vendredi 3 février 2017

Présidentielle 2017. Le Bayrou 2017: anti-Fillon, anti-Macron et crypto-gaulliste

Bien qu’autour de 5% d’intentions de vote de sondages en sondages, François Bayrou n’a pas renoncé à vouloir se présenter en avril prochain, bien au contraire.
Tous ses propos se ramènent d’ailleurs à cette volonté farouche d’être candidat pour la quatrième fois et d’endosser, encore une fois, l’habit du recours en estimant d’ailleurs qu’il ne s’est jamais trompé.

Tout juste reconnaît-il avoir été «en avance» sur son temps…

Il faut dire que sans la présidentielle, Bayrou n’existe pas, il en va donc de sa survie politique.

Avec la sortie de son livre, Résolution française, il s’est installé dans un épisode médiatique en répondant à toutes les invitations des journalistes, multipliant les interviews comme il aime à le faire pour se poser en sage au-dessus de la mêlée.

Pour donner une éventuelle crédibilité à sa candidature à la présidentielle, il a décidé en cette année 2017 de se présenter à la fois comme un anti-Fillon, l’homme au programme «dangereux» et à l’éthique condamnable, un anti-Macron, l’homme de l’«hyper-capitalisme» et de l’absence de programme ainsi que comme un crypto-gaulliste qui vante la nation française, veut réformer le pays en douceur et prône l’union nationale (rebaptisée «unité nationale») dont il serait évidemment le maître d’œuvre.

Car le président du Mouvement démocrate se doit, s’il veut avoir une chance de bien figurer – on ne parle même pas ici de victoire –, récupérer l’espace au centre dont il a été dépossédé par Emmanuel Macron mais aussi apparaître comme un candidat acceptable par les sympathisants de droite déboussolés par les révélations sur François Fillon.

De même, il doit à nouveau noircir le plus possible la situation du pays et du monde pour se poser en recours gaullien (il ressort, comme en 2012, le général mais aussi Churchill et Clémenceau…) et remettre au goût du jour son «union nationale», devenue «unité nationale» (sic), lui qui préside un parti à zéro député.



Florilège de ses dernières déclarations:



Sur la situation chaotique de la France et du monde

- «Dans la période où nous sommes, où il se passe tellement de choses, je n’ai jamais vu un chaos aussi grave.»

- «Cette élection présidentielle a une très grande importance car il s’agit de la définition de ce que nous pouvons faire avec nos enfants. Pas avec la bataille des partis. (…) Non! Quelque chose qui puisse nous réunir et nous entraîner. Réunir et entraîner, pour moi, sont les deux verbes importants dans la séquence qui s’ouvre.»

- «C’est une période extrêmement bouleversante pour des millions et des millions de Français, ainsi que pour la démocratie française.»

- «L’intuition que j’ai de l’état de la société a évolué. Bien sûr, aucun des problèmes de la France n’est réglé ni en voie de règlement, et on a même l’impression que tout s’aggrave, en raison des impasses politiques. Mais je ressens dans le pays une forte envie de vivre. Une volonté de bousculer les obstacles et de relever les défis qui s’imposent à nous.»



Sur sa personne

- «Il n’y a que les benêts qui croient que le renouvellement est une affaire d’âge. Ce qui compte, c’est la force et l’enthousiasme. Regardez les trois plus grands du XX° siècle: Clémenceau, Churchill, de Gaulle. Quant à ceux qui ont subi les revers que vous évoquez (ndlr: Sarkozy, Juppé, Hollande et Valls), il y a une chose qui nous sépare, c’est qu’eux ont exercé le pouvoir. Ils ont été écartés ‘après usage’, si j’ose dire. Il se trouve que le projet, les idées politiques qui sont les miennes n’ont pas accédé au pouvoir, pour des raisons qui tiennent uniquement à des institutions dévoyées.»



Sur le Centre

- «Le centre ne se résume pas à un ni-ni ou à un et-et. C’est une famille politique qui a une très grande histoire française. C’est une famille politique qui philosophiquement remonte à Montaigne, à Pascal. C’est une famille politique qui a fait la résistance – je rappelle que c’était une part essentielle du conseil de résistance. C’est une famille politique qui a reconstruit la France à la Libération. C’est une famille politique qui a construit le projet européen. C’est donc quelque chose qui est enraciné. Je trouve que dans les temps désordonnés et troublés où nous vivons, la question de l’enracinement d’une pensée, d’une action, ce n’est pas seulement médiatique, notre affaire. (…) On ne peut valablement fédérer un pays que si on a des racines profondes. C’est pour les familles politiques enracinées que je plaide.»

- «Ma conviction est qu’au point où en est arrivée la décomposition, c’est du vrai centre, le centre libre et indépendant, que peuvent venir des pratiques nouvelles et assainies, et de lui seulement.»



