Voici une sélection, ce 22 août 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France.
► Emmanuel Macron (Président de la République)
> Je me suis entretenu avec le Président Zelensky au lendemain de la double
frappe russe en plein jour contre un centre commercial à Kryvyi Rih, qui a fait
de très nombreuses victimes civiles. Je lui ai dit notre horreur et notre
émotion. Avec ces frappes et celles cette semaine contre Kyiv, la Russie poursuit
et aggrave le crime de son agression. En visant systématiquement des civils, et
en faisant le choix de l'intimidation et de l'escalade, la Russie cherche
probablement à projeter la force mais signe surtout un aveu de faiblesse. Il
est crucial, dans ce contexte, de donner à l'Ukraine tous les moyens
nécessaires pour défendre son ciel et faire échec à cette agression. J'ai
annoncé au Président Zelensky le renforcement de notre soutien, avec l'envoi
d'intercepteurs et la poursuite de notre coopération dans le droit fil de la
réunion de lancement de la Coalition antibalistique qui s'est tenue à Paris le
13 juillet dernier et de la déclaration d'intention signée le 17 novembre 2025.
Il est essentiel que tous les pays qui ont des moyens en leur possession se
joignent aussi à cet effort. Nous devons également continuer d'augmenter la
pression sur la Russie tant qu'elle fera le choix de refuser l'arrêt des
combats et la paix. Nous avons aussi fait le point, dans la perspective de la
réunion de la Coalition des Volontaires qui se tiendra ce lundi, sur notre
mobilisation pour faire advenir cette paix à laquelle le peuple ukrainien
aspire légitimement, dans le respect de ses droits et avec toutes les garanties
de sécurité pour l'Ukraine et pour notre continent. La Russie cherche à faire
plier l’Ukraine par la terreur : elle n’y parviendra pas. Tous unis aux côtés
de l’Ukraine, nous ferons prévaloir le droit et la justice sur la force.
► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans cette liste alors qu’il
n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de Renaissance, parti
centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un homme de droite;
c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du fait qu’il a
composé un gouvernement d’axe central.]
> Le budget sera une épreuve de vérité : chaque formation politique devra
montrer ce qu’elle sait faire aujourd’hui, pas seulement ce qu’elle promet pour
demain : négocier, décider, gouverner. On peut conquérir le pouvoir par la
polarisation. On ne gouverne pas un pays par elle.
> Parler de 49.3 ou d’ordonnances avant de connaître le projet est absurde ! On ne peut réclamer plus de pouvoir au Parlement et lui demander de s’en dessaisir. Nous prendrons le temps du débat et du compromis, même s’il faut dépasser les échéances politiques que certains veulent imposer.
> Ce ne sera pas un budget de non-choix. Nous proposerons des économies structurelles, pas un rabot aveugle qui abîme les services publics sans réformer. Nous protégerons nos investissements de souveraineté et la compétitivité de nos entreprises.
> Voter un budget ne préempte pas le choix futur des Français. Dès son arrivée, la future majorité pourra le modifier, comme en 2002 et en 2012. Encore faut-il qu’un budget existe : on peut modifier un budget adopté ; on ne peut modifier un budget qui n’existe pas.
> Une loi spéciale n’est pas un budget, seulement un filet de sécurité temporaire. Prolongée, elle paralyserait de nombreux secteurs comme la défense, le bâtiment, l’agriculture ou la recherche. Elle ferait perdre plusieurs mois au prochain quinquennat et pourrait le condamner avant même qu’il ait commencé.
> À l’approche du débat budgétaire, j’écris à chaque parlementaire. La France doit avoir un budget pour 2027. Son absence créerait du désordre et de l’instabilité financière, fragiliserait la France sur les marchés et exposerait l’État comme les Français à une hausse des taux.
> [Réponse aux propos de LFI] Vous parlez de «
chantage ». Non. Un budget, c’est le travail du Parlement. Un député n’est ni
un commentateur ni un lanceur d’alerte permanent. Il est élu et indemnisé par
les Français pour examiner les textes, les amender, négocier et, ensuite le cas
échéant, les voter ou non.
