Voici une sélection, ce 21 janvier 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France à propos de la nomination du gouvernement puis de la démission du premier ministre.
► Emmanuel Macron (Président de la République)
> Discours du Président de la
République lors du Forum économique mondial de Davos] Essayons donc de traiter dans quelques minutes
l’un des grands enjeux de ce monde, mais il est clair que nous
parvenons à une période d’instabilité et de déséquilibres, tant du point de vue
de la sécurité et de la défense que du point de vue économique.
Regardez dans quelle situation nous nous trouvons. Une évolution vers
l’autocratie contre la démocratie, vers plus de violences, plus de
60 guerres en 2024, record absolu, même si j’ai compris que certaines
ont été réglées, et les conflits sont devenus normalisés, hybrides, se
transforment en de nouvelles exigences, l’espace, l’information numérique, les
aspects cyber, le commerce, etc.
C’est aussi une évolution vers un monde sans règles, où le droit
international est piétiné, où la seule loi qui importe, semble-t-il, est la loi
du plus fort, et des ambitions impériales refont surface. Bien sûr, la guerre
d’agression de la Russie contre l’Ukraine, qui entrera le mois prochain dans sa
quatrième année, et les conflits persistent au Moyen-Orient et partout en
Afrique. C’est aussi une évolution vers un monde sans gouvernance collective
réelle et où le multilatéralisme est affaibli par des puissances qui
l’entravent ou s’en détournent, et les règles sont remises en question.
Je peux multiplier les exemples d’organismes internationaux affaiblis ou
abandonnés par les grandes économies. Et si nous regardons la situation, c’est
vraiment un moment très inquiétant car nous sommes en train de tuer la
structure où nous pouvons réparer la situation et nos enjeux communs. Sans une
gouvernance commune, la coopération cède la place à une concurrence implacable,
la concurrence des États-Unis d’Amérique, par des accords commerciaux qui
compromettent nos intérêts en matière d’exportation, exigent les concessions
maximales et visent ouvertement à affaiblir et à subordonner l’Europe, et qui
s’ajoutent à une accumulation incessante de nouveaux droits de douane
fondamentalement inacceptables, et d’autant plus lorsqu’ils sont utilisés comme
moyen de pression à l’encontre de la souveraineté territoriale.
Et la concurrence de la Chine, où des capacités excédentaires massives et
des pratiques de distorsion ont menacé de submerger les secteurs industriels et
commerciaux. Le contrôle des exportations est devenu plus dangereux, de
nouveaux outils qui déstabilisent le commerce international et le système
international. La réponse pour régler ce problème, c’est renforcer la
coopération, bâtir de nouvelles approches, et c’est évidemment bâtir une plus
grande souveraineté économique et une économie stratégique, en particulier pour
les Européens, c’est pour moi la principale réponse.
Dans ce contexte, je voudrais exclure deux approches. La première, ce
serait d’accepter passivement la loi du plus fort, entraînant la vassalisation
et une logique de blocs. Je crois qu’accepter une sorte de nouvelle approche
coloniale n’a pas de sens. Tous les chefs d’État et de gouvernement et les
chefs d’entreprise qui seraient trop complaisants à l’égard de cette approche
assumeront une énorme responsabilité. La seconde approche serait d’adopter une
posture purement morale, en nous limitant à commenter. Cette option nous
condamnerait à la marginalisation et à l’impuissance. Face à la brutalisation
du monde, la France et l’Europe doivent défendre un véritable multilatéralisme
parce que cela sert nos intérêts et les intérêts de tous ceux qui refusent de se
soumettre à la force. Pour moi, les deux réponses sont, d’une part, davantage
de souveraineté et d’autonomie pour les Européens, d’autre part, un
multilatéralisme efficace qui produit des résultats par la coopération.
Il va de soi que la France et l’Europe sont attachées à la souveraineté
nationale et à l’indépendance, aux Nations Unies et à sa Charte. Ce n’est pas
une manière désuète de vivre le multilatéralisme. C’est juste de ne pas oublier
totalement ce que nous avons appris de la Seconde Guerre mondiale et de rester
attachés à la coopération. Et c’est aussi en raison de ces principes que nous
avons décidé de nous joindre à cet exercice mutuel au Groenland sans menacer
personne, mais juste pour soutenir un allié dans un autre pays européen, le
Danemark.
Face à ce nouvel ordre et à cette nouvelle situation, la France assume
cette année la présidence du G7 avec l’ambition claire de rétablir le G7 comme
forum de dialogue franc entre les grandes économies et de solutions collectives
et coopératives. Les guerres commerciales, l’escalade protectionniste, la
course vers la surproduction ne feront que des perdants. C’est pourquoi
remédier aux déséquilibres économiques mondiaux est notre priorité absolue. Si
nous regardons la situation, les déséquilibres actuels sont dus à quelques
phénomènes clés et nous devons tous mettre en œuvre notre programme d’action.
Cela inclut la surconsommation de l’Amérique, la sous-consommation et le
surinvestissement de la Chine, et le sous-investissement et l’insuffisante
compétitivité de l’Europe. D’ailleurs, ces déséquilibres se reflètent également
dans les écarts de développement, et nous ne pouvons plus nous contenter d’une
aide qui ne produit pas de résultats suffisants et qui ne permet pas aux pays
d’échapper à la pauvreté.
Notre objectif, avec le G7, c’est de démontrer que les grandes puissances
du monde sont toujours capables de parvenir à un diagnostic commun de
l’économie mondiale et de s’engager en faveur d’actions concrètes. Coopérer, ce
n’est pas culpabiliser les autres, c’est assumer sa part de responsabilité et
contribuer à des solutions. L’objectif de ce G7 sera de bâtir ce cadre de
coopération afin de réparer les causes de ces déséquilibres et de restaurer une
convergence et une coopération efficaces par des cadres multilatéraux. L’autre
objectif est de bâtir des ponts et davantage de coopération avec les pays
émergents, les BRICS et le G20, car la fragmentation de ce monde n’aurait aucun
sens. Voilà donc, en quelque sorte, le programme d’action mondial et comment nous
voyons notre programme pour le G7.
Par ailleurs, nous avons la réponse européenne. Et pour moi, l’Europe doit
manifestement régler ses principaux problèmes. Le manque de croissance,
l’absence de croissance du PIB par habitant, et les trois piliers de notre
stratégie pour permettre davantage de souveraineté, d’efficacité et de
croissance seraient fondés sur la protection, la simplification et
l’investissement. Car le diagnostic est bien connu : la compétitivité de
l’Europe est inférieure à celle des États-Unis et dans l’ordre international actuel,
précisément face à l’approche chinoise, nous devons réagir.
Tout d’abord, la protection. La protection, ce n’est pas le
protectionnisme. Mais les Européens d’aujourd’hui sont naïfs. C’est un marché
unique ouvert à tous sans vérification de l’égalité des conditions de
concurrence à l’échelle internationale. Personne ne peut accéder au marché
chinois comme les gens accèdent au marché européen. Mais même si vous prenez
les États-Unis et beaucoup d’autres pays, le niveau de protection existe pour
l’investissement et le commerce. Les Européens sont les seuls à ne pas protéger
leurs propres entreprises et leurs propres marchés lorsque les autres pays ne
respectent pas les règles du jeu internationales. C’est pourquoi nous devons
être beaucoup plus réalistes si nous voulons protéger notre industrie chimique,
notre industrie, du secteur automobile à beaucoup d’autres, parce qu’elles sont
littéralement tuées par le manque de respect du cadre normal et de l’égalité
des conditions de concurrence à l’échelle internationale.
L’Europe dispose d’outils très robustes maintenant et nous devons les
utiliser lorsque nous ne sommes pas respectés et lorsque les règles du jeu ne
sont pas respectées, d’ailleurs. Le mécanisme anti-coercition est un instrument
puissant et nous ne devons pas hésiter à le déployer dans l’environnement
difficile actuel. Nous devons aussi faire progresser le principe de préférence
européenne. Il existe une préférence nord-américaine sur votre marché. Il
n’existe pas de préférence européenne aujourd’hui. Nous la mettons en place
progressivement et, dans les derniers documents et les dernières décisions,
nous en avons les premiers exemples. C’est vraiment très bien et nous nous
concertons actuellement avec l’Allemagne pour mettre en place un cadre simple
et ambitieux. C’est un projet décisif et je compte sur la Commission européenne
pour qu’elle présente une proposition d’ici à début 2026 avec le plus haut
niveau d’ambition possible afin de mettre en place, en quelque sorte, dans les
différents secteurs, le principe de préférence européenne. C’est une nécessité.
Nous devons agir sur les importations, mais également sur cette question de
la protection. Dans un contexte de tensions commerciales accrues et de
surcapacités asiatiques, l’Europe doit renforcer ses instruments de défense
commerciale, notamment les mesures pour appliquer les normes réglementaires, et
nous devons améliorer la qualité et la valeur ajoutée des investissements
directs étrangers, en ciblant les projets avec un fort potentiel d’exportation.
Cela est essentiel pour le rééquilibrage avec la Chine. La Chine est la
bienvenue, mais nous avons besoin de davantage d’investissements directs
étrangers chinois en Europe dans des secteurs clés pour contribuer à notre
croissance, pour transférer des technologies et pas uniquement pour exporter
vers l’Europe des équipements ou des produits qui n’ont pas toujours les mêmes
normes ou qui reçoivent parfois bien plus de subventions que ceux produits en
Europe. Il ne s’agit pas d’être protectionniste, mais simplement de rétablir
l’égalité des conditions de concurrence et de protéger notre industrie.
Aussi, qu’il s’agisse des clauses de sauvegarde, des clauses miroirs, des
préférences européennes et des incitations à accroître les investissements
directs étrangers, cette stratégie est absolument primordiale. En parallèle, la
protection de nos économies exigera également une stratégie résiliente, tant
pour nos importations que nos exportations, afin de réduire les risques au
niveau des chaînes d’approvisionnement, en particulier pour les matières
premières, les terres rares, les semi-conducteurs et les puces et pour
diversifier nos partenaires commerciaux.
Le deuxième pilier de l’économie et de la stratégie européennes doit être
la simplification. Lorsque je parle de simplification, nous avons commencé avec
la CSRD et la CS3D, et nous devons faire bien plus encore dans différents
secteurs. Nous l’avons fait ces dernières semaines dans le secteur de
l’automobile et nous devons faire de même dans le domaine des produits
chimiques, du numérique, de l’intelligence artificielle, de la banque, etc. Et
le cœur de cette simplification est parfois de se débarrasser de certaines
réglementations récentes lorsqu’elles désynchronisent d’une certaine manière
l’Union européenne par rapport au reste du monde.
Mais nous devons également accélérer l’approfondissement du marché unique.
Dans tous ces secteurs, le marché de 450 millions d’habitants et de
consommateurs doit être le marché intérieur de toutes les entreprises de
l’Union européenne. Ce n’est pas encore le cas, tant que nous faisons face à
des complexités. Ce faisant, nous devons veiller au respect de la neutralité
technologique et de la non-discrimination au sein de l’Union européenne. Il
s’agit d’un autre pilier, d’un autre point de simplification. Une approche
neutre en matière de technologies et de non-discrimination. Nous opérons
pendant si longtemps une discrimination entre les différentes sources
d’énergie. Cela est contreproductif pour les Européens eux-mêmes. Les
entreprises ont un rôle à jouer. Nous devons agir, et vous devez agir. Très
clairement, vous devez nous aider à déterminer et à concrètement simplifier là
où cela est nécessaire. Mais, selon moi, ce programme de simplification n’est
pas une question de discussion, mais uniquement de mise en œuvre, de vitesse et
d’échelle.
Le troisième pilier de la stratégie européenne pour renforcer la
compétitivité et l’autonomie repose sur l’investissement et l’innovation. Nous
devons investir beaucoup plus. Si le PIB par habitant est si différent entre
les États-Unis et l’Europe, cela s’explique à 65 ou 75 % par les
différences en matière d’innovation. Les États-Unis ont beaucoup plus innové
grâce aux investissements publics et privés. Alors, pour notre budget des mois
à venir, car nous allons négocier cette année en Europe, nous devons investir
bien plus d’argent dans les secteurs essentiels où des innovations seront
menées. L’intelligence artificielle, le quantique, les technologies vertes,
mais également la défense et la sécurité. La taille de notre budget commun
n’est pas bonne. Nous devons investir beaucoup plus d’argent pour être bien
plus crédibles et accélérer ce programme d’innovation.
Mais en même temps, si vous regardez la situation, nous n’avons pas assez
d’investissements privés. C’est une des principales différences. Comme
européens, nous avons de l’épargne. Bien plus que les États-Unis d’ailleurs.
Mais cette épargne est surinvestie en obligations et parfois en actions mais
hors d’Europe. C’est la raison pour laquelle notre priorité absolue doit être
le programme de titrisation. Il est prêt. Nous devons en accélérer la mise en
œuvre. Deuxièmement, l’union des marchés des capitaux. Précisément pour
accroître l’intégration et la simplification, tout en disposant d’une union des
marchés des capitaux efficace permettant d’investir beaucoup plus et d’utiliser
notre épargne pour investir dans l’innovation et les actions en Europe.
Ce programme constitue pour moi une priorité absolue. Autant pour l’Europe
que pour l’ensemble du monde. Et il doit être mis en œuvre dans les mois à
venir car il est essentiel d’aller vite. La France est déterminée à mettre en
œuvre ce programme. Nous travaillons en étroite coopération avec notre
partenaire clé. Dans le même temps, notre objectif pour la France est de
stabiliser nos résultats et notre approche macroéconomique afin de rester le
pays très attractif que nous sommes déjà. Depuis six ans, nous sommes le pays
européen le plus attractif. Et de consolider nos profondes réformes
structurelles comme notre atout majeur.
En plus de cet environnement des affaires, je veux ici insister sur le fait
que notre approvisionnement en électricité est compétitif, stable et à faible
intensité de carbone. L’année dernière nous avons exporté pour 90
térawatts-heure d’électricité bas-carbone grâce à notre modèle nucléaire. Nous
disposons de capacités d’innovation et de recherche de niveau international et
nous les améliorerons. Nous avons aussi un des écosystèmes les plus dynamiques
et actifs pour l’intelligence artificielle, l’informatique quantique, la
transition énergétique, etc., ainsi que de nombreuses entreprises émergentes et
« licornes », secteurs largement représentés dans ma délégation
aujourd’hui.
De plus, je voudrais insister, et je m’arrêterai ici, sur le fait que nous
avons des infrastructures de qualité et de vastes marchés dotés d’un pouvoir
d’achat important. Et chez nous l’état de droit et la prévisibilité continuent
d’être les règles du jeu. À mon sens, ces aspects sont largement sous-évalués
sur le marché. Au-delà de ce que vous pouvez faire en termes d’investissement,
en termes d’ambitions fortes, avoir un endroit comme l’Europe, qui est parfois
trop lente, bien sûr, et a besoin d’être réformée, mais qui est prévisible,
loyale et où vous savez que la règle du jeu est clairement l’état de droit,
l’Europe est le bon endroit.
