dimanche 19 mars 2017

Actualités du Centre. Sondage: le populisme se trouve aux extrêmes moins au centre

Selon un sondage Ipsos pour le Cevipof et Le Monde, les Français ont des tendances populistes assez fortes même si certaines questions sont à double tranchant.
Ainsi, lorsque 82% des sondés estiment que «les hommes politiques à l'Assemblée nationale doivent suivre la volonté du peuple», cela peut vouloir dire qu’ils veulent l’institution d’un mandat impératif (le représentant doit impérativement voter pour les mesures pour lesquelles ses électeurs sont pour lors de l’élection ou par consultation de ceux-ci à chaque décision à prendre) ou, tout simplement, qu’ils souhaitent qu’il respecte ses promesses et sa profession de foi qui ont été à la base de son élection tout en ayant la latitude de décider selon les circonstances et en toute responsabilité.

D’un côté, on a une réponse populiste (et en phase avec le système de démocratie directe), de l’autre en cohérence avec la démocratie représentative.

De même, ces 82% peuvent partager cette proposition parce qu’ils ne font pas confiance aux politiques (populisme) ou tout simplement parce qu’ils énoncent un principe (démocratie).

En revanche, lorsque ces mêmes sondés affirment à 72% que «les différences politiques entre les citoyens ordinaires et les élites sont plus grandes que les différences entre citoyens» ou à 60% qu’ils préfèreraient «être représentés par un citoyen ordinaire plutôt que par un politicien professionnel, leur opinion entre sans conteste dans les critères de la définition du populisme qui est, entre autres, une défiance des élus .

Ils font leur cette idée étrange mais très populiste que le personnel politique ne serait pas issus du «peuple» et que ce dernier saurait mieux ce qu’il faut faire que quelqu’un qui a décidé de servir sérieusement son pays.

De plus, en le qualifiant de «professionnel», il utilise ce terme de manière péjorative alors même que l’on peut estimer qu’ils souhaiteraient dans leur vie quotidienne toujours être face à un professionnel comme, par exemple, être soignés par un médecin «professionnel» que par un médecin «citoyen ordinaire»!

Quant à l’affirmation selon laquelle «les décisions politiques les plus importantes devraient être prises par le peuple et non pas par les hommes politiques», partagée par 62% des sondés, on se demande quelles sont celles qui entrent dans ce cadre.

S’il s’agit de savoir si le pays doit se doter de telle ou telle arme de destruction massive, pourquoi pas.

Si, en revanche, il s’agit de consulter le peuple avant l’usage de cette arme lors d’une crise internationale sévère ou d’une guerre, on ne voit pas comment cela serait possible sans annihiler l’intérêt même de la détenir puisque les adversaires du pays auraient tout le temps de réagir avant la décision des citoyens, si tant est qu’ils soient capables d’en prendre une en toute connaissance de cause…

En outre, on pourrait appliquer la même analyse que l’on a faite sur la nécessité pour les hommes politiques de suivre la volonté du peuple, à propos de l’opinion selon laquelle «les hommes politiques parlent trop et n'agissent pas assez» et qui est partagée par 86% des sondés (item qui arrive en tête).

Il peut s’agir d’une critique populiste envers des notables qui promettent beaucoup, tiennent peu et n’agissent pas (vision populiste).

Mais cela peut aussi signifier que les Français veulent réellement que des décisions soient prises dans beaucoup de domaines et que les réformes promises depuis longtemps par le personnel politique soit enfin mises en œuvre (fonctionnement normal de la démocratie)

La dernière question, où aucune majorité absolue ne se dégage, est celle  qui énonce la proposition suivante: «En politique, lorsqu'on parle de compromis, c'est qu'on renonce en réalité à ses principes».

Si seulement 18% des sondés ne la partagent pas, ils ne sont que 49% à être d’accord avec son énoncé.

Si on se demande pourquoi elle se trouve dans un questionnaire sur le populisme (l’intransigeance n’étant pas une valeur populiste mais plutôt sectaire, ce que n’est pas forcément le populisme), il est intéressant de voir que ceux qui sont les plus critiques envers elle sont les sympathisants centristes.

Ainsi, seuls 31% de ceux du MoDem et 44% de ceux de l’UDI la partagent, de même que 43% de ceux d’En marche! (et 44% de ceux qui se disent d’aucun parti).

Le consensus et le compromis sont des principes centristes ce qui se vérifient ici.

En règle générale, les sympathisants de l’axe central (droite réformiste à gauche réformiste en passant par le centre libéral social), sont ceux qui ont les réponses les moins populistes.

Sans surprise, c’est du côté de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite que le populisme obtient ses meilleurs scores.

Cependant, à toutes les questions ce sont bien les tendances populistes qui sont malheureusement les plus fortes de tous les côtés de l’échiquier politique

Enfin, on regrettera que ce sondage parle des «homes politiques» et non du «personnel politique» à un moment où le populisme ambiant regrette, tout à la fois, la misogynie du monde politique mais aussi l’absence d’«homme fort»…

(Sondage Ipsos réalisé du 1er au 5 mars 2017 par internet auprès d’un échantillon de 15887 personnes âgées de plus de 18 ans et représentatives de la population française dont 10854 affirment être sûres d’aller voter / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)




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