
Le Centrisme se veut également un rempart à un relativisme funeste mortel qui prétendrait qu’il n’y a pas de valeurs humanistes intemporelles comme la liberté, la solidarité, la tolérance, le respect entre êtres humains égaux où l’important est le développement et la protection de l’individualité de chacun dans le respect de la dignité de toutes les autres.
Mais le Centrisme est aussi une résistance, au sens libéral du terme, c’est-à-dire qu’il dit non à toute tentative totalitaire ou culturelle de remettre en cause les valeurs humanistes qui fondent la démocratie républicaine.
De même, il refuse la condamnation stupide de l’individualisme qui n’est pas la cause du délitement du lien social et de la montée du populisme démagogique mais bien la plus grande parade à son dévoiement qui permet des comportements d’autonomisation égocentrique, assistée, irresponsable, insatisfaite et irrespectueuse que l’on constate dans tous les pays, démocratique ou non et qui viennent, avant tout, d’un individu à responsabilité limitée et irrespectueux de l’autre qui gangrène de plus en plus toutes les sociétés à travers le monde.
Car il croit à la poursuite de l’émancipation de la personne par la construction jamais terminée d’une démocratie républicaine représentative, humaniste et équilibrée grâce à des réformes qui lui permettent de s’adapter continuellement aux défis d’un monde qui n’est jamais immobile et par la capacité d’un individu-monde culturellement métissé, médiatiquement mondialisé et mondialement connecté qui est celui que chacun de nous est aujourd’hui, à être cette personne libre, responsable, éclairée et respectueuse.
De ce point de vue, le Centrisme n’est en phase ni avec la bien-pensance compassionnelle auto-flagellante, ni avec les pères fouettards de l’identité nationale soi-disant disparue.
Il refuse de penser que la modernité impose un abandon de ce qu’est l’apport extraordinaire de la pensée occidentale à l’humanité ou que cette même modernité est le diable en personne détruisant nos différences.
Il pense qu’elle doit permettre de continuer à progresser dans la recherche d’un humanisme qui ne peut être relativiste mais qui également ne peut se recroqueviller sur lui-même.
La tâche n’est évidemment pas simple mais rien n’a jamais été simple dans l’histoire de l’humanité et cette dernière a prouvé maintes fois son courage en relevant des défis que l’on croyait insurmontables.
Mais le Centrisme n’est pas un angélisme.
Il ne prône aucunement le compromis et encore moins les compromissions avec les ennemis de la démocratie républicaine, ce qui impose une lucidité et une résistance de tous instants aux attaques que cette dernière subit incessamment.
Surtout, il sait que c’est l’abandon progressif des idéaux humanistes de cette démocratie républicaine mais aussi de sa capacité de résistance, portés par le libéralisme et la démocratie-chrétienne, qui peuvent aboutir in fine à une catastrophe.
Et il aimerait bien que nos maitres-penseurs travaillent à l’éviter plutôt qu’à tenter de squatter les plateaux télés avec des théories souvent fumeuses, parfois dangereuses.



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