Elle est le bon endroit aujourd’hui et le sera encore demain. Donc, en
2026, nous serons déterminés à essayer de mettre en place ce programme mondial
pour remédier aux déséquilibres internationaux grâce à davantage de
coopération. Nous ferons de notre mieux pour avoir une Europe plus forte,
beaucoup plus forte et plus autonome sur la base des piliers que je viens de
mentionner et aussi, et nous pouvons revenir au dialogue, sur davantage
d’investissements et d’engagements en matière de défense et de sécurité, parce
qu’il nous faut investir toujours plus, encore et encore. Parce que nous sommes
convaincus, ici à l’épicentre de ce continent européen, que nous avons besoin
de davantage de croissance, de davantage de stabilité dans le monde, mais nous
préférons le respect aux brutes, la science au complotisme, l’état de droit à
la brutalité. Soyez donc les bienvenus en Europe, et doublement bienvenus en
France !
> Le Canada et la France uniront toujours leurs voix pour défendre la souveraineté, l’intégrité territoriale et la paix.
> Échange essentiel avec Jon Haidt, scientifique et lanceur d’alerte, figure de référence de l’encadrement des réseaux sociaux, auteur de « Génération anxieuse ». Ensemble, nous menons un combat décisif : reprendre le contrôle face aux réseaux sociaux, aux algorithmes et aux plateformes, protéger nos enfants et nos adolescents. Je m’y suis engagé : la France sera pionnière en la matière.
► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans
cette liste alors qu’il n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de
Renaissance, parti centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un
homme de droite; c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du
fait qu’il a composé un gouvernement d’axe central.]
> [Budget / Intervention à l’Assemblée] Au terme de plus de 350 heures de débats sur le projet de loi de
financement de la sécurité sociale (PLFSS) et sur le projet de loi de finances
(PLF) pour 2026, je tiens à remercier sincèrement l’ensemble des groupes
politiques qui ont accepté de travailler sérieusement à un compromis et qui ont
permis le vote du PLFSS dans les délais prévus par la Constitution. J’adresse
une mention particulière au Modem, à Ensemble pour la République, à Horizons,
aux Républicains et à LIOT, qui ont accepté d’entrer dans une démarche
d’ouverture à l’égard d’autres groupes, le Parti socialiste, Europe
Écologie-Les Verts et le groupe communiste, dans le cadre du PLFSS.
S’agissant du PLF, les choses sont bloquées, vous le savez. Le texte n’est plus
votable, quelles que soient les configurations et les circonstances. Or nous
considérons que la France doit avoir un budget. Le Parlement ne pouvant assumer
jusqu’au bout sa responsabilité de donner un budget à la nation, à cause des
agissements de différents groupes – ceux-ci devront rendre compte de leur
action politique devant les Françaises et les Français et devant l’histoire –, le
gouvernement engage sa responsabilité sur la première partie du projet de loi
de finances pour 2026, relative aux recettes.
> [Budget] Un point fond, forme, calendrier sur la manière dont on peut donner un budget à la France après plusieurs jours de délais constitutionnels déjà largement écoulés. Bon, j'avais pris plusieurs engagements au mois d'octobre… au mois de septembre, au mois d'octobre jusqu'au mois de décembre : donner un budget à la France dans les temps, c'est-à-dire avant le 31 décembre. Mais force est de constater déjà que le calendrier n'a pas été complètement respecté, en tout cas pour le budget de l'État. Il en est autrement pour le budget de la Sécurité sociale, j'y reviendrai dans un instant. De faire en sorte que ce budget, quoi qu'il arrive, soit à 5 % de déficit. Je rappelle qu'il est à 5,4... nous sommes à 5,4 % de déficit sur l'année 2025, nous étions à plus de 6 % de déficit en 2024. Donc nos engagements internationaux, nos engagements vis-à-vis, évidemment, de nos partenaires européens, enfin, tout simplement, la crédibilité de la signature de la France dépend effectivement beaucoup de cette parole donnée à 5 %. Et puis, sur un terrain plus politique et personnel, j'avais pris aussi un engagement et plus qu'un engagement, j'ai fait un pari. C'était le pari de se dire qu'après deux censures de deux gouvernements différents, il fallait gouverner différemment, partager le pouvoir avec les collectivités locales, toute l'initiative qui a été prise sur la décentralisation, avec les partenaires sociaux. Je rappelle quand même le contexte social plus que tendu au mois de septembre dernier : manifestations, une mobilisation de l'intersyndicale très puissante, des mouvements d'ordre public difficile à gérer avec l'extrême gauche et le mouvement Bloquons tout. Et au fond, il fallait être complètement décalé par rapport à la réalité politique que la dissolution et le nouveau scrutin avaient donné, le nouvel équilibre au sein de l'Assemblée nationale pour ne pas justement gouverner différemment. Et au fond, ce pari, parce que c'est un pari, c'était de se dire qu'il fallait que le Parlement aille jusqu'au bout : jusqu'au bout des débats, jusqu'au bout de ces votes, jusqu'au bout de ces amendements, pour, au fond, déjà avoir aussi un moment de grande clarification. Ne pas être dans une logique où c'est toujours la faute des autres, dans laquelle on n'arrive plus très bien à comprendre qui vote quoi, qui défend telle ou telle conviction, telle ou telle position sur le fond. Cette méthode, au fond, elle a bien fonctionné pour le PLFSS, c'est-à-dire le projet de loi de financement pour la Sécurité sociale, dans lequel très vite, au fond, dans l'Hémicycle, parce que c'est là aussi où on a pris le plus de temps tout au long de l'automne, une ambiance, au fond, de calme s'est installée, a permis d'avoir un travail particulièrement exigeant. Je rappelle que les deux textes cumulent en tout pratiquement 350 heures de débat depuis le début, ce qui est absolument colossal, plus évidemment les nombreuses heures de travail qui ne se voient pas dans les différentes réunions. Ça nous a amené, chemin faisant, à avoir un compromis, puis un projet de loi de finances pour la Sécurité sociale qui a été voté, partant aussi du principe d'ailleurs, tirant aussi quelques conclusions, enseignements aussi de ce qui avait pu se passer sous les gouvernements de Michel Barnier0 et de François Bayrou, que je salue pour leur engagement et leur courage, aussi d'afficher clairement les éléments de compromis et de démarrer parfois les discussions parlementaires par ces éléments de compromis. Sur le projet de loi de finances pour l'État, les choses se sont convenablement passées jusqu'à Noël. Elles se sont largement gâtées depuis Noël. Alignement, en tout cas, désalignement profond entre le Sénat et l'Assemblée nationale, avec une Commission mixte paritaire avant Noël qui a duré quelque chose comme 40 minutes, ce qui donnait déjà d'entrée la tonalité et l'ambiance. Je rappelle que les ministres et le Gouvernement ne siègent pas dans cette commission. Des échanges avec les ministres et les formations politiques entre Noël et Jour de l'An qui ont laissé à montrer qu'un chemin était possible. Une reprise des débats en commission à l'Assemblée nationale avec, très vite, un raidissement. Je l'ai déjà dénoncé à de nombreuses reprises. Des tentatives très claires de pression, de sabotage, notamment de la part de La France insoumise et du Rassemblement national. Puis, progressivement, la désertion de certains groupes politiques qui, jusqu'alors, bien que groupes politiques dans l'opposition très exigeants avaient accepté de mener un travail de fond, je pense aux écologistes et aux communistes, ils ont décidé, pour des raisons qui leur appartiennent et que je respecte, mais enfin que je ne comprends pas, je les respecte mais je ne les comprends pas, c'est de ne plus venir à ces réunions de travail depuis le début du mois de janvier. Et donc là, évidemment, on a quelque chose qui a commencé à s'embourber, à s'enrayer avec, au fond, cette circonstance un peu particulière d'un Gouvernement qui veut que les débats aillent jusqu'au bout, mais un Parlement qui, de lui-même, a acté que, en tout cas certaines composantes du Parlement, qui ont acté que les travaux, eux, ne pouvaient pas aller jusqu'au bout. Ce qui m'a amené, avec les ministres, la semaine dernière, à devoir constater les 4 options, au fond, que nous avions sur la table. La première, c'est de ne pas changer de stratégie, peut-être de s'entêter. En tout cas, certains ont commencé à le dire et de se dire : "On va renoncer aux outils du parlementarisme rationalisé jusqu'au bout. Et coûte que coûte, il faudra qu'il y ait un vote." C'est-à-dire, en clair, permettre une navette jusqu'au moment où Assemblée nationale et Sénat s'accorderont. C'est-à-dire, en clair, renvoyer le texte au Sénat, de le faire encore cheminer dans cet entonnoir, de le renvoyer à l'Assemblée nationale, et de guerre lasse, au fond, dire et prendre l'opinion publique à témoin, en disant : "Vous voyez, le pouvoir a complètement été rendu au Parlement. Mais enfin, il faut accepter d'avoir peut-être, peut-être un budget, en avril ou en mai, et probablement pas à 5 %." Je me dois, pour être complètement direct et sans langue de bois, que cette perspective m'a quand même traversé l'esprit. Mais enfin, comme il se trouve que j'avais dit qu'il fallait un budget vite, comme il se trouve que j'avais dit qu'il fallait un budget à 5 %, et puis comme il se trouve que depuis le début, comme ancien ministre des Armées de surcroît, je suis très inquiet du décalage entre la vie politique nationale et la vie internationale géopolitique qui ne cesse de se dérégler, y compris depuis ce début d'année, on voit bien que cette option, au fond, aurait viré à une forme d'entêtement de ma part. La deuxième option, c'est de ne pas avoir de budget du tout. D'ailleurs, certains artisans du chaos dans lequel nous nous trouvons, ou nous pourrions nous trouver, puisque précisément nous ne le sommes pas encore et nous faisons tout pour l'éviter, désormais présentent la Loi spéciale comme étant, au fond, un budget temporaire qui pourrait devenir permanent sans incidence. Alors, c'est toujours pareil, quand on ment au peuple français, on s'en sort toujours bien, mais jusqu'à un moment donné, où, quand même, certaines vérités nous rattrapent. C'est vrai en matière de fiscalité, c'est vrai en matière de commandes, notamment de commandes publiques, c'est vrai sur le fonctionnement des collectivités locales, c'est vrai tout simplement aussi pour la crédibilité de la France à l'étranger ou dans notre ensemble européen. Donc présenter la Loi spéciale comme étant un budget minimal qui peut durer est évidemment une hérésie. Et ça, nous nous y refusons. Et comme je n'ai pas abandonné la méthode de compromis et de concertation, je me suis assuré auprès de tous les groupes politiques de l'Assemblée nationale et du Sénat qui étaient dans un état d'esprit, même dans l'opposition, mais constructif, n'abandonnant pas, les perspectives, heureusement, de défendre l'intérêt général. Ces différentes formations politiques nous ont dit non, la France doit avoir un budget, y compris parfois des formations politiques qui ne l'assumeront pas publiquement, mais qui nous ont dit ne faisons pas n'importe quoi, les choses sont trop graves. Donc ensuite, évidemment, il ne restait que deux possibilités. Celle que le constituant avait imaginée en 1958, les outils du parlementarisme rationalisé, comme on dit, ordonnance ou engagement de la responsabilité du Gouvernement. Après là aussi, beaucoup de concertation. Après d'ailleurs avoir demandé à ce que, techniquement, les deux outils soient préparés et prêts pour que le Gouvernement puisse prendre ses décisions, nous avons décidé, je dois le dire, à titre personnel, avec une certaine forme de regret et d'un peu d'amertume, mais d'engager la responsabilité du Gouvernement, ce que je ferai demain sur la partie recette du projet de loi de finances. Alors je le fais avec un regret, déjà parce que j'ai conscience que je suis obligé de revenir sur ma parole, mais en même temps, pour tenir parole, il faudrait que je m'entête. Et pour s'entêter, on finirait par dire que je suis têtu et je ne veux surtout pas, vous l'avez bien compris, avoir l'ego mal placé et être source de désordre, parce qu'au fond, c'est ma ligne, quand même, depuis le mois de septembre, discuter avec tout le monde, trouver des lignes de compromis, travailler le plus sérieusement possible, tenir le Gouvernement le plus loin possible de l'échéance présidentielle et, au fond, refuser le désordre, là où d'autres en font commerce. Et donc j'ai bien compris ces derniers jours, j'ai compris en vous lisant, en écoutant les radios et les télévisions, qu'en m'entêtant trop longtemps, je serais moi-même source de désordre. Néanmoins, il faut que l'engagement de la responsabilité du Gouvernement, parce que, précisément, certains groupes politiques n'ont pas voulu engager la leur, alors qu'ils étaient candidats aux élections législatives, pour donner un budget au pays, qu'on le veuille ou non. On peut l'amender, on peut ne pas être d'accord, à la fin, on peut voter contre. On n'est pas obligé de saboter la copie, la rendre incohérente. Et avec les différentes opérations auxquelles on a pu vraiment constater avec la ministre que, désormais, il n'y avait plus beaucoup de règles, en tout cas, dans la manière de se comporter. C'est une question d'éthique morale. C'est ainsi. C'est pas parce qu'on engage la responsabilité du Gouvernement qu'on abandonne l'idée du compromis du travail sur le fond. Et c'est pour cela que, la semaine dernière, vendredi, j'ai commencé à dessiner à quoi pouvait ressembler cette copie finale, avec, au fond, aussi quelques conclusions que nous tirons du projet de loi de financement pour la sécurité sociale, qui est un projet de loi de financement, vous le savez, qui permet un certain nombre de protections. Enfin, on voit bien que, pour les actifs, pour la jeunesse, pour des secteurs qui potentiellement sont en crise, je pense particulièrement au logement, pour le rapport à celles et ceux qui travaillent, tout simplement, ou qui vont travailler, les étudiants, celles et ceux qui sont en apprentissage, il fallait qu'on fasse considérablement évoluer la copie. Et je remercie vraiment les ministres parce que ces nombreuses semaines n'ont pas servi à rien, parce qu'elles nous ont permis de moissonner un certain nombre d'initiatives, d'idées, de repousser aussi, en fonction de nos propres lignes rouges, ce que nous ne souhaitions pas. Je rappelle quand même qu'on a démarré ces discussions budgétaires avec des atteintes qui auraient pu être très dures sur l'appareil productif et sur l'outil de production. Je ne reviens pas sur les éléments de fiscalité. Enfin, là aussi, il n'y a pas de mauvaise surprise. Le Gouvernement a toujours dit les thèmes sur lesquels nous étions ouverts à la discussion et les thèmes sur lesquels, au fond, nous n'étions pas fermés, mais en tout cas, nos convictions n'évolueraient pas, et que par définition, ces chapitres n'étaient pas ouverts. Ce qui m'amène donc aussi peut-être à dire un mot, mais nous pourrons répondre avec les ministres à vos questions, du fond de cette copie, parce qu'en lisant la presse ce matin, j'ai peur de ne pas forcément avoir été bien compris, donc je vais me permettre d'être encore plus clair. Nous tiendrons les 5 %. Et les tableaux, évidemment, vont être dévoilés au fur et à mesure dans la semaine, comme le prévoit la procédure parlementaire. Et nous serons à 5 % sincèrement. La deuxième des choses, c'est que nous avons visé la stabilité fiscale. Ce qui ne veut pas dire que nous n'assumons pas les outils de lutte contre la fraude fiscale et les outils de lutte contre la sur-optimisation fiscale, qui peut être contre. Parfois, il y a des gens qui sont contre, mais publiquement, en général, ils ne l'assument pas. Nous, nous l'assumons. Il est évident que les règles doivent être les mêmes pour toutes et tous les contribuables, sans quoi le consentement à l'impôt, par définition, s'abîme ou en tout cas s'effrite. En tout cas, ça m'amène à vous dire que les impôts pour les ménages seront les mêmes en 2026 qu'en 2025, que tous les instruments de fiscalité sur les entreprises pour 99,9 % des entreprises seront les mêmes en 2026 qu'en 2025. C'est aussi ça un des éléments, des points de compromis que nous avons tentés de tracer avec les différents groupes politiques. Alors comme c'est une copie de compromis, ça devient la copie de personne. Donc plus personne n'est là pour la défendre. Mais c'est pour cela aussi qu'on se retrouve à devoir engager notre responsabilité pour donner à la France un budget et essayer d'expliquer ce qu'il y a dans cette copie. Parce qu'on n'a pas du tout abandonné les perspectives d'aller chercher la croissance. La stabilité politique va nous y aider. En tout cas, on verra ce qui se passe dans les jours qui viendront. La visibilité sur les questions fiscales après un long débat qui a animé largement les chroniques, les gazettes et qui a pu créer ici ou là un certain nombre d'inquiétudes. Désormais, nous avons quelque chose qui est clarifié. Fort de cet engagement, d'autres éléments sur la copie seront évidemment précisés dans les heures qui viendront. J'écrirai aux parlementaires. Les ministres du pôle de Bercy vont aussi rentrer en contact avec les différents responsables de texte, les rapporteurs généraux des finances. Des discussions se poursuivent encore actuellement sur un certain nombre de thématiques. Mais il est clair que, désormais, c'est à la représentation nationale de prendre aussi sa responsabilité. Est-ce qu'on renoue avec un scénario de crise ou est-ce qu'après tous ces efforts de compromis, après une méthodologie, je crois, qui était la seule, au fond, que nous pouvions prendre et opter à l'automne dernier, est-ce qu'on va vers une sortie, au fond, de cette mauvaise séquence que nous connaissons depuis le mois de septembre ou est-ce qu'au contraire, nous replongeons dans un moment d'aléas, de difficultés ? Vous l'avez compris, je ne le souhaite pas, surtout au moment où l'actualité internationale nous rattrape largement et n'est pas sans impact sur la vie politique intérieure.
