mardi 16 octobre 2018

Actualités du Centre. Bayrou défend l’action de Macron dans un monde qu’il estime de plus en plus dangereux

François Bayrou
A-t-il compris qu’il fallait ne pas trop jouer contre son camp? A-t-il reçu des assurances que son parti, le MoDem, serait bien servi lors du prochain ralliement? Ou est-il seulement dans la phase positive de sa stratégie où il alterne soutien à Emmanuel Macron et critiques envers son action?
Toujours est-il que, selon nombre de commentateurs, François Bayrou s’est livré à un plaidoyer de l’action du Président de la république et de son gouvernement lors de son passage sur RTL dimanche dernier.
Mais ce qui ressort avant tout de son intervention est une dramatisation de la situation mondiale et de l’avenir de l’Union européenne ainsi que celui de la France.
C’est peut-être là que se trouve la clé des propos du président du Mouvement démocrate, dans cette perception que, dan ces temps hasardeux, il faut resserrer les rangs devant les menaces sur la démocratie républicaine et que les critiques virulentes et souvent purement polémiques venues quotidiennement des mondes politique et médiatique envers l’action du pouvoir couplées avec les manipulations des opinions publiques, sapent inexorablement les fondements mêmes des régimes démocratiques dans l’ensemble des pays occidentaux dont, évidemment, la France.
Ainsi, parlant de l’Europe, il a déclaré:
«Il n'est pas de question historique plus grave que la question de savoir si nous devons rapprocher les pays européens pour qu'ils défendent leur civilisation contre les assauts de toutes ces sociétés qui se soumettent à la loi du plus fort ou bien si nous devons nous séparer.
Si nous nous séparons, alors nous donnons la victoire aux autres, à tous les autres et, d'ailleurs, regardez les efforts qu'ils font, notamment Donald Trump, pour que l'Europe explose, pour que le Brexit soit le plus dur possible, pour que chacun des pays se retrouve sur le chacun pour soi. Ces efforts montrent à eux seuls suffisamment quel est l'enjeu.»


Extraits:
- Est-ce grave ce remaniement qui dure?
C'est une décision du Président de la république et je crois qu'elle a beaucoup de sens.
Qu'est qu'a voulu faire, me semble-t-il, c'est mon intuition, le Président de la république, il a voulu prendre du temps pour remettre de l'ordre dans les esprits.
Comme vous le savez, vous en êtes les spectateurs attentifs, alors, c'était un déchaînement d'hypothèses, de commentaires, de prises de position saugrenues et le Président de la république a voulu, car c'est dans sa fonction, prendre le recul nécessaire pour que les choses se remettent dans l'ordre.

- N'est-ce pas le signe d'une fébrilité?
Je crois que c'est le contraire. La fébrilité consiste à agir par impulsion dès la première seconde, car on se sent pressé par un événement.
Il se trouve que le Président de la république, je comprends cela très bien, comme d'autres avant lui, je pense par exemple à monsieur Mitterrand que j'ai beaucoup observé dans ce type de situation, s'est refusé de se faire mettre sous la pression et d'agir car on vous crée des événements un peu artificiels et qui vous obligent à prendre des décisions non réfléchies.
Ce que le Président de la République a voulu, me semble-t-il, c'est faire que chacun se rende compte de ce qui est essentiel et de ce qui est accessoire. Ce qui est accessoire, c'est cette agitation. Ce qui est essentiel, ce sont les missions que le Gouvernement et la majorité ont à remplir.

