jeudi 23 novembre 2017

Une Semaine en Centrisme. Macron et Juppé vont-ils s’allier?

Emmanuel Macron & Alain Juppé
Selon la radio RTL, Emmanuel Macron et Alain Juppé ont déjeuné plusieurs fois en tête à tête, la dernière fois à l’Elysée voici trois semaines.
Selon le quotidien Le Figaro, c’est au cours de celui-ci que Macron a évoqué les élections européennes et sa volonté de réunir les progressistes pro-européens sur une même liste, idée qui aurait séduit Juppé et qu’il a reprise à son compte quelques jours plus tard devant les journalistes.
Quant à l’hebdomadaire Le Point, il rend compte d’un petit-déjeuner au Sénat entre le maire de Bordeaux et une vingtaine de ses fidèles afin «d’échanger sur la forme que pourrait prendre un éventuel ralliement» au président de la république.
Mais, pour paraphraser Juppé «nous n’en sommes pas encore là!»
Néanmoins, la convergence politique entre les deux hommes, tous deux positionnés sur l’axe central (réunissant humanistes progressistes de droite, de gauche et du Centre) est évidente sur la politique étrangère, sur l’éducation, sur l’ensemble de la politique étrangère, notamment, même s’il ne faut pas évacuer les différences ou les minimiser.
Les propos d’Alain Juppé sur la création d’un «grand mouvement central pro-européen» pour les prochaines élections européennes en sont la preuve, surtout que si l’on est capable de s’allier sur une question aussi importante que l’avenir et l’approfondissement de l’Union européenne, c’est que l’on partage nombre de positions politiques.
Aujourd’hui, devant la droitisation de LR avec la probable direction du parti qui va échoir à un Laurent Wauquiez qui chasse sur les terres de la droite radicale et extrémiste, les juppéistes ont le choix entre le soutien critique à Emmanuel Macron ou dans une alliance plus structurée qui feraient d’eux des membres de la majorité présidentielle.
Il ne faut pas oublier qu’Edouard Philippe, le premier ministre, est un proche d’Alain Juppé et que les deux hommes n’ont pas rompu depuis l’installation du premier nommé à Matignon, bien au contraire, même si le second fait bien la distinction entre lui et l’ancien maire du Havre.
Pour les juppéistes, le mieux serait évidemment de créer un parti de droite libérale et de centre-droit, une sorte d’UMP bis mais débarrassée de son aile la plus droitière, celle qui, depuis des années, lorgne vers le FN et une alliance électorale avec l’extrême-droite.
Ainsi, selon les propos d’Alain Juppé, «Les uns considèrent qu'en s'ouvrant au centre, on ouvre la voie au Front national, je ne le crois pas. (…) Dans tous les pays où la droite se durcit, l'extrême droite monte. C'est ce qui s'est passé en Autriche, c'est ce qui se passe en Pologne aujourd'hui».
Mais Juppé et ses amis ne veulent sans doute pas créer un groupuscule comme peut l’être aujourd’hui Les constructifs autour de Thierry Solère et Franck Riester, voire un petit parti sans grande influence telle l’UDI ou même le Mouvement démocrate avant l’heureuse surprise des élections de 2017.
C’est donc dans un rassemblement assez large qu’ils voient la constitution d’une formation qui pourrait peser sur la vie politique française et reconstruire la droite réformiste et humaniste tout en jouant la carte du soutien critique au pouvoir en place.
Celle-ci permettrait en outre la continuation de la recomposition du paysage politique avec, après la création de LREM positionnée au centre de l’axe central, l’aggiornamento de cette droite qui fait partie idéologiquement de ce dernier, en attendant un même mouvement du côté de la gauche social-libérale (celle-ci étant trop en miette et en déshérence actuellement pour s’atteler à cette tâche avec un Manuel Valls très isolé).
Toujours est-il que la prochaine élection du président de LR sera sans doute la date pivot pour que les juppéistes se mettent en route.
Comme le dit au Point Fabienne Keller, sénatrice du Bas-Rhin et fidèle du marie de Bordeaux, «On a fait le constat que la recomposition politique était loin d'être achevée».
De son côté, Dominique Bussereau, président du conseil départemental de la Charente-Maritime a rappelé que «Nous avons fait le point sur la situation des Républicains, celles des Constructifs, de l'UDI» mais qu'«il n'y a pas eu de prise de position commune, car il y avait des gens de différentes sensibilités autour de la table».
C’est sans doute cela qui posera problème pour que tous ces juppéistes s’unissent dans une même formation.
Mais qu’ils le fassent ou non, tous devraient, ad minima, opter pour une opposition constructive à Emmanuel Macron dans un premier temps.
Bien entendu, la création d’un parti de droite libérale et de centre-droit serait, en même temps, un concurrent de LREM et son objectif serait de s’étendre, à terme, au détriment de cette dernière, voire de récupérer son aile droite si le «macronisme» n’était qu’éphémère.
Alain Juppé n’aurait-il pas déclaré que si Macron échouait, Edouard Philippe aurait vocation à diriger son «grand mouvement central».
De son côté, le président de la république souhaite évidemment un rapprochement avec cette droite libérale et progressiste qui partage la philosophie de son programme de réformes.
Cela lui permettrait de montrer au pays qu’il existe un axe central particulièrement fort pour le soutenir dans sa volonté de transformer le pays et dont il serait le chef «naturel».
De même, sur le plan européen, la constitution d’un grand mouvement central pour les élections au Parlement européen démontrerait, en cas de succès, la volonté de la France d’approfondir l’Union européenne et de prendre le leadership dans ce domaine.
Cependant, Emmanuel Macron ne mésestime certainement pas la possibilité, avec un rapprochement, de créer un futur concurrent de LREM, voire d’une personnalité issue de cette formation de droite libérale et progressiste qui serait son principal adversaire lors de la prochain présidentielle.
On peut donc penser que si rapprochement il y a, il voudra l’encadrer le plus possible.
In fine, une alliance en bonne et due forme entre Juppé et Macron dépendra de la situation politique de la France, de l’Europe et du monde.
S’il y a montée des périls, notamment celle des extrémistes de tous bords, alors cette alliance a une forte chance de voir le jour.
Mais il y aussi la possibilité que Juppé et Macron deviennent à terme concurrents pour s’approprier l’axe central au risque même de détruire celui-ci.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC


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