> [Budget] Je pense qu'il faut être humble. C'est un semi-succès, semi-échec. Ça a fonctionné sur la sécurité sociale. Personne n'y croyait. Et ça a eu un mérite énorme, énorme, de remettre du sérieux et du calme dans la vie politique du pays. Après, c'est un pari qui a emmené plusieurs personnes. Je vous rappelle que l'abandon du 49.3 a été demandé par les forces politiques à l'Assemblée nationale. Et vous voyez bien que ces lignes évoluent depuis quelques jours, tout simplement parce que tout le monde en arrive aussi à la conclusion qu'on va dans une impasse. Deuxième des choses, je ne sais pas complètement répondre à votre question, c'est dans 15 jours qu'on saura si tout cela est un échec complet ou pas. Parce qu'au fond, quand même, la première mission du Gouvernement de la République, c'est de donner un budget à la Nation avant tout. Et d'ailleurs, dans les nombreuses paroles que j'ai pu avoir et prendre, c'était de donner un budget à la Nation. Et l'abandon du 49.3 était une des conditions pour y arriver. Depuis plusieurs jours, on s'aperçoit que le 49.3 devient la condition pour avoir un budget. Est-ce que c'est ma conviction ? Non. Parce que moi, je reste persuadé que notre démocratie parlementaire, elle doit gagner en maturité. Et qu'au fond, qu'à un moment donné, on se retourne systématiquement vers l'exécutif n'est pas une bonne chose sur le long terme. J'ai beaucoup voyagé comme ministre des Armées dans plein de capitales européennes. Il y a des démocraties parlementaires qui sont des modèles, à mon avis, à suivre et qui sont complètement compatibles avec notre Ve République. En tout cas, je suis gaulliste et je défends la Ve République. Ce que je vois, c'est que beaucoup de personnes qui promeuvent une VIe République, visiblement, sont croyants mais pas pratiquants.
> [Mercosur devant la justice européenne] Un vote important, qui doit être respecté !
► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Catherine Vautrin (ministre des Armées et des Anciens combattants)
> [Déclaration du gouvernement
portant sur le rôle de la France dans la prévention et la résolution des crises
politiques internationales, notamment au Venezuela / Intervention à l’Assemblée] Nous vivons un moment de
bascule. L’année 2026 s’est ouverte sur une succession de chocs :
l’action américaine au Venezuela, les prétentions de ce même partenaire sur le
Groenland, la révolte en Iran et, en toile de fond, la guerre d’agression menée
par la Russie contre l’Ukraine, qui a connu ces dernières semaines des
évolutions particulièrement inquiétantes. Les dix-neuf premiers jours de
l’année 2026 concentrent ce qui, autrefois, se serait étalé sur des mois,
voire des années.
Cette accélération de l’histoire nous impose une exigence : la France doit
tenir sa place, avec lucidité, sang-froid et détermination. Elle doit tenir sa
place, comme l’a souligné le ministre des affaires étrangères en évoquant le
Venezuela, en suivant une seule ligne : lucidité sur le mandat de Nicolás
Maduro, fermeté dans notre attachement au droit international et responsabilité
dans l’accompagnement d’une transition démocratique qui doit appartenir au
peuple vénézuélien.
Les armées françaises n’ont en aucune manière été impliquées dans cette
opération. Notre présence dans la région s’inscrit dans le cadre de la sécurité
et de la souveraineté de nos espaces ultramarins – je pense à la Guyane et aux
Antilles –, ainsi que dans celui de la lutte contre le narcotrafic et l’orpaillage illégal.
Je compléterai le tableau en évoquant ce qui relève plus directement de la chose militaire : en premier lieu, les conséquences d’une menace russe appelée à durer, mais aussi la
remise en question du lien transatlantique.
La menace russe est un fait ; la relativiser serait dangereux. C’est la Russie qui a décidé d’envahir
l’Ukraine ; c’est elle qui choisit chaque jour de poursuivre la
guerre ; c’est elle qui cible les populations civiles. Le
bombardement près de Lviv par un missile de longue portée Orechnik, la semaine
dernière, constitue un message extrêmement clair. Le président de la République
l’a rappelé à Istres : nous sommes à portée de tir de ces missiles.
Aujourd’hui encore, c’est la Russie qui s’oppose à une paix juste et durable en
Ukraine.
La menace est également hybride ; en cela, elle vise non seulement
l’Ukraine, mais l’ensemble des Européens. Les événements sur notre continent en
témoignent : attaques cyber contre des infrastructures critiques et des
câbles sous-marins, tentatives d’ingérence dans nos processus démocratiques,
sabotages, intimidations, manipulations informationnelles, incursions
d’aéronefs dans l’espace aérien d’États alliés.
La Russie ne cherche pas seulement à gagner une guerre ; elle cherche à
tester notre solidarité et à fissurer nos sociétés. Elle assume une posture
agressive envers l’Europe, pensée dans le temps long, et consacre toutes ses
forces à son économie de guerre.
Nous revenons finalement à la définition donnée par le général Beaufre du
rapport de force : la stratégie est « l’art de la dialectique des
volontés ». Il faut « atteindre la décision en créant et en
exploitant une situation entraînant une désintégration morale de l’adversaire
suffisante pour lui faire accepter les conditions qu’on veut lui
imposer. »
Face à une telle menace, nous, Français et Européens, devons refuser
l’incantation. Concrètement, nous devons renforcer notre posture de défense et
de dissuasion.
Sur le flanc est de l’Europe, cela signifie renforcer le pilier de l’Otan et
être présents là où se joue la crédibilité collective. C’est ce que fait la
France, notamment en Estonie, où nos forces sont engagées dans l’opération
Lynx, et en Roumanie, où nous assumons le rôle de nation-cadre du déploiement
de l’Otan à travers la mission Aigle. Ces déploiements constituent des signaux
stratégiques et de réassurance sans ambiguïté : ils visent à affirmer que
l’Europe ne laissera pas tester sa frontière, et que l’Alliance atlantique est
non une abstraction, mais la plus grande alliance militaire défensive au monde.
Ils rappellent que dissuader un agresseur, c’est d’abord être crédible. C’est
dans cet esprit que la France est déterminée à apporter tout le soutien
nécessaire à l’Ukraine. Le ministre des affaires étrangères a évoqué la réunion
de la coalition des volontaires à Paris le 6 janvier – trente-cinq États représentés, dont vingt-sept chefs
d’État et de gouvernement,
avec une participation de haut niveau des États-Unis. Cette réunion a consacré une convergence et une unité sans précédent entre les Européens, l’Ukraine et les
États-Unis sur un sujet central : les garanties de sécurité.
Concernant le Groenland, soyons clairs : nous traversons une période
inédite de mise à l’épreuve du lien transatlantique, illustrée encore ce
week-end par des tensions commerciales.
Sur ce territoire autonome du royaume du Danemark, la France a décidé de
participer à l’exercice Arctic Endurance organisé par le Danemark. Un premier détachement de militaires français est sur place. En tant que membre de
l’Otan, et avec nos partenaires, nous sommes déterminés à renforcer la sécurité
de l’Arctique.
C’est dans l’intérêt des deux côtés de l’Atlantique. Cet exercice, coordonné
avec nos alliés, concrétise notre pleine solidarité avec le royaume du Danemark
et notre plein soutien au peuple du Groenland.
S’agissant de l’Iran, notre ligne est tout aussi claire : la France
appelle au respect de la population civile et condamne les attaques contre les
citoyens.
Dans le même temps, nous appelons à éviter toute escalade régionale. C’est au
peuple iranien et à lui seul de décider de son destin. Nos troupes, présentes
dans la région, se tiennent résolument aux côtés de nos partenaires, avec
lesquels nous échangeons constamment.
Voilà où nous en sommes : une menace russe durable, un lien
transatlantique réinterrogé. À la confluence de ces deux évolutions, une
évidence s’impose : le réveil stratégique européen.
Nous plaidons pour ce sursaut depuis 2017 ; il commence à advenir, et nous
devons poursuivre. Souveraineté européenne, préférence européenne, pilier
européen de l’Otan : ces notions ne sont plus des mots.
La France doit rester un aiguillon pour l’Europe de la défense, car elle est
une puissance mondiale, avec des responsabilités mondiales envers ses
ressortissants, ses intérêts et ses alliés.
C’est vrai dans l’Atlantique, en Méditerranée, au Levant, dans l’Indo-Pacifique
et dans les Amériques, où notre souveraineté est une réalité concrète.
Notre vocation n’est pas de multiplier les fronts, elle est d’éviter qu’ils ne
s’embrasent. Être présents, ce n’est pas provoquer, c’est prévenir et
dissuader.
Pour tenir son rang et prévenir les conflits, la France doit se réarmer. Elle
doit se réarmer pour que la diplomatie soit entendue lorsqu’elle parle. C’est
cela, l’autonomie stratégique : la capacité collective à nous entraîner, à
protéger, à agir et à durer.
Nous réarmons parce que la dissuasion repose sur la crédibilité. Nous réarmons
parce que, dans un monde qui se durcit, une vérité demeure : si vous
n’avez pas les moyens de votre politique, vous subissez la politique des
autres.
Le président de la République l’a dit : pour être respecté, il faut être
craint ; pour être craint, il faut être crédible. La crédibilité repose
sur la préparation opérationnelle, sur les stocks, sur les équipements, sur les
femmes et les hommes, sur le sens de la mission. Elle repose aussi sur les
familles, sur un statut militaire garantissant la disponibilité de nos soldats
en tout temps et en tout lieu.
Nous disposons d’une armée entraînée et d’un modèle dont nous devons être
fiers ; un modèle spécifiquement français, qui allie une stratégie de
dissuasion navale et aéroportée opérationnelle à toute la palette de la
stratégie conventionnelle.
Nous devons aller plus loin, en étant solides sur nos deux jambes : la
haute technologie et la masse. Tel est le sens de la loi de programmation
militaire (LPM) 2024-2030, dont je poursuis la mise en œuvre et prépare
l’actualisation, pour une adoption avant le 14 juillet 2026.
L’objectif est clair : entre 2017 et 2027, le budget de la défense aura
doublé. En 2026 – si le projet de loi de finances est
adopté –, il devrait atteindre 57,1 milliards d’euros, soit une
augmentation de 6,7 milliards, dont 3,5 milliards supplémentaires par
rapport aux crédits prévus par la LPM.
Pour accélérer notre réarmement, le gouvernement présentera dans les prochaines
semaines un projet de loi d’actualisation, qui sera transmis cette semaine au
Conseil d’État. Il comportera un volet programmatique, avec 36 milliards
d’euros supplémentaires répartis sur 2026-2030, et un volet normatif facilitant
ce réarmement.
Soyons lucides : si le budget n’était pas voté, les conséquences seraient
lourdes. Le ministère doit passer des milliards d’euros de commandes aux
entreprises. Pour commander, il faut pouvoir payer. Sans visibilité budgétaire,
on ne commande pas et on tue la confiance, alors que les LPM sont là pour
donner de la visibilité aux armées, et aux entreprises. Sans loi de finances,
le ministère renoncerait aux crédits supplémentaires, ce qui, je le répète,
bloquerait les commandes ainsi que les recrutements. Avec les crises actuelles,
il faut être prêt et cela implique une base industrielle et technologique de
défense robuste, agile, capable de produire plus vite, mieux et massivement,
tout en disposant d’une visibilité suffisante.
Ce réarmement devra aussi être moral, ou il ne sera pas. Une politique de
défense repose sur l’engagement, sur le sens du collectif, sur tous ceux qui
ont fait le choix de servir.
L’année 2025 a marqué une étape importante avec la création du service
national annoncé par le président de la République. J’ai annoncé lundi dernier,
à Balard, l’ouverture des candidatures ; les premiers retours sont très
encourageants.
Ce service national permettra à chaque classe d’âge de mieux comprendre les
enjeux de défense, tout en répondant aux besoins opérationnels de nos armées et
en constituant un vivier de recrutement pour l’armée active et pour la réserve.
Il participe à l’évolution de nos armées vers un modèle plus hybride,
renforçant le lien entre la nation et ses forces armées.
Ma responsabilité est donc de mener un triple réarmement : celui des
stocks, celui des forces et celui des esprits – le réarmement du lien armée-nation. Le présent débat porte sur le rôle de la France dans la
prévention et la résolution des crises
internationales. J’ai souhaité vous dire ce que cela impliquait pour le ministère des armées – le réarmement –, et ce que cela implique pour le
Parlement : le vote d’un Budget. Votre rôle est donc immense.
Roland Lescure (ministre de l’Economie,
des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique)
> Nous faisons face à un risque de basculement de l’ordre international et
économique mondial tel que nous le connaissons depuis les 80 dernières années.