Sur son projet

- «La France est un pays qui a besoin d’équité. Peut-être qu’il y a d’autres pays dans le mode qui acceptent qu’il y ait des différences de classes très importantes. La France est un pays dans lequel nous avons besoin d’être assurés que la loi qui s’applique aux uns est la même loi qui s’applique aux autres. Or, il y a des années et des années que les Français ressentent à juste titre que ce n’est pas comme cela que ça se passe.»

- «Ce qui est pour les gens troublant (c’est que) les primaires – on vient de les vivre à gauche et à droite – au lieu de dégager des candidats ou des présidentiables qui s’adressent à l’ensemble de la France, sélectionnent au contraire des candidats qui ne s’adressent qu’à une partie de la France, qu’à un camp, qui vont chercher toujours les noyaux durs et qui emploient les expressions, qui utilisent les idées les plus exagérées pour que le camp se regroupe autour d’eux. C’est le contraire de l’élection présidentielle. Ce que l’élection présidentielle devrait apporter aux Français – c’est ce pour quoi je plaide dans ce livre – c’est un président garant, qui apporte la garantie de fiabilité, de loyauté et de l’unité du pays. Un homme ou une femme qui s’adresse et qui porte la voix de l’ensemble des Français, qui leur garantit par son intervention que tout est loyal, que le débat qu’ils ont devant eux est un débat loyal.»

- «Il y a une absence d’idées dans cette élection présidentielle, une absence de projet. Vous voyez bien que les projets qui sortent, l’un très à droite, l’autre très à gauche, ne correspondent pas à l’attente des Français. Entre les deux, il n’y avait pas de projet jusqu’à maintenant. Je pose un projet sur la table. Ce projet est en particulier une réflexion sur ce qu’est le président de la République dans nos institutions et ce qu’il devrait être: l’homme qui garantit aux citoyens que ce qu’on leur dit est vrai, que les débats sont loyaux, que rien ne se passe derrière le rideau, que tout ou l’essentiel des débats est devant eux.»

- «Aujourd’hui, la démocratie française, de ce que j’en ressens, a besoin d’avoir une garantie de loyauté. L’élection présidentielle devrait servir à cela. J’explique dans mon livre (…) que le président de la République doit être le garant de la loyauté de notre vie publique et de nos institutions. Pas seulement de l’honnêteté, cela va sans dire, mais du fait que par exemple, que les citoyens soient informés des raisons pour lesquelles les décisions sont prises, qu’il n’y a pas des réseaux d’intérêt qui se glissent dans tout cela. C’est le président de la République qui empêche la prise de contrôle par des réseaux d’intérêt de l’organisation de la décision publique par exemple dans les sujets économiques. Il y a mille et mille recoupements entre des influences et des décisions.»

- «Je définis trois priorités : premièrement, l’unité du pays. Qu’on stoppe la dissolution et le chacun-pour-soi. (…) La deuxième priorité que je définis, c’est l’énergie du pays. L’Etat est devenu une forêt administrative bloquant tout esprit d’entreprise et toute innovation. (…) La troisième priorité, c’est avoir une vision de ce qu’est la souveraineté de la France aujourd’hui. Pour moi, dans un monde aussi dangereux, l’Europe doit être reconstruite.»



Sur la critique systématique de François Fillon

- «Il y a des semaines que j’ai dit à François Fillon: ‘si le projet est à prendre ou à laisser, je réponds que je le laisse’. Je ne partage pas ce projet, pas seulement en raison des péripéties récentes, mais parce que ce projet depuis le début est déséquilibré en ce qu’il frappe et est punitif pour ceux qui sont en bas de la pyramide, ceux qui ont des petits salaires, des petites retraites, à qui l’on va infliger deux points de TVA en plus. On baisse leur pouvoir d’achat. Dans ce projet, on met fin aux 35 heures donc on met fin aux heures supplémentaires. C’est ça la vérité. On baisse donc le revenu du travail. On ajoute de la TVA et dans le même temps, on dit ‘je supprime l’ISF’. Je ne sais pas si vous voyez le choc. Cette différence de traitement entre ceux qui sont les plus privilégiés et les autres, c’est choquant! Je sais bien que probablement des aménagements à l’ISF devraient être faits pour que l’investissement dans l’appareil productif – ce que je propose dans le livre – soit protégé ou incité. Mais vous voyez bien que ce n’est pas la même  chose. Par exemple, quand on dit aux fonctionnaires: ‘On va vous faire travailler 10 % de plus, mais on ne vous paiera pas plus, sauf des tranches que nous négocierons’, on ne donne pas aux Français le sentiment que les sacrifices seront partagés par tous et les avantages seront partagés entre tous. Or, c’est un pays qui a besoin d’avoir ce projet social au cœur de la vision qu’il se fait de son avenir.»

