vendredi 9 décembre 2016

Présidentielle 2017. Valls et Bayrou veulent se débarrasser de Macron au plus vite

Manuel Valls, Emmanuel Macron, François Bayrou
Il a beau dire qu’«En marche n’est pas un parti du Centre» et qu’il a mis en place un «rassemblement progressiste» large et porté par un social-libéralisme, Emmanuel Macron s’est bien installé dans l’axe central.
Ce faisant, il a préempté un espace politique revendiqué et convoité par François Bayrou et Manuel Valls.
De plus, il a siphonné une grande partie de l’espace électoral de Valls et est en passe de s’accaparer la presque totalité de celui de Bayrou.
De quoi être devenu la tête de turc des deux hommes d’autant qu’il obtient des scores insolents dans les baromètres de popularité, qu’il déplace des foules lors de ses meetings (plus de 10.000 personnes sont attendues à celui de la Porte de Versailles à Paris ce samedi) et qu’il les devance nettement dans les sondages.
En étant devenu ainsi le troisième homme de la présidentielle qui s’annonce avec un potentiel qui pourrait lui permettre d’être présent au second tour face à Marine Le Pen ou François Fillon, Emmanuel Macron restera sous les feux croisés de François Bayrou et de Manuel Valls sauf s’ils arrivent à lui faire la peau, ce à quoi ils s’attèlent sans relâche mais sans grand succès pour l’instant.
Le premier est le plus agressif, traitant le leader d’En marche d’imposteur et de candidat de la finance, comparant son programme à celui de François Fillon (qu’il va peut-être néanmoins rejoindre…) et critiquant des mesures que pourtant il défendait lorsqu’il était un soutien d’Alain Juppé.
Le deuxième est, pour l’instant, moins dans le rentre-dedans, tentant de n’en faire qu’un clone de lui-même, qui aurait déserté le camp de la Gauche uniquement par peur de perdre la primaire du PS mais qui n’aurait rien d’original à présenter de plus que lui, sous-entendu, à quoi bon voter pour Macron la copie puisque, désormais, Valls l’original est candidat.
On voit bien la volonté des deux hommes de démontrer qu’Emmanuel Macron n’est qu’un phénomène médiatique, surfant sur une vague populiste, qui devrait se dégonfler et le plus tôt serait d’ailleurs le mieux puisque cela leur permettrait d’assoir leur candidature.
Le plus tôt serait avant le vote pour désigner le candidat du PS, ce qui ramènerait les électeurs de Macron vers Valls et Bayrou.
Le premier en bénéficierait pour gagner facilement la primaire de son parti et lui donnerait un coup de fouet dans les sondages.
Le deuxième – qui a annoncé qu’il ne se déterminerait qu’après le résultat de cette primaire – verrait sa base électorale s’élargir et sans doute des sondages meilleurs, justifiant ainsi sa quatrième candidature.
Le problème pour Valls et Bayrou, c’est que ce scénario a peu de chances de se réaliser.
Et même si Emmanuel Macron n’est qu’une sorte d’étoile filante comme le monde politique en a déjà connu, à moins d’un événement particulier comme une révélation extraordinairement négative à son sujet, si dégonflage il y a, il ne se fera pas en quelques jours.
Néanmoins, la critique systématique étant la seule arme que possèdent Valls et Bayrou pour décrédibiliser Macron, dans les semaines qui viennent, ils vont l’utiliser constamment.
Au jeu de «ça passe ou ça casse», le danger pour eux est de provoquer une rupture avec les sympathisants de Macron, excédés par des attaques souvent de bas étage mais aussi avec une partie de leurs propres sympathisants qui ne comprennent pas toujours leur animosité avec une personne dont ils se sentent proches.
Surtout, une personne qui n’est guère éloignée des positions de Valls et Bayrou.
Si c’est le cas, qu’Emmanuel Macron continue ou non son chemin, Manuel Valls auraient tout à perdre en se fâchant avec un électorat dont il a absolument besoin pour passer le premier tour.
De son côté, François Bayrou en a également absolument besoin pour se présenter mais aussi pour négocier son ralliement à François Fillon.
Car à 6% dans les sondages actuellement, son pouvoir de marchandage n’est déjà pas très puissant et, en-dessous, il deviendrait quantité négligeable pour Les républicains qui ne le portent pas vraiment dans leur cœur…


Alexandre Vatimbella



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