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et
des Affaires étrangères)
> [Mercosur devant la justice européenne] En renvoyant l'accord Mercosur
devant la Cour de Justice de l’Union européenne, le Parlement européen s'est
exprimé en cohérence avec la position que nous avons défendue. La France assume
de dire non quand il le faut, et souvent l’Histoire lui donne raison. Le combat
continue pour protéger notre agriculture et garantir notre souveraineté
alimentaire.
> [Déclaration du
gouvernement portant sur le rôle de la France dans la prévention et la
résolution des crises politiques internationales, notamment au Venezuela /
Intervention à l’Assemblée] Ouverte avec fracas, l’année 2026 nous a fait entrer de plain-pied dans un
monde marqué par la brutalisation des relations internationales, un monde où
l’usage de la force redevient un instrument assumé de politique étrangère, un
monde où les règles patiemment construites sur les ruines de la seconde guerre
mondiale sont de plus en plus souvent contournées, relativisées et parfois même
ouvertement bafouées.
À l’aube du 3 janvier, une opération militaire menée par les États-Unis à
Caracas a conduit à la capture et à l’exfiltration du président vénézuélien
Nicolás Maduro. Cet événement, spectaculaire par sa forme, est lourd de
conséquences ; il appelle de notre part une parole claire, cohérente et
responsable.
La position de la France est d’abord une position de lucidité. Nicolás Maduro
était un dictateur sans scrupules, qui a confisqué les libertés fondamentales
de son peuple, étouffé toute opposition politique, accaparé la rente pétrolière
pour asseoir son pouvoir personnel et piétiné le processus électoral pour se
maintenir en place.
Cette réalité s’est imposée lors du scrutin présidentiel du 28 juillet
2024, dont les résultats n’ont jamais été rendus publics et pour lequel nous ne
disposons de procès-verbal d’aucun bureau de vote. Avec constance, la France
avait appelé à la transparence totale du processus électoral, seule à même de
garantir la sincérité du scrutin et le respect de la volonté des électeurs. À
l’issue de ce scrutin manipulé, la répression fut immédiate et violente. En
quelques jours, près de 2 500 personnes furent arrêtées et vingt-sept
perdirent la vie.
Décidée au plus haut niveau de l’État, cette répression systématique a conduit
le bureau du procureur de la Cour pénale internationale à enquêter sur les
crimes commis au Venezuela depuis 2014. Cette enquête vise aussi les
allégations graves de crimes contre l’humanité concernant les faits survenus
après l’élection de juillet 2024.
Et que dire des conditions de détention indignes qui prévalaient dans les
prisons vénézuéliennes ? Symbole de ce système carcéral inhumain, la
prison de Rodeo I, à Zamora, dans l’État de Miranda, restera tristement
célèbre pour avoir accueilli des dizaines de citoyens européens détenus
arbitrairement, y compris l’un de nos compatriotes, que j’ai accueilli en novembre
dernier sur le sol français après sa libération.
Ces réalités disent beaucoup de la nature du régime. C’est la raison pour
laquelle le président de la République a exprimé clairement la solidarité de la
France avec le peuple vénézuélien enfin débarrassé de la dictature de Nicolás
Maduro.
Notre voix est constante et cohérente. Depuis des années, nous avons dénoncé la
répression des voix dissidentes, les détentions arbitraires, les atteintes
répétées à l’État de droit. Nous en avons d’ailleurs subi les
conséquences : en janvier 2025, la majorité du personnel diplomatique
français de Caracas a été expulsée. En dix ans, près de 8 millions de
Vénézuéliennes et de Vénézuéliens ont quitté leur pays. Cet exode est le
symptôme le plus implacable d’un échec patent sur le plan politique, économique
et moral. Aucun démocrate sincère ne peut pleurer le départ de Nicolás Maduro.
Dire la vérité sur la nature du régime déchu ne nous dispense pas de dire la
vérité sur la méthode employée pour le faire tomber. La France a rappelé avec
force que l’opération militaire menée à Caracas contrevenait aux principes
fondamentaux du droit international et dérogeait à ceux de la Charte des
Nations unies, en particulier le respect de l’indépendance et de l’intégrité
territoriale des États.
Si l’usage de la force existe en droit international – la France a récemment frappé militairement en Syrie
des groupes terroristes, notamment Daech –, cet usage est strictement encadré ; mais dans un monde
sans règles, la seule loi qui
prévaut est celle de la
jungle.
Mesdames et messieurs les députés, un monde soumis à la loi du plus fort, la France s’y prépare.
Nous nous y préparons, en nous réarmant militairement pour garantir notre sécurité et celle de l’Europe. C’est le sens de l’effort budgétaire en faveur de nos armées que nous avons engagé sous l’impulsion du
premier ministre et de la ministre des armées et des anciens combattants. C’est
le sens de la consolidation de notre base industrielle et technologique de
défense. C’est le sens de l’autonomie stratégique que nous défendons avec
ardeur auprès de nos partenaires européens.
Nous nous y préparons, en nous réarmant sur le plan économique, afin de réduire
nos dépendances stratégiques et échapper à la dépendance que nous avons laissé
s’installer envers d’autres régions du monde.
Nous nous y préparons, en nous réarmant moralement, afin d’être prêts à
résister à la brutalité qui s’installe ainsi qu’à la tentation du renoncement
et à l’esprit de défaite.
Parce qu’elle ne peut se résoudre à la brutalisation du monde, la France
continuera de défendre les principes fondateurs de la paix et de la stabilité
internationales. Ces principes, les peuples du monde les ont inscrits le
26 juin 1945 dans la Charte des Nations unies. Ils sont les seuls à nous prémunir
du fléau de la guerre. Nous avons rappelé cette position le 5 janvier
dernier devant le Conseil de sécurité, car ce sont la paix et la sécurité
internationales qui sont fragilisées par cette brutalisation du monde.
Nous vivons un paradoxe dangereux : les
puissances ayant imaginé l’ordre international que nous connaissons considèrent
aujourd’hui qu’elles ont plus à gagner à le violer qu’à le protéger. Ce n’est
pas notre conception, et cela ne le sera jamais.
Alors, que faire ? Sur place, au Venezuela, notre priorité immédiate a
été, et demeure, la protection de nos 2 000 compatriotes présents. Malgré
un retour relatif au calme, nous continuons de déconseiller formellement tout
déplacement dans le pays. À travers ses six collectivités dans les Amériques,
la France est un pays américain et caribéen, ce qui renforce évidemment notre
engagement en faveur de la stabilité de la région.
L’Europe et l’Amérique latine ont tout à gagner à
conjuguer leurs forces face aux défis du siècle : défense de l’ordre
international fondé sur le droit, transitions écologique et numérique, lutte
contre les inégalités et contre la criminalité organisée. C’est dans cet esprit
qu’en novembre 2025, je me suis rendu dans la région aux côtés du président de
la République pour renforcer nos partenariats stratégiques et la lutte contre
le narcotrafic, priorité majeure pour notre sécurité intérieure comme pour la
stabilité régionale.
Au Venezuela, les autorités intérimaires ont fait part de leur souhait de
renouer des relations apaisées avec les pays européens. La France a plaidé avec
l’Allemagne en faveur de mesures de réconciliation concrètes au bénéfice direct
de la population. La libération de plusieurs prisonniers politiques, survenue
au cours des derniers jours, constitue un signal positif, que nous saluons avec
prudence.
La France a renouvelé sa disposition à faciliter la reprise du dialogue entre
tous les acteurs vénézuéliens, y compris l’opposante María Corina Machado. Les
mots de son discours, lu à Stockholm par sa fille, résonnent bien au-delà des
frontières : « Ce que nous, Vénézuéliens, pouvons offrir au monde,
c’est cette leçon apprise au terme d’un long chemin éprouvant : la
démocratie n’existe que si nous sommes prêts à lutter pour la liberté. Car la
liberté est un choix, un choix qui doit être renouvelé chaque jour et qui se
mesure à l’aune de notre détermination et de notre courage. »
Notre souhait pour le Venezuela est clair : une
transition pacifique et démocratique. La première étape est la libération des
prisonniers politiques ; la seconde est une transition respectueuse de la
volonté exprimée par le peuple vénézuélien il y a un an, 0lorsqu’il a élu un
président – Edmundo González Urrutia –, qui devra jouer un rôle central dans cette
phase de reconstruction nationale. Aucune solution politique durable ne saurait
être imposée de l’extérieur.
Il appartient au peuple vénézuélien de trouver sa
propre voie vers un avenir stable et prospère. La France, dont l’ambassade à
Caracas n’a jamais fermé ses portes, restera présente et engagée. À cet égard,
je veux saluer devant vous le travail de nos agents, qui a permis d’assurer la
sécurité de la communauté française et de maintenir un lien essentiel avec la
société vénézuélienne.
La France s’est tenue aux côtés du peuple vénézuélien, dont les besoins sont
immenses ; elle continuera de le faire. Sur le plan humanitaire, nous
avons soutenu des distributions de repas dans les cantines scolaires, des
programmes de santé, de prévention des cancers, de formation médicale. Sur le
plan culturel, les liens sont demeurés vivants grâce aux Alliances françaises,
au lycée français de Caracas, aux festivals de cinéma français dans tout le
pays et grâce à la musique. Elle résonne sous la baguette du chef d’orchestre
Gustavo Dudamel, qui a dirigé l’orchestre de l’Opéra de Paris et, lors de la
réouverture de Notre-Dame de Paris, celui de Radio France. Ces liens culturels
sont précieux.
Dans un pays qui comptait encore plus d’une centaine d’entreprises françaises
au début des années 2010, les perspectives économiques existent également. Le
renforcement de nos liens dépendra toutefois du retour de notre personnel
diplomatique expulsé et de la poursuite résolue vers une transition
démocratique.
Mesdames et messieurs les députés, ce qui s’est passé au Venezuela doit aider à
dessiller nos yeux.
Face à la multiplication des crises, la France fait le
choix constant de la coopération plutôt que de la confrontation, du droit
plutôt que de la force. C’est ainsi qu’après un an de travail, la résolution
que nous avons présentée condamnant le Hamas et ses crimes, appelant à son
désarmement, dessinant les contours d’une intégration régionale et garantissant
le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, a été adoptée à
l’Assemblée générale des Nations unies par 142 voix contre 10, c’est-à-dire
à l’écrasante majorité des nations du monde.
Nous avons fait ce choix lorsque, sur ce socle patiemment bâti, nous avons
reconnu l’État de Palestine et entraîné dans notre sillage dix autres pays,
dont le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie.
Nous l’avons fait lorsque nous avons formé, à l’initiative du président de la
République, une coalition de volontaires de plus de trente pays – États d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Océanie et d’Asie –, qui se sont réunis la semaine dernière à Paris ; pour la première fois depuis des
décennies, ils ont défini ensemble une planification militaire crédible et
robuste pour que la paix, une fois conclue, puisse être garantie en Ukraine.
Nous le faisons aussi en prenant très au sérieux les déclarations récentes du
président américain concernant le Groenland. Nous le répétons ici avec
force : le Groenland est un territoire européen qui n’est ni à vendre ni à
prendre. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – Mme Maud Petit applaudit également.) Le président de la
République l’a dit il y a quelques jours devant les ambassadrices et
ambassadeurs réunis à Paris : « Nous refusons le nouveau
colonialisme et le nouvel impérialisme.
Nous refusons la vassalisation et le
défaitisme. »
C’est cette ligne de fermeté, de cohérence et de fidélité à nos principes que
la France continuera de défendre, pour le Venezuela, pour l’Europe et pour
l’ordre international fondé sur le droit, sans lequel il n’y a ni paix ni
liberté véritable.
> [Menaces de Trump / Intervention à l’Assemblée]
La France ne se soumet à aucun chantage et ne se soumettra jamais. Elle conçoit
la souveraineté comme indivisible, pour elle-même comme pour les nations du
monde. Alors bien sûr, elle se souvient avec gratitude du sang versé par les
soldats américains sur les plages de Normandie pour qu'elle puisse être
libérée. Elle entend cultiver sa relation historique avec les États-Unis, 250
ans après leur indépendance, à laquelle elle a apporté une contribution
décisive. Elle souhaite aussi œuvrer avec les États-Unis au service de la paix
et de la sécurité du monde, comme elle le fait aujourd'hui au Liban ou encore
en Syrie.
Mais lorsque les États-Unis formulent une proposition qui est inacceptable,
elle assume pleinement de leur dire non.
Non à la remise en question de l'intégrité d'un territoire européen placé sous
la protection de l'OTAN.
Non à la remise en cause, à la contestation de règles que les peuples d'Europe
se sont données librement et démocratiquement pour protéger leur débat public.
Non aux sanctions qui ont visé récemment des personnalités européennes, et
notamment un ancien ministre et vice-président de la Commission européenne
français.
Oui à la mise en œuvre du plan de paix présenté par le président des
États-Unis, que nous soutenons sans réserve, mais non à la création d'une
organisation telle qu'elle a été présentée, qui viendrait se substituer aux
Nations unies.
Non enfin à la menace de droits de douane brandie comme un chantage pour
obtenir des concessions injustifiables.
Dans ce contexte, la France soutient la suspension de l'accord commercial avec
les États-Unis voulue par le Parlement européen. Et si la coercition devait se
matérialiser, alors l'Europe en tirerait toutes les conséquences. La Commission
s'y prépare, elle l'a dit, et elle dispose pour cela d'instruments très
puissants.
Non, la France ne cédera devant aucun chantage, aucune coercition, d'où qu'elle
vienne, d'où qu'elle provienne et quelle qu'elle soit. Et que ceux qui peinent
encore ou qui en doutent encore se plongent dans notre histoire pour s'en
convaincre.
> [Situation internationale /
Intervention à l’Assemblée] Ce que nous voyons, c'est un monde en train de se
structurer dans une confrontation entre deux hyperpuissances, les États-Unis,
d'un côté, et la Chine, lancés tous les deux dans une course à la domination
dans laquelle aucun autre pays du monde ne pourrait avoir sa place. La seule
manière pour la France de défendre ses intérêts et de faire entendre sa voix,
c'est de le faire au travers d'une Europe forte, unie et souveraine, qui puisse
ouvrir une troisième voie. Et nous serons suivis parce que de l'Asie du Sud-Est
jusqu'en Amérique latine en passant par l'Afrique, l'immense majorité des pays
du monde qui refusent de devoir choisir l'un de ces deux camps et qui entendent
rester libres attendent que l'Europe se lève et montre la voie.
Mais pour cela, l'Europe devra accélérer alors qu'elle s'est enfin dotée d'une
boussole, celle que la France lui propose depuis 2017, celle de l'autonomie
stratégique et de la souveraineté. Accélérer alors que de premières décisions
ont été prises ces derniers mois qui vont dans la bonne direction : protection
de l'industrie de l'acier, des ferroalliages ; préférence européenne imposée
dans les instruments de financement de la défense ; nouvel emprunt européen
pour permettre à l'Ukraine de se défendre. Tout cela est positif, tout cela
traduit les priorités françaises dans les politiques européennes, mais tout
cela doit aller beaucoup plus vite.
