mercredi 29 juin 2016

Vues du Centre – Jean-François Borrou. Les propos de Bayrou sur l’Europe sont tristement politiciens

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes et qui collabore épisodiquement à cette rubrique. Ses propos sont les siens et non ceux du CREC.

Certaines images qu’ont mes confrères journalistes ont autant la vie dure qu’elles sont fausses.
Depuis la décision de la Grande Bretagne de sortir de l’Union européenne (tout en demeurant à l’intérieur, quel courage politique, messieurs les Anglais!), les médias se pressent pour interviewer François Bayrou, «le plus europhile des présidentiables» selon l’Express ou, comme le dit avec son emphase habituelle, Claude Askolovitch sur iTélé, «François Bayrou, s’il est un Européen, c’est vous!».
Or, tous les compagnons de route du président du Mouvement démocrate savent bien que ce n’est pas vrai et que cela ne l’a jamais été.
Il suffit d’évoquer le sujet avec eux pour qu’ils en parlent en long et en large pour dénoncer cette supercherie de Bayrou chef des pro-européens.
De tous temps, même s’il est pour la construction européenne, il a été un des centristes les plus tièdes vis-à-vis de l’Union européenne.
Et il suffit de reprendre sa campagne lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne ou celle lors de la présidentielle de 2012, pour voir son peu d’appétence pour une Europe qui va de l’avant vers un projet fédéral.
En 2005, comme il l’a confié récemment à un journaliste, il savait que le non allait l’emporter et donc il a décidé de ne pas s’afficher en Européen convaincu ce qui ne l’avait pas empêché de s’en prendre à ce même journaliste qui, à l’époque, lui avait demandé lors d’un de ses meetings pourquoi sa campagne en faveur du oui était aussi inaudible, surtout aussi peu enthousiaste…
Et le voilà maintenant qui, comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, joue la carte populiste et démagogique en affirmant que ce sont les élites qui sont responsables du délitement d’une Union européenne que le peuple, ce bon peuple qui a toujours raison, n’en veut plus et qu’il est favorable à l’organisation d’un référendum pour savoir si les Français veulent y demeurer.
De même, il s’en prend au fédéralisme européen, la marque de fabrique des centristes, en le jugeant carrément «inacceptable» et lui préférant le terme «coopératif», une affirmation que n’aurait pas rejeté le général de Gaulle, ni même certains partisans du brexit!
Quand on compare ses propos avec ceux, par exemple, de Jean-Christophe Lagarde on est saisi par la différence de ton et de contenu.
Autant on a, en la personne du président de l’UDI, un Européen convaincu qui martèle ses convictions en la matière à chacune de ses interventions depuis toujours et encore plus depuis le vote de la Grande Bretagne, autant on a, en celle du président du MoDem, un homme politique qui regarde les sondages et qui se place pour la présidentielle.
Et sa prévention de l’Union européenne ressort, à la fois, d’une conviction d’être le représentant du terroir français, continuateur d’une vision gaulliste en la matière, et d’une ambition politique.
Celle-ci n’a pas grand-chose à voir avec l’idée centriste de l’Europe développée par des Maurice Schuman, Jacques Delors (voire Jean Monnet même s’il n’était pas du Centre) ou Jean Lecanuet et aujourd’hui des Jean-Christophe Lagarde, des Jean Arthuis ou des Hervé Morin.
Car les vrais Européens actuellement en France, ce sont ces derniers et ils seraient bons que leurs propos soient mieux relayés par les journalistes au moment où l’on doit redynamiser l’Union européenne, voire même la réanimer!
Que François Bayrou ait compris depuis longtemps que pour gagner une présidentielle en France il faut se revendiquer de la nation avant tout et ne pas apparaitre trop fédéraliste ou trop mondialiste, c’est son droit.
Mais il faut alors qu’il est l’honnêteté politique de ne pas se faire le porte-parole des plus europhiles dont il ne fait pas partie et n’a sans doute jamais fait partie.
Car c’est sans doute avec des défenseurs de l’Europe comme monsieur Bayrou que le rêve européen stagne depuis des décennies, pire, que les peuples n’y voient plus guère qu’une machine bureaucratique.

Jean-François Borrou



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