dimanche 21 janvier 2024

Vues du Centre. La mort de l’information ou le retour à l’opinion

Par Jean-François Borrou et Alexandre Vatimbella


Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste. 
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes. 
Alexandre Vatimbella est Editorialiste au CREC  

Certains constatent que nous sommes dans ce qu’ils appellent une dérive du journalisme.

Mais, en réalité, ne sommes-nous pas en train de (re)passer d’un journalisme d’information à un journalisme d’opinion?

La presse du 19e siècle ne retransmettait pas de l’information mais donnait son opinion.

Elle fit sa révolution quand elle décida de privilégier les faits aux commentaires.

Mais cette période s’est sans doute achevée autour du passage aux années 2000 où elle est revenue essentiellement à l’opinion.

Et elle a ajouté une des créations du 20e siècle, le marketing pour vendre littéralement ce que l’on peut appeler désormais la plupart du temps du divertissement informatif (et même plus du divertissement informatif) lorsque la finalité est avant tout commerciale et de la propagande lorsque la finalité est  d’abord idéologique.

Dans ce cadre, la vision subjective du journaliste ou du média et/ou de son ou ses propriétaires est sa base de fonctionnement.

Empêcher un journaliste de glisser dans sa transmission des faits sa propre vision et sa propre expérience de la vie est évidemment impossible, nous avons tous celle-ci et celle-là qui transparait dans ce que nous pensons, disons et faisons.

L’objectivité complète est un objectif pas une possibilité atteignable tout au moins systématiquement.

Néanmoins aujourd’hui, non seulement, cette vision (re)devient prédominante mais elle est assumée – ce qui ne veut pas dire qu’elle est déclarée officiellement – par les médias.

On pourrait dire que ce n’est pas un crime d’appâter le chaland qui, face à des offres multiples, doit être «guidé» pour choisir la vôtre.

Pour autant, ce qui est déjà souvent du mensonge et de l’intoxication pour des biens et des services, réprimés par la loi quand ils sont avérés, devient une déviation du devoir journalistique: informer correctement le citoyen sur les faits pour qu’il se fasse une opinion par lui-même afin qu’il puisse agir en toute responsabilité et en tout connaissance de cause au mieux de ses intérêt et de ceux de la communauté dans laquelle il vit, lui et ses proches.

Non pas que le commentaire doit être exclu des médias.

Les prises de position permettent d’éclairer le citoyen – comme celles des politiques – et de lui ouvrir l’esprit en le confrontant à plusieurs explications de ce réel.

Mais ces commentaires ne doivent jamais faire partie de la transmission des faits, ils viennent après avec cette évidence qu’ils doivent être balisés pour que le citoyen sache qu’il n’est plus dans les faits mais dans leurs interprétations.

Or, en ce début de troisième millénaire, les faits ne sont qu’une matière première qui est malaxée avant même d’être restituée pour coller à des buts qui n’ont pas pour but d’informer mais de créer un produit dont la finalité est d’en faire un divertissement informatif ou un endoctrinement partisan.

Pourrait-on inverser cette tendance qui est portée par l’émergence des nouveaux moyens de communication comme internet et ses réseaux sociaux auxquels les populations ne sont pas du tout formées pour décrypter leurs discours et qui va devenir de plus en plus facile avec l’intelligence artificielle qui va permettre à n’importe qui de tromper n’importe qui, ce qui a déjà commencé?

En tout cas, il est possible de lui confronter un vrai service public de l’information citoyenne qui aurait un cahier des charges très précis, des journalistes spécialement formés et qui dépendrait d’une autorité complètement indépendante et dont la mission serait de relater les faits et les expliquer, non de les utiliser à des fins commerciales ou idéologiques.

Quand on dit un «vrai service public de l’information», c’est parce que, s’il existe des structures publiques chargées de transmettre de l’information dans la plupart des pays de la planète, aucune n’a jamais fonctionné comme cet outil indispensable – au même titre que l’école qui forme – pour que le projet démocratique fonctionne.

Tant que ce ne sera pas le cas, nous resterons abreuvés de divertissement informatif et de propagande idéologique.

Et nous devrons subir ces discours où même si nous sommes capables de les définir comme étant de l’opinion, nous n’aurons pas la possibilité de connaître les faits.

Jean-François Borrou et Alexandre Vatimbella

 

 

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