- Pas de nouvel élan?
(…) Ce qui se joue en ce moment, en France et à partir de la France, est essentiel pour l'équilibre de l'avenir de notre pays, de l'Europe et peut-être même du monde. (…) Le nouvel élan, comme vous dites, c'est le moment où les Français vont mesurer quelle est la dimension des enjeux et quel est le type de réponse ou de stratégie de long terme que le Gouvernement apportera à ces enjeux.
Si on se perd, si on perd de vue cette perspective et cet horizon, alors on se trouvera dans une situation dans laquelle l'écume des choses, des jours, les surgissements inattendus, les champignons médiatiques empêcheront de regarder l'horizon.
(…)
Je ne sais pas si vous voyez bien la situation aujourd'hui et je ne sais pas si, tous ensemble, nous faisons participer nos concitoyens à la prise de conscience de la situation telle qu'elle est.
Nous vivons sur un tout petit confetti, l'Europe, les pays européens, un tout petit confetti qui s'est fixé des règles de droit, de démocratie, dans laquelle les libertés sont respectées.
Partout ailleurs dans le monde, on voit un déchaînement de manifestations les plus brutales que l'on puisse imaginer et que l'on puisse inventer au service d'une loi, la loi du plus fort et du plus brutal.
(…)
C'est le monde. Vous regardez Donald Trump, vous regardez ce qui se passe au Moyen-Orient, vous regardez les récentes manœuvres russo-chinoises, vous regardez ce qui se passe en Turquie, vous regardez le drame que vous décrivez de l'Arabie Saoudite qui, semble-t-il, envoie un commando dans son ambassade en Turquie pour tuer et découper en morceaux un journaliste qui était peut-être gênant.
Nous, Europe, nous sommes ce tout petit archipel de personnes, qui croyons que la vie doit obéir à des principes et des lois.
Ce qui se joue, et qui est très important, c'est est-ce que des pays comme les nôtres sont capables d'être aussi forts, au service de la loi du plus juste, que les autres le sont au service de la loi du plus fort.
Je trace le cadre.
Ce qui se passe, c'est une deuxième question, un deuxième enjeu: ces pays, ce petit archipel de «pays liberté», vont-ils rester ensemble pour être plus forts ou vont-ils se séparer?
Je ne sais pas si vous voyez la dimension historique et séculaire de cette question. Or, de cela, Emmanuel Macron a une pleine conscience et c'est de cela qu'il parle.
(…)
Emmanuel Macron a vécu, et nous avons vécu avec lui, cet incroyable événement, bouleversant qui est la rencontre que l'élection présidentielle autorise parfois entre un homme, le destin qu'il propose à un peuple et le peuple qui le choisit et y adhère.
C'est pour lui une dimension essentielle. Or, cette dimension ne se résume pas à la gestion Gouvernementale. Il a un horizon historique.
(…)
Une autre question absolument centrale qui est: «Faut-il une réforme de l'État en France?».
Je suis persuadé que, si on devait écrire la liste hiérarchique des nécessités ou des urgences, il faudrait inscrire la réforme de l'État sur l'agenda des cinq années qui viennent.

- Vous êtes très en défense aujourd'hui d'Emmanuel Macron. On a pu lire dans le Point de cette semaine un propos que vous auriez tenu lors de l'Université de rentrée du MoDem disant que le pouvoir d'Emmanuel Macron est en déliquescence. 
C'est une fake news. Vous témoignerez que cela ne m'arrive jamais, mais j'ai appelé le directeur du Point et le chef du service politique du Point en leur disant que, s'ils avaient payé cette information, comme on dit, à la pige, ils s'étaient fait avoir, car elle était impossible et complètement fausse.
(…)

- Je vous cite en 2009, vous écriviez un pamphlet contre Nicolas Sarkozy, «Abus de pouvoir»: «Si j'ai une conviction à propos de la fonction présidentielle, c'est qu'un peuple comme le nôtre, avec son histoire, avec sa profondeur, n'a surtout pas besoin de quelqu'un qui se croie un surhomme". Y a-t-il de cela chez Emmnuel Macron aujourd'hui, une forme d'arrogance pouvant être perçue par l'opinion publique?
A aucun moment je ne l'ai senti. A aucun moment de notre vie dans les dix-huit mois de notre combat partagé, à aucun moment je ne l'ai vu et, si tel avait été le cas, vous me connaissez assez pour savoir que je l'aurais dit et que je le lui aurais dit.
Lorsque j'ai eu le sentiment, pendant l'été, que c'était une erreur que de ne pas s'adresser aux Français, de ne pas sortir de les l'Élysée pour aller les rencontrer, de ne pas tracer pour eux ce que l'horizon devait être, ce que tout à l'heure j'ai indiqué des grandes priorités de la France et du monde, je l'ai dit.