Annoncer la censure avant même d’avoir travaillé le projet proposé, ce n’est
pas faire son travail : c’est déserter. Et quant à “foutre au feu » 600
milliards d’euros de dette, c’est de l’escroquerie à l’état pur. Revenons à
quelque chose de simple : lorsque vous empruntez 100 euros et décidez de ne pas
les rendre, vous n’avez pas créé 100 euros. Vous avez pris 100 euros à celui
qui vous les avait prêtés. En l’occurrence les intérêts de la dette détenue par
la Banque de France et perçus par celle ci sont reversés au Trésor public sous
forme de dividendes. Autrement dit ce que vous proposez ne rapporte rien. En
revanche cela détruirait l’actif le plus important de notre pays, la confiance.
Une dette n’est jamais un papier sans propriétaire. C’est un acte de confiance
de celui qui prête envers celui qui emprunte et à qui il confie son patrimoine,
c’est-à-dire souvent le fruit de son travail.
Si la France, qui doit lever 310 milliards d’euros cette année, reniait sa
propre signature qui nous prêtera encore ? Au mieux les prêteurs - s'ils
acceptent de prêter encore - exigeront des taux prohibitifs. Le crédit des
familles et des entreprises suivra. La confiance et l’épargne seront
fragilisées. L’économie souffrira. Au pire, l’accès de l’Etat au crédit sera
coupé et il devra recourir à des hausses massives d’impôts sur tous les
français et à des coupes brutales. Dans les écoles, les hôpitaux, la sécurité,
l'écologie, la défense, les collectivités. Les plus fragiles seraient les
premiers frappés.
Il n’y a que deux catégories de gens pour formuler une telle proposition : ceux
qui pensent s’enrichir en spéculant contre la dette française et ceux qui
veulent détruire la zone Euro.
Pas étonnant que les cyniques s’assemblent dans une œuvre commune de
démolition. Un budget n’est pas un chantage. La dette n’est pas un tour de
magie. Et les députés ne sont pas les spectateurs de la République : ils ne
peuvent pas provoquer le désordre, puis le commenter.
> Bilan d’un an d’action. Le
droit fixe les règles du jeu. Non pas pour entraver le jeu, mais au contraire
pour en assurer la pérennité, l’équité, l’efficacité. Aujourd’hui, trop
d’acteurs publics comme privés sont freinés par des normes, des procédures et
des délais excessifs.
C’est pourquoi, depuis un an, le Gouvernement a engagé une politique de
simplification sans précédent :
- deux «méga-décrets» de simplification;
- des démarches allégées pour les collectivités ;
- des procédures accélérées pour les entreprises et certains projets
industriels.
Près de 140 mesures ont déjà été mises en œuvre, des dizaines suivront dans les
prochaines semaines.
► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Laurent Nunez (ministre de l’Intérieur)
> [Réponse aux propos de Mélenchon] Les préfets n’ont pas de leçons
d’impartialité à recevoir. Serviteurs de l’État, garants dans les territoires
des intérêts nationaux, du respect des lois et des principes de notre
Constitution, ils agissent chaque jour avec neutralité et dans le seul but de
garantir l’intérêt général. Les mettre en cause ou les sommer de « retourner
dans leur bureau » méconnaît profondément leur rôle et leur engagement au
service de la République.
Catherine Vautrin (ministre des Armées et des Anciens
combattants)
> En ce jour de deuil national en Ukraine et alors que les frappes russes
contre les villes ukrainiennes se poursuivent, j'ai tenu à m'entretenir avec
mon nouvel homologue Yevheny Khmara, pour lui témoigner la solidarité de la
France et sa pleine détermination à soutenir l'Ukraine dans la durée face à la
guerre d'agression russe. Dans la continuité de la déclaration conjointe de nos
présidents le 14 juillet dernier, la priorité va à la défense du ciel ukrainien
pour protéger les populations civiles. La résolution et la résilience du peuple
ukrainien méritent notre admiration. Notre engagement collectif pour le
soutenir, notamment dans le cadre de la Coalition des volontaires, ne faiblit
pas.