Comment la France peut-elle convaincre ses partenaires d'aller plus vite ? Eh
bien c'est en étant elle-même forte. Et cela, cela commence par l'adoption d'un
Budget. C'est la raison pour laquelle le choix qui vous est proposé dans
quelques heures est si important, puisqu'il permettra de doter notre pays d'un Budget,
ainsi qu'à ses armées et à sa diplomatie. C'est la condition pour que la voix
de la France puisse peser en Europe et que l'Europe puisse à son tour se lever
et desserrer l'étau que ces deux hyperpuissances voudraient refermer sur notre
pays et sur les autres pays du monde.
Amélie de Montchalin (ministre de l’Action
et des Comptes publics)
> [Budget] Sur les économies, parce que c'est un sujet, effectivement, qui a
beaucoup agité les débats. Bon, vous vous rappelez que nous avions présenté un
budget qui portait continuité du plus grand effort de réduction des dépenses de
fonctionnement de l'État depuis 25 ans. Ça a été fait en 2025. Ça a permis
de tenir le fameux 5,4 %. Je rappelle que sur les dépenses de l'État, nous
avons fini l'année à 300 millions d'écarts par rapport aux
480 milliards d'euros de dépense totale pour l'État. On peut donc dire
qu'à la fois, les engagements peuvent être tenus, pour peu qu'on ait la bonne
méthode. Et le Premier ministre a confirmé que pour 2026, toutes les lignes
budgétaires, tous les éléments de dépenses et de recettes pour l'État, les
collectivités et la Sécurité sociale continueraient d'être suivies, comme nous
l'avons fait, tous les trimestres, avec ce qu'on appelle des comités d'alerte,
avec une très grande transparence, pour que tout ce qui est dans ce projet de
budget, comme l'a dit le Premier ministre, pour que nous tenions sincèrement le
5 %, ne soit pas seulement sur les épaules, vous voyez, des différents
ministres, mais bien que ce soit quelque chose qui soit fait en transparence.
Ensuite, sur les économies que nous faisons. Nous en faisons beaucoup sur les
opérateurs et les agences. Et vous verrez d'ailleurs que dans les prochaines
heures, un certain nombre d'économies supplémentaires seront demandées à un
certain nombre d'acteurs, notamment pour que nous puissions optimiser ce qu'on
appelle leur trésorerie, qu'il n'y ait pas d'argent dormant, que les impôts
payés par les Français soient utilisés aussi vite que nécessaire, et qu'au
fond, il n'y ait pas, vous voyez, des petits réserves comme tels des écureuils,
alors que c'est l'argent des Français et que nous devons être très
précautionneux avec l'impôt que nous collectons, et très rigoureux avec la
manière dont il est dépensé. Vous verrez également qu'un certain nombre de
ministères, nous allons procéder à des mécanismes budgétaires pour que nous
annulions une partie de notre réserve, ce qui veut dire que nous allons mettre
sous contrainte l'ensemble des administrations, pour dire que les budgets votés
doivent être strictement tenus et qu'il n'y aura pas de rallonge, sauf crise,
sauf besoin exceptionnel. Donc, nous mettons l'ensemble de la puissance
publique dans un cadre extrêmement rigoureux. Nous faisons des économies
ensuite sur des éléments essentiels : les éléments de commandes publiques
et d'achats publics. Vous avez vu beaucoup de reportages où, au fond, nos
règles obligent les acteurs publics à acheter plus cher que si les règles
étaient de bon sens. Nous avons changé les règles sous l'autorité du Premier
ministre pour que les achats coûtent moins cher. 1 milliard d'euros
d'économie par ce biais. Le Premier ministre a donné instruction que nous
diminuions dans tous les ministères plus opérateurs les dépenses de
communication. Et au total, les économies qui vont être présentées par rapport
aux nouvelles annonces qui ont pu être faites permettent de tenir les dépenses
pour qu'elles soient compatibles avec 5 %. J'insiste enfin sur la
fiscalité. Je dois vous dire qu'il y a eu beaucoup de changements, en fait,
entre la version du budget présenté le 14 octobre et celle que le Premier
ministre est en train de finaliser par ses arbitrages. Il n'y aura pas plus
d'impôts dans la copie présentée demain que dans celle que nous avions
présentée au départ. La grande différence, effectivement, c'est qu'il y a eu
des changements sur qui contribuera un peu plus en 2026. Toute la fiscalité des
ménages. Nous avions eu des projets sur l'abattement sur les retraités, des
projets sur un certain nombre de révisions de niches fiscales, des projets sur
le gel du barème de l'impôt sur le revenu. Tous ces éléments ont été retirés
pour qu'il y ait une fiscalité strictement stable, ce qui amène, et je
conclurai là, à ce que l'effort de la nation, par ses prélèvements
obligatoires, soit inférieur en pourcentage de notre PIB en 2026 par rapport à
ce qu'il était en 2019. 2019, c'est la dernière année où nous étions sous
3 % de déficit. 2019, c'est la dernière année avant les grandes crises du
Covid, de l'Ukraine et de l'inflation. À l'époque, nous avions 44 % de
prélèvement obligatoire dans la richesse nationale. Il y aura en 2026,
43,9 %. Ce qui veut dire que nous ne sommes pas dans la folie fiscale. Ce
qui veut dire que nous essayons de revenir à un moment de notre histoire
économique et budgétaire qui était la dernière année où nous étions sous
les 3 %. Il nous semblait que c'était une bonne boussole à tenir.
> [Budget] dans les économies supplémentaires que le Gouvernement va proposer pour notamment tenir l'ambition des 5 %, sans remettre en cause évidemment les politiques publiques sur lesquelles nous avons pris des engagements, et je veux le dire ici, il n'y a pas d'entourloupe, il n'y a pas des choses qu'on va mettre d'un côté pour les retirer aussitôt qu'elles auront été annoncées. Il y a effectivement un certain nombre d'opérateurs et d'agences qui, quand elles ont de la trésorerie en excédent, ou quand elles ont ce qu'on appelle des taxes affectées, des finances qui sont dynamiques, c'est-à-dire qui ont une forte augmentation et peut-être parfois plus forte augmentation que leurs besoins, eh bien le Gouvernement va proposer que nous mettions de l'ordre. Et je pense que c'est un bon usage de l'argent public et l'argent des Français, surtout puisque l'argent public n'existe pas. Il n'y a que l'argent des Français, qu'ils soient entreprises ou ménages qui existent. Et donc là, nous suivons effectivement, pas dans exactement le même volume, mais en tout cas la direction qu'avait proposé le rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale. C'est aussi une forme de compromis. C'est aussi une manière de valoriser le travail des parlementaires qui ont voulu s'engager pleinement et avec grande authenticité dans ces débats. Sur votre première question, l'apprentissage. Le Premier ministre l'a dit à Matignon vendredi. Nous soutenons le travail et nous soutenons la jeunesse. S'il y a bien un sujet qui coche les deux cases, c'est bien l'apprentissage, près d'un million d'apprentis dans notre pays, vous savez, depuis maintenant quelques années, une réforme très ambitieuse qui a été menée dès 2018, et un changement de mentalité qui fait que chacun voit aujourd'hui qu'apprendre un métier de manière concrète, en complément d'études plus théoriques, eh bien ça augmente l'employabilité, et c'est à la fois bon pour les entreprises, et bon pour les jeunes, et bon pour leur famille, donc on voit bien que c'est une politique aujourd'hui qui fait consensus. Aujourd'hui c'est une politique publique qui représente à peu près 15 milliards d'euros, pour ce million à peu près de jeunes engagés. Et nous avons un certain nombre d'éléments que nous voulons, là aussi, bien équilibrer, notamment en regardant si sur certains diplômes, notamment Master, Master 2, ou pour certaines grandes entreprises, est-ce que le niveau d'aide qui est aujourd'hui pourvu est adapté et s'il y a des éléments à ajuster ? Ce que je peux vous garantir, c'est qu'il n'y aura pas aujourd'hui de remise en question de cette politique, pas de remise en question de l'ambition, pas de remise en question de l'accompagnement des entreprises, en particulier quand elles sont petites ou moyennes, et en particulier quand les jeunes sont moins qualifiés. On parle de quelques centaines de millions d'euros d'efforts, d'économies, de recalibrages, sur une politique publique qui représente plus de 15 milliards d'euros. Donc je pense que là aussi, il faut être précis, rigoureux, et bien vous voyez faire la différence entre la remise en question d'une politique publique et la bonne gestion que nous cherchons, là aussi dans l'intérêt des Français qui contribuent, des entreprises qui payent des taxes d'apprentissage, et donc dans l'intérêt collectif. Mais je le dis avec force, ce Gouvernement assume pleinement l'importance donnée à l'apprentissage. Et comme sur toutes les politiques publiques, ce n'est pas parce qu'on vous a donné une politique publique importante qu'il n'y a pas évidemment des éléments d'ajustement à apporter. C'est ce que je crois nous pouvons tous comprendre, sans faire de fausses polémiques ou d'inquiéter ni les jeunes, ni les entrepreneurs.
> [Budget] Alors sur l'impôt sur la fortune immobilière, ça fait partie de notre projet de stabilité. Donc, l'impôt sur la fortune immobilière est conservé et il sera payé en 2026 dans les mêmes termes que ce qu'il était payé en 2025. C'est plus de 2 milliards d'euros aujourd'hui qui sont collectés par cet impôt et nous n'avons pas choisi de trouver une formule différente qui aurait amené, si on avait suivi certains, en fait, à ce qu'il rapporte moins d'argent. Donc à un moment donné, vous voyez, on a gardé ce qui existe plutôt que de savoir parfois une forme d'exotisme fiscal qui, à mon avis, aurait été au détriment et des finances publiques et, j'allais dire, de l'attractivité de l'organisation collective. Deuxième enjeu sur la tax holding, c'est un élément essentiel de la lutte contre la sur-optimisation fiscale. Et nous avons porté une réforme du pacte Dutreil. Et le pacte Dutreil, c'est quand vous transmettez une entreprise, et ça c'est un très bon outil que nous défendons, mais avec le temps, dans ces transmissions d'entreprises, s'étaient glissées aussi des transmissions de biens personnels, de maisons de vacances, de choses qui appartiennent au dirigeant, mais pas pour son entreprise, mais pour lui-même. Nous avons désormais clarifié les règles. Ne pourrons plus être transmis dans le cadre des pactes Dutreil que des éléments de l'entreprise, ses investissements, sa trésorerie, les actifs productifs. Et donc? nous sortons tous les biens personnels, tous les biens somptuaires des pactes Dutreil. En fait, quand on transmet en général un pacte Dutreil, on transmet une holding. Et donc, la taxe holding, du coup, par cohérence, va dire que si on ne peut pas transmettre les éléments personnels, ils n'ont pas à être dans la holding quand l'entreprise est avant transmission, donc est opérationnelle. Donc oui, la taxe holding est maintenue. Elle est maintenue pour que nous fassions beaucoup mieux le départage entre le patrimoine personnel du dirigeant et les actifs professionnels et l'outil productif. Et on sait bien que c'est là que se loge la suroptimisation fiscale qui amène, et je l'ai dit ces derniers jours, quelques milliers de contribuables français à payer finalement moins d'impôts que ce qu'ils ne devraient, puisqu'ils utilisent la fiscalité des entreprises pour se constituer un patrimoine personnel. Et donc, c'est ce départage et la taxe holding telle qu'elle va arriver désormais, fruit de ce travail collectif, qui permet d'avoir cette cohérence, cette action, cette nouveauté aussi dans le cadre fiscal. Le Premier ministre l'a dit très clairement: nous avons de la grande stabilité pour les ménages, pour les entreprises, pour les TPE, pour les PME, pour les charges des entreprises, mais nous assumons d'avoir quelques changements, et notamment pour réduire cette sur-optimisation. Et chacun comprend bien que tous ceux qui respectent déjà les règles en seront ravis, et tous ceux qui ont des doutes sur le fait que les règles soient respectées pourront être rassurés.
Mathieu Lefevre (ministre délégué auprès
de la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des
Négociations internationales sur le climat et la nature chargé de la
Transition écologique)
> Le Président défend depuis 2017 la souveraineté française et européenne.
Beaucoup le critiquaient alors, mais aucun n’avait anticipé comme lui les
conséquences du monde à venir. Son action pour l’autonomie du continent et son
réarmement sont aujourd’hui décisives.
> Chaque jour qui passe sans budget a des conséquences pour les Français et pour le pays dans un moment de grandes tensions internationales. Le Premier ministre a fait un choix courageux, avec l’intérêt général comme seule boussole.
> Ce budget est le fruit d’un travail commun entre sensibilités politiques différentes, qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble. Le Premier ministre fait preuve de courage en endossant lui-même la responsabilité de ce compromis.
> Il faut un budget pour mener la transition écologique du pays. Chaque jour qui passe empêche d’investir : le budget de compromis permettra de financer 200 millions d’euros de projets nouveaux.
> Le RN a fait le choix de la folie fiscale durant les débats budgétaires en votant 34 milliards d’euros d’impôts en plus. Ses députés ont contribué à rendre le budget de la Nation invotable par ceux qui ont l’intérêt général à cœur.
> Le Premier ministre agit en responsabilité pour la Nation. Sa décision n’a qu’une boussole : l’intérêt général, quand les extrêmes ne s’en sont jamais soucié. Dans cette situation politique, il n’y a que 2 postures : le blocage ou le travail, le déni ou le compromis.
Eléonore Caroit (ministre délégué
auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères chargée de la
Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger)
> La France soutient l’opposition iranienne dans son combat pour la liberté.
> Le Groenland est européen et danois et le restera.
> On ne peut pas parler d'ennemi par rapport aux Etats-Unis, ça n'aurait pas de sens.
● Autres ministres
Maud Bregeon (porte-parole du Gouvernement)
> [Budget] Merci à tous. Alors moi je vous propose qu'on continue pour la
partie plus formelle. Quand même embrayée sur la question budgétaire dans le
sillage de ce qu'a dit le Premier ministre et de ce qu'a dit Madame la Ministre
de l'Action et des Comptes Publics, par la réaction du Président de la
République qui, vous le savez, a autorisé le Gouvernement à engager sa
responsabilité sur le budget de l'État et des collectivités territoriales. Je
vais donc vous citer les propos du Président de la République en réaction à
cette autorisation et plus globalement à la copie budgétaire qui est présentée
par le Premier ministre. Il a dit – je cite, ce sont ses mots : "que
cette équation budgétaire est le fruit d'un travail politique qui, par
définition, a nécessité des compromis et des concessions de la part de chacun.
Une équation budgétaire qui permet de contenir le déficit à 5 % du PIB, de
garantir une stabilité et d'être cohérent avec la politique économique suivie.
