Voici une sélection, ce 30 juin 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France.
► Emmanuel Macron (Président de la République)
> [Discours à l’occasion du 9e Congrès mondial contre la peine de mort] Je
suis très heureux, Président, d'être là à vos côtés en cette journée. C'est au
fond, un vieil engagement, engagement pris aux côtés de Robert Badinter lorsque
nous avions célébré ensemble les 40 ans de la loi d'abolition en France,
engagement pris à Chaillot lorsqu'on célébrait des textes ô combien importants
au fondement de nos principes et de nos valeurs, et engagement pris auprès des
uns et des autres durant toutes ces dernières années, qui sont des engagements
que la France a pris depuis des décennies, même plus loin que cela. En
accueillant aujourd'hui le 9e Congrès mondial contre la peine de mort, la
France retrouve au fond un rendez-vous qu'elle avait contribué à inaugurer à
Strasbourg il y a 25 ans avec le tout premier Congrès. Elle continue d'être aux
côtés de celles et ceux qui se battent pour l'abolition.
Depuis, le monde a profondément changé, c'est une évidence de le dire.
Nombre d'États abolitionnistes ont rejoint. L'abolition de la peine de mort est
en effet l'un des rares droits humains en constante progression et l'espérance
d'une abolition universelle constitue un horizon accessible. Toutefois, et j'y
reviendrai, les risques demeurent dans beaucoup de pays et quand je vois les
débats dans nos pays, je considère que rien n'est acquis. La France, l'Europe,
de nombreux États à travers le monde, dont je veux ici saluer l'engagement et
les représentants, ont endossé ce combat, continuent à le faire, il est
essentiel. La France elle-même sait que l'abolition de la peine de mort est un
combat. Beaucoup de gens font semblant de croire que c'est au fond une évidence,
que cela aurait toujours été, que c'est très simple. Je n'oublie pas le combat
qui a été mené il y a plus de 40 ans contre l'opinion publique, contre, au
fond, l'opinion telle qu'elle semblait s'exprimer, mais au nom des principes
qui guident cette abolition.
Je sais que dans beaucoup de pays où cette abolition continue de
progresser, rien de ce chemin n'est évident. C'est toujours le fruit d'un débat
profond, parfois douloureux, traversant nos sociétés, nos consciences, nos
convictions les plus intimes. Une majorité de nos compatriotes était encore en
effet opposée à l'abolition quand, le 18 septembre 1981, l'Assemblée nationale
adoptait la loi portant abolition de la peine de mort, initiative alors portée
par le garde des Sceaux Robert Badinter, soutenu dès sa campagne par le
Président François Mitterrand. Nous avons appris et compris qu'une démocratie
pouvait se montrer inflexible à l'égard du crime sans pour autant renoncer à
l'humanité, sans pour autant, au fond, devenir ce qu'elle combat. Cette
expérience aussi nous invite à beaucoup d'humilité. Aucun peuple ne transforme
ses représentations de la justice en un jour. La peine de mort, je le dis ici
avec beaucoup d'humilité devant plusieurs femmes et plusieurs hommes qui ont
vécu ces situations.
La peine de mort, c'est d'abord un silence, celui que décrit Hugo et
beaucoup d'autres, celui qui suit le prononcé de la sentence, chape de plomb
froide qui s'abat sur l'individu et assassine déjà une part de son humanité. La
peine de mort, c'est ensuite une attente. Cette attente du condamné qui vit ses
derniers jours, parfois nombreux, le corps et l'esprit enchaînés à une seule et
même pensée, terrible, insoutenable, incommensurable : la mort. Depuis des
siècles, la peine de mort accompagne l'histoire des Hommes. Elle a été
présentée comme une nécessité, comme une justice, parfois comme une protection,
mais nous savons qu'il n'en est rien. Je ne veux pas ici revenir sur les
débats, les démonstrations, sur l'instrumentalisation de celles-ci, les biais,
le caractère toujours faillible de nos décisions de justice qui vont avec notre
justice elle-même. Je voudrais simplement dire à cet égard deux choses très
simples.