- «Dans les deux semaines qui viennent, beaucoup de choses vont bouger. Plus encore, on évoquait ceux qui ont par millions voté dans cette primaire. Imaginez leur déception et leur rancœur aujourd’hui. Ils n’ont pas toujours été d’accord avec moi, on a eu des débats, je me suis confronté… mais ce sont des citoyens de bonne foi qui croyaient que c’était une démarche de bon aloi et qu’elle allait leur permettre de s’engager, de croire à quelque chose. Aujourd’hui, ils sont écœurés. Ils disent: «je ne voterai plus, monsieur». Au contraire, notre responsabilité est de leur fournir la garantie que cet engagement n’est pas à jeter et qu’ils avaient raison de vouloir un engagement de bon aloi, que c’est le système ou les institutions dans lesquelles nous vivons qui depuis longtemps ont rendu glissantes les pratiques que nous y avons.»

- «Même si je mets cette affaire (ndlr: ‘Pénélope Gate’) à part, sur le plan politique, François Fillon a manifesté qu’il ne voulait pas bouger de son projet. C’est un programme très rude sur le plan social, sur la sécu comme sur la question de la durée du travail, avec la suppression des heures supplémentaires, très rude pour la fonction publique. Sur ces points, nous sommes en désaccord. Et j’ai l’impression que je ne suis pas le seul, y compris parmi ses plus proches.»



Sur la critique systématique d’Emmanuel Macron

- «‘Rejoindre’ est un mot que je n’emploie pas souvent. J’ai un problème avec Emmanuel Macron et je suis sûr que vous avez le même. A la date où nous sommes, le 1er février, je ne sais pas bien qui il est, quel est son projet. Il vient encore d’en reporter l’annonce de plusieurs semaines. Je ne sais pas avec qui il veut gouverner. Je ne sais pas quel est son positionnement. Je reconnais bien ces mouvements de foule qui sont les siens aujourd’hui, j’ai vécu la même aventure, au même moment, dans les mêmes salles et avec les mêmes chiffres il y a quelques années. Je sais bien qu’une partie des électeurs qui sont sensibles à ce que je dis sont aussi attirés par ce mouvement, mais  je ne sais pas quel type de président de la République on propose aux Français. Peut-être que les jours qui viennent nous permettront d’éclaircir toutes ces choses. Je l’ai dit souvent, dans la période récente au fond, il y a une grande question: est-ce que la France peut être forte dans la compétition du monde – on vient encore d’annoncer ce matin des chiffres très importants – et en même temps porter un projet juste? L’hypercapitalisme mondial, vous savez bien ce qu’il est: toujours plus aux uns (…). Il y a quelque chose qui ne va pas. Or, il en va de la vocation, de l’âme de la France, de ce que nous portons au plus profond, de porter un autre modèle. Cet autre modèle, c’est une des questions principales de l’élection présidentielle. On a envie d’avoir une société dans laquelle on reconnaisse des valeurs.»

- «Emmanuel Macron a annoncé qu’il reportait l’annonce de son projet à plusieurs semaines. Il y a une grande question que la France se pose, la France comme société, comme pays, comme nation, se rallie-t-elle au modèle dominant dans le monde, celui de l’hypercapitalisme, ou est-ce qu’au contraire, tout en prenant absolument conscience des enjeux, est-elle une forme de résistance à ce modèle-là? Ce modèle qui a pris le contrôle de tous les instruments de pouvoir. Regardez comment s’est jouée l’élection présidentielle américaine. (…) Pour moi, la vocation de la France est d’apparaître face à ce modèle dominant dans le monde comme une force de résistance ou en tout cas d’indépendance, et que chez nous, nous imposions le fait que la logique de notre politique est une logique civique, dans laquelle les valeurs auxquelles nous croyons, notamment le fait que nous avons une sensibilité sociale plus grande que les autres, tout cela soit défendu.»

- «J’ai dit que la question c’était le modèle de société auquel on voulait adhérer. Que ce modèle de société, c’est celui dans lequel de grands intérêts industriels, financiers, cherchent à imposer leur loi. Est-ce que monsieur Macron a la même vision que ces forces-là? Vous savez bien qu’il y a autour de lui beaucoup de ceux qui défendent ce modèle-là. Ou bien est-ce qu’il partage avec moi le sentiment que la France doit être une force de résistance? Pour l’instant, ce que j’ai entendu d’Emmanuel Macron, c’est qu’il faut adapter la France à ce monde-là. (…) Deuxième question: est-ce qu’on accepte le pluralisme de la vie politique ou est-ce qu’on considère que c’est un parti qui a tous les pouvoirs? En l’occurrence, ici, un parti qui n’existe pas encore. Moi, je pense qu’il ne faut pas qu’un parti ait tous les pouvoirs, mais qu’on reconnaisse la légitimité des quatre, cinq, six forces politiques françaises et qu’on soit capable de les réunir et les fédérer pour faire avancer les choses. C’est extrêmement différent de ce qu’Emmanuel Macron propose aujourd’hui. (…)»