C'est donc une copie qui permet au pays d'avancer". Encore une fois, ce
sont ses mots. La feuille de route est remplie et nous devons toutes et tous la
défendre. En défendre le résultat – il parlait là des membres du
Gouvernement – parce qu'il y a dedans de véritables éléments de relance
– il faisait notamment référence au crédit et aux mesures relatives au
logement, parce qu'il y a une consolidation d'éléments de défense, et notamment
sur le régalien. Et parce que la surtaxe IS sur les grandes entreprises
est plus concentrée qu'en 2025 et touche moins d'entreprises, les ETI,
les TPE, les PME, vous le savez, ne seront pas touchées en 2026. Et
le président de la République a conclu en saluant l'engagement du Premier
ministre et des ministres concernés, travail qui a permis d'avancer, je cite,
sur ce chemin de crête. Voilà les quelques mots de réaction du président de la
République.
Charlotte Parmentier-Lecocq (ministre
délégué de la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des
Personnes handicapées chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées)
> [Protection de l’enfance / Intervention au Sénat] La violence perpétrée à
l'encontre d'enfants qui devraient être protégés est tout à fait inacceptable.
Le Gouvernement a immédiatement dénoncé ces faits et a engagé les procédures
qui conviennent.
D'une manière plus générale, le Gouvernement rejoint les constats que vous
dressez – ce sont aussi ceux de la commission d'enquête de l'Assemblée
nationale sur les manquements des politiques publiques de protection de
l'enfance – et a décidé de faire de la protection de l'enfance une
priorité. Cette priorité est portée par le garde des sceaux, Gérald Darmanin,
et la ministre de la santé, Stéphanie Rist.
Des travaux sont engagés pour dépasser les constats et mettre en place des
réponses durables et opérationnelles.
Il s'agit d'abord de renforcer le pilotage national, nécessaire pour améliorer
la connaissance et le suivi des politiques mises en œuvre, avec la mise en
place d'un système d'information dédié à la protection de l'enfance pour mieux
assurer le suivi des parcours et éviter les ruptures.
La question de la santé des enfants protégés constitue aussi un axe central de
cette refondation : à cet égard, la mise en place d'un parcours de soins
coordonné et renforcé est prévue dans le cadre de l'objectif national de
dépenses d'assurance maladie (Ondam) inscrit dans la loi de financement de la
sécurité sociale.
Ce parcours va permettre d'assurer un bilan à l'entrée de l'enfant dans le
dispositif et de mettre en place les actions de soins nécessaires. Son
déploiement s'appuiera sur les enseignements des expérimentations Pégase et
Santé protégée, dont les financements sont par ailleurs sécurisés.
Par ailleurs, nous continuons de soutenir les centres d'appui à l'enfance qui
sont développés par le professeur Céline Greco.
Enfin, un projet de loi sera très prochainement présenté par le garde des
sceaux, Gérald Darmanin, et la ministre de la santé, Stéphanie Rist, pour
replacer le parcours de vie de l'enfant au cœur du dispositif. Cette étape
majeure est corrélée avec l'engagement de l'État inscrit dans le budget
pour 2026.
► Assemblée nationale
Yaël Braun-Pivet (présidente)
> Le combat continue sur le Mercosur ! Le Parlement européen a voté la
saisine de la Cour de justice de l’UE : la ratification est suspendue, le temps
de vérifier la conformité aux traités européens. Continuons le combat pour une
Europe qui protège nos filières et nos agriculteurs, impose la réciprocité des
normes et garantit notre souveraineté alimentaire ! Je suis à vos côtés.
> Je salue la décision du Parlement européen pour suspendre le processus de ratification d’un accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis. Face aux bouleversements du monde, les Parlements ont un rôle essentiel à jouer, une responsabilité à assumer, la voix des peuples à porter.
> La détention de Christophe Gleizes en Algérie est une atteinte à la liberté d’informer. J’ai reçu ce matin sa famille pour réaffirmer notre soutien et rappeler que la France ne transige ni avec la liberté de la presse ni avec la protection de ses ressortissants. Nous restons pleinement mobilisés pour qu’il retrouve au plus vite la liberté et les siens.
> J’ai réuni le groupe de contact de l'Assemblée pour que ses membres rencontrent les forces politiques de Nouvelle-Calédonie qui ont signé hier l'accord Élysée-Oudinot, complémentaire à l'accord de Bougival. Objectif de la poursuite du dialogue : présenter le consensus auquel les délégations sont parvenues, dans la perspective des travaux parlementaires qui doivent permettre de traduire dans la Constitution les aspirations des Calédoniens.
> Nous pouvons tous déplorer que l’Assemblée nationale n’aille pas au bout de l’examen du budget. Le budget ne doit plus jamais être examiné de cette manière : c’est un enjeu démocratique. Depuis novembre, je propose une modification de nos règles pour permettre l'adoption d'un budget par l'Assemblée nationale comme le réussissent d'autres pays européens, qui n'ont pas non plus de majorité absolue.
> Quand la France parle au monde, je crois profondément que le Parlement doit pouvoir la faire parler aussi. Aujourd’hui, au titre de l’article 50-1, l’Assemblée nationale débat du rôle de la France dans la prévention et la résolution des crises internationales. Dans un monde déstabilisé, je défends le droit international, le multilatéralisme et le règlement pacifique des conflits. Ces choix engagent la crédibilité de la France et doivent être discutés et contrôlés par le Parlement.
► Partis politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne
sont pas centristes et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus
retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire général de Renaissance, président du
groupe Ensemble pour la république à l’Assemblée nationale)
> Victoire et soulagement. Le Parlement européen vient de voter la saisine
de la Cour de justice de l’UE sur l'accord avec le Mercosur. La ratification de
cet accord est donc suspendue jusqu'à ce que la CJUE se prononce. Nous l'avons
dit et nous le redirons autant que nécessaire : nous avons besoin de débouchés
pour notre économie et notre agriculture, et donc nous avons besoin d’accords
commerciaux, mais cet accord Mercosur, en l'état, n’apporte pas de garanties
suffisantes. Merci à nos députés pour leur mobilisation sans faille, pour leur
engagement en première ligne pour nos agriculteurs.
> Le droit international ne prime plus. C’est un fait : la force règne. On peut le regretter et le subir, comme vous, ou voir le réel et s’y adapter. La France et l’Europe doivent assumer les rapports de force et la puissance si elles veulent apaiser le monde. Sans force, face à Pékin, face à Moscou, face à Washington, nos grands principes ne sont que des mots creux et des incantations.
> Pendant des décennies, les États-Unis
ont parlé le langage de l'alliance, du partenariat et du respect mutuel avec
l'Europe. Aujourd'hui, ce langage est remplacé par des menaces, de la
coercition et des cartes fantaisistes. Soyons clairs. Le Canada n'est pas une
colonie. Le Groenland n'est pas à vendre. et l'Europe n'est pas un territoire
que l'on peut effectuer à la soumission.
La menace de droits de douane contre l'Union européenne est totalement
injustifiée et un véritable désastre ! Nous avons offert une collaboration
sécuritaire exceptionnelle au Groenland, peut-être la meilleure jamais proposée.
Si ces mesures sont confirmées, l'Europe réagira. Légalement, mais avec fermeté.
Nous activerons l'« instrument
anti-coercition », qui est très puissant. Très, très
puissant. Nous riposterons par des mesures de rétorsion massives, notamment des
droits de douane et l'exclusion totale des entreprises américaines des marchés
publics européens. Nous devons faire preuve de force et de solidarité, sinon il
ne nous restera plus rien. L'Europe ne se laissera pas intimider !
Agnès Pannier-Runacher (députée)
> Le Parlement européen a renvoyé l’accord sur le
Mercosur devant la Cour de justice de l’Union européenne. Une décision
cohérente avec la position que le Président de la République a défendue et
continue de défendre : aucun accord commercial ne peut se faire au détriment de
nos agriculteurs et de notre souveraineté. Il ne faut rien lâcher.
> La Commission mixte paritaire sur le projet de loi de simplification a débouché sur des reculs sanitaires importants. En revenant sur les zones à faibles émissions, les parlementaires de droite n’ont pas tenu compte des positions des élus concernés qui ne souhaitaient pas qu’on remette en cause ce dispositif. Plutôt que de l’améliorer ou de l’ajuster, comme cela était réclamé par les maires, ils ont préféré courir derrière le RN ; et tant pis si des milliers de personnes perdent des mois d’espérance de vie à cause de la mauvaise qualité de l’air des grandes agglomérations. Tant pis aussi pour les enfants asthmatiques hospitalisés pendant les pics de pollution en service de soins intensifs, par exemple à Robert Debré que j’avais visité. À nouveau, les députés de mon groupe ont tenté de s’opposer à ce recul qui touche les plus fragiles. Mais nous étions en minorité. De la même manière, je regrette le détricotage - plus discret - mais qui ouvre la voie à aller plus loin du « zéro artificialisation nette ». Cette fois ci-contre les Présidents de région qui avaient pris leurs responsabilités. En Bretagne ou dans les Hauts de France par exemple. Car derrière ce terme, il y a la protection de nos terres agricoles, il y a la protection des populations face aux inondations qui touchent les zones imperméabilisées et il y a la préservation d’écosystèmes naturels dont le bon état est crucial pour plus de 70% des entreprises européennes (source : BCE). Aux députés LR, n'oubliez pas qu’on préférera toujours l’original à la copie. Courir derrière le RN est une mauvaise stratégie électorale. Et à la fin, ce seront les citoyens qui seront sacrifiés…
Pieyre-Alexandre Anglade (député)
> [Situation internationale /
Intervention à l’Assemblée] La situation internationale est grave.
Pour l’Europe, elle est très certainement la plus sérieuse depuis 1945, car
nous sommes seuls, en première ligne, face à des puissances – la Russie, la Chine, et
les États-Unis – qui poursuivent des
logiques impériales.
Dans ce moment, ce qui est en cause, c’est notre capacité à garantir notre sécurité, notre indépendance et notre souveraineté, donc à assurer à nos enfants qu’ils vivront sur un continent libre, en paix et
prospère, tel que nous le connaissons aujourd’hui. Pour le dire autrement, nous
nous trouvons à un tournant historique et stratégique majeur, un tournant
existentiel, qui exige de prendre des décisions à la hauteur de la situation.
Dans cet environnement, une menace domine : la Russie. Celle-ci n’a
renoncé à aucun de ses objectifs en Ukraine. Elle est devenue et restera dans
les années qui viennent une menace directe pour la France et pour l’Union
européenne.
Si l’Ukraine tombait, si demain la guerre se rapprochait de nos frontières,
alors nous perdrions en Europe ce que nous avons de plus précieux : la
paix, la liberté, la prospérité. Une capitulation ukrainienne, que certains ont
pensée, sinon tenté d’imposer, serait un danger existentiel pour l’Europe, donc
pour la France. C’est pourquoi le président de la République a eu raison de
tout faire, depuis un peu plus d’un an, pour qu’advienne la coalition des
volontaires. C’est aujourd’hui nous, les Européens, qui assurons la
quasi-totalité du soutien à l’Ukraine, la France en assumant la part la plus
importante. Nous devons évidemment poursuivre sur ce chemin.
C’est d’autant plus vrai que notre principal allié et partenaire historique,
les États-Unis d’Amérique, ont engagé un changement de posture brutal et
profond. Après le discours de J. D. Vance à Munich, l’altercation
avec le président Zelensky dans le Bureau ovale, la publication de la nouvelle
stratégie de sécurité américaine, l’interdiction faite à l’ancien commissaire
européen Thierry Breton de se rendre sur le territoire américain et, désormais,
les revendications sur le Groenland, plus personne ne peut l’ignorer : la
relation transatlantique se désintègre ; le système international se
dérègle ; les cadres multilatéraux sont contournés ; les rapports de
force redeviennent la norme. Le monde d’avant est terminé. La force prime
désormais le droit. Nous sommes entrés dans un monde de radicalité.
Face à cette radicalité, nous, Européens, devons faire preuve d’une même
radicalité dans la défense de nos principes et de nos intérêts. Je le redis à
mon tour, comme beaucoup l’ont fait dans ce débat : on ne transige pas
avec la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes ; on ne négocie pas le
respect de l’intégrité territoriale des États, ni l’intangibilité des
frontières. Cela vaut évidemment pour l’Ukraine comme pour le Groenland. La
souveraineté et la démocratie ne se monnayent pas, ne se bradent pas, ne se
marchandent pas. Nous devons défendre ces principes jusqu’au bout.
Dans le cas précis du Groenland, ne laissons pas faire ! Il y a là une
ligne rouge, non négociable : le Groenland est un territoire européen, souverain
et indépendant. Dans ce moment, plusieurs orateurs l’ont rappelé, nous avons
des outils et des armes à faire valoir ; l’Europe n’est pas désarmée. Je
pense notamment à l’instrument anticoercition, qui est une arme de dissuasion.
Si le président des États-Unis d’Amérique poursuit son chantage, si le dialogue
n’est plus possible, l’Europe peut et doit prendre des contre-mesures. Si les
menaces américaines sont mises à exécution, nous pouvons restreindre, voire
fermer, l’accès au marché unique européen. Si ces menaces se concrétisent,
alors l’accord commercial conclu au mois d’août dernier doit être suspendu. Il
est en cours de discussion au Parlement européen, appelé à autoriser sa
ratification ; les groupes politiques représentés dans cette enceinte
devront alors s’y opposer. Tant que les menaces continuent, il n’y aura pas de
baisse des droits de douane pour les produits américains ; ce message doit
être entendu à Washington et porté avec clarté par la Commission européenne.
Disons-le aussi à nos partenaires américains : depuis plusieurs jours, la
Chine et la Russie doivent se frotter les mains ! Ce sont les présidents
Poutine et Xi Jinping qui profitent de nos divisions. Si la sécurité du
Groenland est menacée, ainsi que l’affirme le président Trump, nous pouvons
relever ce défi dans le cadre de l’Otan. Par contre, les menaces douanières
seront néfastes pour tout le monde, des deux côtés de l’Atlantique.
Dans ce monde instable, nos démocraties sont des proies et notre Union est
vulnérable. Un choix s’impose donc à nous : soit nous sommes capables de
bâtir rapidement une Europe souveraine et une véritable puissance économique,
industrielle, technologique, numérique, militaire et diplomatique ; soit
nous subirons les décisions des empires.
Oui, la période est dangereuse. Oui, elle est inquiétante. Oui, nous sommes
menacés. Mais l’Europe est forte – plus qu’on ne le croit.
Christopher Weissberg (député)
> [Situation internationale / Intervention à l’Assemblée] Demain marquera le premier anniversaire de la fin d’un monde. Il y a
presque un an jour pour jour, le 20 janvier 2025, le retour de Donald
Trump à la Maison-Blanche rompait l’ordre international hérité de la seconde
guerre mondiale. Le monde dans lequel nous entrons n’est plus structuré par la
force du droit, il l’est par le droit du plus fort.
Les règles internationales, les traités, les normes et les principes que nous
avons patiemment construits après la seconde guerre mondiale ne tiennent plus
par eux-mêmes.
Pendant trop longtemps, l’Europe a cru que le droit suffisait, que les règles
s’imposeraient d’elles-mêmes à ceux qui les violent et que l’interdépendance
économique empêcherait la brutalité politique. Cette naïveté, d’une certaine
manière, nous a désarmés. Ces principes, qui sont les racines du modèle
démocratique européen, ne peuvent survivre que lorsqu’ils sont défendus.