La peine de mort n'a jamais rendu une société plus sûre. Jamais. Parce
qu'elle ne dissuade pas. C'est faux. Ça a été montré, observé, mesuré. La peine
de mort n’a et n'a jamais eu la valeur dissuasive que certains pouvoirs,
souvent autoritaires, qui la défendent voudraient lui accorder. Elle peut être
une arme, elle n'est jamais un bouclier. La deuxième chose fondamentale à mes
yeux, c'est qu'au fond l'abolition, c'est la reconnaissance de la dignité
humaine, c'est le fait que quoi que l'un ou l'une d'entre nous ait pu faire,
nous n'avons pas le pouvoir de lui nier cette appartenance à notre humanité. Ce
principe est au fondement de toutes nos sociétés démocratiques. Ce principe est
la possibilité même de vivre ensemble. Même avec le pire des hommes ou la pire
des femmes, nous devons faire et nous ne pouvons lui nier sa part de dignité
humaine. Nous pouvons le punir, nous devons le punir. Nous devons contribuer à
la restauration des droits de la victime, de ses ayants droit, de sa famille.
Nous devons le punir pour lui faire comprendre, porter réparation au nom de la
société, mais nous n'avons pas le droit de lui enlever cette appartenance à
l'humanité.
Il y a en quelque sorte une trahison de ce que nous sommes et de ce que
sont nos sociétés démocratiques dans la peine de mort, en ce qu'elles viennent
d'une part nier la dignité de l'autre, ce qui nous est interdit, mais en ce
qu'elles pensent qu'on peut chasser le mal de la société. Être une démocratie,
c'est construire la possibilité de prendre des décisions ensemble, de donner
des représentations, de prendre des lois, de prendre des décisions, mais c'est
reconnaître la part de tous au sein d'une société démocratique, la part de
chacun, et d'accepter qu'on ne chasse pas le mal qui est le nôtre hors de notre
société. On le contraint, on le réduit, on le sanctionne, on le prévient par
l'éducation, parfois par le soin, mais on ne peut pas le chasser et le nier, et
en aucun cas la peine de mort véritablement ne le supprime. C’étaient les deux
choses que je voulais rappeler à cet égard, qui me paraissent importantes.
La peine de mort n'est pas efficace, contrairement à ce qu'on nous dit, la
peine de mort est une négation de l'humanité et du principe de dignité humaine
qui est en chacun de nous. C'est pourquoi, à cet égard, une démocratie ne se
mesure pas seulement à la force de ses lois, mais à sa capacité à préserver la
dignité de chacun, de réussir ce combat pour l'abolition. L'histoire de
l'abolition, c'est celle d'une marche en avant, je le rappelais en commençant
mon propos, et nous pouvons en effet nous réjouir du nombre croissant d'États
abolitionnistes, mais la peine de mort reste cependant encore dans de
nombreuses régions du monde une réalité. Alors que le monde n'a jamais été
aussi proche de l'abolition, jamais les exécutions n'ont été aussi nombreuses
dans les pays qui ont encore ce principe. Le nombre d'exécutions a même atteint
l'année dernière son niveau le plus haut depuis 1981, avec 2 707 personnes
exécutées par les autorités de 17 pays seulement. 25 000 personnes se trouvent,
à l'heure où nous sommes réunis, dans l'attente insoutenable de leur exécution.
C'est devant cette réalité et adossés aux principes humanistes qui ont fait
rayonner leur histoire commune que la France et l'Europe sont pleinement
engagées dans la voie de l'abolition universelle. Après avoir retiré de leurs
législations respectives la peine capitale, les Européens réunis au sein du
Conseil de l'Europe ont décidé collectivement de fonder en 2003 le premier et
plus vaste espace politique de l'histoire sans peine de mort, à travers la
ratification du 13e protocole additionnel à la Convention européenne des droits
de l'Homme. C'est une fierté. Notre Union européenne a également fait de
l'abolition une condition à l’intégration par de nouveaux États. L'idéal
abolitionniste est au cœur des principes et de l'édifice européen, mais il
n'est en aucun cas réductible à l'Europe seule. D'abord, faisant référence au
Conseil de l'Europe, il doit s'étendre à la totalité de son espace, y compris
jusqu'à ses confins, y compris jusque dans des pays qui, aujourd'hui encore, le
bousculent.
