lundi 20 novembre 2017

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Contre le relativisme démocratique (re)lisons Condorcet

Les adversaires de la démocratie républicaine répètent souvent que ce système, s’il peut marcher dans quelques pays (mais, ajoutent-ils, fort mal), est inapplicable dans la plupart des régions de la planète.
Ce relativisme par rapport à la liberté, à l’égalité et à la fraternité est repris par nombre de ceux qui défendent pourtant ce système.
Il est vrai qu’il y a souvent une différence de niveau.
Les premiers, à l’instar du dictateur chinois Xi Jinping et de l’autocrate russe Vladimir Poutine, affirment que ce système ne correspond pas à la «culture» de la majorité des pays alors que les seconds estiment que ces pays ne sont pas préparés à la démocratie du fait d’un retard de développement ou de blocages qui peuvent être culturels mais que cela ne remet pas en cause le fait qu’ils pourraient l’implémenter lorsqu’ils seront prêts.
Le problème est que cette échéance semble, à les entendre, très très lointaine pour ne pas dire reléguer aux calendes grecques…
Mais, pour un centriste, défenseur de la démocratie républicaine, s’il est vrai que certains pays n’ont pas encore les fondations nécessaires pour devenir des démocraties républicaines stables, aucune autre raison n’est justifiée.
Surtout, le seul objectif raisonnable et légitime est de faire de notre monde une vaste démocratie républicaine.
Car, si cette démocratie républicaine est le meilleur système, ce qu’il est, alors il doit pouvoir être appliqué partout.
Et il faut (re)lire Condorcet, ce grand révolutionnaire girondin et centriste, mathématicien renommé, réformiste et opposant à la peine de mort que les sbires de la Terreur firent emprisonner (sa mort suspecte dans une cellule n’a pas été élucidée).
Celui fait une démonstration brillante sur le sujet:
«Comme la vérité, la raison, la justice, les droits des hommes, l’intérêt de la propriété, de la liberté, de la sûreté, sont les mêmes partout, on ne voit pas pourquoi toutes les provinces d’un Etat, ou même tous les Etats, n’auraient pas les mêmes lois criminelles, les mêmes lois civiles, les mêmes lois de commerce, etc. Une bonne loi doit être bonne pour tous, comme une proposition vraie est vraie pour tous.»
 Et de poursuivre en critiquant le relativisme de Montesquieu:
«Lorsque les citoyens suivent les lois, qu’importe qu’ils suivent la même? Il importe qu’ils suivent de bonnes lois; et comme il est difficile que deux lois différentes soient également justes, également utiles, il importe encore qu’ils suivent la meilleure, il importe enfin qu’ils suivent la même, par la raison que c’est un moyen de plus d’établir de l’égalité entre les hommes. Quel rapport le cérémonial tartare ou chinois peut-il avoir avec les lois? Cet article semble annoncer que Montesquieu regardait la législation comme un jeu, où il est indifférent de suivre telle ou telle règle, pourvu qu’on suive la règle établie, quelle qu’elle puisse être. Mais cela n’est pas vrai, même des jeux. Leurs règles, qui paraissent arbitraires, sont fondées presque toutes sur des raisons que les joueurs sentent vaguement, et dont les mathématiciens, accoutumés au calcul des probabilités, sauraient rendre compte.»
Oui, avec Condorcet, il faut affirmer que si une loi est bonne, elle l’est pour tout le monde, partout et sans exception.
Si la liberté, l’égalité et la fraternité sont bonnes pour les êtres humains – et qui pourraient dire le contraire – alors c’est celles-ci qui doivent être le but poursuivi par tous les gouvernements de la planète.
Un petit rappel qui n’est pas inutile dans l’atmosphère actuelle où la défiance à la démocratie républicaine libérale semble être le plaisir de beaucoup de gouvernants et d’intellectuels.


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