samedi 24 novembre 2018

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Etre et demeurer centriste en pensant le monde d’aujourd’hui

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient de préciser ce que c’est que d’être centriste en ce début de XXI° siècle où le mot est utilisé à toutes les sauces et galvaudé plus que de mesure mais aussi de dresser un rapide tableau synthétique de la situation mondiale.
Etre centriste c’est adhérer d’abord à des valeurs humanistes (liberté, solidarité, tolérance) et à une règle démocratique (égalité).

Mais c’est également souscrire au principe de juste équilibre (une bonne et pertinente répartition harmonieuse qui vise à donner le plus de satisfaction possible à tous les citoyens tout en sachant que personne ne peut être contenté complètement).

Et c’est mettre le respect au rang de vertu cardinale et la dignité à celui d’état prépondérant de l’être humain.

Ensuite c’est être un partisan de la démocratie républicaine et d’une méritocratie où chacun doit avoir les mêmes opportunités de réussir sa vie.

D’où il résulte qu’il est un libéralisme social.

Pour mettre en œuvre ce programme, le Centrisme prône un réformisme progressiste qui permettra à la communauté de se développer harmonieusement tout en prenant en compte les réalités (il est un pragmatisme, à fois, en reconnaissant le réel et en prenant les meilleurs décisions en rapport à celui-ci) et à l’individu de devenir une personne, c'est-à-dire doté de droits et de devoirs, responsable de sa vie mais aussi de ses actes auquel est garanti la dignité et le respect.



Passons maintenant au tableau synthétique du monde qui est largement contrasté.

Nous vivons, en ce premier quart de XXI° siècle, dans un monde dangereux, tragique et où les incertitudes à moyen et long terme sont toujours aussi importantes qu’au siècle dernier, voire pire puisque nous assistons peut-être à l’effondrement d’un ordre mondial par la volonté de la première puissance de la planète, les Etats-Unis avec une Chine tapie dans l’ombre pour jouer les marionnettistes à son profit afin de récupérer ce qu’elle estime son dû, la première place.

Oui, la démocratie existe et s’est approfondie, oui, la pauvreté a reculé, oui nous soignons de mieux en mieux les gens, oui, nous avons continué à progresser comme le disent avec raison les penseurs du mouvement des «nouveaux optimistes».

Mais, oui aussi, nous voyons se profiler de multiples menaces dont certaines sont déjà présentes, comme le disent avec sans doute une dramaturgie excessive les «collapsologues» qui ont déjà condamné l’Humanité à sa quasi-extinction.

C’est le cas du réchauffement climatique, de possibles pénuries d’eau et de nourriture, des régimes dictatoriaux et autoritaires, du nationalisme agressif, de la désinformation de citoyens «surinformés», phénomènes qui, avec d’autres, accroissent les risques de conflits partout dans le monde, y compris en Europe.

D’autres semblent être à même de ne pas être de simples épiphénomènes dans les démocraties républicaines.

C’est le cas de la montée du populisme sous fond d’autonomisation mortifère pour le lien social d’individus égocentriques égoïstes assistés irrespectueux insatisfaits (qui est un travers de l’individualisme et non sa résultante et qui est visible également dans les pays non-démocratiques comme la Chine), qui se nourrit d’une société de plus en plus inégalitaire socialement et économiquement alors même que ces sociétés offrent des cadres de vie qui se sont améliorés ces dernières décennies.



Alors, penser le monde d’aujourd’hui en tant que centriste, c’est avant tout tenter de sauvegarder le meilleur régime politique qu’il nous est donné d’avoir, la démocratie républicaine libérale représentative et espérer pouvoir la développer partout dans le monde.

Pour cela, le centriste est aujourd’hui partisan de réformes structurelles d’importance.

Remarquons que le réformisme centriste n’est pas celui d’un chamboulement constant mais l’adaptation de la société à la réalité dans un but de la rendre, in fine, capable de relever les défis qui se présentent tout en la rendant la meilleur possible pour ses membres.

Mais, s’il faut en cet instant présent réformer en profondeur, c’est parce que la situation le nécessite et que les choses n’ont pas été faites auparavant, que ce soit en France mais aussi dans le monde entier où nombre de gouvernants irresponsables ont laissé la situation empirée faute de courage pour s’attaquer aux périls qui nous menacent.