Surtout, au-delà de l'humanisme qu'il y a derrière l'abolitionnisme, je
veux ici redire, je l'évoquais à l'instant avec quelques-uns et quelques-unes
de nos combattants de la liberté, c'est un principe universel. En aucun cas,
l'idée abolitionniste ne pourra être réduite à une conception strictement
européenne, ni même occidentale. Il y a des combats qui transcendent les
frontières, les époques, les régimes politiques, et l'abolition universelle de
la peine de mort en est un. S’il suffisait de convoquer aussi des arguments
historiques et géographiques, on pourrait ici rappeler que dès 1863, le
Venezuela faisait le choix historique d'abolir la peine de mort, ouvrant un
chemin qui allait progressivement être emprunté sur tous les continents. Depuis
notre dernier rendez-vous à Berlin en 2022, le mouvement de l'histoire a
poursuivi sa marche sur d'autres continents. La Zambie et le Zimbabwe ont pris
la décision d'abolir la peine capitale.
Je veux saluer l'annonce importante faite par le ministre pour le Liban, je
les en remercie ô combien. Je pense qu'il n'y a rien d'innocent à prendre pour
le Liban une telle décision si courageuse, au moment où dans le voisinage
d'autres décisions funestes sont prises qui vont dans le sens contraire. Je
veux saluer tous les États aussi qui, comme la Malaisie, ont engagé des
réformes importantes réduisant le recours à la peine de mort, même si des
étapes sont encore à franchir pour aller jusqu'au bout. Ces décisions nous
rappellent qu'aucune fatalité n'attache durablement un peuple à la peine de
mort et que l'abolition n'est pas un idéal lointain. Mais un chemin concret sur
lequel chaque étape compte. A ce titre, je ne peux voir qu'avec inquiétude ce
que dans le Sahel, en Israël, certains poussent avec des textes de loi
proposés, que je l'espère, les cours suprêmes en indépendance et en conscience
auront à juger.
Enfin, la cause de l'abolition universelle ne saurait être menée sans la
mobilisation indispensable des sociétés civiles, des organisations non
gouvernementales, des défenseurs des droits qui sont les forces vives du
mouvement abolitionniste. Je souhaite ici leur rendre hommage, en particulier à
« Ensemble contre la peine de mort », organisateur de ce Congrès, à
la « Commission internationale contre la peine de mort » également, à
laquelle a longtemps appartenu Robert Badinter, à l'ensemble des organisations
de la société civile et à leurs jeunes militants qui sont engagés dans ce
combat, aux Nations unies, Monsieur le Haut-Commissaire, et à l'importance, là
aussi, de votre soutien, et à l'ensemble des lauréats Marianne que je viens de
voir et qui sont, là aussi, une des initiatives portées par la diplomatie
française qui visent à accompagner ces femmes et ces hommes qui, avec courage,
se battent pour les droits humains, pour la dignité humaine et pour
l'abolition.
Voilà, mesdames et messieurs, ce que j'étais venu vous dire en soulignant,
au fond, au-delà de tout cela, l'importance de ce Congrès et de votre
mobilisation. Permettez-moi aussi de saluer la décision des autorités
marocaines d'accueillir le prochain Congrès mondial contre la peine de mort,
choix important. Au fond, en concluant mon propos, je voudrais simplement nous
rappeler collectivement une chose, ça vaut pour ceux qui vivent dans des pays
qui pratiquent encore la peine de mort comme dans les nôtres, y compris dans ce
vieux pays qu'est la France, après les débats que nous avons encore eus ces
dernières semaines. Ça n'est jamais acquis, jamais. Ne pensez pas que vous êtes
les combattants d'une cause qui vaut pour tel ou tel pays qui n'a pas encore
aboli, ou que vous êtes les combattants d'une mémoire qui a déjà vieilli. La
bataille pour l'abolition, parce que c'est une bataille pour la dignité
humaine, est éminemment contemporaine.