Avec l’arrestation spectaculaire du dictateur Nicolás Maduro il y a quelques
semaines, certains ont pu croire à un simple coup de force isolé ou à la chute
légitime d’un tyran opprimant son propre peuple. La réalité est malheureusement
plus cynique que cela. Donald Trump n’a aucune intention de soutenir la
démocratie au Venezuela ou ailleurs dans le monde, il veut seulement imposer
ses intérêts.
Les États-Unis ont toujours entretenu un rapport distancié au droit
international, qu’ils n’ont jamais considéré, contrairement à l’Europe, comme
s’imposant à leur ordre juridique interne. Le renversement de Maduro n’est, à
cet égard, pas si éloigné de celui de Manuel Noriega au Panama en 1989. Il
s’inscrit dans la continuité d’une politique étrangère conforme à la doctrine
Monroe, énoncée devant le Congrès en 1823. Depuis près de deux siècles, les
États-Unis interviennent directement ou indirectement pour influencer le destin
des pays latino-américains, que Washington a toujours traités comme son
arrière-cour.
L’impérialisme de Washington en Amérique latine n’est donc pas nouveau ;
ce qui l’est est infiniment plus inquiétant.
Il s’agit d’abord du changement radical de doctrine opéré par le gouvernement
Trump vis-à-vis de la démocratie américaine, créée il y a deux cent cinquante
ans par ses Pères fondateurs sur les principes de l’État de droit et des
contre-pouvoirs. Permettez au Franco-Américain qui vous parle de vous rappeler
les faits. Dès son discours d’investiture, le président Trump a levé toute
ambiguïté. Il s’est présenté comme l’incarnation absolue du peuple américain,
comme si son élection lui conférait un pouvoir sans limites et l’affranchissait
de toute règle, de tout contrôle ou de toute obligation de rendre des comptes.
N’oublions pas que ce même président a attaqué la Constitution américaine en
2020 en exigeant de son vice-président, Mike Pence, qu’il refuse de reconnaître
les résultats de l’élection présidentielle.
Autour de Donald Trump, l’administration a assumé la primauté du rapport de
force sur la règle, de la domination sur la norme, de l’exception sur le droit.
Les Américains, comme les Français qui résident aux États-Unis et que j’ai
l’honneur de représenter, constatent chaque jour que l’État fédéral s’ingère
dans les compétences des États fédérés, intervient dans les décisions des
entreprises et fait pression sur la société civile, que la police migratoire
agit en milice, sans mandat clair ni contrôle effectif, que les contre-pouvoirs
sont affaiblis, contournés et réduits au silence. Le modèle européen de liberté
d’expression comme nos conceptions du droit international, de la hiérarchie des
normes et du contrôle de constitutionnalité sont autant de principes auxquels
l’administration américaine entend s’attaquer.
Des millions d’Américains attendent de nous que nous soyons à la hauteur de
l’histoire, que nous incarnions et défendions nos principes fondateurs. Des
milliers d’Américains effarés par ce qui se passe aux États-Unis et attachés à
un modèle de démocratie qu’ils voient se désagréger sous les coups de butoir de
l’administration actuelle souhaitent trouver refuge en France ou ailleurs en
Europe. L’agressivité du président américain nous fournit l’occasion unique de
valoriser ce que nous sommes et d’accueillir les chercheurs, les entrepreneurs,
les artistes qui souhaitent fuir la dérive autoritaire de leur pays. Mettons
les moyens pour les accueillir et démontrer qu’ils ont raison d’être attirés
par notre modèle.
L’autre rupture historique tient au fait que Donald Trump ne nous considère
plus comme ses alliés.
Nous ne sommes même plus des concurrents ; nous sommes devenus des
adversaires. Les déclarations de Donald Trump ce week-end, menaçant d’augmenter
les droits de douane contre les pays engagés dans le renforcement de la
sécurité du Groenland, sont une preuve de plus que nous ne pourrons pas nous
fier à l’accord commercial signé l’année dernière par la Commission européenne.
Dans ce contexte, cessons de nous bercer d’illusions : sans réaction de
notre part, cette administration ne respectera pas l’esprit des règles de
l’Otan. Elle n’hésitera pas à s’emparer du Groenland de façon transactionnelle,
au mépris du droit, des alliances et de l’équilibre international.
L’ingérence des États-Unis pour déstabiliser l’unité européenne est assumée.
Elle rompt avec une tradition constante de soutien à l’Union européenne qui
date du plan Marshall. Le président Trump et son vice-président Vance n’ont
jamais caché leur objectif de fragiliser l’Union européenne en divisant les
États membres sur tous les sujets. Il n’est pas anodin que le communiqué
initial de l’Union européenne sur le Groenland évite de mentionner les
États-Unis. L’Italie de Giorgia Meloni l’a sciemment omis pour préserver ses
relations privilégiées avec Trump. Il n’est pas anodin non plus que certains
gouvernements européens préfèrent le silence à la confrontation. C’est
précisément pour faire face à ce piège que notre unité est notre meilleur
rempart.
Quelle différence entre ces gouvernements et ceux qui, à l’extrême droite de
cet hémicycle, vantent l’énergie du président Trump ? « Mais où
trouve-t-il toute cette énergie ? » Cette énergie est admirée par
ceux qui sont prêts à se vendre à lui pour obtenir son soutien, au prix de nos
valeurs, de notre souveraineté et de notre indépendance. Pour sa part, la
France a réaffirmé hier, par la voix du président de la République, sa
détermination à résister et à utiliser tous les moyens pour faire plier une
administration qui s’attaque une fois de plus à notre économie sous prétexte
que nous défendons l’espace européen.
Il y a deux ans, lors des célébrations du 80e anniversaire du
Débarquement, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, accueillait une
délégation de parlementaires américains, républicains comme démocrates. Malgré
leurs différences politiques, leur message indiquait clairement leur
attachement à l’Alliance atlantique et aux partenaires européens des
États-Unis, leur fidélité aux valeurs communes. Même les Républicains ne
pouvaient pas imaginer que l’administration Trump romprait avec l’histoire. En
quelques mois, le président des États-Unis est revenu sur sa promesse de se
désengager des conflits internationaux, pour afficher le visage le plus
impérialiste que l’Amérique ait jamais connu. Presque à la manière d’un docteur
Folamour, il a d’ailleurs affirmé dans un récent courrier au premier ministre
norvégien que, faute d’avoir obtenu le prix Nobel, il ne se sentait plus obligé
de penser uniquement à la paix. Face à cette escalade, le président de la
commission des affaires étrangères, Bruno Fuchs, le président du groupe
d’amitié France-États-Unis, Franck Riester, et moi-même allons écrire à nos
homologues américains pour réaffirmer ces principes et appeler à ce que le
Congrès américain soutienne l’alliance transatlantique.
Le mépris de l’administration américaine pour les principes démocratiques s’est
transformé en offensive contre ses propres alliés, voire en complaisance à
peine voilée envers des régimes autoritaires. En Ukraine, Trump ne voit ni un
peuple agressé ni une démocratie en danger. Il ne voit ni valeurs ni principes
à défendre, seulement des intérêts à monnayer : les hydrocarbures de
Poutine, d’un côté, les minerais du président Zelensky, de l’autre. Le reste
lui est indifférent, pourvu qu’il en tire profit. En Iran, où le peuple iranien
se bat admirablement, au péril de sa vie, contre le régime des mollahs, le
président Trump poursuit là encore ses seuls intérêts, sans concertation avec
les Européens.
Son admiration pour les hommes forts, ceux qui, comme lui, méprisent les
contre-pouvoirs, le pousse naturellement à soutenir les mouvements d’extrême
droite sur notre continent. Qu’il s’agisse des néonazis de l’AfD –
Alternative für Deutschland – en Allemagne, des xénophobes de Reform UK au
Royaume-Uni ou du Rassemblement national en France, Trump et
ses partisans ne se cachent plus : leur soutien à ces partis est assumé,
au point de franchir parfois la ligne rouge de l’ingérence. Il y a quelques
semaines, l’administration américaine a même envisagé de prononcer des
sanctions contre les magistrats français qui ont condamné Marine Le Pen en
mars dernier.
Et ce n’est qu’un début. Les prochaines élections européennes seront la cible
d’interventions directes et revendiquées. L’époque où Washington se posait en
garant de nos processus démocratiques est bel et bien terminée.
Mes chers collègues, soyons lucides : nous vivons un basculement
historique. Nous assistons au retour des empires. La Russie, la Chine, les
États-Unis partagent désormais une même volonté : étendre leur influence
par la force. Face à ces empires, la France seule ne pourra pas résister. Seul
le leadership de la France dans l’Union européenne peut nous permettre de
rivaliser. Assumons nos responsabilités ! Faisons de ce moment de rupture
une occasion historique pour l’Europe ! Comme le rappelle régulièrement
notre président de groupe, Gabriel Attal, cessons de nous lamenter : il
est temps d’agir, vite et avec détermination.
Renforçons une Europe puissance, souveraine, indépendante, une Europe qui agit,
qui n’a plus peur de peser sur les affaires du monde. Cela commence par notre
réarmement collectif – vous l’avez dit madame la ministre. Le gouvernement a proposé une hausse sans précédent de notre effort de
défense ; nous l’avons massivement soutenue dans cet hémicycle – merci de l’avoir rappelé. Nous devons aller plus
loin, plus vite, plus fort, agir de concert avec nos partenaires européens et être les leaders de cette
Europe.
Construisons enfin l’Europe de la défense ! Utilisons pleinement les instruments à notre disposition, trop longtemps délaissés : la coopération structurée permanente, les coopérations renforcées, l’article 44 du traité de Lisbonne. Soyons à la hauteur de l’histoire, faisons preuve
d’audace, montrons au monde que l’Europe n’a plus peur d’agir !
Construire une Europe puissance, c’est aussi affirmer notre souveraineté
économique et technologique. Les États-Unis veulent nous imposer des droits de
douane, parce que nous défendons la souveraineté du Groenland ? Répondons
avec fermeté : activons l’instrument anticoercition de l’Union européenne,
instaurons la réciprocité tarifaire, excluons les entreprises américaines des
marchés publics et imposons des droits de douane significatifs sur les géants
du numérique. Adoptons enfin un Buy European Act, pour que nos marchés publics
bénéficient d’abord à nos entreprises.
Mes chers collègues, rassemblons-nous pour bâtir l’Europe de demain : une
Europe qui protège, qui décide, qui agit ; une Europe capable de défendre
ses citoyens, ses intérêts, ses choix, et d’imposer ses principes dans un monde
redevenu brutal. Le retour de l’Europe comme puissance sur la scène
internationale n’est pas une option, c’est une nécessité vitale, sans quoi nous
disparaîtrons. C’est la seule voie pour que nos valeurs ne deviennent pas des
vestiges, pour que le droit survive à la force, pour que l’histoire ne s’écrive
pas sans nous.
● MoDem
Marc Fesneau (député, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale)
> [Budget] Le risque quand une situation se prolonge, c'est de
laisser des gens en abuser. Le compromis,
ce n'est ni le chantage, ni le mépris, ni la négation de la réalité. Or, c'est
ce à quoi s'est livré le PS, singulièrement depuis début janvier.
Ils ont pratiqué la menace permanente à
la motion de censure. Ils n'ont cessé de dire qu'ils « arrachaient des mesures
à la macronie ». Personne n'arrache rien à personne. On cherche des compromis
ou on s'affronte, ce ne peut pas être les deux en même temps. (…)
On aurait dû sans doute dire aux
socialistes, à un moment, « ça suffit ». Nous, nous avons toujours
alerté sur le fait que plus le gouvernement tarderait à recourir au 49.3, plus
il prenait le risque de voir une surenchère de propositions démagogiques.
Par exemple les repas
à un euro pour tous les étudiants, sans distinguer les revenus des parents !
Les étudiants à qui vous promettez 1 euro, vous leur promettez aussi d'avoir à
rembourser la dette que cet engagement creuse. On invente le repas à
crédit.
Maintenant, il ne reste plus qu'à
souhaiter au moins que nous serons bien à 5% de déficit. Et que ce ne soit pas
un 5% de cavalerie budgétaire. (…)
Serons-nous réellement à 5% de déficit
dans les prochaines semaines, si le pays doit faire face à des crises
climatiques ou internationales ? Le coût des nouvelles dépenses annoncées
n'est-il pas sous-évalué ? Dans ce cas, ce n'est pas un discours de
vérité.
> [Atteindre
les 5% de déficit] En assumant de faire des choix. La théorie du moindre effort propagée par le PS
pour redresser une situation budgétaire est délétère et mensongère. Nous
pouvions envoyer un signal sur le PLF, mais, encore une fois, dans les derniers
mètres, nous avons fait ce que nous savons faire le mieux dans ce pays : de la
dépense publique à l'aveugle. Et la facilité collective de la lâcheté
budgétaire. (…)
Mais si ça ne pèse pas sur les Français,
ça pèse sur qui ? Sur les Américains ? Sur les Japonais ? Quand
vous ponctionnez les entreprises françaises, ça pèse sur les Français, et leurs
emplois. Quand vous asphyxiez ceux qui essaient de développer des activités,
c'est la France que vous fragilisez.
> [Budget] Ne pas
s'être donné les moyens d'une adoption du budget en décembre a conduit, comme
je le craignais, à la surenchère. Vendredi, nous avons découvert un certain
nombre de mesures produites de ce que je considère comme des oukases de
dernière minute du PS. (…)
Je ne vais pas dénoncer le chantage des
uns en le pratiquant moi-même. Mais cela ne m'empêche pas de dire ce que je
pense. La responsabilité n'impose pas le silence. Et la nécessité de stabilité
ne nous rendra ni muet, ni sourd, ni aveugle.
> [Budget] Nous ne
sommes pas au bout du processus. Nous verrons bien à la fin si nous sommes
réellement sous les 5% de déficit.
Je reconnais à Sébastien Lecornu ses
qualités de dialogue. Et je remarque que dans cette fin de séquence, on a le
sentiment qu'il n'y a que des gagnants. On n'augmente pas la fiscalité. On
engage des dépenses supplémentaires. On tient les 5%.
Ce n'est plus une méthode, c'est de la
magie. Et moi, je ne crois pas à la magie en matière budgétaire.
Au MoDem, nous serons très vigilants à ce
que la trajectoire soit tenue. Et s'il y a des choses à sacrifier, ce sera
peut-être aussi dans les mesures demandées par le PS.
Bruno Fuchs (député)
> [Situation internationale /
Intervention à l’Assemblée] L’État de droit est le fondement de la
liberté, de la justice et de la paix, a souligné à de nombreuses reprises
Ban Ki Moon, lorsqu’il était secrétaire général de l’ONU.
Le 28 juillet 2024, tout le monde a pu constater que Nicolás Maduro
n’avait pas remporté l’élection présidentielle au Venezuela. En douze années de
pouvoir, une répression féroce s’est abattue sur son peuple et le bilan
économique et social du pays est catastrophique. Toutefois, en montrant son
incapacité à faire respecter la volonté du peuple et à résoudre la question de
l’illégitimité de Nicolás Maduro et de nombreux autres chefs d’État dans le
monde, la communauté internationale a laissé une voie ouverte, dans laquelle
s’engouffre à présent le président Donald Trump. En effet, l’intervention
militaire américaine du 3 janvier n’est pas seulement une violation du
droit international, c’est aussi un test pour le monde entier.
