dimanche 16 février 2020

Municipales 2020. De potentielle place forte à probable maillon faible, l’énorme gâchis de LaREM à Paris

Paris est, politiquement et sociologiquement, une ville depuis longtemps centriste dont la particularité est de n’avoir jamais eu de maire centriste même si ses édiles élus au suffrage universel depuis 1977, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont géré la cité au centre (centre-droit avec Chirac et Tiberi pourtant hommes de droite, centre-gauche avec Delanoë et Hidalgo pourtant personnalités de gauche).
Il faut dire que les centristes parisiens, jusqu’à présent, avaient des leaders et/ou des candidats assez transparents (comme Michel d’Ornano en 1977 ou Marielle de Sarnez en 2008) et peu à même de s’imposer en tant que maire de la capitale.
Cela n’empêche pas Paris d’avoir cette fibre humaniste propre au Centrisme.
Car, oui, Paris n’aime pas les sectaires, elle n’aime surtout pas les populistes et les extrémistes dont les scores lors d’élections sont souvent anecdotiques.
C’est en partie la raison des scores excellents d’Emmanuel Macron dans la capitale en 2017 (puis de LaREM lors des législatives) et le temps semblait venu pour qu’elle devienne une place forte du Centre progressiste et social et que ce dernier s’impose aux municipales de mars prochain.
Mais ce ne sera sans doute pas le cas et la majorité présidentielle pourrait même bien y connaitre une de ses pires déconvenues, même si un sursaut hypothétique demeure encore possible.
Comment en est-on arrivé là?
Cette situation est autant due aux personnes, à ce qu’elles sont et à leurs erreurs qu’à ce qu’est LaREM comme organisation et de la manière dont elle fonctionne.
La seule chose qui n’est pas en cause, c’est le projet et la ligne politiques à la fois du programme pour Paris mais également celui que porte Emmanuel Macron pour la France.
Le choix de Benjamin Griveaux a été une erreur de taille.
Evidemment, nous ne parlons pas ici de l’affaire ignominieuse de la sex-tape qui vient de l’amener à se retirer de la campagne électorale mais plutôt de sa personnalité clivante, sans charisme, quasiment inconnue des Français, incapable de donner une âme à sa campagne et dont la nomination comme candidat du parti n’a pas été un exercice de démocratie interne des plus aboutis, c’est le moins que l’on puisse dire.
C’est d’ailleurs ce qui a amené cette guerre entre Griveaux et le prétendant malheureux, Cédric Villani qui a été un révélateur, à la fois, de la faiblesse du candidat officiel (de l’hubris du battu) et de la fragilité constitutive de LaREM.
Car si la guerre entre Griveaux et Villani est un problème de personnes, surtout d’égos, elle est surtout symptomatique de ce qu’est la formation présidentielle, une réunion de personnes mais pas encore, loin de là, un vrai parti.
Aujourd’hui, LaREM demeure avant tout constituée de gens qui ont rejoint à titre individuel Emmanuel Macron (et d’ailleurs le recrutement des candidats aux législatives c’est fait sur cette base d’une implication individuelle, les fameux «amateurs» vantés récemment par Emmanuel Macron).
Dès lors, elle s’expose, non seulement, à des guerres comme celle que l’on vient de connaitre à Paris – puisque chacun trimballe avec lui sa propre légitimité – mais aussi à des départs de militants (d’autant plus que l’adhésion est gratuite, c'est-à-dire qu’elle n’implique rien d’autre que de signifier que l’on est membre du parti ou qu’on ne l’est plus) et d’élus, ce qui s’est déjà produit avec une dizaine de députés, ce qui n’est guère exceptionnel au vu de ce qu’est LaREM.
Les dirigeants de celle-ci sont bien conscients de ces insuffisances, voire des ces inconsistances à la base même de son existence et travaillent à structurer ce «mouvement» sans y parvenir réellement d’autant qu’ils ne peuvent non plus gommer ce qui a fait son succès au risque de la faire imploser mais qui pourrait également entraîner sa chute.
Par ailleurs, l’actuelle déficience structurelle de LaREM, si rien ne change, lui donne peu de chances de survivre au départ d’Emmanuel Macron de l’Elysée que ce soit en 2022 ou 2027.
Parce que sans le lien Macron, nombre de militants et d’élus ne partagent pas grand-chose et que comme on vient de le dire, dans une telle adhésion, chacun y a mis ce qu’il a voulu, ce qui est aussi une des raisons de sa réussite mais également de son possible effondrement rapide.
Reste que l’on apprend de ces erreurs et que les leaders macronistes savent ce qui ne marche pas et peuvent s’atteler à réparer leur formation.
Pour cela, ils doivent certainement y mettre un peu de «professionnalisme».

Jean-Louis Pommery
Directeur des études du CREC


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