Parce qu'aujourd'hui, dans nos sociétés, ce débat revient. Parce
qu'aujourd'hui, dans nos sociétés, beaucoup se remettent à penser que la peine
de mort serait une réponse, dans une confusion des principes et du langage. Ne
croyez pas une seule seconde que le combat qui est le vôtre ne vaut pas aussi
pour ici et pour aujourd'hui. Je le dis aux plus jeunes qui sont nés, c'est une
chance, dans des pays où l'abolition était déjà là, qui n'ont pas eu à vivre
ces débats et qui pourraient penser au fond que c'est de toute évidence, comme
tous les combats pour les droits humains. C’est le fruit de luttes et ces
luttes sont toujours à reprendre. C'est pourquoi votre Congrès est important,
c'est pourquoi le combat qui est le vôtre est essentiel. Je dirais même que pour
nos sociétés démocratiques, il est existentiel.
► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans cette liste alors qu’il
n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de Renaissance, parti
centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un homme de droite;
c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du fait qu’il a
composé un gouvernement d’axe central.]
> [Canicule / Intervention à l’Assemblée] Avant de vous [Les écologistes]
répondre, au nom du gouvernement, je veux dire à nouveau notre émotion à
l’égard de l’ensemble des victimes, de leurs familles et de leurs proches et – puisque
vous ne l’avez pas fait – saluer l’engagement remarquable des services de
l’État, celui des soignants qui font tenir l’hôpital, des pompiers, du corps
préfectoral, des policiers, des gendarmes. On peut critiquer le gouvernement,
mais pas semer le doute sur l’action de l’État, comme je vous entends le faire
dans les médias depuis plusieurs jours, alors que l’État tient face à chaque
crise !
Deuxième point : je ne souhaite pas polémiquer. C’est vous qui, par
votre question, vous tirez une balle dans le pied en cherchant à susciter une
polémique purement politicienne au sujet d’une question particulièrement grave.
En bon républicain, j’ai la faiblesse et l’humilité – une
qualité que votre propos ne transpirait guère! – de considérer que tous
les gouvernements, singulièrement depuis l’élection de Jacques Chirac à la présidence
de la République, ont, chacun à sa mesure, agi contre le réchauffement
climatique. Le nier, c’est abîmer le consensus républicain ! Pendant
le quinquennat du président de la République François Hollande, plusieurs
ministres issus de votre famille politique ont d’ailleurs été aux
responsabilités : vous ne pouvez pas dire de vous-mêmes que vous avez été
inactifs ces dernières années ! Là encore, ce qui se joue derrière
tout cela, notamment entre les républicains, c’est le consensus au sujet de
l’avenir en matière de climat.
Avançons. Vous ne pouvez pas dire qu’aucune mesure n’a été prise. Le Plan
national d’adaptation au changement climatique a ainsi été élaboré en 2011 puis
actualisé en 2018 et en 2025.
Des outils existent, tel le fonds Vert créé par le gouvernement en 2023. Vous
avez le droit de critiquer des choix budgétaires annuels, mais il n’y a pas eu
un monde avant la création du fonds Vert, dans lequel il y avait des ministres
écologistes et rien d’autre, et un monde après sa création, qui aurait tout
réglé.
Juger que le gouvernement a été inactif à l’aune de la seule évolution du
financement du fonds Vert – alors que nous l’avons créé ! – est
tout à fait absurde politiquement.
Continuons : 4,5 milliards d’euros, 25 000 projets, tout ça,
c’est concret. Quelque 18 milliards étaient consacrés à l’adaptation au
changement climatique en 2021 contre 28 milliards en 2025. On peut
toujours considérer que ce n’est pas suffisant, mais il faut bien expliquer aux
Françaises et aux Français que le déficit public est dû précisément au choix
politique que nous avons fait de consacrer davantage d’argent à de telles
mesures. Alors pourquoi caricaturer, pourquoi travestir la réalité et la
vérité ?
Ce matin, à l’issue de votre réunion de groupe, vous avez demandé
l’organisation d’une commission d’enquête parlementaire relative aux politiques
publiques de lutte contre le changement climatique et d’adaptation du pays.
Je vais vous surprendre : j’y suis favorable, pour la simple et bonne
raison qu’elle fera objectivement état du rôle de chacun. Et quelque chose me
dit que cette commission d’enquête se retournera contre vous comme un
boomerang, madame la présidente, car elle permettra d’établir calmement
les faits et constatera que, si nous avons évidemment besoin d’accélérer, les
gouvernements successifs n’ont pas été inactifs. Sur ce besoin, nous pouvons
construire un consensus.
