vendredi 18 avril 2014

Une Semaine en Centrisme. Assurance santé: le pari réussi de Barack Obama

Barack Obama a déçu, c’est une évidence.
Il a déçu nombre d’Américains (mais aussi de gens dans le monde entier) qui croyaient qu’il possédait une baguette magique ou, tout au moins, un don quasi-surnaturel pour changer leur vie.
Il a déçu les médias qui s’étaient enflammés au-delà de toute raison en de 2007 à 2009 et qui, redescendus sur terre, ont fait ce qu’ils font d’habitude après avoir été pris en flagrant délit d’admiration puérile, de la critique sans mesure, acerbe et dure, afin de se refaire une virginité.
Il a déçu ceux qui ont interprété son message assez vague «Yes, we can» («oui, nous le pouvons») par son adhésion à leurs thèses qu’elles soient de droite ou de gauche, lui qui est demeuré et demeure, malgré les attaques, les remises en cause, les procès d’intention, un centriste.
La preuve en est tous ses adversaires, à gauche et à droite, virulents depuis 2007 et qui n’ont jamais laissé tomber une opposition primaire voire primate (avec des relents de racisme nauséabonds), eux qui ont été véritablement terrifiés qu’un homme avec une telle aura dans l’opinion puisse réussir et les remise aux rangs de vieilleries d’une époque révolue.
Mais, comme il a été dit ici à de nombreuses reprises, Barack Obama n’était pas le sauveur ultime et n’avait pas promis le paradis sur terre, que ce soit dans ses discours, ses promesses ou dans ses actes.
De même, il a toujours voulu remettre son pays sur les bons rails mais n’a pas parlé de faire des miracles.
Et il a toujours expliqué qu’il recherchait la meilleure solution, la plus équilibrée, la plus consensuelle et la plus efficace dans une démarche pragmatique.
Si l’on se place dans ce cadre, alors il est clair qu’il a obtenu de nombreuses réussites (de l’endiguement de la Grande récession au retour de la croissance en passant par le départ des troupes d’Irak, le sauvetage des constructeurs automobiles et une baisse du chômage), dont celle, emblématique, de la mise en place d’un système d’assurance santé, cette réforme baptisée «Obamacare» qui a polarisé contre lui tout ce qui compte de populismes, au sens européen du terme.
Rappelons que la décision de mettre en place aux Etats-Unis une véritable assurance santé vient de deux constatations unanimes de tous les experts de tous bords politiques: un nombre important de personnes incapables de prendre une couverture santé (trop chère, trop d’exclusions, etc.) mais aussi des dépenses de santé en augmentation quasi-exponentielle qu’il faut maitriser, d’autant que le rapport coût-efficacité est un des pires des pays avancés.
C’est le sens de l’architecture de l’«Obamacare», une réforme profondément centriste qui allie la responsabilité à la solidarité, tout en laissant une grande liberté de choix aux assurés.
D’ailleurs, elle reprend en grande partie les mesures préconisées par le Parti républicain avant que celui-ci ne vire à droite toute et fasse de l’obstruction systématique au Congrès (dont d’ailleurs Mitt Romney, le candidat républicain de 2012, s’était inspiré pour sa loi sur l’assurance santé quand il était gouverneur du Massachussetts) et a été qualifiée par la gauche du Parti démocrate comme trop timide (plus timide que la loi imaginée par Bill Clinton dans les années 1990 et défendue par sa femme, Hillary, eux aussi centristes…).
Mais, dans un monde où la propagande s’est largement substituée à l’information (internet, les chaînes d’informations en continu, etc.), il est de plus en plus difficile de faire des analyses honnêtes et sérieuses sans vouloir faire un «coup» ou un «buzz».
L’«Affordable care act», le vrai nom de la loi sur la santé, a en tout cas réussi le pari que lui avait assigné le président américain puisque plus de 8 millions de contrats (dont 35% par des personnes de moins de 35 ans) ont été passés avant la date limite du 31 mars (ce qui fait évidemment beaucoup plus de personnes couvertes, conjoints et enfants dans les familles), notamment par des personnes qui n’avaient jamais été assurées auparavant.
Il est d’ailleurs assez inquiétant pour le débat démocratique de voir que cette annonce faite le 17 avril n’a été que peu reprise dans les médias alors que les gros problèmes qu’a connus, lors de son lancement, le site national où l’on pouvait s’assurer, ont fait les gros titres pendant des semaines.
Il est vrai que les trains qui arrivent à l’heure ne sont pas de l’information.
Sauf quand on avait annoncé auparavant de manière irresponsable qu’ils avaient déraillé…
Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC


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