Stéphanie Rist (ministre de la Santé, des Familles, de
l’Autonomie et des Personnes handicapées)
> Les contrôles menés par les services de l’État fonctionnent : ils ont
permis d’identifier plusieurs références de préservatifs non conformes et de
les retirer du marché. À ce jour, aucun signalement sanitaire lié à ces
préservatifs n’a été rapporté. Par précaution, les personnes qui les auraient
utilisés sont invitées à effectuer un dépistage du VIH et des autres IST et, en
cas de retard de règles, un test de grossesse. C’est tout le rôle de notre
système de surveillance : contrôler, agir et informer pour protéger chacun.
Aurore Bergé (ministre déléguée auprès du Premier
ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte
contre les discriminations)
> Nous avons besoin d'une révolution. Tout renforcer. Tout accélérer. Tout
amplifier. Une loi intégrale. Un engagement total. Trois mois après la mort de
Lyhanna : il n'y a pas de place pour la fatalité ou la résignation.
Mathieu Lefevre (ministre délégué auprès de la
ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations
internationales sur le climat et la nature chargé de la Transition
écologique)
> Sans budget adopté, impossible de répondre aux enjeux d’adaptation au
changement climatique ni aux crises futures. Il faut être cohérent : les mêmes
qui réclament des moyens supplémentaires pour l’écologie ne peuvent se résoudre
au désordre qui n’apportera pas un euro de plus à la transition.
> Le Premier ministre est du côté de l’intérêt général. Veut-on vraiment rajouter de l’incertitude budgétaire aux autres incertitudes ? La France a besoin d’un budget. Pour ne pas risquer un choc financier qui pèserait lourdement sur les Français et qui entraverait le choix démocratique de 2027.
● Autres ministres
Gérald Darmanin (garde des sceaux, ministre de la Justice)
> À Vannes, en Bretagne, pour poser la première pierre du futur centre
pénitentiaire de la ville, aux côtés du maire David Robo, de la ministre Anne
Le Hénanff et du député Michel Criaud. Ce nouvel établissement, d’une capacité
de 550 places, sera livré en 2028 et représente un investissement de plus de
200 millions d’euros pour le ministère de la Justice. Il permettra de soulager
une surpopulation carcérale très importante dans la région. Dans la continuité
du plan 15 000 places, lancé par le président de la République, nous aurons
construit, d’ici 2027, près de 4 000 places en deux ans et demi, ce qui
constitue un record.
Annie Genevard (ministre de l'Agriculture, de
l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire)
> Une bonne nouvelle pour nos viticulteurs et les travailleurs saisonniers.
Le Gouvernement tient son engagement : le décret permettant de faciliter
l’hébergement des vendangeurs est signé. Nous apportons ainsi une réponse
concrète à une attente forte de nos filières viticoles et de nos territoires,
alors que les vendanges ont commencé. Merci à tous ceux qui, chaque jour, font
vivre notre agriculture et nos vignobles. Bon courage à tous les vendangeurs et
vignerons !
Françoise Gatel (ministre de l’Aménagement du
territoire et de la Décentralisation)
> Voter un budget pour la France : une nécessité démocratique.
Benjamin Haddad (ministre délégué auprès du
ministre de l’Europe et des Affaires étrangères chargé de l’Europe)
> Le « plan » de LFI est non seulement impossible, il est
dangereux pour la crédibilité économique de notre pays. La France n’est pas une
île: nous avons des partenaires, des créanciers. Les Français ne sont pas dupes
de cette démagogie.
► Partis politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes
et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus retranscrits]
Jean-René Cazeneuve (député)
> [Selon Mélenchon LFI censurera le Bugdet] Quel scoop ! LFI champion du
monde des motions de censure et des motions de rejet. Avant même de lire le
texte évidemment.
● MoDem
Bruno Fuchs (député)
> Arrivé ce matin à Kyiv, je fais partie d’une très importante délégation de
parlementaires venue de toute l’Europe au moment de la fête nationale
ukrainienne, afin de témoigner de notre unité et de notre solidarité avec Ukraine.
> Ma mission à Madagascar s’achève par une audience
avec le Président de la refondation Michaël Randrianirina, que j ai trouvé
sincère et focalisé pour :
– répondre aux attentes sociales ;
– rétablir rapidement l’ordre institutionnel et démocratique ;
– tenir des élections avant fin 2027.