Mais je forme le vœu que cette commission d’enquête ne s’arrête pas là. Elle
devra aussi se pencher sur l’action des maires, y compris dans les grandes
villes à la destinée desquelles vous présidez parfois depuis 2014, et où votre
bilan n’est pas si édifiant qu’il puisse servir de modèle – les
électeurs vous ont d’ailleurs désavoué dans certaines d’entre elles ! Souhaitons
que l’humilité soit contagieuse et cherchons, sur ce sujet aussi, à construire
des compromis et un consensus.
La commission d’enquête parlementaire nous permettra peut-être aussi de
comprendre pourquoi, à chaque fois qu’il faut agir, vous nous faites
défaut ! Je pense à la programmation pluriannuelle de l’énergie, dont
l’étude a été l’occasion pour votre groupe de déposer une motion de censure
alors que l’extrême droite attaquait le gouvernement au sujet de la
décarbonation, ou au plan d’électrification des usages, duquel votre groupe n’a
pas dit un mot. C’est tout le problème de l’écart entre écologie politique et
instrumentalisation de l’écologie à des fins politiques !
Dernier point – c’est la première fois que je sors de mes gonds
lors d’une séance de questions au gouvernement : d’où sortez-vous ce bilan
humain fallacieux de 10 000 morts, dont vous-même et les vôtres, du
président Gontard, votre collègue sénateur, à Mme la députée Rousseau,
faites état sur les plateaux de télévision depuis plus de trois jours ?
C’est scandaleux, c’est indigne ! Chaque mort est un mort de trop, mais si
votre formation politique, qui est un parti de gouvernement, ne fait pas
confiance à Santé publique France, à l’administration sanitaire du pays,
comment nous en sortirons-nous ? De grâce, madame la présidente, faites
preuve d’un peu de dignité et de responsabilité
> [Canicule] Je me permets évidemment de faire un retour d'expérience, comme on dit
dans les armées, assez précis de l'épisode caniculaire précédent. Avec
Météo-France et les équipes, faire un point évidemment sur la situation en
cours sur le terrain hospitalier, à venir sur le terrain météorologique, mais
enfin évidemment, et je le fais devant les médias, avoir une pensée
particulière pour les victimes, non seulement d'ailleurs en France, mais aussi
dans désormais beaucoup de pays en Europe de cette canicule, leurs familles et
celles et ceux qui sont évidemment éprouvés par cette crise climatique et de
chaleurs extrêmes sur lesquelles on va revenir dans un instant.
Je pense que pour cette CIC, je vous propose de regarder de la manière la
plus rationnelle possible, globalement, la liste de ce qui a fonctionné — et
beaucoup de choses ont fonctionné — et d'ailleurs, ce qui a fonctionné
globalement et ce qui a été anticipé, puis les éléments, à mon avis, qui
méritent une attention particulière, et je le dis clairement, les choses qui
ont moins bien fonctionné et sur lesquelles je souhaite qu'on puisse trouver un
certain nombre de réponses.
Certaines ont déjà été documentées par les équipes et les ministères, et je
vous en remercie, et ça a été remonté, et qu'on puisse prendre un certain
nombre de décisions dans les jours qui viennent, étant entendu que la
perspective d'une reprise d'un épisode caniculaire est possible, avec la
prudence évidemment qu'il convient d'avoir.
Sur ce qui a bien fonctionné, je le dis vraiment pour les équipes
Météo-France. Je veux le dire parce que, globalement, l'ensemble de la chaîne
de prévision et ensuite de réaction, au fond, des agents de Météo-France
jusqu'aux agents hospitaliers à l'entrée des urgences de nos hôpitaux, en
passant par les forces de sécurité civile, l'ensemble de la chaîne a tenu, et
notamment sur la qualité des prévisions.
Je me rappelle qu'il y a quelques années, parfois, Météo-France faisait
l'objet de procès un peu faciles et on voit bien que les différents
investissements, la qualité des équipes nous a quand même permis d'avoir des
modèles qui sont solides et qui nous permettent en plus d'avoir des
partenariats avec les différents pays qui nous entourent. Donc ça, évidemment,
cette réactivité-là nous a permis notamment de traiter aussi la question de la
Fête de la musique dans des temps records, puisqu'entre le moment où les
alertes ont été données, le moment où on est rentrés en discussion avec
l'ensemble des préfets, des forces de sécurité civile, forces de sécurité
intérieure, on a eu une organisation qui a bien fonctionné.
