jeudi 16 mars 2023

La quotidienne centriste du 16 mars 2023. Réforme des retraites : l'utilisation du 49-3 est-il une faute politique?

Faisons immédiatement un sort aux élucubrations des médias et autres politiciens populistes, l’article 49-3 n’est ni un «déni de démocratie», ni un «passage en force».

Il n’est pas illégitime et se trouve dans une Constitution adoptée il y a 65 ans par le peuple français à une très large majorité.

Loin de le remettre en cause, toutes les majorités de gauche et de droite l’ont utilisé et aucune n’a jamais voulu le supprimer.

Donc tous les discours qui tentent de discréditer l’actuel gouvernement pour son utilisation sont, soit tenus par des ignares, soit par des personnes qui remettent en cause l’Etat de droit de notre démocratie républicaine.

On peut évidemment discuter de son utilité mais rappelons qu’il n’empêche nullement le débat d’autant que les députés qui ne sont pas d’accord avec la raison de son utilisation par le gouvernement peuvent déposer une motion de censure et faire en sorte, s’ils ont la majorité, d’empêcher l’adoption des mesures impliquées et de faire tomber le gouvernement.

Maintenant, on peut se demander si son utilisation par Elisabeth Borne pour faire passer la réforme des retraites est une faute politique de sa part et de la part du Président de la république.

Pour répondre à cette interrogation, il faut préalablement répondre à cette question de savoir si Emmanuel Macron pouvait faire autrement alors qu’il ne possède pas une majorité absolue à l’Assemblée nationale et qu’en l’occurrence nombre de députés LR faisaient défaut pour avoir une majorité sur ce texte.

Imaginons que la Première ministre ait malgré tout soumis au vote le projet de loi et qu’il ne soit pas passé.

«Défaite en rase campagne», «illégitimité du pouvoir en place» se seraient écriées joyeusement les oppositions notamment les extrêmes de gauche et de droite pendant que les membres de la majorité présidentielle auraient parlé de faute politique en rendant l’exécutif responsable de cette déconvenue.

En utilisant le 49-3, Macron enrage LFI et le RN mais, au moins, il montre à ceux qui le soutiennent – même si beaucoup d’entre eux regrettent l’utilisation de cet article – et qui comprennent l’arithmétique donc sa nécessité pour que le texte passe, ce qui est l’essentiel, sauf si une des motions de censure que vont déposer les oppositions réussissent, qu’il va jusqu’au bout de ses convictions.

On comprend donc que le Président de la république ne pouvait pas faire autrement du moment où il savait qu’il n’avait pas la majorité, le retrait du texte n’étant pas une option puisqu’elle aurait démontré une absence de courage politique qui l’aurait encore plus affaibli qu’un vote négatif.

Néanmoins, soyons honnête, Emmanuel Macron a quand même commis une faute politique en pariant sur le fait que les députés LR allaient tous voter pour la réforme.

Bien sûr, il s’appuyait sur le fait que le programme présidentiel de la candidate LR, Valérie Pécresse, contenait la nécessité d’une réforme des retraites proche de son projet et que la formation de droite militait depuis longtemps pour des mesures identiques à celles contenues dans celui-ci.

Mais il aurait du savoir que la politique politicienne avait de grandes chances de l’emporter dans des batailles plus ou moins minables de personnes à l’intérieur de LR et dans une volonté de le mettre en échec.

L’intérêt du pays ou la sauvegarde du régime par répartition n’étaient pas les priorités de ces élus.

In fine, il faut, à la fois, saluer le courage d’Emmanuel Macron d’avoir présenté une réforme contenue dans son programme présidentiel et donc qui n’a pris personne en traître mais aussi le blâmer pour une certaine naïveté sur la primauté des convictions de certains élus.

Et ce, que la réforme soit adoptée ou non.

 

[Retrouvez quotidiennement ce billet rédigé par l’équipe du CREC concernant l'actualité du jour]

 

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires anonymes ne sont pas publiés ainsi que ceux qui seraient insultants ou qui ne concernent pas le Centre et le Centrisme.