mercredi 29 mars 2017

Vues du Centre – Jean-François Borrou. Macron, la grande peur du Figaro

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes et qui collabore épisodiquement à cette rubrique. Ses propos sont les siens et non ceux du CREC.





Emmanuel Macron
C’est la grosse artillerie qu’est en train de sortir la Droite en ce moment pour tenter désespérément de contrer la montée inexorable d’Emmanuel Macron.

Tout le monde est sur le pont, des trolls d’internet aux députés de LR qui déversent fausses informations, sous-entendus, insinuations et théorie du complot en saisissant la justice sur du vent.

Et la presse droitiste n’est pas en reste.

Je ne parlerai pas de titres comme Valeurs Actuelles qui n’est plus depuis longtemps qu’un simple bulletin de propagande.

En revanche, le cas du Figaro est assez symptomatique de ce qui se passe actuellement dans l’univers d’une droite radicalisée.

A l’inverse de ce que j’ai écrit récemment sur Le Monde et son attitude hypocrite qui est de se présenter en journal de référence qui traite les sujets le plus objectivement possible pour réfuter son parti-pris évident contre Emmanuel Macron (lire l’article ici), alors que l’on sait bien que son tropisme de gauche est une réalité depuis fort longtemps, le cas du Figaro n’est pas qu’il avance caché.

Il se dit de droite, il est de droite et il veut la victoire du candidat de droite à la présidentielle.

Aucune hypocrisie, donc, ou juste un peu quand il fait semblant de traiter tous les candidats de la primaire LR de la même manière alors qu’il a pris partie pour Sarkozy contre Juppé puis pour Fillon toujours contre le même Juppé.

A voir les propos clairs et sans équivoque de ses journalistes et de ses contributeurs, son positionnement à la droite de la Droite est une évidence qu’il ne peut contester et qu’il ne conteste d’ailleurs pas.

Qu’il soit donc un adversaire déterminé d’Emmanuel Macron qui se revendique comme un social-libéral progressiste proche du Centre mais aux racines de gauche, partisan d’une société ouverte – que des gros mots pour Le Figaro! – n’est guère étonnant.

C’est donc plutôt pour l’exemplarité de son opposition au leader d’En marche! qu’il est intéressant d’analyser son comportement et d’en comprendre les motifs.



Prenons donc le numéro qui est paru aujourd’hui, 29 mars 2017 – mais on aurait pu prendre la plupart de ceux qui sont parus lors des derniers mois.

Voyons d’abord le contenu.

- Pas moins de quatre attaques contre Macron sur la une: «Le doute grandit sur le projet économique de Macron» (titre principal) avec le chapô: «Selon plusieurs études, le projet d’En marche! ne relancera pas l’économie et coûtera plus cher que prévu en raison des nombreuses dépenses supplémentaires annoncées par le candidat»; «Immobile à grand pas, avec Macron le rétablissement des comptes attendra» (éditorial); «Hollande-Macron: ‘je t’aime moi non plus’» (accroche); «Mélenchon, Hamon, Macron: qui mobilise le plus à gauche» (accroche).

- Sur la double-page 4-5 pas moins de quatre articles sur les cinq pour attaquer Macron: «Macron tente d’imposer des règles à ses soutiens» avec le chapô «Le leader d’En marche! s’efforce de dissiper les doutes sur sa capacité à réunir une majorité s’il était élu président»; «Les hollandais en ordre dispersé face à l’ex-conseiller du président»; «A Berlin, le candidat Hamon ravit au leader d’En marche! le soutien de Schulz»; «Valls se rapproche d’un ralliement (à Macron) sans grand entrain».

- Page 14 entièrement consacrée à «Hollande-Macron: ‘Je t’aime, moi non plus’ avec le chapô «Inconnu il y a encore trois ans, le leader d’En marche! doit beaucoup au chef de l’État, qui l’a nommé secrétaire général adjoint de la présidence en 2012 avant d’en faire son ministre de l’Économie en 2014. Désormais, le favori de la présidentielle cherche par tous les moyens à ne pas endosser le costume du dauphin de Hollande».