La deuxième des choses, c'est évidemment la solidité et la réactivité des
capacités hospitalières. Heureusement qu'on a pris les décisions d'ORSAN 2, par
la ministre de la Santé, d'ORSAN 3 dans les temps, avec beaucoup de
subsidiarité, qui ont permis de déclencher les différents plans blanc ou bleu
aussi pour les établissements médico-sociaux. Enfin, on va y revenir parce
qu'il y a de l'inertie évidemment sur la tension hospitalière. Et si les
températures sont meilleures, ce n'est pas pour autant que la situation n'est
pas tendue dans les différents hôpitaux. On va y revenir.
La troisième des choses, évidemment, Monsieur le ministre de l'Intérieur,
la réactivité des forces de sécurité civile. Les chiffres sont impressionnants.
Je le dis pour le directeur général, l'ensemble de la chaîne, que ce soit les
militaires évidemment sur Paris et Marseille, mais c'est vrai aussi de
l'ensemble des SDIS du pays. L'activité opérationnelle a été très, très forte
et donc évidemment ça pose des questions aussi d'endurance sur les semaines à
venir avec la question des risques des feux de forêt.
La quatrième des choses, c'est évidemment, et à la fois ça a fonctionné,
mais on va y revenir, c'est pour moi le sujet de préoccupation numéro 1, c'est
les dispositifs locaux de la protection des personnes. Globalement, toute
personne fragile confiée à un établissement spécialisé, je pense très fort aux
EHPAD, ça a fonctionné. Je pense aussi à l'hébergement d'urgence. Ici ou là, il
y a évidemment toujours des difficultés. Mon propos est national, donc il peut
souffrir d'exceptions locales. Ces publics sont connus, il existe des plans,
ils ont été déclenchés. La chaîne de commandement, si j'ose dire, a bien
fonctionné. Sur les populations de nos concitoyennes et nos concitoyens
fragiles à domicile, à la fois, les plans ont bien été déclenchés. L'exécution
de ces plans, j'en dirai un mot dans un instant, a été beaucoup plus difficile,
ce qui explique la décision que nous avons prise avec les ministres de cette
activation du réseau des « facteurs » pour permettre de venir ici ou là, venir
suppléer les différentes difficultés locales parce que des mairies parfois
ayant un manque de moyens, des centres communaux d'action sociale qui ont pu
être débordés, un réseau associatif qui avait besoin de suppléances. En tout
cas, on voit que c'est perfectible, j'en dirai un mot dans un instant.
Enfin, de manière plus générique, le système énergétique a tenu. Je le dis
parce que parfois beaucoup de contre-vérités l'électricité circulent ici ou là.
Je vous rappelle quand même que globalement, avec la climatisation, on est à 25
% de consommation en plus par rapport à la période ordinaire. Quelque chose
comme globalement 58 gigawatts. On est loin des 80 gigawatts des pics de
l'hiver. Enfin, globalement, la tension était là et le réseau était non
seulement de qualité, mais en plus, on a continué à exporter de l'électricité
pendant toutes ces périodes. J'en parle maintenant parce que c'est un des défis
qu'il va falloir relever aussi sur la résilience de ces réseaux dans la
durée.
Et enfin, un mot pour les transports et la SNCF, dans lequel il y a eu des
situations un peu chaotiques au début, mais il y a eu une réactivité très
importante du ministère des Transports et des équipes de la SNCF. Il faudra le
dire à ces équipes parce que s'il y a eu vraiment des situations très pénibles,
il y a aussi un principe de précaution qui s'est évidemment très vite installé
: retrait des rames qui ne sont pas encore climatisées, moyennant quoi ? Ça a
créé évidemment des perturbations réelles, mais la capacité à protéger les
voyageurs est largement ce qui a dominé et je crois pouvoir dire que ça a
fonctionné.
