mercredi 12 août 2026

Présidentielle 2027. Un candidat unique de l’axe central, une proposition de lucide mais irréalisable


Faut-il féliciter François Bayrou pour sa proposition lucide d’organiser une primaire réunissant tous les candidats de l’axe central (de la social-démocratie à la droite républicaine conservatrice) à la présidentielle ou le fustiger pour cette faribole qui n’a aucune chance d’aboutir, ce dont il est certainement au conscient.

Les deux sans doute!

Réglons tout de suite la question de savoir si l’ancien premier ministre avec cette proposition veut occuper le terrain, exister et peser sur la présidentielle.

La réponse est oui, évidemment et ce n’est absolument pas un reproche ou une critique: tout leader politique, a fortiori un président de parti et un ancien premier ministre est légitime à intervenir et donner son point de vue et faire des suggestions.

Parlons d’abord, la lucidité du président du MoDem.

Tous les sondages sur la présidentielle indiquent que les candidats extrémistes représentent plus de 50% des votes, comme en 2022, ce qui signifie que les candidats de l’axe central sont minoritaires au premier tour.

Bien sûr, les votes en faveur des extrêmes ne sont pas partagés à égalité entre l’extrême-droite et l’extrême-gauche, la première étant nettement plus en avance sur la seconde, ce qui signifie qu’un duel final Le Pen-Mélenchon n’est pas du tout le cas de figure le plus probable.

Néanmoins, il convient peut-être de ne pas prendre le risque d’une dispersion des voix en faveur des défenseurs de la démocratie républicaine libérale, le précédent de 2002 avec la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen du fait du nombre de candidats de gauche qui ont plombé Lionel Jospin, prouve que tout peut arriver comme une deuxième place de Jean-Luc Mélenchon.

L’organisation d’une primaire entre tous les candidats de l’axe central serait en quelque sorte un tour préliminaire de la présidentielle et permettrait de placer certainement – et malgré l’évident déperdition d’un nombre de voix de gauche vers Mélenchon et de droite vers Le Pen sans oublier des abstentions et des votes blancs – le vainqueur au second tour.

Et comme Marine Le Pen ne pourra pas ou peu compter sur les voix de l’extrême-gauche, le candidat de l’axe central peut alors remporter l’élection malgré les sondages actuels comme ce fut le cas pour Emmanuel Macron en 2022 alors que le score de tous les candidats extrémistes et populistes étaient de plus de 63% au premier tour..

Cette primaire serait donc le plus sûr moyen d’éviter à la France l’aventure désastreuse de l’extrémisme populiste et démagogique porté par des incompétents.

Ensuite la faribole.

Parce que la Gauche et la Droite ne sont absolument pas prêtes à se réunir autour d’un seul candidat au premier tour et, donc, à ne pas être présentes pour l’élection la plus importante de la Ve République même si les scores de leurs candidats potentiels dans les sondages actuels ne sont pas favorables à l’exception de celui d’Edouard Philippe.

Donc, ne pas être en lice en 2027 serait un terrible aveu de faiblesse, voire une étape vers une disparition pour le PS et LR même si leurs candidates en 2022 ont obtenu un nombre de voix ridiculement bas pour Anne Hidalgo (1,75%) et pas beaucoup plus honorable pour Valérie Pécresse (5,28%).

D’autant que pour l’instant, le risque qu’il y ait un deuxième tour entre les deux candidats extrémistes, Le Pen et Mélenchon est faible sachant que la première nommée sera sans doute qualifiée mais ce qui n’est pas le cas pour le second comme nous l’avons dit plus haut.

Pourquoi donc présenter un seul candidat pour toutes ces formations alors que la probabilité qu’il y ait un représentant de l’axe central au deuxième tour est élevée et que chaque parti de l’axe central peut donc tenter sa chance de son point de vue (et c’est ce qui se produit actuellement).

Mais cette primaire poserait également de nombreuses questions quant à son organisation, son déroulement et le désistement des candidats battus.

Parmi celles-ci il y a celle sur qui seront les électeurs qui participeront au choix d’un candidat?

Une autre est de se demander ce que feront les battus si les résultats sont complètement différents des sondages d’opinion et quelle sera alors la légitimité du gagnant?

In fine, il n’y a aucune chance que le PS, Renaissance, le MoDem, Horizons LR et les autres formations de l’axe central se mettent d’accord sur un candidat unique pour le premier tour de la présidentielle.

En revanche, ce serait une faute lourde si le candidat de l’axe central qualifié pour le second tour n’était pas soutenu par tous les partis de cet espace politique et, surtout, ne reçoive pas la mobilisation essentielle de leurs électeurs.

Parce que ce qui est en jeu c’est bien l’existence de la démocratie républicaine.

Nicolas Levé et Alexandre Vatimbella