Il m’a assuré compter plus que jamais sur la France, partenaire historique. Pays voisins, nous partageons les mêmes enjeux dans l’océan Indien, où se jouera une grande lutte d’influence entre puissances. La France doit en prendre conscience et être bien + présente sur le terrain.
● Parti radical
Nathalie Delattre (présidente)
> Cyberattaques et sécurité nationale : le Parti radical appelle
à armer l’État et à reconnaître les hackers éthiques
Fin juin, le site des impôts a été victime d’une cyberattaque concernant
les données de 678 000 usagers. Les attaques qui visent les services
fiscaux, l’Éducation nationale ou les établissements de santé ne sont pas de
simples incidents techniques. Elles peuvent interrompre un service public,
exposer des données personnelles et fragiliser le fonctionnement de l’État.
Elles relèvent désormais pleinement de la sécurité nationale.
Pour mieux les prévenir, la France doit aussi s’appuyer sur celles et ceux
qui découvrent des vulnérabilités avant qu’elles ne soient exploitées.
Lorsqu’ils agissent de bonne foi, dans un périmètre précis et de manière
proportionnée, les hackers éthiques doivent pouvoir signaler une faille sans
risquer d’être traités comme des cybercriminels.
Cette mobilisation ne date pas d’hier. Depuis 2023, Nathalie Delattre
travaille avec les hackers éthiques pour mieux reconnaître et protéger ceux qui
détectent nos vulnérabilités. Elle a porté leurs propositions auprès du
Gouvernement et de l’ANSSI, avant que le Parti radical ne relaie cette démarche
dès le début de 2024.
« La cybersécurité est aujourd’hui le premier front de la sécurité
nationale. Nous ne pouvons plus défendre nos hôpitaux, nos services publics et
nos infrastructures essentielles avec un cadre juridique dépassé. Protéger et
encadrer les hackers éthiques de bonne foi, c’est doter la République d’un
bouclier indispensable pour anticiper la menace plutôt que d’en subir les
dégâts », déclare Pierre Perpillou, secrétaire national à la Sécurité du Parti radical.
L’ANSSI est un tiers de confiance indispensable. Mais le cadre actuel reste
trop centralisé : les garanties prévues par la loi sont essentiellement
attachées au signalement auprès de l’Agence. Son expertise doit être complétée
par un regard extérieur et indépendant, en particulier lorsque les
vulnérabilités concernent les systèmes de l’État. L’ANSSI ne doit pas être
contournée, mais elle ne peut rester l’unique porte d’entrée ni l’unique regard
porté sur le traitement des alertes.
Le Parti radical propose quatre mesures :
1) Créer un statut protecteur pour les hackers éthiques. La loi doit préciser
les conditions de bonne foi, de nécessité et de proportionnalité, protéger les
signalements responsables et permettre de saisir l’organisme concerné, l’ANSSI
ou un tiers de confiance indépendant.
2) Déployer des programmes de « bug bounty » dans les administrations. Les
services publics les plus exposés doivent organiser des programmes encadrés de
recherche et de signalement de vulnérabilités, avec un périmètre, des règles,
des délais de réponse et une rémunération définis à l’avance.
3) Créer une réserve citoyenne cyber interministérielle. Complémentaire des
réserves de cyberdéfense existantes, elle réunirait des professionnels du
numérique, des chercheurs, des réservistes et des hackers éthiques mobilisables
rapidement pour aider un service public victime d’une attaque.
4) Faire de la prévention cyber une obligation stratégique de l’État. Les
administrations, les collectivités et les infrastructures les plus sensibles
doivent faire tester régulièrement leurs systèmes par des tiers qualifiés, puis
rendre compte des corrections engagées.
Un collège pluraliste, extérieur à l’ANSSI, assurerait le suivi de ces
dispositifs. Il réunirait notamment des juristes, des chercheurs, des
représentants des collectivités et de la communauté des hackers éthiques. Il
pourrait être saisi en cas de désaccord sur le traitement d’un signalement et
publierait chaque année un bilan public.
L’ANSSI y apporterait son expertise sans en assurer seule le pilotage.
