jeudi 6 octobre 2016

Présidentielle 2017. Comment Juppé doit gérer d’être le candidat du Centre

Même si les leaders et les élus des partis centristes se dispersent pour soutenir un candidat lors des primaires LR, les sympathisants du Centre qui vont se rendre aux urnes pour choisir le futur candidat de la Droite à la présidentielle sont beaucoup moins dans la cacophonie selon tous les sondages.
Le dernier en date, Louis Harris interactive pour France télévisions, indique qu’au premier tour ils choisiront très majoritairement Alain Juppé (64%) devant François Fillon (16%), Bruno Le Maire (7%) et Nicolas Sarkozy (3%).
Au second tour, il n’y a pas photo puisque 95% d’entre eux choisiront Juppé face à Sarkozy (5%).
A noter que leur choix est également celui de l’ensemble des votants à la primaire LR puisqu’Alain Juppé est en première position à l’issu du premier tour (39% contre 35% à Nicolas Sarkozy) et qu’il l’emporte au second avec 53% contre 47% pour l’ancien président de la république.
Ce sondage montre, en outre, une nouvelle fois, qu’Alain Juppé serait le candidat de LR grâce aux voix venues du Centre et dans une moindre mesure de la Gauche.
Sans les voix centristes, il serait battu par Nicolas Sarkozy.
Et ce dernier recueille, au second tour, 66% des voix des sympathisants de LR contre seulement 34% pour Alain Juppé.
Déjà, au premier tour, Sarkozy obtient 50% de ces voix et Juppé seulement 27% (Fillon 14%, Le Maire 7%).
On comprend bien que c’est un problème pour Alain Juppé qui risque de devenir le candidat d’un parti dont les sympathisants auront très majoritairement choisi une autre personnalité pour les représenter à la présidentielle.
D’autant que ce ne sont pas des sympathisants de droite qui feront la différence en faveur de Juppé mais ceux de courants de pensée différents voire opposés à celui de LR.
Bien entendu, ce manque de légitimité sera pointé du doigt et elle l’est déjà par le camp de Nicolas Sarkozy qui va sans doute accentuer ses critiques à ce sujet au fur et à mesure que l’on se rapprochera de la primaire et si les sondages disent toujours la même chose.
Du côté d’Alain Juppé, il va falloir jongler et faire parfois le grand écart.
Le choix, pour l’instant, est, après le positionnement «central», le positionnement gaulliste, comme il l’a indiqué au JDD, qui dit qu’on ne se présente pas au nom d’un parti mais face au peuple et que tous les soutiens sont, de ce fait, recevables, d’où qu’ils viennent.
Le problème est que cela vaut pour la présidentielle mais pas pour une primaire.
Car le fait même de s’être présenté à une primaire d’un parti (et faussement appelée «de la Droite et du Centre» pour tenter de lui donner une résonnance qu’elle ne possède pas) sous-tend qu’on le représente d’abord, même si ce scrutin s’est voulu «ouvert», c’est-à-dire permettant à tous ceux qui partagent les idées de LR de voter après avoir signé un document en ce sens.
Evidemment, ceci est une totale hypocrisie.
D’une part parce que le document est si vague que l’on peut être de gauche ou d’extrême-droite et le signer.
D’autre part parce que personne n’est dupe sur les motivations qui seront celles des votants venus de gauche et d’extrême-droite, d’influencer le résultat en faveur de leur camp.
Ce n’est pas le cas des votants centristes puisqu’ils n’ont pas de candidats.
Encore que la défaite de Juppé amènerait automatiquement la candidature de Bayrou en 2017.
Toujours est-il qu’Alain Juppé doit, à la fois, rassurer les sympathisants et les militants de LR qu’il roule avant tout pour eux tour en expliquant aux sympathisants centristes qu’il ne les oublie pas.
Un exercice plus ou moins facile.
Car si des proximités entre les deux groupes existent dans nombre de domaines, il y a aussi des différences sur les questions identitaires ou d’autorité, sur la vision d’une Europe unie (confédération ou fédération), sur le mode de scrutin (majoritaire ou proportionnel) et sur les questions sociétales.
Pour l’instant, sa gestion a été assez intelligente d’autant qu’il possède un atout non-négligeable: Nicolas Sarkozy!
Le rejet inconditionnel de celui-ci par l’énorme majoritaire des centriste est manifestement un plus.
De ce point de vue, les centristes sont pour Juppé un électorat captif que l’on n’a guère besoin de cultiver particulièrement sinon en rappelant que l’on est un gaullo-réformiste moderne et modéré, totalement «centro-compatible».
Reste à savoir si cette ligne tiendra lors des débats entre les candidats à la primaire.
C’est là, sans doute, que l’on verra les réelles capacités de souplesse et d’adresse du maire de Bordeaux.
(Sondage Louis Harris pour France télévisions réalisé du 3 au 5 octobre 2016 par internet auprès d’un échantillon de 651 personnes de plus de 18 ans représentatif de la population française qui affirment qu’elles voteront sûrement à la primaire LR / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points

Alexandre Vatimbella



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