lundi 9 janvier 2017

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Progressisme-conservatisme, ne pas se tromper de débat

Le débat actuel entre tenants du conservatisme et ceux du progressisme est intéressant à plus d’un titre parce qu’il oblige à aller au fond de la problématique.
D’abord, évacuons cette évidence tarte à la crème: oui, chacun de nous est à la fois un conservateur et un progressiste.
Nous voulons conserver certaines choses et en changer d’autres.
Ainsi, un conservateur peut-être progressiste dans certains domaines et un progressiste peut être conservateur dans d’autres.
Mais attention à ne pas faire de fausses interprétations.
Vouloir demeurer en vie ne fait pas de nous des conservateurs.
Vouloir s’améliorer ne fait pas de nous des progressistes.
A l’inverse de certains auteurs à la courte vue ou au dessein de confusion, tout ne peut donc pas être vue avec le seul prisme d’une opposition conservation-progression, cependant tout ne peut pas se résumer, non plus, à la complémentarité entre progression et conservation.
Le conservateur en politique n’est évidemment pas un progressiste et vice versa.
Ensuite, si nous voyons bien ce que souhaite un progressiste, aller de l’avant par rapport à la situation actuelle pour l’améliorer, cela est nettement moins clair pour les conservateurs.
En effet, veulent-ils conserver l’ordre des choses actuel ou veulent-ils revenir à un ordre ancien?
Et ces ordres actuel et ancien, quels sont-ils?
Pour l’ordre actuel quels sont les progrès acceptables dans une optique conservatrice?
Pour l’ordre l’ancien, s’agit-il de celui d’il y a un an, dix ans, cent ans, mille ans, etc.?
Et s’il s’agit d’un ordre ancien et non de celui qui est actuel, ne doit-on pas parler de réactionnaire ou de passéiste pour caractériser celui qui veut revenir en arrière, et non de conservateur qui s’appliquerait uniquement à celui qui veut conserver l’ordre présent?
Et puis il y a cette fameuse affirmation selon laquelle les conservateurs se trouvent autant à droite qu’à gauche.
Analysons-là en prenant un exemple franco-français, les 35 heures de travail hebdomadaire.
Quel que soit le résultat de cette mesure, ce qui importe est de savoir si ce sont ceux qui la combattent ou ceux qui la soutiennent qui sont des conservateurs.
Si l’on se place du point de vue du progrès dans celui de l’émancipation de l’individu par rapport à son environnement, pouvoir moins travailler et plus profiter de la vie, en tant que la définition du travail serait un effort contraignant, alors le passage à 35 heures de la durée hebdomadaire du travail salarié est un progrès.
Maintenant, la question est de savoir si son fonctionnement et son maintien dans une société qui souffre d’un manque de croissance économique et d’un fort taux de chômage est un bienfait ou une entrave pour augmenter cette croissance et faire baisser ce chômage.
Si la réponse est positive, alors ne pas vouloir changer cette durée du travail en l’augmentant peut apparaître comme un conservatisme.
Néanmoins, il serait sans doute plus approprié de parler ici de clientélisme, ce qui n’est pas la même chose.
Car ceux qui défendent les 35 heures le font avant tout par rapport à une partie de la population qui en bénéficie et non par rapport à un ordre établi qu’il faut conserver en l’état.
C’est si vrai que les défenseurs des 35 heures sont pour le «progrès» puisqu’ils souhaitent passer aux 32 heures et que beaucoup d’entre eux ne seraient pas mécontents que le «travail» soit réalisé entièrement par des robots pour créer cette fameuse société des loisirs où l’on ne s’activerait que pour des occupations de plaisir et d’enrichissement personnels.
Même si l’on peut éventuellement les qualifier d’utopistes, on comprend bien que l’on ne peut les qualifier de conservateurs mais que l’appellation de «clientélistes» s’applique bien.
