samedi 10 novembre 2018

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Macron, révélateur des contradictions et des blocages de la société française

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a toujours affirmé qu’il réformerait la France au risque de sa propre impopularité et qu’il dirait les choses comme il les pense au risque des polémiques.
Son objectif a toujours été et demeure de faire, selon ses dires, une «révolution» des comportements et de permettre au pays de (re)trouver une dynamique progressiste où, «en même temps» l’économie est libérée mais les solidarités renforcées afin que chacun puisse réaliser son projet personnel de vie dans une véritable méritocratie.
Pour cela, les réformes avaient clairement été indiquées dans leur succession expliquées (d’abord libérer l’économie puis implémenter des mesures sociales dans un juste équilibre).
De même, il estimait qu’il y avait des «vérités» à dire parce qu’il fallait s’attaquer aux blocages politiques et sociétaux.
Et, avec ce programme présidentiel et ce projet politique, Emmanuel Macron a été élu avec plus de 66% des voix.
Tout cela sont des faits.
Va-t-il parvenir à ses fins?
Il est trop tôt pour le dire mais ce qui est sûr, c’est qu’il fait globalement ce qu’il a dit qu’il ferait au risque de l’impopularité et des polémiques.
Bien entendu, n’étant pas Dieu, ni parfait, l’actuel président de la république a commis quelques impairs et maladresses dans son action, surtout dans son discours.
Mais, au-delà de l’accord ou non avec la politique menée, ce qui est particulièrement révélateur de cette période (où les populismes et les extrémismes montent en puissance), ce sont les réactions de la société à cette entreprise où Macron apparait comme le révélateur des contradictions, des blocages, des clientélismes, des irresponsabilités qui traversent le corps social et minent le lien social de la démocratie républicaine.
On savait les Français réformateurs en parole.
En acte, ils le sont quand cela touche… les autres!
Ce particularisme assez mesquin ressurgit lors de chaque réforme ou à chaque fois qu’il faut faire un effort, voire un sacrifice conjoncturel.
Il a peut-être et sans doute surestimé la capacité d’un peuple – qu’il soit français ou d’une autre nationalité – à prendre la mesure des défis à relever, surtout à les accepter dans un monde libertario-hédoniste du chacun pour soi, du tout, tout de suite et du sans contrainte pour soi avec la montée ô combien dangereuse d’une autonomie égocentrique irresponsable assistée irrespectueuse insatisfaite de l’individu.
De même, en voulant redonner de la «hauteur gaullienne» à la présidence, il n’a pas calculé à sa juste mesure les risques qu’il prenait.
Depuis le début du millénaire, la fonction est devenue celle qui cristallise contre elle tous les mécontentements, toutes les frustrations, tous les ressentiments, toutes les insatisfactions, toutes les exaspérations, toutes les irritations.
Et ce phénomène ne va qu’en s’accentuant quel que soit la personne qui se trouve à l’Elysée.
En se mettant en première ligne constamment, il n’est plus, souvent, qu’une sorte de pinata mexicaine où se défoulent, voire se déchaînent, les médias, les oppositions politiques et le bon peuple avec le danger réel d’un mur infranchissable de contestation pour la poursuite de son action réformatrice.
Quand on voit que les Français lui ont reproché majoritairement le départ de Nicolas Hulot du gouvernement et qu’ils lui reprochent tout aussi majoritairement l’augmentation des taxes sur les produits pétroliers, on voit bien que tout est sujet à s’en prendre au président de la république quel qu’il soit (Sarkozy et Hollande en savent quelque chose…).
En ouvrant en grand la boite de Pandore, Emmanuel Macron révèle à la société française, ses irresponsabilités, ses incapacités et ses incohérences face aux challenges qu'elle ne peut pas refuser d'affronter indéfiniment.
Mais la méthode abrupte qu'il a adopté pour faire prendre conscience de l'urgence de ces challenges recèle également l'énorme danger de braquer les Français et d'aboutir à un immobilisme létal.
Reste que le pari d’Emmanuel Macron, démontrer que la démocratie républicaine a encore un avenir et qu’elle peut être soutenue par une majorité de la population au moment du retour en force du populisme et de l’extrémisme et face à a médiocrité démagogique d’une grande partie du personnel politique, est juste.
Ce pari n’est absolument pas gagné d’avance (avis à ceux qui auraient «oublié» les scores de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite lors de la dernière présidentielle ainsi que la situation dans certains pays occidentaux).
Mais il ne l’est pas non plus quand on voit les comportements irresponsables des partis clientélistes de droite et de gauche qui constamment mettent de l’huile sur le feu, non pas à propos d’un quelconque débat idéologique, simplement pour s’opposer afin d’exister ou ne pas disparaître.
Que personne ne se trompe, ce pari est aussi celui de tous les démocrates du monde entier qui ne se résignent pas à la montée des extrêmes, des populismes et des clientélismes qui détruisent la démocratie républicaine de l’intérieur pendant que les terroristes, les autocrates et les dictateurs l’attaquent de l’extérieur.
Après, à chacun de prendre ses responsabilités vis-à-vis de ce combat puis d’assumer ses choix.


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