dimanche 19 février 2017

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. C’est comme ça que commencent les dictatures…

Appeler la presse l’ennemie du peuple, après avoir fustigé les juges comme mettant en jeu la sécurité du pays, comme vient de le faire Donald Trump est l’apanage des apprentis dictateurs.
La première décision que prend un régime totalitaire est de supprimer la liberté de la presse au motif que des journalistes indépendants sont un danger pour le nouveau régime et le pays (concomitamment à celle de s’attaquer à l’indépendance de la justice).
A peine moins d’un mois après sa prise de fonction, le populiste démagogue est en train de mener son pays – la première puissance mondiale! – au chaos devant une opinion mondiale médusée et des médias incrédules.
Sans parler de tous les scandales qui sont découverts tous les jours et tous les soupçons sur d’autres bien plus graves.
D’autant que Trump n’est pas seulement dangereux pour son inclinaison autoritaire, il l’est également par son incompétence, sa méconnaissance des dossiers et, pour certains, ses problèmes mentaux.
Un Trump au taux d’approbation le plus bas de tous les présidents américains au même moment de leur mandat.
Ainsi euls 39% des Américains ont une opinion positive de lui (contre 56% qui en ont une négative).
Par comparaison, Barack Obama avait 64% d’opinions positives au même moment de sa présidence, George H Bush, 63%, Bill Clinton, 56%, Ronald Reagan, 55% et George W Bush, 53%.
C’est pourquoi la résistance doit être de mise pour tous ceux qui veulent défendre la démocratie qui est en danger réel n’en déplaise à ces idiots utiles qui continuent à prétendre que tout cela se tassera, que le bonhomme va se calmer et que la raison l’emportera alors que tout va en empirant.
Car rappelons deux fondements essentiels pour que la démocratie existe.
Le premier est que la majorité ne peut pas faire ce qu’elle veut, elle doit respecter les règles démocratiques dont la principale est qu’elle ne peut supprimer la démocratie, qu’elle n’en a pas la légitimité parce que cela reviendrait à utiliser son pouvoir contre le régime qui le lui a donné, ce qui serait évidemment une aberration juridique (seule une décision à 100% de la population pourrait être valide nonobstant que celle-ci priverait les générations futures d’une liberté ontologique à chaque individu).
Un vote par un Parlement ou par référendum ainsi qu’une décision d’un gouvernement qui y procèderaient seraient évidemment illégaux par conséquent.
Cela veut dire que le président élu, même par une majorité d’électeurs – ce qui n’est pas le cas de Trump, rappelons-le encore une fois – et légalement – ce qui est son cas – n’a pas le droit d’utiliser son pouvoir pour attaquer les fondements de la démocratie au nom de la démocratie, fondements dont font évidemment partie la liberté de pensée et d’opinion, la liberté de parole et donc la liberté de la presse.
Et un président d’une démocratie n’a pas le droit d’affirmer que la presse est l’ennemie du peuple.
Le deuxième est l’absolue protection de la minorité et de ses doits.
Pour  reprendre l’exemple précité sur les limites de la majorité (ou de celui ou ceux qui la représentent), si sur cent personnes, quatre-vingt-dix-neuf décidaient de supprimer leur liberté, elles ne pourraient supprimer celle de la centième qui souhaiterait la garder.
Cette règle marche en sens inverse également: si sur centre personnes, une seule n’est pas libre, nous ne sommes pas en démocratie.
Car la démocratie n’est pas le règne de la majorité, contrairement à certaines visions manichéenne mais un état de droit que même la majorité ne peut changer à son bon vouloir parce qu’il défini le système lui-même.
La démocratie est le gouvernement de la majorité – du peuple, par le peuple et pour (tout) le peuple – dans le cadre de cet état de droit avec la protection des droits de la minorité.
S’il faut faire un cour de droit constitutionnel quotidien pour éviter les dérives inquiétantes de Donald Trump ainsi que celles qui suivraient une victoire de Marine Le Pen à la présidentielle française, je le ferai sans aucun problème comme le feront avec moi tous les démocrates qui ne doivent pas avoir peur d’afficher ce en quoi ils croient et de se battre pour, même face à un atmosphère parfois irrespirable et nauséabonde de populisme et de démagogie.
Et ce, même si le peuple n’était pas d’accord puisque la démocratie c’est la liberté inaliénable de l’individu, combat de tous les centristes par ailleurs.
Ce qui est angoissant pour un démocrate comme moi c’est peut-être, qu’in fine, ce seront les militaires qui sauveront les Etats-Unis de l’entreprise cataclysmique de Trump.
Ainsi, récemment, le général Tony Thomas qui commande les forces spéciales américaines a déclaré que le gouvernement était dans un incroyable tourmente et qu’il souhaitait que celui-ci soit aussi «stable que possible» pour le bien du pays.
Qui aurait pu croire qu’un général américain dirait cela de son propre gouvernement et vis-à-vis de son propre pays il y a seulement deux mois?!


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