mercredi 1 janvier 2020

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. 2020, «meilleur des mondes», mieux que «1984»?!

Le magazine américain Time raconte une histoire propre à réconcilier les deux «ennemis» Aldous Huxley et George Orwell.
Cela se passe en Chine.

Evidemment.

Dans la ville de Chongqing, une «métropole» tentaculaire du nord-est de la Chine (aussi grande que l’Autriche!) à la population de plus de trente millions d’âmes, les 15,35 millions d’habitants de la zone urbaine ont la «chance» de vivre dans la ville la plus surveillée du monde.

Ainsi, pas moins de 2,6 millions de caméras épient leurs faits et gestes, 24 heures sur 24 ce qui fait 5,9 yeux électroniques par habitant…

Tous leurs actes, leurs mimiques, leurs relations, leurs «incivilités» (punies) et leurs «bons comportements» (récompensés).

Mais cela fait plutôt plaisir à madame Chen.

Parce que, voilà, madame Chen, il n’y a pas si longtemps avait perdu son sac.

Et, «heureusement» pour elle, un fonctionnaire zélé derrière ses multiples écrans de contrôle dans des salles qui en sont tapies, l’a vu quelque part du côté du stade Jiangnan, là où madame Chen pratique du tai chi avec son groupe d’arts martiaux, et il l’a fait mettre aux objets trouvés à son plus grand «bonheur» pour qu’elle puisse venir le récupérer.

Et madame Chen de se féliciter, non seulement, d’avoir retrouvé son sac mais aussi de tout ce réseau qui voit tout.

«Avoir toutes ces caméras partout fit me sentir en sécurité», dit-elle au journaliste du magazine.

Oui, madame Chen vit dans un monde Huxlo-Orwellien où, comme dans «1984» (de George Orwell) elle est dans une société totalitaire de surveillance constante et comme dans «Le meilleur des mondes» elle est dans un (auto)conditionnement permanent où elle en vient à gober n’importe quelle «fake news», à plébisciter l’abandon de ses libertés et de ses valeurs, pourvu qu’on la protège et la divertisse.

Sauf que le monde de madame Chen – celui de la deuxième plus grande puissance de la planète et pays le plus peuplé de la terre – sera peut-être le notre demain si nous n’y prenons garde.

Oui, notre XXI° siècle est en train de réconcilier Aldous Huxley et George Orwell… pour le pire!

Car cette société du contrôle est aussi celle de l’auto contrôle.

Nous semblons également voués à croire n’importe quoi qu’à être obligés de croire n’importe quoi.

Mais, à la différence de madame Chen, nous ne vivons pas encore dans une dictature où son chef vient d’introduire dans la «Constitution» sa pensée en tant que référence qui doit guider le pays.

Nous vivons encore dans une démocratie républicaine, certes gangrénée par les autocrates, les populistes, les démagogues et leurs admirateurs, prêts à les suivre et à croire tous les mensonges qu’ils professent, prêts à toutes les concessions sur l’état de droit donc à leur liberté et à leur dignité pour quelques miettes.

Nous n’avons pas encore Xi Jinping ou Vladimir Poutine ou Recep Tayyip Erdoğan mais nous avons déjà Donald Trump et Viktor Orban et Jaïr Bolsonaro et, encore plus près de nous, Français, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ainsi que quelques petits clones de ces deux là…

Nous pouvons encore rejeter ce monde Huxlo-Orwellien mais nous devons le faire maintenant face à la montée des dangers, face à ces personnages inquiétants, face aux mouvements de foule déstabilisants et haineux, face à une sorte de guérilla qui combat systématiquement toutes les valeurs de la démocratie républicaine et que l’on retrouve jusque dans les mouvements sociaux.

Alors, voici mes vœux: pour 2020 je ne vous souhaite surtout pas de vivre dans ce «meilleur des mondes», encore «meilleur» que «1984».

Mais je vous invite à la prise de conscience que vous soyez de Gauche, du Centre et de Droite et au courage de dire non.




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