- Doit-il s'adresser aux Français rapidement ?
Je suis certain qu'il doit le faire et je pense qu'il le fera.
(…)

- Le Pape François a assimilé l'avortement à un acte de «tueur à gages», des propos extrêmement forts. Le chrétien que vous êtes a-t-il été choqué?
C'est une phrase violente et, je l'espère, sortie de son contexte. Pour cette sensibilité religieuse, c'est, en effet, un acte très violent. Cela dit, c'est la loi et on ne peut pas utiliser de telles formules contre la loi. C'est la loi française, c'est la loi d'un très grand nombre de pays dans le monde, car les législateurs ont été sensibles à la détresse des femmes à qui la situation imposait des grossesses qu'elles ne souhaitaient pas.
(…)

- Un autre sujet de société : la PMA pour toutes, pour les femmes célibataires et en couple lesbiens. S'agissant de cette loi promise par le candidat Emmanuel Macron qui va arriver très vite à l'Assemblée, les membres de votre groupe du MoDem auront-ils une liberté de vote ou pas?
Concernant les problèmes de conscience, il y a toujours liberté de vote.

- Vous êtes contre la PMA pour tous à titre personnel.
Je n'ai jamais dit cela et pour une raison extrêmement simple: cela se pratique tous les jours en Belgique, en Espagne. Or, j'habite à quelques kilomètres de la frontière espagnole. En outre, je connais un grand nombre de personnes ayant eu recours à cette technique, simplement car le désir d'enfants – un ami médecin m'a enseigné cela il y a très longtemps – est irrépressible.

- Vous soutenez donc la PMA pour tous?
Je sais très bien ce que cela heurte de conscience, mais je voudrais proposer une autre perspective. Certaines personnes croient que la démocratie consiste à faire triompher ses idées et ses convictions personnelles sur les autres. Moi, j'ai, depuis longtemps, défendu l'idée que cette vision n'est pas la vraie vision de la démocratie. La vraie vision de la démocratie dans une société comme la nôtre, c'est que l'on puisse défendre ses convictions, les faire respecter et que, cependant, tout le monde puisse vivre ensemble. Ceci est la loi. Je pense que ce débat viendra et je n'ai, pour ma part, pas la répulsion que vous évoquez sur ce sujet.
(…)

- S'agissant de la GPA elle-même, pourquoi ne pas l'encadrer en France?
Je suis contre, comme tout le monde - c'est à peu près universel dans le champ politique français, car cela aboutit à la marchandisation, à l'achat d'une grossesse.

- Vous avez exprimé dans la première partie de l'émission un soutien inconditionnel à Emmanuel Macron.
Pourquoi inconditionnel? Au contraire, éminemment conditionnel.

- Vous êtes son meilleur avocat.
Je soutiens Emmanuel Macron précisément, car il est aujourd'hui confronté à des situations historiquement majeures.

- Aujourd'hui comment percevez-vous la politique? Juste?!… De nombreux Français estiment qu'elle est injuste. Ne faudrait-il pas un rééquilibrage?
Un, il n'est pas juste de ne pas rappeler que le Gouvernement a augmenté l'allocation pour adulte handicapé, il n'est pas juste de ne pas indiquer qu'un certain nombre de minima sociaux ont été réévalués et ré-augmentés. Il n'est pas juste de ne pas rappeler que les classes des cours préparatoires dans les parties les plus déséquilibrés socialement et culturellement du pays ont été dédoublées. Ce n'est pas juste. Or, tout cela constitue un ensemble. Si vous dites que, oui, je suis favorable à toujours chercher le juste équilibre, vous aurez raison.
(…)


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