De même, les conservateurs qui voudraient revenir à plus ou moins 40 heures de travail hebdomadaire, voire à des durées qui seraient négociées systématiquement entre le salarié et l’employeur dans une vision de deux volontés égales, sont plutôt des réactionnaires puisqu’ils veulent revenir à un ordre ancien et non conserver un ordre actuel.
En outre, on peut également les qualifier de clientélistes puisqu’ils se battent pour une partie de la population, les salariés qui veulent pouvoir travailler autant qu’ils le veulent pour gagner plus mais, surtout, les employeurs, qui veulent avoir une flexibilité dans ce domaine vis-à-vis de leurs salariés.
On le voit, ces deux soi-disant «conservatismes» sont plutôt des clientélismes et, de plus, ne sont pas de même nature et de même finalité.
Dans l’un il y a une volonté de progrès même si elle n’est pas bonne pour le pays selon certains.
Dans l’autre, il y a une volonté de réaction, de retour à une situation précédente, que certains peuvent trouver bonne pour le pays.
Et même si l’on adopte par convention le terme de conservatisme pour les deux comportements, on voit bien qu’ils ne sont pas de même nature.
Par ailleurs, on s’aperçoit de la difficulté de définir avec précision qu’elle est la conservation que souhaite les conservateurs – au sens traditionnel du terme utilisé par les anglo-saxons – et si celle-ci n’est pas seulement une réaction contre l’ordre actuel, réaction qui avance cachée sous un terme moins polémique et plus rassurant.
Parce que l’on peut évidemment discuter de quel progressisme parlent ses tenants mais, au moins, on sait qu’ils veulent une société qui bouge et qui évolue, une société qui se réforme.
Ici, il faut bien dire que le révolutionnaire n’est pas, par essence, un progressiste.
On peut même voir des révolutionnaires conservateurs ou plutôt réactionnaires qui veulent changer de société pour revenir à un état précédent.
De même, un progressiste qui voudrait accaparer le progrès pour une partie seulement de la population serait en contradiction avec la définition politique du progrès.
En fait, au-delà des appellations, il y a quatre manières politiques de gouverner.
La première est de conclure que le «monde qui est», est le bon, ne doit pas changer, doit être préservé tel quel et qu’il faut endiguer par l’immobilisme actif les dangers qui peuvent l’atteindre: c’est le «conservatisme préservateur».
La deuxième est de voir dans le «monde qui est» un dévoiement de ce qu’il a été et de considérer qu’il faut revenir à une époque donnée qui était la meilleure: c’est le «résurrectionnisme réactionnaire».
La troisième est de croire que la réalité du «monde qui est» n’est en fait que la manifestation d’un système particulier et qu’une idéologie différente peut le transformer de fond en comble pour en créer un nouveau: c’est le «révolutionnarisme destructeur-créateur».
La quatrième est de bien analyser les réalités du fonctionnement des sociétés du «monde qui est» et de s’appuyer sur celles-ci pour le faire évoluer vers une meilleure organisation qui aura des conséquences positives pour les individus: c’est le «réformisme constructeur».
La première option est un renoncement au mouvement émancipateur, la deuxième est un refus de la modernité émancipatrice, la troisième est une illusion chimérique d’une émancipation de la réalité, la quatrième est un pragmatisme progressiste de l’émancipation possible.
C’est dans le cadre de ce dernier que se situe le progressisme moderniste raisonnable du Centrisme qui rejette la réaction, la conservation et la révolution comme des comportements déraisonnables parce que refusant d’accompagner raisonnablement l’évolution en en faisant un progrès positif.
Un Centrisme qui veut garder ce qui est bon tout en continuant inlassablement à l’améliorer et être ouvert à l’innovation positive dans tous les domaines et de l’implanter de la meilleure façon possible lorsqu’il s’agit d’une réelle avancée.
C’est dans ce cadre que se trouve le progrès selon la vision centriste du réformisme.


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