Comme l’indique Nathalie Delattre, présidente du Parti radical
: « Nous avons les talents. Nous avons les compétences. Organisons-les avant la
prochaine attaque. La souveraineté numérique, c’est une capacité simple :
détecter plus tôt, anticiper plus vite et riposter plus fort. »
Reconnaître les hackers éthiques ne revient pas à instaurer un droit général à
l’intrusion. Il s’agit de fixer des limites claires et de protéger celles et
ceux qui les respectent pour agir au service de l’intérêt général.
► Autres
● Personnalités centristes
Clément Beaune (haut-commissaire au Plan)
> La politique est-elle incompatible avec le long terme ? Non ! L’action
publique, c’est répondre aux urgences ET préparer l’avenir.
Sarah El Hairy (haut-commissaire à l’Enfance)
> [Concept de «ville à hauteur d’enfants »] Il pourrait se résumer à une
ambition à la fois simple et structurante pour les politiques publiques en
matière d’aménagement. Il s’agit de promouvoir la conception de villes
accueillantes pour les personnes mesurant moins de 1,20 m et, de ce fait, pour
les familles dans leur ensemble. Aujourd’hui, l’immense majorité des bâtiments
et des infrastructures ne nous offrent que deux options : soit en profiter
pleinement avec nos enfants, soit se contenter qu’ils puissent nous accompagner
et que, somme toute, il faudrait s’en satisfaire. Je plaide pour sortir de
cette dichotomie et imaginer un ensemble d’équipements, allant des écoles aux
espaces publics en passant par les gares, qui permettent une inclusion globale
en prenant en compte les besoins de toutes les configurations familiales. (…)
Il faut saisir les opportunités offertes par les solutions numériques pour
identifier les besoins, articuler les infrastructures capables d’y répondre et
piloter leur exploitation. La manière dont l’enfant peut s’approprier la ville
doit être pensée très en amont, dès le concours d’architecture. Prenons le cas
d’un projet d’école. Comment imaginer qu’il n’intègre pas les interactions avec
les routes, parcs et autres commerces avoisinants ? Les outils de la smart city
peuvent nous aider à relever ce défi, avec, par exemple, l’adaptation du rythme
des feux tricolores, la modulation de la vitesse autour des établissements ou
encore la mise en place de rues scolaires. Les solutions existent pour apporter
de la douceur dans ces zones qui concentrent les enfants à des moments donnés
de la journée. Mon propos n’est pas de promouvoir «la techno pour la techno »,
mais bien de coller au plus près des usages réels, sans les cloisonner ni
générer de conflits.
> [La ville d’aujourd’hui excluante des enfants?] Heureusement
non. Certains territoires ont su prendre à bras-le-corps cet enjeu urbanistique
et dessiner des villes pour attirer les familles. Je pense notamment à Lille
qui a créé un laboratoire « Ville à hauteur d’enfants », ou à Brest qui a fait
contribuer ces derniers à l’élaboration de son plan local d’urbanisme. Nombre
de communes plus rurales s’organisent aussi depuis longtemps pour satisfaire
les attentes au-delà de la famille nucléaire, jusqu’aux grands-parents, oncles,
tantes et amis. Reste le modèle de la métropole très urbanisée que les familles
fuient pour deux raisons principales. La première est évidemment économique :
le prix du logement. La seconde est le fruit d’un impensé des politiques
publiques qui, à défaut d’avoir transformé la ville, ont laissé se développer
un environnement de plus en plus excluant et inadapté.
On le constate notamment dans les transports et dans l’organisation des espaces
extérieurs, qui ne répondent pas aux besoins de l’enfant.
