samedi 22 août 2026

Chronique centriste. La page Bayrou est-elle en train de se tourner au MoDem?


Officiellement, tout le monde est derrière Bayrou.

Sauf que…

Après son passage peu convaincant à Matignon, François Bayrou a décidé de revenir sur le devant de la scène en prenant des positions personnelles sans en référer à personne et en réglant ses comptes à nombre de personnalités de la majorité présidentielle, notamment Gabriel Attal et Edouard Philippe.

L’affaire emblématique qui empoisonne le MoDem cet été est le soutien aussi soudain qu’étonnant que son président-fondateur a apporté à la candidature de Thierry Breton pour la présidentielle de l’année prochaine, soutien qui s’est fait sans concertation aucune avec les cadres du parti qui ne manquent pas de signifier leur étonnement et leur désapprobation.

Dans plusieurs interviews Bayrou a ainsi vanté les qualités de l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy et ancien commissaire européen.

Et devant la polémique que cela a créé au sein du Mouvement démocrate, il vient d’en remettre une couche considérant que Breton «est le seul à avoir fait baisser la dette et, en dehors de moi, le seul homme politique à s’être intéressé depuis 40 ans au numérique».

Et de préciser :
«Face au risque d’un duel mortel pour le pays entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon au second tour, et face au risque d’une crise financière qui peut être imminente, avec l’explosion de la charge de la dette, avant ou aussitôt après l’élection, il faut qu’apparaissent des visages nouveaux capables de renouveler ou de fédérer des forces qui acceptent, le moment venu, de se regrouper autour d’elles.»

Or, peu chez les centristes, partagent ce point de vue.

Ainsi, le fidèle d’entre les fidèles, Marc Fesneau, président du groupe Les démocrates à l’Assemblée et ancien ministre de l’Agriculture, pourtant toujours prompt à prendre partie pour son mentor, a réagi en s’interrogeant: «Thierry Breton a-t-il un profil qui nous assure d’être au second tour ? Rien n’est moins sûr».
Et de poursuivre: «je crois qu’on ne peut pas dire à la fois qu’on ne croit pas ou qu’on ne voit pas d’homme providentiel, et raisonner en termes d’homme providentiel».

Et il est loin à se montrer le seul critique des propos de François Bayrou.

Cette affaire qui peut n’être qu’une tempête dans un verre d’eau jusqu’à la reprise en main par ce dernier des cadres de son parti, peut être également un indice sur une page qui est en train de se tourner au MoDem.

Jusqu’à présent, ceux qui critiquaient plus ou moins ouvertement Bayrou au sein de parti étaient également ceux qui étaient sur le départ ou qui venaient de claquer la porte.

En revanche, tous les autres ne se risquaient guère à contredire leur chef au sein d’une formation où un fonctionnement démocratique n’est que peu prisé.

Quoi qu’il en soit, il y a évidemment un «après-Matignon» qui, pour l’ancien maire de Pau, n’est pas le tremplin qui prépare généralement vers l’Elysée mais plutôt la fin d’une histoire.

On peut, en effet, se demander quel est son avenir politique alors même qu’il a renoncé à se présenter une quatrième fois à la présidentielle au vu de ses scores insignifiants dans les sondages.

Il n’est pas non plus en capacité d’être faiseur de rois tout comme il ne l’était déjà pas en 2017 pour Emmanuel Macron malgré ce qu’il prétend.

De plus, pour la première fois, il y a des personnalités qui sont en capacité de lui succéder, lui qui aimait tant faire le vide autour de lui pour préserver sa place.

On pense ici à Marc Fesneau ou Jean-Noël Barrot, par exemple.

Enfin, le MoDem n’a pas besoin de regarder derrière lui, ni de faire du surplace s’il veut encore exister demain.

Et Bayrou semble être plus devenu un poids qu’un atout dans cette perspective.

2027 risque d’être l’année de tous les dangers pour le parti centriste mais aussi pour son président.