mercredi 20 avril 2011

Une semaine en Centrisme. L’identité du Centre et du Centrisme en danger de mort


La mode actuelle du Centre et du Centrisme dans les médias et dans la classe politique est, paradoxalement, un énorme risque pour ceux-ci de perdre définitivement leurs identités respectives et de n’être plus qu’un objet non-identifié sans grand intérêt (ONISGI) auprès de la population.
Pour la plupart des journalistes - même ceux qui sont spécialisés dans le domaine politique (comme ce fut le cas de l’auteur de ce texte) -, le Centre se définit comme un espace modéré entre la Droite et la Gauche et le Centrisme est une série de postures qui consistent à n’être ni de droite, ni de gauche. Un peu court!
Mais, forts de cette grille d’évaluation basique, les médias ont distribué à des partis et des personnalités leur qualité de «centriste».
On y trouve, bien entendu, les partis centristes bien répertoriés (Nouveau centre, Alliance centriste, Mouvement démocrate) et des personnalités (Hervé Morin, Jean Arthuis, François Bayrou, Pierre Méhaignerie). Même si l’on pourrait discuter du degré de centrisme de ceux que l’on vient de citer, globalement, le consensus existe sur leur appartenance à la galaxie centriste.
On y trouve ensuite des partis et des personnalités qui méritent, pour le moins, une meilleure évaluation quant à leur qualité de centriste. Dans cette catégorie, on trouve Jean-Louis Borloo et son Parti radical, Jean-Marie Bockel et sa Gauche moderne, Jean-Michel Baylet et ses Radicaux de Gauche et de Corinne Lepage et Cap 21, parti qu’elle préside.
En revanche, la dernière catégorie est une complète supercherie. Ainsi, quand les médias déclarent centristes Dominique de Villepin ou Nicolas Hulot, il ne peut y avoir qu’une réaction de consternation face à une duperie des intéressés soigneusement relayée par les médias (tout cela rappelle un peu le cas de Bernard Tapie, il y a quelques années…).
Mettre dans la catégorie «centriste» tous ceux que les journalistes ne peuvent caractériser clairement est un danger mortel pour le Centre et le Centrisme qu’il convient de combattre.
Car il existe bien autre chose que le terme «modéré» et un positionnement «ni droite, ni gauche» pour caractériser le Centre et le Centrisme.
Tous ceux qui militent dans les partis centristes ou qui lisent, par exemple, les textes publiés sur le site Le Centrisme le savent depuis toujours.
Pour les autres, le risque est grand de faire des mélanges de genre, des amalgames et au final de leur faire penser que le Centre est un marigot rempli d’opportunistes et de personnes sans aucune idée et/ou personnalité.
Rappelons que c’était déjà la volonté de la propagande des ennemis des centristes lors de la Révolution française!
Ce qui étonne le plus, c’est la quasi-apathie des centristes au regard de cet amalgame et de cette duperie. Ainsi, sans poser la moindre question, le Nouveau centre et l’Alliance centriste, par la voix de leurs présidents respectifs, Hervé Morin et Jean Arthuis, ont décerné au Parti radical de Jean-Louis Borloo et à la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel, leurs certificats de «centrisme» et s’apprêtent à les accueillir dans leur «confédération centriste» qui n’aura jamais aussi mal portée son nom.
Car ces deux formations sont, encore actuellement, membre de l’UMP pour le première et alliée de cette même formation de droite pour le seconde. Pire, depuis 2002, Jean-Louis Borloo a toujours revendiqué son étiquette de droite (avec un soupçon d’écologie) et Jean-Marie Bockel, celle de gauche (alors que Pierre Méhaignerie, par exemple, s’est toujours déclaré centriste). Les voilà depuis quelques semaines, seulement, «centristes», à ce qu’ils disent… On a connu la presse plus inquisitrice sur les affirmations des hommes politiques!
Pour ce qui concerne Dominique de Villepin, quelques membres des parti du Centre se sont, tout de même, inquiétés de l’étiquette de «centriste» que les médias lui ont accolé. Mais comme il représente environ 7% des voix actuellement, les leaders de ces partis sont demeurés étonnamment silencieux sur cette supercherie et même prêts à faire alliance avec lui.
Le cas de Nicolas Hulot est encore plus «abracadabrantesque» pour employer le terme de son grand ami (pas très centriste), Jacques Chirac. Car, non seulement, la star de TF1 a beaucoup d’amis à droite mais il a beaucoup de conseillers à gauche, voire à l’extrême-gauche, comme un de ses plus proches, Jean-Paul Besset. Quant à ces accointances centristes, avant qu’il ne se déclare candidat, elles n’étaient guère remarquables et remarquées …
Les leaders centristes, les vrais, doivent s’engager dans cette bataille de la communication. Dans un monde où il suffit souvent de prétendre pour être, il est inconcevable pour l’avenir du Centre et du Centrisme, pour le respect des militants et des électeurs centristes, qu’ils laissent croire que le Centre est une auberge espagnole et le Centrisme un simple jeu de rôle.
Bien sûr, le Centre n’est pas un club privé qui n’accepte plus de nouveaux membres. Bien au contraire. Mais il en faut plus pour en faire partie que de se déclarer centriste du jour au lendemain sans en apporter aucune preuve et alors que tout son passé milite en sens inverse.
Il en va de la crédibilité du Centre et du Centrisme. Il en va de leur existence.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC

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