samedi 18 août 2018

Une Semaine en Centrisme. Rentrée politique: les dossiers chauds des centristes

Alors que La république en marche n’a pas prévu d’événement particulier pour la rentrée politique, les autres formations centristes auront chacune le leur.
Ainsi des universités d’été du MoDem (Guidel plage le 21 septembre), de l’UDI (Le Barcarès du 7 au 9 septembre), du Mouvement radical (Montpellier les 22 et 23 septembre) et de la Fête de la Pomme de Les centristes (Honfleur le 8 septembre).
Nul doute que les leaders de ces partis auront à cœur de définir l’action de ceux-ci ainsi que leur positionnement sur plusieurs dossiers chauds dont certains feront sans doute l’actualité au cours des prochains mois.

Les trois principaux seront:

- La réforme des institutions
Son examen par le Parlement a été ajourné suite à l’«affaire Benalla» pour ne pas créer d’interférences même si l’Assemblée nationale état parvenue presqu’à la fin du processus d’étude de la révision constitutionnelle (les autres textes devant être examiné plus tard et ne nécessitent pas un vote du Congrès ou un référendum).
Certains pensent que cet ajournement pourrait être un enterrement politique et que le Gouvernement va passer à autre chose, l’agenda des réformes étant encore fourni (comme, par exemple, la réforme des retraites).
C’est dans ce sens que l’on a pu interpréter les propos du délégué général de LREM, Christophe Castaner, à ce sujet.
Reste que la réforme des institutions demeure une priorité absolue pour le MoDem et son président et que l’ajournement-enterrement serait très mal vécu par François Bayrou après la claque de l’abandon de la Banque de la démocratie (sa proposition pour financer la vie politique).
En revanche, l’UDI par la voix de son président, Jean-Christophe Lagarde, et du président du groupe Union centriste au Sénat, Hervé Marseille, a prévenu qu’elle ne la voterait pas en l’état.
Difficile de savoir ce qui va se passer en la matière même si la logique voudrait que cette réforme soit menée jusqu’au bout puisqu’il s’agissait d’une promesse forte d’Emmanuel Macron pendant la campagne des présidentielles et qu’il ne faudrait pas braquer constamment le Mouvement démocrate qui pourrait commencer à penser qu’il ne compte vraiment pas pour grand-chose dans la majorité présidentielle.

- L’affaire médiatico-politique Benalla
Si le MoDem s’est rangé sans réserve derrière le Président de la république et le Gouvernement et a dénoncé avec force une instrumentalisation (excepté peut-être la députée du Puy-de-Dôme, Laurence Vichnievsky) de la part de la Droite et de la Gauche ainsi que des médias les représentant, l’UDI est demeurée, comme à son habitude, ambigüe, avec une dénonciation identique tout en s’en remettant à la Commission d’enquête du Sénat présidée par un proche de François Fillon et adversaire acharné de Macron…
On pense évidemment que les adversaires du pouvoir en place vont tenter de relancer l’affaire à la rentrée avec quelques nouvelles «révélations» mais personne ne peut dire si l’opinion publique adhèrera à ce procès politique.
En réalité, les centristes, à part peut-être les amis d’Hervé Morin, n’ont guère intérêt à voir cette «affaire» parasiter le politique et le travail parlementaire alors que c’est le but affiché de la France insoumise, du Rassemblement nationale et de Les républicains.

- La préparation des élections européennes
La rentrée va aussi être consacrée à la mise en place des listes et des programmes en vue des prochaines élections européennes qui se dérouleront le 26 mai 2019 afin d’élire les 79 députés au Parlement européen.
On connait l’importance de l’Europe et de son union pour tous les partis centristes sans exception avec cette volonté d’approfondir cette dernière et de lutter contre les populismes et les extrémismes qui veulent l’abattre.
Il s’agira donc pour ces partis de mener une lutte qui va être très dure au niveau européen mais aussi de démontrer que la victoire centriste en France en 2017 n’est pas un accident et qu’Emmanuel Macron et ses réformes sont toujours soutenues pat les électeurs.
Car ce sera le premier rendez-vous électoral depuis son élection à l’Elysée d’où son importance et d’où des préparatifs qui vont s’accélérer lors de cette rentrée politique.