Si j'avance, toute comparaison mécanique, si j'ose dire, et la ministre de
la Santé l'a dit, et je pense que les chiffres de Santé publique France
viendront encore le démontrer dans les heures qui viennent, toute comparaison
mécanique avec 2003 serait assez mal à propos. Je le dis prudemment, c'est un
peu tôt, mais on le voit bien, le nombre de victimes à domicile est bien plus
important que sur tous les épisodes précédents. En clair, la surmortalité à
domicile, c'est-à-dire quand les forces de secours arrivent, malheureusement,
les personnes sont déjà décédées. Et à l'inverse, les EHPAD ont tenu, avec une
pression qui est forte, un engagement important, évidemment, des équipes, mais
aussi beaucoup d'argent qui a été mis ces dernières années. Le fameux Ségur du
médico-social aussi est passé par là. Enfin, je le dis comme ancien président
de département. On a donc quelque chose qui a bien tenu, mais sur lequel il va
falloir y revenir.
Et puis évidemment, le point d'intention particulier, c'est l'hôpital. Si
j'avance maintenant sur les fragilités sur lesquelles ensuite, dans le clos de
cette CIC, je souhaite que nous avancions, mais en transparence, je les mets
ici sur la table. Oui, oui, je le fais devant la presse pour l'instant et
ensuite on y reviendra sur les réponses sans la presse et entre nous. La
première fragilité, c'est évidemment la fragilité hospitalière et l'inertie sur
les hôpitaux. Je remercie les organisateurs de nombreux événements qui ont
accepté les décisions des préfets de gré à gré, en tout cas souvent de gré à
gré, mais si on les a prises, ces décisions, c'était pour éviter d'avoir une
tension hospitalière plus forte que ce que nous avons connu. Je le dis en
revanche tout de suite, sans attendre la CIC, il va sans dire que ORSAN 2 et 3
doivent être maintenus dans les jours qui viennent pour laisser la capacité aux
différents hôpitaux de maintenir les plans blancs, l'ensemble des scénarios de
déprogrammation sur lesquels on viendra dans le détail, les rappels évidemment
de personnel soignant, avec un message de gratitude particulier, là aussi on en
reparlera, pour qu'elles ne soient pas oubliées, évidemment, dans cette période
particulière.
La deuxième fragilité qui a largement occupé les débats publics, voire
politiques, pour ne pas dire parfois politiciens, c'est la capacité de
rafraîchissement des établissements de santé. Donc, la ministre m'a fait une
proposition qu'on a tout de suite validée avant le week-end, de l'acquisition
de 30 000 climatiseurs. Les premiers milliers de ces climatiseurs, sous
l'autorité de la ministre, vont être livrés en fin de semaine-début de semaine
prochaine. Il y a un défi logistique et de priorisation important, mais c'est
une priorité pour nous absolue en cas de reprise du phénomène, d'avoir une
situation hospitalière qui soit beaucoup plus douce, beaucoup plus amortie. Et
ensuite, les ministres de la Transition écologique et ministre de l'Énergie et
ministre de la Santé auront à réfléchir sur des solutions beaucoup plus
structurées, car je le redis, ces dernières années, c'est sûr, quand on a remis
100 euros sur l'hôpital, c'est davantage la revalorisation des soignants ou le
matériel médical qui a été priorisé. Le bâtimentaire faisait partie aussi de
ces 100 euros, mais de manière plus résiduelle. En tout cas, on ne peut pas
rattraper tous les retards en seulement quelques années. En tout cas, la
commande des 30 000 climatiseurs est bien validée et les premières livraisons,
en quelque sorte, vont intervenir rapidement.