> [Canicule à l’école] Aujourd’hui, nous appliquons les
protocoles adaptés dans les écoles et les lieux accueillant des mineurs :
hydratation renforcée, adaptation des activités et vigilance accrue des
professionnels. Mais il faut aller plus loin, et vite. Le confort thermique
doit devenir un critère à part entière de nos équipements : végétalisation,
ombrage, ventilation et rénovation du bâti. Le temps du diagnostic est d’ores
et déjà révolu. Adapter nos lieux de vie au changement climatique, c’est
garantir à chaque enfant des conditions d’apprentissage, de santé et de
bien-être préservées. (…)
Il faut sortir d’une logique de déploiement d’ouvrages à usage unique, souvent
saisonnier, et destinés à un segment de population. Cette conviction, je l’ai
forgée tôt dans ma carrière, à Montréal, lorsque j’ai participé, au sein du
ministère du Tourisme, au projet de couverture du stade. L’ajout de ce toit
rétractable a permis d’exploiter l’enceinte toute l’année pour y accueillir une
variété d’événements. La clé, c’est la modularité. (…)
Je suis bien sûr favorable à l’intégration de ces paramètres d’inclusion dans
les appels d’offres. Mais il faut aussi acculturer et accompagner les élus, car
beaucoup d’entre eux ne savent pas par quel bout prendre le sujet ni évaluer le
coût du déploiement d’une telle politique. C’est pourquoi nous avons conçu un
guide pour les aider à le bâtir. Je crois également qu’il est important de
constituer un réseau pour partager les meilleures pratiques, d’organiser des
voyages d’études dans les villes les plus avancées.
> Des familles qui s’en vont, ce sont des fermetures de classes en perspective et une dynamique territoriale qui s’enraye. D’autant qu’une pression nouvelle s’exerce sur eux de la part du monde économique. Hier, les entreprises regardaient surtout l’offre de transports avant de choisir de s’implanter. Aujourd’hui, elles se font le relais des préoccupations des salariés et prêtent de plus en plus attention aux politiques locales de soutien à la parentalité. C’est une tendance émergente, mais bien réelle.
> Au moment de porter un projet d’école, un maire
est immédiatement attentif à l’offre existante et aux programmes qui se
développent à proximité. D’ailleurs, il constate bien souvent qu’ils font la
part belle aux espaces de coworking et aux salles de fitness plutôt qu’aux
espaces de jeux, aux parkings à vélos plutôt qu’aux espaces pour les
poussettes. C’est la preuve que les logements collectifs doivent eux aussi
devenir plus inclusifs pour satisfaire à la fois les étudiants, les jeunes
couples, mais aussi les familles. (…)
On ne peut pas faire l’économie de cette réflexion, car le logement souffre
également d’un déficit de modularité. Rares sont ceux qui ont été pensés pour
évoluer au gré des besoins de la vie. Plutôt que de se bercer d’illusions en
considérant, a posteriori, qu’une pièce de bureau pourra faire une chambre
d’enfant satisfaisante, il faut s’interroger sur les paramètres du flexi-usage
en amont. La réflexion sur les hauteurs sous plafond constitue, à ce titre, un
parfait exemple. Si l’on réfléchit en m3 et non plus en m2 , alors une pièce de
petite surface pourra accueillir un lit en mezzanine. Sauf à considérer la
dénatalité comme une fatalité, il faut désormais anticiper l’évolution du
logement pour l’arrivée d’un, deux, puis trois enfants.
> La démographie est le principal risque qui pèse sur les perspectives de croissance de nos sociétés, comme l’a souligné la Banque centrale européenne. Alors oui, il existe aujourd’hui une tendance individuelle vers le « no kids », mais le défi collectif d’avenir, c’est bien de retrouver une natalité plus dynamique et une population qui se renouvelle. Nous sommes effectivement à un point de bascule : à nous de mettre en place les conditions pour que les choses tournent du bon côté, y compris par l’aménagement.
> Le thème de l’enfance convoque forcément une
lecture émotionnelle, mais il suffit de s’en extraire pour se convaincre que
les moyens existent bel et bien. D’un point de vue financier : l’enfant et les
infrastructures nécessaires à son développement peuvent être vus comme des
actifs aujourd’hui largement sous-valorisés. Ecoles, parcs, voiries adaptées…
Tous ces ouvrages, socles d’une dynamique démographique, doivent être gérés,
développés et modernisés sur le long terme. Or, au même titre que les
infrastructures dédiées à l’énergie ou aux mobilités, ces équipements sont des
vecteurs de souveraineté pour notre pays qui peuvent se montrer attractifs pour
les investisseurs. Porter ce regard technique peut interpeller, mais il a le
mérite d’éveiller les consciences et d’alerter sur le risque de contracter une
« dette enfance », faute d’avoir suffisamment investi.