- «Le mot ‘révolution’ est aujourd’hui employé à toutes les sauces. En réalité, on utilise le mot pour ne pas faire la chose, pour que rien ne change dans la société. ‘Révolution’, normalement cela veut dire  ‘renversement de l’ordre établi’.  Mais si ce qu’on nous propose, en réalité, c’est l’alignement de la France sur le modèle mondial de l’hyper-capitalisme, je le dis: ce n’est pas la vocation de la France. La vocation de la France, de par son histoire, de par son identité, c’est de proposer un autre modèle de société que celui du chacun-pour-soi et des inégalités toujours plus impitoyables.»

- «Je reprends mes trois conditions à une candidature présidentielle: personnalité, projet, positionnement. Sur ces trois points, je n’ai pas de réponses (ndlr: sur Emmanuel Macron). Mes questions sont entières: est-il armé pour la fonction ? Et quels sont réellement son projet et son positionnement ? (…) La place de l’argent dans ces campagnes est excessive. C’est un danger. Chez lui comme chez d’autres, d’ailleurs… (…) Bien sûr, il y a des ressemblances (ndlr: avec Macron). Dans les deux cas, un grand succès d’audience. Mais ce qui me frappe, en tout cas pour l’instant, c’est que les gens que je connais qui assistent à ses réunions en sortent sans avoir retenu beaucoup d’idées marquantes. Et pourtant c’est sur le fond que les questions se posent. Mon point de vue n’est pas que la France doit s’aligner sur le modèle économique qui domine le monde, c’est qu’elle doit défendre un autre projet, plus juste et plus efficace. Un autre projet pour elle, et au nom de bien d’autres.»





Alexandre Vatimbella








A lire aussi:






















1 commentaire:

Ascagne a dit…

Je passe de temps en temps lire vos articles. Ceux qui ne traitent pas de François Bayrou sont globalement de bonne tenue. Mais la plupart du temps, vous évoquez Bayrou avec le genre d'amertume, de contre-productivité et de mauvaise foi relative qui caractérise le centre-droit.
Une bonne partie du centre-droit se complaît d'autant plus à critiquer Bayrou et le Mouvement démocrate, que cela lui permet de s'illusionner sur ses propres erreurs, autrement plus graves que celles qu'il impute à celui qui a au premier plan défendu le centre.

Bayrou ne "noircit pas le plus possible la situation du pays et du monde". Il faut être bien aveugle pour croire qu'il n'y aurait pas un énorme mouvement d'insatisfaction en France à propos : de la vie politique, du dévoiement de certaines institutions, de la question de l'augmentation des inégalités, de l'absence d'équité dans la représentation nationale, pour ne considérer que ces sujets.
Peut-il se présenter ? Bien sûr, et il sera soutenu. Le centre-droit institué a montré son incapacité fondamentale à assumer le centrisme de combat, préférant pour des questions de sièges agir comme le rémora d'une droite radicalisée par Sarkozy puis par la dernière primaire. Cette droite, il n'a en rien réussi à la modérer comme il comptait le faire, et le souhait de Lagarde de la concurrencer est devenu risible. Je note que par une inversion plaisante du sort, c'est Bayrou qui a consenti à soutenir Juppé, plus d'un an avant que l'UDI ne s'y résolût ! Alors, je ne néglige pas bien entendu les bons points de l'UDI à plusieurs moments du quinquennat qui s'achève, certains votes bien pensés à l'Assemblée ; mais elle n'est pas, force est de le constater, au rendez-vous de la présidentielle.

Bayrou et le Modem peuvent l'être. Quand bien même Macron peut-il utiliser l'argument des sondages d'intention, il n'est pas dit que sa figure ne se fissure rapidement auprès d'une opinion qui va enfin assister à un débat transversal, à une pré-campagne présidentielle digne de ce nom, après les incroyables séquences des primaires. Il serait assez ahurissant - mais c'est une habitude - que les Français choisissent Macron pour occuper le poste stratégique et le préfèrent aux garanties qu'apportent la constance et la cohérence de quelqu'un qui a, pour sa part, pleinement compris la fonction présidentielle, et qui est capable d'être au point d'équilibre, à cet endroit même où des contradictions des Français peut encore, espérons-le, en se croisant, émerger quelque synthèse d'un intérêt général.