De même, pour nous Européens, il faut approfondir au plus vite les liens au sein de l’Union européenne parce que cela permettra, non seulement, de faire face du mieux possible aux menaces dont j’ai parle plus haut mais, également, de mieux être à même de provoquer des changements dans l’ordre mondial à tous les niveaux.

Il faut se rappeler d’un point crucial que tous les populistes passent sous silence ainsi que tous les contempteurs d’un soi-disant ordre «néolibéral» qui règnerait en France: le pays vit dans un monde où il n’est pas libre de faire ce qu’il veut que ce soit au niveau économique, social et dans ses relations internationales.

Que les déclinistes se rassurent, même les Etats-Unis ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent malgré les propos de Trump.

On n’a pas oublié qu’en 1981, une époque pourtant «préhistorique» où l’on ne parlait guère de mondialisation et de globalisation, le gouvernement français, sous la houlette du président François Mitterrand, avait décidé de ne pas se soumettre à l’ordre mondial et de montrer au monde entier, telle une avant-garde rappelant les heures glorieuses de la Révolution française mais aussi l’hubris national que nous avons tendance à véhiculer sous forme de «grandeur nationale», qu’il y avait un autre chemin possible.

Moins de deux ans plus tard, une augmentation du chômage, des déficits publics, une dévaluation et un appauvrissement de la population sur fond de perte d’influence du pays au niveau international, le tournant de la «rigueur» venait en piqûre de rappel que l’on peut promettre tout et n’importe quoi mais que de se frotter concrètement à des promesses électoralistes, populistes et extrémistes, ramène fissa à rentrer piteusement dans le rang avec des séquelles graves pour pays.

Car si les règles du monde doivent changer, ce n’est pas un pays comme la France qui sera capable d’y parvenir seule (cela n’empêche pas de travailler à former des coalitions fortes et puissantes pour changer les choses).

Dès lors, c’est bien dans un cadre prédéfini (tant pis pour notre fierté) que nous devons agir parce que si nous ne le faisons pas, c’est nous qui en pâtirons les premiers.

Les centristes ne doivent jamais tomber dans ce travers (on en voit aujourd’hui promettre ce tout et n’importe quoi comme d’irresponsables politiciens en quête de gains électoralistes) parce que le Centrisme est justement cette pensée du possible et du meilleur uniquement dans le juste équilibre et la responsabilité.

Et, dans ce monde actuel, il est le seul à même d’accompagner le pays et le monde dans des réformes essentielles, nécessaires et incontournables tout en respectant l’humain et sa dignité.

Etre centriste c’est ne jamais oublier la dimension humaniste de son combat, ne jamais faire l’impasse sur la responsabilité de ses propos, ses promesses et ses actes et être dans l’agir et non dans la posture.

Ce n’est certes pas facile, ni forcément populaire.

Mais seuls les imbéciles (et les opportunistes qui prétendent se situer au centre), croient le contraire (et le font croire par leurs comportements pathétiques et irresponsables).

Voilà pourquoi un centriste aura toujours des adversaires des deux côtés de l’échiquier politique.

En luttant contre les clientélismes au nom d’une société de compromis et d’équilibre basée sur la réalité de la vie, il est le réceptacle de toutes les critiques et de toutes les attaques de cette gauche et de cette droite qui ne recrutent leurs clients-électeurs que par des promesses irresponsables et irréalisables.

Oui, comme le montre les difficultés d’Emmanuel Macron et de sa majorité (nonobstant les erreurs commises), être centriste n’est pas le positionnement politique le plus facile.

C’est sans aucun doute la beauté et la dignité du Centre, du Centrisme et des centristes.

Alors, oui, on peut continuer à être centriste dans ce monde incertain où, à nouveau, l’humanisme et la démocratie sont remis en question par les peuples eux-mêmes, excités par des aventuriers de la politique.

Et être centriste c’est encore et toujours croire en la démocratie, cette belle idée et ce système le meilleur (ou le moins pire) même si une majorité de ceux qui en profitent n’en est pas forcément digne.




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