Sur le plan juridique, par cette intervention, l’un des pères bâtisseurs de
l’ordre international issu de la seconde guerre mondiale a heurté de front les
principes fondateurs de la Charte des Nations unies, à savoir la souveraineté
des États, l’égalité juridique entre eux, l’intégrité territoriale et
l’interdiction du recours à la force.
Sur le plan géopolitique, c’est un test de notre capacité à résister à
l’unilatéralisme, à défendre une gouvernance mondiale coopérative et à proposer
une alternative crédible et féconde à la loi du plus fort.
Ce précédent est extrêmement préoccupant. Il banalise l’idée qu’une grande puissance
peut fixer seule les règles du jeu et, pire, décider où et quand ces règles
s’appliquent, qui est légitime et qui ne l’est pas. Si les États-Unis
s’arrogent ce droit, pourquoi la Russie ou la Chine ne le feraient-elles pas
demain en Asie, en Europe ou en Afrique ?
Face à cette dérive, la France a un rôle unique et majeur à jouer. Nous sommes
une puissance souveraine, qui croit en l’équilibre, en la négociation et en la
force du droit. Notre responsabilité doit nous amener à présent à mobiliser les
pays non-alignés, qui ne choisissent pas entre les blocs. La France doit les
rassembler autour d’une plateforme commune en vue de défendre la souveraineté
des États et le respect du droit international.
Notre responsabilité doit aussi nous amener à réformer le fonctionnement de
l’ONU. Le Conseil de sécurité, par exemple, est paralysé par les vetos. La
France doit proposer une alliance des pays attachés à la Charte pour contourner
ces blocages en s’appuyant sur l’Assemblée générale ou sur des coalitions
régionales.
Notre responsabilité est aussi de renforcer la souveraineté européenne et de
nous appuyer sur l’espace francophone, ainsi que sur les pays et les citoyens
qui partagent les valeurs de multilatéralisme, de démocratie et de respect de
l’État de droit.
Le Venezuela n’est qu’un épisode d’une stratégie plus large. Les menaces sur le
Groenland, territoire danois et européen, confirment la logique d’expansion
impérialiste. Comme l’ont déclaré les ministres qui se sont exprimés, nous
devons investir davantage dans notre autonomie stratégique et inciter
inlassablement les autres États européens à le faire pour être capables de dire
non lorsque les principes fondamentaux de l’ordre international sont menacés.
Cela suppose des moyens. À l’heure où la France va investir massivement dans sa
défense nationale et réarmer, elle commettrait un contresens en réduisant les
moyens de sa diplomatie et de ses partenariats solidaires. On ne peut investir
dans des capacités militaires sans donner à notre diplomatie les moyens d’agir
efficacement pour prévenir les crises et renforcer notre puissance et notre
influence.
Chers collègues, nous sommes à un carrefour : soit nous laissons le monde
basculer dans l’arbitraire, avec des grandes puissances qui redessineraient les
cartes à leur guise, soit nous défendons un ordre fondé sur des règles
communes, où chaque État a sa place, qu’il soit grand ou petit. La France a
toujours été de ce dernier parti. Le Venezuela nous rappelle une vérité
simple : la paix se maintient non par la soumission mais par l’équilibre.
L’histoire jugera notre capacité à défendre les principes qui ont fondé notre
sécurité et notre gouvernance collective.
Maud Petit (députée)
> [Situation internationale /
Intervention à l’Assemblée] Nous ne sommes que le 19 janvier et
cette année s’annonce déjà tumultueuse. Les tensions s’aiguisent, les lignes
bougent, les alliances se recomposent, le monde bascule et la France doit
choisir sa place. Depuis quatre ans, les crises géopolitiques s’enchaînent ;
depuis quelques semaines, elles s’accélèrent et inquiètent profondément. Dans
ce fracas, une question essentielle et urgente revient. Que fait la
France ? Que doit faire la France ?
Au Venezuela, un président est enlevé par une puissance étrangère. Nicolás
Maduro a ruiné son pays, affamé et violenté son peuple. Nous ne le regretterons
pas. Toutefois, l’enlèvement d’un chef d’État par une armée étrangère est une
rupture avec le droit international ; ce n’est pas une solution pérenne.
Que fait la France ? Aux côtés de l’Union européenne, elle condamne la
méthode. Que doit-elle faire ? Elle doit soutenir une transition
démocratique portée par les Vénézuéliens eux-mêmes, sans tutelle, sans
chantage, sans arrière-pensée économique ; appuyer les forces démocratiques,
comme Edmundo González Urrutia, et rappeler qu’aucune souveraineté ne se
décrète à Washington.
Au Groenland, un autre type de conflit se dessine : pas de bombes, pas de
chars, mais des bases militaires, des appétits miniers, des routes maritimes
convoitées et la menace de droits de douane pour tenter de nous faire plier. La
guerre froide revient par le Nord, les empires et leurs tentatives hégémoniques
ressurgissent.
Que fait la France ? Elle agit, en condamnant fermement les velléités et
les menaces de Donald Trump, en participant à une mission militaire européenne
et en renforçant sa présence diplomatique et scientifique sur place. Que va
faire la France ? Elle va s’inscrire dans une stratégie européenne de
stabilisation de la région arctique, et refuser l’inaction face aux
menaces : ce serait une forme de renoncement ; or renoncer n’est pas
français. Depuis de nombreuses années, la France, par la voix du président de
la République, alerte ses amis européens sur les dangers du monde actuel et sur
le besoin de nous y préparer. Nous avons construit des outils de protection et
des mécanismes de riposte. Si nous voulons ne rien céder de nos valeurs ni de
nos intérêts, l’heure est désormais venue de nous en servir.
En Iran, depuis le 28 décembre, un soulèvement d’ampleur secoue le régime.
Des femmes et des hommes de tous les âges réclament liberté, dignité, justice.
La réponse du régime des mollahs ? Des milliers d’arrestations, des
massacres, du chantage aux parents des victimes, le tout couvert par une
coupure d’internet, dans le seul but de cacher l’horreur au reste du monde.
Que fait la France ? Elle condamne la violence d’État, elle soutient le
peuple iranien, elle agit diplomatiquement. Que doit faire la France ?
Elle doit nommer les crimes, agir avec l’Union européenne et l’ONU, soutenir
les ONG et les journalistes, protéger les exilés, et clamer haut et fort que
nos frères et sœurs iraniens ne sont pas seuls.
En Ukraine, une guerre d’agression ravage un pays du continent européen :
trois ans de bombardements, de crimes de guerre, de déportations
d’enfants ; trois ans de résistance héroïque, durant lesquels la Russie a
tenté de faire plier le droit par la force.
Que fait la France ? Elle soutient, elle forme, elle équipe, elle soigne.
Que doit faire la France ? Elle doit renforcer la coalition des
volontaires et les garanties de sécurité ; faire de l’Europe un acteur
stratégique, non un spectateur inquiet. La sécurité de Kiev est aussi celle de
Riga, de Varsovie, de Paris.
Face à ce tumulte, doit-on se taire et renoncer ? Évidemment, non !
Ce serait affaiblir notre diplomatie. Pour défendre nos valeurs, pour que nos
principes ne restent pas vains, il nous faut une colonne vertébrale
stratégique ; il faut construire la défense européenne, faire en sorte que
la puissance de la règle ne soit pas dissoute par la règle de la puissance.
Notre diplomatie s’incarne dans des femmes et des hommes engagés au Quai
d’Orsay et dans nos ambassades – des veilleurs, des défenseurs inlassables des
intérêts de la France et des
Français, que nous remercions ici. Grâce à leur action, nous avons pu saluer
les libérations d’Olivier Grondeau, de Boualem Sansal, de Cécile Kohler et de
Jacques Paris – nous espérons que ces deux derniers, encore assignés à résidence à l’ambassade de France à Téhéran, pourront bientôt retrouver notre sol.
Chers collègues, ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas une série de crises juxtaposées, c’est une bascule : le retour des régimes autoritaires, la tentation impérialiste, la fragilisation du multilatéralisme et,
disons-le franchement, la perte de fiabilité d’alliés historiques. Dans ce
monde instable, le droit international n’est pas un luxe, il est un rempart – un rempart forgé pour empêcher que la force ne
fasse loi. Le laisser piétiner serait ouvrir la porte à toutes les prédations ; ce serait légitimer demain l’annexion de Taïwan, la partition de la
Bosnie-Herzégovine ou encore la disparition de l’Arménie.
Le monde qui s’ouvre devant nous est redoutable : des puissances ennemies testent nos
lignes rouges. Le groupe Les Démocrates le dit avec force : notre
responsabilité est immense. Nous devons tenir ensemble ce que d’autres
cherchent à détruire : nos valeurs et le respect du droit, la sécurité des
peuples et l’efficacité de notre action, la démocratie et la force de l’union,
au sein de l’Europe. La France doit être fidèle à ce qu’elle a toujours
été : une puissance d’équilibre, une voix de droit, une alliée fiable, une
démocratie qui agit.
► Autres
● Organisations centristes
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement
européen)
Valérie Hayer (députée, présidente)
> Donald Trump est élu depuis un an. Et qu’est-ce qu’on voit depuis ?
Un président américain qui veut nous humilier, qui veut nous soumettre.
Je le dis à nos chefs d’État et de gouvernement : nous n’avons pas le luxe
d’attendre ! Demain, il doit absolument sortir quelque chose du Conseil
européen. C’est le moment de l’indépendance européenne.
> Ma solidarité avec les Iraniennes et les Iraniens est totale. Le régime des mollahs doit tomber. La responsabilité de l’Union européenne est majeure. Nous devons inscrire les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes.
> Le RN, premier soutien de Trump, veut aujourd’hui se poser en premier défenseur de l’Europe. Stop à l’hypocrisie !
> J’ai redit aujourd’hui ma solidarité aux agriculteurs présents devant le Parlement européen à Strasbourg et inquiets quant au Mercosur. La France s’est battue pour obtenir des mesures inédites et indispensables : une clause de sauvegarde, des mesures miroirs et des contrôles renforcés. Nous voterons demain la saisine de la Cour de Justice de l’Union européenne. Si elle est confirmée, elle suspendra la ratification du Mercosur le temps de la procédure. Dans tous les cas, il reviendra aux parlementaires européens de ratifier ou non cet accord. Nous sommes favorables aux accords de commerce. Mais nous savons aussi l’atout que représente notre souveraineté alimentaire dans le contexte actuel. Nous ne laisserons pas nos agriculteurs soumis à une concurrence déloyale.
> Je sonne l’alerte en conférence de presse. Face à Trump et ses menaces, le temps de l’apaisement est terminé : nous devons assumer le rapport de force ! Et utiliser tous les outils de dissuasion que nous avons à disposition. Nous y sommes prêts.
Pascal Canfin (député)
> La
compétitivité de l’Europe dépendra de la capacité des start-ups nationales à
devenir européennes. Atteindre une masse critique est indispensable pour
rivaliser avec les entreprises américaines et chinoises innovantes. Le 28ème
régime accélérera l’expansion à l’échelle du continent et attirera davantage
d’investissements. Je me réjouis tout particulièrement de l’inclusion d’un
régime harmonisé de stock options — une mesure que j’ai défendue et qui
constitue une demande majeure de l’écosystème européen des start-up. (…)
À l’heure où les États-Unis dominent le secteur
technologique, il devient essentiel de créer l’environnement juridique
nécessaire pour faire émerger nos propres champions technologiques européens.
● Personnalités centristes
Sarah El Hairy (haut-commissaire à l’Enfance)
> A Londres, j’ai participé au Generative AI for Education Summit,
organisé par le gouvernement britannique. Ce sommet international avait une
ambition forte : rassembler États, chercheurs, éducateurs et acteurs
technologiques afin de bâtir une vision commune de l’intelligence artificielle
en éducation. Une vision fondée à la fois sur l’innovation, la sécurité et
l’équité, et surtout sur une conviction partagée: l’IA doit être pensée à hauteur d’enfant.
L’intelligence artificielle n’est plus
une promesse lointaine. Elle est déjà présente dans les salles de classe, dans
les foyers, sur les téléphones des adolescents. Elle influence les
apprentissages, les comportements, parfois même la construction de soi. Face à
cette réalité, mon engagement est clair : le progrès technologique n’a de sens
que s’il sert l’intérêt supérieur de l’enfant.
Utilisée de manière responsable, l’IA
générative peut être une formidable opportunité éducative. Elle permet de
personnaliser les apprentissages, de soutenir les élèves en difficulté,
d’accompagner les enseignants et d’élargir l’accès au savoir. La France dispose
d’atouts solides, avec une filière EdTech dynamique et innovante, capable de
contribuer à une éducation plus juste.
Mais aucune technologie n’est neutre.
Sans cadre clair, ce qui promet l’égalité peut accentuer les fractures. Entre
les enfants bénéficiant d’outils éthiques, sécurisés et encadrés, et ceux
exposés à des solutions commerciales opaques voire dangereuses, les inégalités
peuvent se creuser. C’est pourquoi la France a fait le choix d’un cap clair
: une IA éducative qui
soutient sans se substituer, qui respecte les valeurs de l’école, protège les
données des enfants et demeure au service de l’humain.
Protéger les enfants est une exigence non
négociable. Leurs données éducatives, comportementales ou émotionnelles ne
peuvent devenir une matière première pour l’entraînement des modèles
algorithmiques. La transparence, le consentement et des limites strictes aux
usages commerciaux doivent constituer des lignes rouges absolues. Mais protéger
ne suffit pas. Il faut aussi émanciper.
Les enfants
grandissent désormais dans un environnement algorithmique. Leurs jeux, leurs
apprentissages, parfois leur bien-être sont médiés par des systèmes capables
d’anticiper leurs comportements. Garantir leur autonomie suppose des outils
compréhensibles et contestables, une véritable éducation à l’IA, et la
reconnaissance des enfants comme acteurs à part entière des choix qui les
concernent.
Je crois profondément en un leadership
français en matière d’intelligence artificielle. Je crois en nos acteurs
économiques, en leur capacité d’innovation et en leur sens de la
responsabilité. Je rêve d’un pays qui assume d’être leader sans renoncer à ses
valeurs. D’une France qui montre que performance technologique et protection de
l’enfance ne sont pas contradictoires, mais indissociables. D’une nation
capable de porter, en Europe et dans le monde, une vision exigeante de l’IA :
innovante, éthique et profondément humaine.
L’intelligence artificielle n’est ni
bonne ni mauvaise en soi. Elle est le reflet de nos choix collectifs. Le
véritable progrès sera celui qui permettra aux enfants non seulement d’être
protégés par la technologie, mais de grandir libres avec elle.
> L’intelligence artificielle peut être un levier puissant pour l’éducation si et seulement si elle complète l’enseignant, soutient les apprentissages et réduit les inégalités, sans jamais se substituer à la relation éducative ni affaiblir la dimension sociale de l’école. L’avenir de l’IA éducative ne se construira pas seul : il repose sur une coopération internationale forte entre États, éducateurs et développeurs !

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