dimanche 30 avril 2017

Présidentielle 2017. Macron: «contrairement à Le Pen, je ne suis pas dans la haine»

Voici les extraits les plus significatifs d’une longue interview d’Emmanuel Maron au Figaro
- Ce premier tour a tourné la page des deux grands partis qui rythmaient la vie politique française depuis trente ans. Il a en quelque sorte acté ce que j’avais commencé à dire le 6 avril 2016, à savoir que les deux grands partis ne pouvaient plus résoudre les problèmes de notre pays, et qu’ils avaient construit une forme d’inefficacité collective. A peine un quart des Français qui sont allés voter se retrouvent soit dans LR, soit dans le PS, contre quasiment la moitié dans l’offre que je représente ou celle de Madame Le Pen.
- Le Front national, qui est un parti démagogue, réactionnaire et xénophobe, est le pilier d’un nouveau pôle antieuropéen, auquel une partie de la droite classique va immanquablement s’arrimer. En face, nous constituons l’autre grande puissance. Celle des progressistes, qui va de la social-démocratie jusqu’au gaullisme social, et qui regroupe différentes familles politiques autour d’un vrai renouveau des visages et des usages. Enfin, un pôle protestataire, de gauche très conservatrice voire «de refus» émerge. C’est celui qui existait autour de Jean-Luc Mélenchon. On s’oriente donc vers une tripartition.
- Je ne demande rien à Marine Le Pen. Je rappelle que, contrairement à elle, je ne suis pas dans la haine. J’ai du respect pour toute personne. Cet événement a révélé une fois encore le vrai visage du Front national. Madame Le Pen a essayé de le banaliser mais il reste un parti dont les racines encore vivantes se sont construites dans le rejet de la Ve, dans l’antigaullisme, dans l’invective, dans la xénophobie… Avec des pratiques qui ne sont pas celles des partis républicains.
- Je ne croyais pas que se constituerait un front républicain. Je suis un métèque de la vie politique. Les gens qui, pendant des mois, ont dit que j’étais une bulle ne peuvent pas se retrouver dans ma candidature du jour au lendemain. A ce titre, ce qui s’était passé en 2002 derrière Jacques Chirac ne peut pas se répéter avec moi. Il faut être totalement lucide. Si je gagne le 7 mai, ce ne sera pas à 80%, parce qu’il n’y aura pas de front républicain. Mais il faut que je sois dans une dynamique qui montre que j’ai entendu la colère pour ensuite, et c’est mon objectif, réconcilier les Français. Ce qui veut dire que, ensuite sur la nature du gouvernement, du Parlement, et les actions que je mène, je ne ferai pas comme si rien ne s’était passé, ce qui est la grande déception de ceux qui ont voté pour Jacques Chirac au second tour de l’élection 2002. J’ai entendu pendant toute la campagne, et plus encore depuis dimanche dernier, la colère sur l’Europe et l’incompréhension sur la mondialisation. Je vais la prendre en compte.
- La GPA pose une question par rapport à la dignité de la personne humaine. Et cette dignité est au cœur de l’ADN civilisationnel français. J’y suis donc défavorable. (Mais un enfant né par GPA) doit être inscrit dans une filiation française. On ne peut pas le laisser dans un vide juridique, ni créer une forme d’apatridie. Son inscription à notre état civil est donc un moindre mal. Je n’ai pas à me prononcer sur les modalités de sa procréation ailleurs qu’en France, même si je désapprouve la GPA. Nous devons reconnaître cet enfant comme un citoyen français. Mais je serai vigilant à ce que cela n’ouvre pas une logique de reconnaissance de la GPA en France. Par ailleurs, la France doit lancer une initiative internationale pour protéger les mères et les enfants, et être aux avant-postes de ce combat. J’acte le fait que de grandes démocraties comme les USA ou la Grande-Bretagne ont accepté la GPA, mais il y a aussi des pays où cela se fait sans respecter nos valeurs, dans une sorte d’esclavagisme des femmes. Il est possible d’aboutir à un accord de protection des droits des femmes et des enfants, dans le cadre du droit international privé.
- Je lancerai dès 2018 le début du plan d’investissement qui représentera un vrai choc de relance macroéconomique. Cela n’a pas été bien vu dans le programme mais la transformation du CICE en baisse de charges est essentielle. Pour les entreprises l’année 2018 sera une année double : elles vont toucher le CICE au titre des exercices précédents et vont en même temps bénéficier de la baisse des charges. C’est un élément de relance de court terme mais qui vient au bon moment pour pouvoir accompagner le début des réformes structurelles dont on sait qu’elles ont très peu d’impact à court terme. C’est pour ça que je souhaite les conduire dès le début du quinquennat: je ne veux pas répéter les erreurs des deux quinquennats passés, pendant lesquels on a parfois trop attendu pour toucher les pleins effets des réformes...
- Je ferai avec la majorité que les Français me donneront. Mais il y a quand même des constances bien établies dans la V° République, notamment celle qui veut qu’à six semaines d’intervalle il n’est jamais arrivé que les électeurs se déjugent. L’objectif que je fixe est donc clair: obtenir aux législatives une majorité absolue qui soit une majorité présidentielle. Il n’y aura pas de coalition avec les deux grands partis existants, ni avec LR ni avec le PS. Mais dans les temps qui arrivent, il y aura une refondation de la vie politique qui verra des socialistes et des Républicains me rejoindre individuellement. C’est la clé pour ne pas avoir de majorité coulissante. On ne peut pas se le permettre dans les temps d’incertitude que nous traversons.
- J’investirai 577 candidats de la majorité présidentielle. Ceux qui ne me rejoindront pas auront donc des candidats face à eux. Mais je souhaite que l’on me rejoigne par cohérence et pour soutenir notre projet, pas pour sauver son poste. Les Républicains ou les socialistes qui ne croient pas à mon projet ne viendront pas.

Alexandre Vatimbella


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