dimanche 5 mars 2017

Présidentielle 2017. Borloo, le fantasme instrumentalisé

Jean-Louis Borloo
Si l’on pensait encore que l’UDI avait une ligne politique, les derniers développements de l’affaire du Pénélope Gate auront remis les pendules à l’heure.
Les déchirements entre petits barons de la petite confédération politique – et que dire alors de ses différentes composantes qui ne sont parfois que des micro-partis – montrent encore une fois le vide des valeurs et des idées de ces personnages clamant un peu partout qu’ils représentent à eux-seuls le Centre.
Dernière péripétie en date, au moment où Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, annonçait le retrait du soutien de son parti à François Fillon et demandait qu’Alain Juppé se présente, Hervé Morin, président de Les Centristes et dirigeant de l’UDI, affirmait de son côté qu’il soutiendrait jusqu’au bout le candidat LR (ce qui a généré, sur le site de l’UDI, une page de déclarations de tous ceux qui veulent que Fillon s’en aille mais pas une seule page de déclarations de ceux qui veulent qu’il reste alors même qu’aucune décision des instance du parti n’a été prise à ce sujet…).
Sans oublier tous ces membres de l’UDI qui ont déjà fait leurs bagages pour s’en aller voir Emmanuel Macron.
En réalité, la seule et dernière constante que tous ces centristes et pseudo-centristes partagent encore, c’est… Jean-Louis Borloo, l’homme qui a pourtant claqué la porte de la formation parce qu’elle était ingouvernable.
Tous ceux dont ont vient de parler, qu’ils soient encore à l’UDI ou déjà aux côtés du leader d’En marche fantasment sur un soutien du fondateur de leur confédération à leur cause et contre celles de leurs opposants, l’instrumentalisant sans cesse et sans aucune décence.
C’est ainsi le cas de Lagarde et de ses amis qui demandent à l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, soit de se présenter (on ne voit pas comment il pourrait matériellement le faire même s’il en avait le début du début d’une envie en la matière), soit de former un «ticket» avec Alain Juppé (pour devenir ensuite le premier ministre de celui-ci, une fois élu à l’Elysée), soit de les soutenir dans leur entreprise chaotique qui est de changer de candidat tous les matins (on se rappelle que beaucoup d’entre eux expliquaient qu’il était d’accord avec leur choix de rejoindre Fillon…).
Mais c’est aussi le cas d’Hervé Morin – qui s’enorgueillit de parler avec un homme qui n’a que mépris pour lui – qui affirme à qui veut l’entendre que Jean-Louis Borloo partage ses points de vue.
Le président de la région Normandie a même tenté avec ses amis de le pousser dans les pattes de François Bayrou afin que le président du MoDem ne puisse pas se présenter, sachant bien que Borloo ne serait jamais allé jusqu’au bout si jamais, par bêtise ou inconséquence, il avait répondu par la positive à cette instrumentalisation grossière.
Mais c’est aussi le cas de tous les alliés et ralliés à Macron qui font les yeux doux à Borloo pour qu’il prenne position pour leur candidat – ce serait évidemment une belle prise et la légitimation de leur soutien au leader d’En marche! – néanmoins sans succès jusqu’à présent.
Et c’est encore le cas de François Fillon qui a tenté de le débaucher sans réussite évidemment, sans parler bien entendu d’Alain Juppé qui l’aurait bien vu à ses côtés lors de la primaire de LR et qui le verrait bien le rejoindre si jamais il devenait le plan B de la Droite en cas de retrait ou de marginalisation par son propre parti du premier nommé.
Cela fait beaucoup pour un homme qui a quitté la politique, non pas à cause de sa maladie, mais pour échapper à ces pratiques politiciennes indignes et au marécage nauséabond qu’était devenu l’UDI dont il avait espéré, avec beaucoup de naïveté, que toutes ses composantes lui feraient allégeance lorsqu’il en était le président pour former un vrai parti.
Ce qui doit beaucoup le faire rire (très jaune!), c’est que depuis qu’il s’en est allé parce que justement tous ces petits barons l’empêchaient de faire de l’UDI une force politique structurée et gouvernable, ceux-ci n’arrêtent pas de se réclamer et de se revendiquer de sa personne ainsi que de le faire parler sans arrêt et, bien sûr, uniquement dans leurs sens respectifs, c’est-à-dire à lui faire dire tout et n’importe quoi.
Soyons clairs.
Peut-être que Jean-Louis Borloo parlera ou peut-être qu’il ne parlera pas avant l’élection.
Peut-être qu’il prendra partie pour l’un des candidats ou peut-être qu’il ne prendra partie pour aucun d’entre eux.
Mais personne, au moment où ces lignes sont écrites, ne sait ce qu’il décidera.
Quoi qu’il en soit, il aura été bien plus au centre de cette présidentielle qu’il ne l’aurait imaginé.
De quoi avoir des regrets de ne pas avoir eu le courage de se présenter en 2012 et, sans doute, cette année.


Alexandre Vatimbella


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