Plus généralement, les différentes formations devraient également (ré)affirmer leur relations vis-à-vis du Président de la république et du Gouvernement.
Du côté de LREM les choses sont assez limpides avec un soutien sans réserve de leur action même si des états d’âme existent mais c’est assez commun dans une formation aussi large, noyau central de la majorité.
Verra-t-on, en revanche, les quelques électrons libres (qui se comptent au maximum sur la moitié des doigts d’une main) s’en aller créer un nouveau groupe à l’Assemblée nationale comme ils le souhaitent depuis des mois et faire une alliance improbable avec des éléments de centre-gauche, de centre-droit, de droite et nationalistes?
C’est une possibilité mais qui sera largement un non-événement parce que n’ayant aucune cohérence politique.
Du côté du Mouvement démocrate, la problématique demeure la même.
Pas question de quitter la majorité présidentielle qui est le cœur même de l’existence parlementaire du parti mais toujours l’existence d’un questionnement à propos du positionnement vis-à-vis du pouvoir et du partenaire LREM.
A chaque fois qu’il y a un grippage ou une attaque politico-médiatique contre la présidence et le gouvernement, François Bayrou réaffirme la loyauté totale de son parti à Emmanuel Macron.
Ce qui ne l’empêche pas de faire de nombreuses critiques sur l’action du Gouvernement…
En réalité, le MoDem ne sait toujours pas s’il peut exister en tant que force politique réelle (avec nombre d’élus) sans le parrainage macronien d’autant que la réponse des analystes serait plutôt négative.
S’il sent que cela devient possible, alors, pas de doute, il jouera la carte de l’indépendance et d’un soutien moins inconditionnel parce qu’il en ira de sa survie à moyen terme et de sa crédibilité.
Du côté de l’UDI, la question de la ligne se pose tout autant que l’existence même du parti.
Si, jusqu’à maintenant, Jean-Christophe Lagarde a réussi l’impossible en faisant exister une formation dont le lien entre les membres est quasi-inexistant et qui n’est pas beaucoup plus qu’un cartel électoral, les prochains mois devraient décanter son avenir.
Pour l’instant, l’UDI va rejouer sa partition d’un soutien conditionnel ou d’une opposition critique avec un tropisme nettement marqué à droite (l’élection de Maurice Leroy, ex-soutien inconditionnel de Nicolas Sarkozy puis de François Fillon, comme vice-président de l’Assemblée nationale au titre de membre de l’UDI en est une preuve) pour tenter de jouer sur tous les tableaux, c’est-à-dire le succès du pouvoir en place ou son échec.
On appelle souvent cela de l’opportunisme et, en l’espèce, c’en est souvent.
Du côté de Les centristes d’Hervé Morin, on serait tenté de dire qu’ils n’ont plus de centriste que le nom car le positionnement de ce petit parti sans réelle capacité politique actuellement est à droite avec son leader qui tente de revenir dans le jeu national par le biais de son titre tout à fait honorifique de président de l’association des présidents des régions françaises avec des attaques d’une rare violence contre la personne d’Emmanuel Macron.
On peut penser qu’à terme cette formation sera diluée dans une formation de droite libérale comme le furent, ces dernières décennies, plusieurs autres du même genre.
Du côté du Mouvement radical, on peine pour l’instant à exister, la fusion du Parti radical et du Parti radical de gauche n’ayant pas produit une dynamique particulière.
Reste que la formation existe et qu’elle est en train de se structurer.
Si cette rentrée devrait être encore difficile, elle compte mettre le paquet pour les élections européennes de 2019 qui démontrera, ou non, son utilité politique.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC
Jean-Louis Pommery
Directeur des études du CREC


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