samedi 24 mars 2018

Une Semaine en Centrisme. Les électeurs centristes approuvent les réformes et ne veulent pas de changement de cap

On sait depuis bien longtemps qu’il faut manier avec précaution les sondages, surtout ceux qui demandent aux Français comment ils voient la situation du pays et la leur mais aussi par les biais introduits dans des questions qui ne sont jamais innocentes.
De plus, certains instituts sont plus «sérieux» que d’autres et leurs responsables ont souvent la dent dure les uns vis-à-vis des autres, accusant leurs concurrents d’amateurisme, voire de pipeauter les résultats.
Quant à la cohérence entre différents sondages traitant la même problématique, elle est souvent absente ce qui permet, dans la même semaine, de prétendre qu’un tel voit sa cote de popularité s’effondrer selon tel institut, se stabiliser selon un autre, et progresser selon un troisième!
Alors, celui dont on va parler propose des résultats parfois étranges à moins que l’inconséquence des résultats viennent vraiment des sondés…
Ainsi, selon une enquête de l’institut Elabe pour BFMTV (réalisée par internet les 20 et 21 mars 2018 auprès d’un échantillon de 1000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus / Méthode des quotas / Marge d’erreur de 3 points)
, les Français estiment majoritairement (58%) que «la politique menée par l’exécutif depuis l’élection d’Emmanuel Macron est conforme aux engagements de sa campagne».
S’ils sont 42% à estimer qu’elle «est efficace pour relancer l’économie» et à 40% qu’elle «va permettre d’améliorer la situation du pays», seuls 25% pensent qu’elle «est juste» car «les efforts sont équitablement répartis selon les capacités de chacun» et 22% qu’elle «rassemble les Français».
Là où les choses deviennent quelque peu étranges c’est la répartition selon les préférences partisanes.
On ne sera guère surpris que les sympathisants de la France insoumise et du Front national estiment très largement qu’elle ne va pas relancer l’économie, qu’elle ne va pas permettre au pays d’améliorer sa situation, qu’elle est injuste et qu’elle ne rassemble pas les Français.
De même, on ne l’est pas plus de constater que les sympathisants de La république en marche et du Mouvement démocrate, les deux partis centristes formant la majorité présidentielle, pensent exactement le contraire…
Ainsi, ils estiment à 96% que «la politique menée par l’exécutif depuis l’élection d’Emmanuel Macron est conforme aux engagements de sa campagne», à 90% qu’elle «est efficace pour relancer l’économie», à 94% qu’elle «va permettre d’améliorer la situation du pays», à 64% pensent qu’elle «est juste» car «les efforts sont équitablement répartis selon les capacités de chacun» et 54% qu’elle «rassemble les Français».
Sauf que les sympathisants du MoDem, très bizarrement, croient à seulement à 33% que cette politique peut rassembler les Français.
Comment peut-on dire qu’elle est conforme aux promesses de campagne de Macron, qu’elle va relancer l’économie, qu’elle va améliorer la situation du pays et prétendre, dans le même temps, qu’elle n’est pas rassembleuse?!
Quant aux sympathisants LR, les voilà qui estiment majoritairement qu’elle va relancer l’économie (55%) et même qu’elle va améliorer la situation du pays (50%) tout en pensant seulement à 27% qu’elle est juste et à 20% qu’elle rassemble?
Quand on pense au programme de François Fillon qui voulait provoquer un big bang encore plus important pour sa clientèle droitiste, on se demande quels auraient été les pourcentages de ses électeurs qui auraient estimé que sa politique était juste et rassembleuse s’il était au pouvoir!
Leur idée, selon eux, était donc de voter pour un candidat à la politique injuste et qui allait provoquer des divisions dans le pays?!
Si c’est vraiment le cas, on est dans le clientélisme pur et dur.
Autre bizarrerie, ce sont les réponses des sympathisants du PS, parti qui affirme en boucle que Macron fait une politique de droite, qu’il n’y a aucune mesure de gauche qui est prise, qu’il est un président «jupitérien» qui traite le peuple avec mépris.
Et bien, 51% des sympathisants socialistes pensent que sa politique va relancer l’économie, 44% qu’elle va améliorer la situation du pays et ils sont même 24% et 21% à penser qu’elle est juste et rassembleuse, soit autant que les sympathisants LR!
De quoi se demander si la stratégie du PS et de sa nouvelle direction ne va pas encore plus les marginaliser par rapport à leur électorat.
Enfin, si les sympathisants de LREM et du MoDem estiment à 74% que «le gouvernement doit conserver l’orientation de sa politique actuelle, même si cela provoque des contestations importantes» (75% pour ceux de LREM et 71% pour ceux du MoDem), ceux de la Gauche et du FN pensent très majoritairement que «le gouvernement doit revoir l’orientation de sa politique actuelle, en tenant compte des contestations».
Quant à ceux de LR, ils se partagent à égalité parfaite sur les deux opinions.
Et les électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle sont 66% à le penser mais ceux du second tour ne sont plus de 52%.
Si l’on peut tirer des enseignements de ce sondage, c’est bien que les centristes sont des gens qui veulent et qui croient à la réforme face aux gens de gauche et de droite qui sont nettement plus réservés, voire hostile, à celle-ci.
Lorsqu’on entre dans l’extrémisme et le populisme, alors l’hostilité à la réforme prend une forme beaucoup plus radicale.
Ici le clientélisme se double d’un rejet de la démocratie républicaine libérale.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC


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