vendredi 5 mai 2017

Présidentielle 2017. Pourquoi Macron pourrait réussir là où Obama a échoué


Emmanuel Macron & Barack Obama
Après l’avoir adoubé avant le premier tour, c’est désormais un soutien clair et net que Barack Obama a apporté à Emmanuel Macron pour le scrutin du 7 mai.
Dans une vidéo qu’il a tourné et qui a été mise sur le site d’En marche! l’ancien président des Etats-Unis, extrêmement populaire dans son pays mais aussi en Europe et plus particulièrement en France, affirme intervenir parce que l'élection présidentielle française est «d'une importance capitale pour l'avenir de la France et les valeurs que nous chérissons»
Car, précise-t-il, «la réussite de la France importe au monde entier».
Dans ce cadre, «je veux que vous sachiez que je soutiens Emmanuel Macron» déclare-t-il.
Un soutien sans réserve aucune puisqu’il «admire la campagne qu'Emmanuel Macron a menée. Il a défendu des valeurs progressistes, il a mis en avant le rôle important que la France joue dans l'Europe et dans le monde, il s'est engagé pour un avenir meilleur pour les Français, il s'adresse à leurs espoirs et non à leurs peurs».
Ce soutien, même si l’on ne prévoyait pas une implication du président américaine de 2009 à 2016, est une évidence.
Barack Obama et Emmanuel Macron se veulent tous deux des progressistes, partisans d’une société ouverte et d’une mondialisation humanistes, installés dans l’espace central – Obama s’étant toujours déclaré comme un centriste – et initiateurs d’une politique post-partisane.
Mais, Emmanuel Macron pourrait être une sorte d’héritier, voire de fils spirituel, de Barack Obama.
Ainsi, là où l’ancien président des Etats-Unis a échoué à mettre en place cette ère post-partisane qu’il appelait de ses vœux lors de sa campagne de 2008, l’éventuel futur président de la république française pourrait bien y réussir.
La raison principale est qu’Obama n’était pas maître du calendrier électoral et législatif alors que c’est le cas de Macron, surtout que les élections législatives viennent juste après les élections présidentielles et non en même temps comme pour Obama.
Dès lors, il est fort possible que l’Assemblée nationale ressemble beaucoup plus à ce que souhaite Macron que la Chambre des représentants n’étaient à l’image de ce qu’Obama espérait, même si, à son arrivée à la Maison blanche, les deux chambres du Congrès étaient contrôlées par les démocrates…
Néanmoins, Obama voulait absolument que les républicains et démocrates progressistes et réformistes coopèrent ensemble pour mettre en place tout un programme très ambitieux dont la loi sur l’assurance-santé et celle sur les banques n’étaient qu’une petite partie de celui-ci.
Il voulait également que le plan de sauvetage de l’économie américaine ainsi qu’un plan gigantesque de remise à niveau des infrastructures américaines dans tous les domaines soient portés par les démocrates et les républicains.
Malheureusement, cela n’a pas été possible puisque, dès le début de son mandat, les républicains de la droite radicale fermèrent la porte, pratiquèrent une opposition systématique, accueillirent le mouvement d’extrême-droite Tea Party, réunion d’haineux d’Obama, en son sein et déclarèrent que leur but était de faire de celui-ci un «one-term president» (un président d’un seul mandat).
Car il savait que s’il réussissait, ce serait leur disparition.
Et, lorsqu’ils récupérèrent, en 2010, la majorité à la Chambre des représentants, ils mirent en place concrètement leur stratégie de la terre brûlée qui a tant coûté aux Etats-Unis.
Emmanuel Macron n’aura peut-être pas ce handicap pendant les cinq ans de son (premier) mandat, s’il parvient à obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale lors des législatives qui suivront cette présidentielle ou s’il parvient à faire d’En marche! le parti largement dominant en nombre de députés.
Mais cette politique post-partisane qu’il a déjà évoqué sous d’autres vocables doit être mise en place dès son accession au pouvoir et sur des objectifs clairs.
De plus – et c’est ce que certains ont reproché à Obama qui était, comme Macron, un novice en politique –l’ancien président américain a très peu discuté et négocié avec les élus républicains, ce qui l’a empêché d’en séduire une partie.
De ce point de vue, Emmanuel Macron qui souhaite le renouvellement de la politique ainsi que des élus, notamment à l’Assemblée nationale, ne devra pas tomber dans une sorte d’hubris qui lui mettrait à dos tous ceux qui sont prêts à travailler avec lui autour de son programme mais aussi ceux qui sont prêts à soutenir seulement certains aspects de celui-ci.
Rappelons qu’une politique post-partisane est celle qui transcende les postures partisanes et idéologiques dans une transversalité qui permet de réunir des majorités conjoncturelles sur des projets et des mesures précises.
Ainsi, il se peut très bien, que dans ce cadre, une majorité qui se dégage pour telle projet de loi soit très différente de celle qui se dégage pour le projet de loi suivant.
L’ère post-partisane fait ainsi appel au consensus, à l’esprit de compromis mais également à celui de responsabilité et de détermination individuelles des élus et non plus à une logique de blocs contre blocs.
C’est pourquoi elle peut être vue comme la mort d’une manière de faire de la politique – «à l’ancienne» – mais aussi, de manière beaucoup moins positive, dans une déstructuration des différents courants de pensée politiques, donc de créer un absence de repères qui, dans une démocratie républicaine, structurent les essentiels choix entre des projets politiques alternatifs.
Quoi qu’il en soit, cette politique post-partisane a pu exister sur des mesures ponctuelles ou sur des périodes très courtes.
Tout le pari d’Emmanuel Macron sera, comme le voulait Barack Obama, d’en faire une manière de gouverner.

Alexandre Vatimbella


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