jeudi 9 décembre 2010

Une semaine en centrisme. Hervé Morin ou comment critiquer la Droite tout en lui faisant allégeance


D’interviews en interviews, la contradiction du positionnement d’Hervé Morin le président de Nouveau Centre et ancien ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy, devient de plus en plus évidente.
Celui qui déclare qu’il est dans la majorité présidentielle, au centre-droit et qu’il se désistera quoiqu’il arrive au second tour de la présidentielle pour le candidat de droite le mieux placé (Nicolas Sarkozy selon toutes probabilité), n’arrête plus de ruer dans les brancards en estimant que la Droite n’a pas joué le jeu d’une vraie alliance avec son parti, ne l’a pas assez écouté et que son programme contient le social absent de l’action d’un gouvernement où il est pourtant resté plus de trois ans…
Mais cette contradiction n’est pas prête de disparaître puisque Hervé Morin va devoir tenir pendant presque deux ans un discours de différenciation (centriste) dans l’unité (de droite). Et plus le temps passera, plus il faudra exister donc se différencier tout en rappelant faire partie de la même majorité que ceux que l’on critiquera de plus en plus! Une posture des plus délicates mais qui est la justification de sa candidature pour les présidentielles, tout en sauvant une alliance électorale avec l’UMP essentielle pour l’existence du Nouveau Centre qui pourrait être laminé aux prochaines législatives en cas d’absence d’accords électoraux.
On peut penser que l’UMP et Nicolas Sarkozy ne feront aucun cadeau à Hervé Morin mais n’iront pas jusqu’au clash car ils ont besoin de l’existence du Nouveau Centre sauf à se retrouver seuls dans une majorité présidentielle qui rimerait alors avec l’UMP et qui rappellerait  des temps anciens de l’Etat-UDR puis de l’Etat-RPR. Néanmoins, cela n’empêchera pas le président de la république et ses affidés tel Gérard Longuet de continuer à prétendre que le seul «vrai centriste» est François Bayrou, le seul légitime à se réclamer du Centre en 2012.
La raison de cet étonnant soutien, faut-il le rappeler une nouvelle fois, est que Nicolas Sarkozy est convaincu que le président du Mouvement démocrate se présentera quoiqu’il arrive en 2012 et qu’il captera une grande partie de l’électorat centriste dans lequel il pourra trouver un réservoir de voix pour le second tour puisqu’une partie de celui-ci se reportera sur le candidat de la droite. Des voix qui, de toute façon, ne se seraient pas portées sur son nom au premier tour.
En revanche, une autre candidature centriste avec un candidat plus à droite (ou moins à gauche) que François Bayrou, pourrait lui enlever des voix dès le premier tour. Du coup, au vu des sondages actuels et de la situation économique qui pourrait exister en 2012, cette candidature pourrait lui prendre les voix nécessaires pour être présent au second tour si jamais le candidat du Front national pouvait surfer sur une vague de mécontentement et profiter du morcellement de l’électorat de droite comme Jean-Marie LePen avait profiter du morcellement de l’électorat de gauche lors du scrutin de 2002.
En outre, même s’il est en tête lors du premier tour, une candidature centriste autre que celle de François Bayrou pourrait lui donner un score assez médiocre qui ne pourrait créer une dynamique pour le second tour.
On ne voit pas, dès lors, comment Hervé Morin, qui, en outre, plafonne à des intentions ridiculement basses d’intentions de vote (2%), va pouvoir résister à la pression de ses «partenaires» sauf à créer un mouvement populaire autour de sa candidature, ce qui n’est pas le cas actuellement. D’autant qu’Hervé Morin, tout comme François Bayrou mais encore moins que lui, n’est pas «le» candidat «naturel» du Centre. D’autres peuvent y prétendre comme François Bayrou, Jean-Louis Borloo, Jean Arthuis et quelques autres qui pourraient se déclarer dans les semaines et les mois à venir.
Cependant, on comprend pourquoi il tente d’exister en créant une différenciation dans la tension qui peut lui permettre de donner de la crédibilité à sa démarche. Les prochains mois seront donc cruciaux pour Hervé Morin. Soit il décolle et il peut justifier sa candidature. Soit il reste scotché dans les bas fonds des sondages et, alors, c’est son avenir qui est en jeu.
A noter que le rapprochement de sa formation avec le Parti radical de Jean-Louis Borloo dans une confédération comme vient de l’annoncer Jean-Marie Cavada, le porte-parole du Nouveau Centre, est une bizarrerie de plus dans la stratégie de celui qui se sent un destin présidentiel mais qui est loin derrière l’ancien ministre de l’écologie dans les sondages.
Du coup, Hervé Morin pourrait encore plus brouiller son image en devenant, dans cette confédération, un second couteau au discours ambivalent, ce qui l’empêcherait d’être désigner candidat en 2012 alors qu’il en a absolument besoin afin de se bâtir une stature politique de premier plan qui lui manque actuellement. Et, à moins que cette annonce ne soit quelque peu prématurée au vu des relations entre Jean-Louis Borloo et Hervé Morin, cette alliance n’est pas forcément un cadeau pour le dernier nommé…

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC
Jean-Louis Pommery
Directeur des études du CREC

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