vendredi 10 mai 2019

Européennes 2019. Guy Verhofstadt: «Il faut doter l’Union d’un pacte de démocratie»

Guy Verhofstadt, président de l'ALDE
Guy Verhofstadt, ancien premier ministre de la Belgique et actuel président du groupe centriste ALDE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe), veut, dans un entretien au quotidien Le Figaro, que, face à la montée des populistes dans l’ensemble des pays de l’Union européenne, il faut doter cette dernière d’un «pacte de démocratie» pour que tous ses membres soient «chaque année, soumis à un examen de leurs pratiques en matière d’État de droit».
De même, il estime que les centristes auront dans le prochain Parlement européen plus de pouvoir du fait même que les groupes de la Droite et de la Gauche vont perdre leur majorité dans l’hémicycle, ce qui leur permettait jusqu’à présent de se partager le pouvoir.
Par ailleurs, il souhaite la formation d’une armée européenne, une mesure très populaire chez les futurs électeurs de la liste Renaissance (LREM-MoDem) selon les sondages.
Enfin, il confirme qu’il y aura bien la création d’un nouveau groupe central au Parlement européen qui naîtra de l’union entre les membres actuels de l’ALDE (dont on rappelle que les députés européens du MoDem et l’UDI en font partie) et La république en marche.

Extraits de l’entretien au Figaro:

- Où en êtes-vous des négociations avec Emmanuel Macron pour la constitution d’un groupe central au Parlement européen?
Les contours de ce groupe seront connus après le 26 mai. C’est à partir des résultats des élections européennes que nous le constituerons. Il partira naturellement de la base de l’ALDE mais sera créé avec La république en marche et a vocation à s’élargir à d’autres partis.
- Selon les sondages actuels, les socialistes et le PPE devraient perdre beaucoup de sièges dans la nouvelle Assemblée. Allié à La République en marche, votre groupe pourrait compter jusqu’à une centaine d’eurodéputés. De nouveaux rapports de force sont-ils en train de se dessiner?
Depuis 1979, le Parlement européen a toujours été monopolisé par les socialistes et les conservateurs. Cette polarisation a été source de beaucoup d’inertie. Pour la première fois, ces deux partis vont perdre leur majorité absolue et le centre de gravité va bouger. Notre groupe sera une alternative à la montée des populistes en Europe tout en brisant le statu quo et le monopole des deux partis historiques qui n’ont pas convaincu la majorité des gens de la rue dans la manière dont ils cogéraient l’Union. Nous allons changer la politique européenne.
- Il vous faudra pourtant travailler avec la droite européenne, les socialistes et éventuellement avec les Verts. Comment allez-vous faire?
Si l’idée est de continuer à se partager les postes sans projet commun, alors la maladie européenne ne sera pas soignée. Nous n’accepterons pas de former une majorité avec ces partis s’il n’y a pas un accord préalable sur un programme commun. C’est en donnant aux citoyens européens une vision d’ensemble de ce que l’on veut faire de l’Europe et en la réformant, que l’on fera reculer les votes populistes, nationalistes et eurosceptiques. Les listes transnationales auraient aussi permis de donner davantage de clarté aux électeurs qui auraient alors voté pour choisir leur Spitzenkandidat [candidat à la présidence de la Commission européenne]. Le PPE [droite] s’y est opposé. Je le regrette.
- Quels sont, pour vous, les dossiers prioritaires de la prochaine mandature?
Nous devons nous doter d’une armée européenne afin de peser vraiment sur la scène internationale. Il faut bâtir une vraie politique migratoire qui n’existe pas à ce stade. Je pense à la réforme du droit d’asile bien sûr, mais aussi à la nécessité d’avoir un vrai système de migration économique au sein de l’Union. L’Europe est dépassée par la Chine et les États-Unis sur l’économie digitale mais elle pourrait parvenir à créer des champions autour de l’économie verte. Nous devons aussi nous doter un véritable budget de la zone euro et renforcer notre monnaie commune afin d’être en mesure d’absorber une éventuelle nouvelle crise financière.
- Rien n’est possible sans les États membres. Or ils bloquent souvent…
C’est pour cela qu’il faut revenir sur la règle de l’unanimité et réduire à une quinzaine le nombre de commissaires. À partir du moment où nous avons, comme c’est le cas actuellement, un commissaire par État membre, nous ne sommes pas dans une Union mais dans une confédération d’États basée sur la règle de l’unanimité où chacun doit être représenté. C’est aussi cela qui crée ces mauvais résultats au niveau européen. Il est indispensable de réformer les institutions. Mais rares sont ceux qui accepteront de rouvrir les traités.
- Le PPE a suspendu le premier ministre hongrois, Viktor Orban. Que comptez-vous faire avec le chef du gouvernement tchèque, Andrej Babis, qui est accusé de détournement de fonds européens?
Monsieur Babis a un problème de conflit d’intérêts. Nous lui avons demandé de se mettre en conformité avec ce que souhaite la Commission européenne. Mais il n’y a rien de comparable avec M. Orban, qui change le système judiciaire, ferme des universités, a la main sur les médias en Hongrie. Si Viktor Orban n’a été que suspendu, c’est parce que le PPE veut conserver les sièges du Fidesz après les élections. ALDE sait, quand il le faut, se montrer plus clair envers ses membres. Nous avons d’ores et déjà fait savoir aux libéraux roumains qu’ils ne pourraient pas siéger dans notre groupe après les élections, en raison notamment de leurs positions sur la corruption.
- Faut-il sanctionner les pays qui ne respectent pas l’État de droit?
Oui. De la même façon qu’il existe un pacte de stabilité, il faut doter l’Union d’un pacte de démocratie. Nous avions proposé que tous les pays de l’Union soient, chaque année, soumis à un examen de leurs pratiques en matière d’État de droit. Le Parlement avait voté en faveur de cette proposition. Mais la Commission ne l’a pas retenue. Ce pacte pour la démocratie sera un des points prioritaires au moment de la constitution d’une nouvelle majorité au Parlement européen.


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