mardi 13 août 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Après Mussolini, Salvini?

Les peuples oublient l’Histoire mais l’ont-ils vraiment apprise…
Quand bien même l’auraient-ils vécue, qu’une grande partie d’entre eux l’auraient déjà transformée en légende.
C’est bien comme cela qu’il faut comprendre comment les régimes criminels et sanglants sont, peu à peu transformés en «épopées» et en «grandeurs» nationales et les salauds qui les dirigèrent en «héros» et en «demi-dieu».
Dès la fin de la Deuxième guerre mondiale, une majorité d’Allemands – interrogés pour des sondages réalisés par l’armée américaine – estimait, à la grande stupeur de celle-ci et dans les ruines encore fumante du III° Reich, que le nazisme était «une bonne idée mal appliquée»…
Et s’il y eu une «dénazification» (toute partielle et d’une efficacité discutable) en Allemagne, ce fut nettement moins le cas pour le Japon (où l’empereur, premier responsable de la guerre, fut déclaré innocent pour des questions géopolitiques) et, surtout, en Italie où Benito Mussolini garda la sympathie d’une partie importante de la population.
Quant à Staline, il faisait partie des vainqueurs…
Ce n’est pas d’hier que l’on entend beaucoup d’Italiens prétendre que le Duce fit beaucoup de bien à l’Italie malgré la dictature violente, les tueries et les désastres militaires qui se succédèrent pendant son pitoyable règne.
Il faut dire que face au diable ultime que fut Hitler, Mussolini (inspirateur du premier nommé) faisait figure de dictateur d’opérette, en tout cas de petit diablotin peu dangereux.
C’est pourquoi l’on peut visiter sa tombe dans sa ville natale et que l’on peut acheter, dans les échoppes qui ont fleuri tout autour, tous les «souvenirs» possibles et imaginables ainsi que la tenue parfaite du petit fasciste (la chemise noire est un des best-sellers).
Mais il n’y a pas de dictateur d’opérette.
Un dictateur est toujours un scélérat avec ce qu’il charrie de haine, de violence et d’exactions avec le concours de ses affidés et, trop souvent, le soutien populaire.
Dès lors, l’entreprise de réhabilitation de «Benito» ne fut pas longue à se mettre en place et plana sur la scène politique italienne où les anciens fascistes furent nombreux à s’y installer.
Matteo Salvini, l’actuel ministre de l’Intérieur et leader de la Ligue, est l’héritier de tout cela.
Et le voilà désormais aux portes du pouvoir alors qu’il vient de faire éclater la coalition populiste et irresponsable qui dirige l’Italie depuis 2018, constituée de son parti et du mouvement populiste 5 étoiles.
Car, non seulement, il a remporté les élections européennes (alors que 5 étoiles a connu un échec) mais il est largement en tête des sondages alors même que son parti n’est arrivé qu’en troisième position lors de la dernière élection législative.
C’est pourquoi il appelle à un nouveau scrutin car il pense que le c’est le bon moment pour prendre le pouvoir.
Salvini n’a jamais caché son admiration pour Mussoilini et a envoyé des messages clairs à ce sujet (s’il revendique l’étiquette «populiste», il affirme ne pas se considérer pas comme fasciste, ce qui n’est pas l’avis de nombre de politologues italiens qui pointent les similitudes dans les paroles, les attitudes et les actes entre les deux hommes).
Comme par exemple son tweet le 29 juillet 2018, la veille de l’anniversaire de la naissance du dictateur, où il reprenait une de ses célèbres formules, «tellement d'ennemis, tellement d'honneur!» (Tanti nemici, tanto onore!).
Ou encore, le 3 mai dernier, il a donné prononcé un discours sur le tristement célèbre balcon de l’hôtel de ville de Forli, là même où Mussolini avait assisté à la pendaison de partisans de la démocratie.
Le recteur de l'université de Rome, Guido Fabiani, cité dans l’Obs, parle du «choix délibéré, calculé, cynique fait par Salvini de singer le Duce, de ré-exhumer jour après jour des bribes d'idéologie fascisante».
Comme l’explique une enquête du quotidien Le Monde de 2018:
«Dans l’histoire politique italienne, un seul leader s’est livré à ce genre de mise en scène de soi: c’est le père du fascisme, Benito Mussolini, auquel plusieurs des personnes sollicitées pour cette enquête – y compris des membres de la Ligue – ont fait spontanément référence, au cours de la discussion.»
Quoi qu’il en soit, même s’il ne singeait pas le Duce ou reprenait ses mots ou se rendaient dans des lieux symboliques du fascisme, Salvini est, par son idéologie, un de ses héritiers directs.
Il n’a pas besoin de se dire fasciste, comme Marine Le Pen n’a pas besoin de se revendiquer d’extrême-droite ou Donald Trump de se dire suprémaciste, pour que ses partisans sachent qui il est et ce qu’il veut.
On se rappelle, par exemple, de tous les signaux envoyés par Jean-Marie Le Pen à la sphère fasciste française tout en ne se déclarant jamais appartenir à celle-ci ou même partager ses idées.
Pour accéder au pouvoir, Hitler avait «modéré» son programme et pris des engagements démocratiques qu’il n’a évidemment jamais respectés.
Oui, le genre de personnages à la Salvini avance à moitié sous les projecteurs (pour conforter ses partisans) et à moitié dans l’ombre (pour ne pas susciter une opposition l’empêchant de parvenir au pouvoir).
C’est pourquoi, tous les défenseurs de la démocratie républicaine – dont les centristes – doivent se mobiliser pour faire en sorte qu’il ne devienne pas le président du conseil italien, ce qui serait un degré supplémentaire dans l’établissement d’un régime autoritaire en Italie.
Aujourd’hui, cette mobilisation doit être européenne parce que l’hydre totalitaire (qu’elle vienne de droite ou de gauche) plane sur tous les pays du vieux continent et sur ceux de l’Union européenne en particulier.
Et nous devons, tel Héraclès, éliminer la bête monstrueuse et renvoyer dans les poubelles de l’Histoire la canaille qui marche à ses côtés..


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