- Page 15 entièrement consacrée à «Mélenchon, Hamon, Macron: qui mobilise le plus à gauche?» avec le chapô «Macron attire 40% des sympathisants de gauche; Hamon et Mélenchon 30% chacun, selon les études de l’institut OpinionWay. 45% des électeurs de Hollande disent aussi choisir le candidat d’En marche!».

- Page 17 accroche pour le site internet Figaro-Vox «Fillon, Macron: un traitement médiatique à deux vitesses».

- La une du Figaro économie: «Le projet de Macron sous le feu des critiques» avec le chapô «Selon plusieurs instituts, le programme du candidat d’En marche! n’est pas financé».

- Double page du Figaro économie: «Le projet économique de Macron concentre les critiques» avec le chapô «Selon des instituts libéraux, le programme du candidat d’En marche! n’est pas financé, multiplie les dépenses et ne résorbera pas le déficit»; «Le candidat d’En marche! hésite sur le rythme des réformes».



Quelle est la volonté du Figaro qui transparait dans tous ces articles à charge où l’insinuation est particulièrement présente?

- De décrédibiliser le candidat d’En marche sur l’économie qui est son point fort;

- De le faire constamment et systématiquement apparaître comme un homme de gauche

- De le présenter comme un proche de François Hollande et donc son successeur naturel;

- De montrer qu’il n’a pas la stature et les reins solides pour diriger cette campagne et donc pour s’installer à l’Elysée;

- D’affirmer qu’il est le chouchou des médias (sauf, sans aucun doute, du Figaro!).



Quel est le but?

- Détourner les sympathisants de droite modérée et surtout ceux de Juppé de l’envie de voter pour Macron;

- Empêcher les militants centristes, notamment ceux de centre-droit, de rejoindre Macron et empêcher les électeurs centristes de voter en masse pour Macron;

- Ramener les électeurs potentiels de Fillon qui ont décidé de s’abstenir aux buteaux de vote et d’inciter ceux qui vont voter blanc de mettre un bulletin au nom du candidat LR dans les urnes;

- Faire en sorte que le seul «bon choix» possible pour ces électeurs, ces sympathisants et ces militants se nomme François Fillon.



Pourquoi une telle artillerie peu subtile?

- Parce que le temps presse pour remettre en selle Fillon;

- Parce que Macron est toujours aussi haut dans les sondages;

- Parce que Fillon est toujours aussi bas dans les sondages;

- Parce que les vraies affaires concernant Fillon continuent à monter en puissance alors que les pseudo-affaires concernant Macron et souvent générées ou reprises à satiété dans les pages du quotidien ont toutes fait un flop.



Cette propagande (on ne peut plus vraiment appeler cela de l’information) a-t-elle une chance de réussir?

A priori, c’est plus que douteux car toutes ces attaques simplistes, cette rhétorique primaire et le contenu souvent peu sérieux des articles ne vont que convaincre les convaincus, ceux qui de toute façon n’auraient pas voté pour Macron et ne se seraient pas abstenus.



Pourquoi une manœuvre aussi grossière?

Ne pas faire dans la dentelle – un peu comme Le Monde mais, ce dernier, pour décrédibiliser Macron sur sa gauche –, montre qu’il faut agir vite, sans se poser la question d’une attaque habile et talentueuse.

Tout cela traduit, évidemment, une vraie angoisse de la défaite, une grande peur que le candidat LR ne soit pas à ce second tour et l’on sait que pour une partie de la Droite, la victoire de quelqu’un d’autre que le représentant de son camp est vu comme illégitime.



Enfin, quand on dit que les centristes et les politiques positionnés au centre ont deux fois plus d’ennemis que ceux de droite et de gauche parce qu’ils ont la Droite et la Gauche contre eux, ce que j’ai dit sur Le Monde et ce que je dis sur Le Figaro démontrent sans conteste cette réalité.



Jean-François Bourrou


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