vendredi 3 mars 2017

Une Semaine en Centrisme. Un duel Macron-Juppé, rêve des centristes?

Alain Juppé & Emmanuel Macron
Mais où sont les centristes dans cette élection présidentielle?
En tout cas ceux qui font partie des formations centristes ou des ailes centristes à l’intérieur de partis de droite ou de gauche.
C’est une bonne question tant on ne sait plus trop dans quels camps ils se trouvent à quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle.
Il y en a essentiellement chez François Fillon et chez Emmanuel Macron.
Il y en avait eu, lors de la primaire LR, chez le premier nommé, chez Sarkozy, chez Juppé, chez Le Maire, chez Koscuisko-Morizet et déjà chez Macron ainsi que nulle part (Jean-Louis Borloo).
De même, lors de la primaire PS, il y en avait chez Valls, chez de Rugy, chez Bennahmias et toujours chez Macron ainsi que nulle part…
Après ces deux primaires, il y en a eu aussi du côté de François Bayrou qui après avoir soutenu Juppé et avant de soutenir Macron, se demandait s’il n’allait pas se présenter.
Pour un courant politique, cela fait un peu désordre – d’autant qu’électoralement parlant, il n’est pas au plus haut – mais n’est guère nouveau puisque l’on trouve des centristes au Mouvement démocrate, à l’UDI qui n’est qu’une confédération de partis qui regroupent principalement Les centristes (anciennement Nouveau centre), l’Alliance centriste, la Fédération européenne démocrate (FED) et le Parti radical.
Mais il y en a aussi aux Radicaux de gauche mais aussi au Parti écologiste, à l’Union des démocrates et écologistes (UDE), mais aussi à Les républicains et au Parti socialiste…
Quoi qu’il en soit, ceux qui se sont empressés d’affirmer que les centristes étaient quasiment tous derrière Emmanuel Macron ou tous ceux qui disaient qu’ils étaient quasiment tous derrière François Fillon, racontaient n’importe quoi, soit pour donner de l’importance à leur candidat préféré, soit pour l’affaiblir!
Car, même si la candidature de Macron est complètement centro-compatible (ce que n’est pas celle de Fillon), le leader d’En marche! ne se reconnait pas en centriste (même s’il l’est plus ou moins) mais plutôt en progressiste réformateur dont les racines sont à gauche.
Pour autant, la situation pouvait être plus ou moins clarifiée même si elle demeurait mouvante à ses marges.
Avec Macron, le MoDem de François Bayrou et une minorité non-négligeable et en constante augmentation de membres en rupture de banc avec l’UDI ainsi que les centristes du PS, de l’UDE et du Parti écologiste, de même que quelques uns de LR.
Avec Fillon, la majorité de l’UDI et de celle des centristes de LR.
Voilà une répartition qui semblait actée jusqu’à la présidentielle.
Et puis il y a eu le Pénélope Gate. (du nom de la femme de François Fillon)
Au fur et à mesure que cette affaire de détournement de fonds publics impactait négativement la campagne du candidat LR, nombre de membres de l’UDI ont rejoint les rangs des soutiens d’Emmanuel Macron sans pour autant faire bouger les dirigeants de la confédération centriste même si leur position devenait de plus en plus intenable.
Et puis il y a eu l’annonce par François Fillon lui-même de sa prochaine mise en examen.
Ce qui a de nouveau provoqué des chamboulements dans le paysage  politique, en particulier chez les centristes.
Désormais, on en trouve encore chez Fillon (mais de moins en moins), toujours chez Macron (de plus en plus), à nouveau chez Sarkozy (un peu) et chez Juppé (beaucoup) ainsi que toujours nulle part...
Une situation ubuesque, peu à la gloire des partis et des personnalités centristes mais qui va peut-être connaître un nouveau chamboulement si LR parvient à se débarrasser de Fillon et à mettre à la place Juppé.
Si le maire de Bordeaux devient le candidat de LR à la présidentielle, il va y avoir un vrai casse-tête chez nombre de centristes, surtout de ceux qui ont rejoint Emmanuel Macron comme, par exemple, François Bayrou.
Parce que le programme de Juppé ainsi que sa personne sont depuis toujours centro-compatible (même si elles le sont moins que celui et celle de Macron).
Surtout, les liens entre Alain Juppé et les  centristes sont plus anciens et plus profonds que ceux qui se sont tissés entre ces derniers et Emmanuel Macron.
Pour autant, doit-on s’attendre à une transhumance inverse avec le retour vers Juppé des soutiens centristes actuels de Macron?
Sans doute que quelques uns le feront mais il ne devrait pas y en avoir autant que cela.
Tout simplement parce que l’annonce de la candidature d’Alain Juppé sera certainement un électrochoc politique mais celui-ci risque de ne pas durer et de ne rien régler au fond.
Il faut imaginer le chaos que cela provoquera à LR avec des haines, des rancunes et des inimitiés qui ne pourront pas cohabiter ensemble jusqu’en avril.
Sans oublier que le programme à soutenir changera totalement ce qui provoquera quelques grincements de dents voire de ruades contestataires.
Sans parler des questions de personnes et des places promises aux uns et aux autres par Fillon alors que Juppé arrivera avec les siens et ses promesses qu’il leur a faites.
De même, la place des centristes – alors même qu’aucun accord n’est encore signé en LR et l’UDI pour les législatives – sera l’objet de nouvelles tractations (ce serait bête que l’UDI ne profite pas du désarroi de LR pour grappiller encore plus de circonscriptions gagnables) alors que le temps ne jouera pas en faveur d’une candidature Juppé et d’une position ferme de LR envers son «alliée naturelle».
Enfin, le programme dévoilé par Macron, sa dynamique actuelle et son potentiel d’avenir le rendent bien plus séduisant qu’un Juppé, vieux combattant de la politique, de surcroit le perdant d’une primaire qu’il a fallu repêcher au dernier moment face aux comportements erratiques de son vainqueur.
On a connu des candidats plus sexy politiquement parlant…
Néanmoins, si Alain Juppé est le candidat LR, il y aura donc deux candidats de l’axe central (de la droite réformiste à la gauche réformiste en passent par le Centre) qui vont se faire concurrence.
Ce qui peut être une bonne nouvelle pour les centristes qui auront, si l’on en croit les sondages, quoi qu’il arrive, un président centro-compatible à l’Elysée lors des cinq prochaines années et qui pourront alors fêter «leur» victoire.
On comprend bien que Macron vainqueur tendra la main aux centristes de Juppé et que Juppé vainqueur fera de même avec les centristes de Macron, ce qui pourrait amener à une réunion des centristes, non pas sous leur propre bannière mais en soutien d’un président qui n’est pas de leur camp (et qui volera en éclat après le mandat de celui-ci, évidemment…).
Mais, si tout déraille, cela peut être une bonne nouvelle pour Marine Le Pen ou Benoit Hamon.
Mais alors pas du tout pour les centristes qui de futurs vainqueurs annoncés par les médias, seront peut-être les dindons d’une farce, pétrin dans lequel ils se seront mis eux-mêmes.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC

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