La troisième fragilité, je le disais en introduction, pour moi, c'est la
plus préoccupante. Elle dit aussi quelque chose de notre société sur la
question de la solitude, la question des personnes qui vivent seules, des
personnes qui vivent seules parce qu'elles n'ont plus de proches. Parfois
aussi, je l'ai vu chez moi à Vernon, des personnes qui vivent seules et qui ont
des proches qui ne s'occupent plus d'eux, ce qui pose aussi la question du rôle
de la puissance publique dans cette affaire. Bon, là clairement, on a quelque
chose qui théoriquement fonctionne bien mais sur lequel, on a vu cette semaine
que c'était perfectible. La tenue des registres communaux des personnes
vulnérables, parfois les fichiers sont de mauvaise qualité. À l'heure du
numérique et de l'intelligence artificielle, on a du mal à comprendre, mais en
tout cas c'est un défi qui s'impose à nous et ça évidemment, il va falloir le
traiter. Ce qui explique ce pourquoi au fond sur les publics, EHPAD [ph] ou
sans-abris, ça a été plus facile de les mettre en protection que sur des
personnes qui sont tout simplement dans leur sphère privée. Et ça, je crois
qu'il va nous falloir avancer dans la planification, ce qui est une des grandes
différences avec 2003. S'il y en a une, c'est bel et bien celle-ci. Elle va
concerner la puissance publique, elle va aussi concerner tout un chacun parce
que, pardon, mais il y a aussi une géographie de cette affaire, davantage en
milieu urbain, encore plus d'ailleurs en Île-de-France que dans le reste du
pays. Et donc aussi, c'est la question un peu de l'anonymat de cette société
dans laquelle, il y a moins de solidarité. Alors ça ne veut pas dire que l'État
ne va pas faire des choses, mais enfin, je le mets aussi là comme ça, sur une
dimension beaucoup plus culturelle peut-être, à laquelle en tout cas, je suis à
titre personnel très attaché.
La quatrième fragilité, et je le dis, et avec le ministre de l'Intérieur,
on a fait de notre maximum avec ses équipes, si ça dure, il faut qu'on ait une
doctrine générale encore plus claire. Les manifestations sportives, les grands
événements, etc., que tout le monde arrive à bien comprendre dont il s'agit,
sans abîmer la subsidiarité et la capacité au niveau local. Je pense que là,
c'est un des grands retours d'expérience. Moi, en tout cas, c'est ma culture
d'élu local, mais j'y suis très attaché. Doctrine générale : à l'État de
prendre les très grands événements. Les questions se poseront s'il y avait une
reprise, évidemment, sur un certain nombre de grands événements pour cet été,
mais surtout ne pas abîmer l'intelligence locale. Et ce sont les ministres,
j'ai parfois entendu dire, le Gouvernement se défausse sur les préfets. C'est
le [inaudible], c'est oui, les préfets sont les représentants du Gouvernement.
Ce n'est pas grave. En tout cas, moi, je ne peux pas dire que tout est
centralisé tout le temps. Et je pense que les ministres délèguent leur pouvoir
au corps préfectoral. C'est ce qu'on a appris des dernières crises. Et je pense
qu'évidemment, il faut le maintenir.
Enfin, évidemment, il nous faut préciser les choses et donner de la
visibilité, c'est-à-dire qu'avant même une reprise d'une éventuelle canicule,
d'un coup d'un seul, la plupart des acteurs du pays arrivent à comprendre
globalement comment ça va s'organiser, qu'est-ce qui va se passer, qu'est-ce
qui doit être supprimé, qu'est-ce qui ne l'est pas. Et je crois beaucoup
évidemment à cette intelligence-là. Ensuite, il nous faudra avancer, mais je ne
suis pas trop long, sur la question des remontées territoriales. On a encore
des efforts à faire sur les remontées chiffrées. C'est un peu Paris et le
désert français. Beaucoup, beaucoup d'informations qui nous reviennent de la
PAC parisienne, beaucoup d'informations reviennent de systèmes d'information et
de données, ont parfois un peu de décalage. Et si on se compare avec d'autres
pays proches de nous, comme l'Espagne, ce n'est pas complètement
satisfaisant.
Et puis, enfin, certaines réponses sont en cours, mais on a un enjeu sur
les infrastructures. On a beaucoup parlé des écoles qui sont de la
responsabilité des communes. J'ai parlé des réseaux de distribution
d'électricité, de transport d'électricité et de distribution. On a une
électrification de la France d'après-guerre qui a fait notre fierté, mais on
voit bien aussi qu'on a des réseaux qui sont un tout petit peu vétustes.
Inversement, les réseaux centraux qu'on a beaucoup entretenus, sur lesquels on a
mis beaucoup d'argent, vont tenir. C'est moins vrai des petits réseaux de
proximité sur lesquels on a un effort à faire. Avec le ministre Tabarot, on a
déjà fait ce qu'il fallait sur la régénération des transports ferroviaires, de
l'argent a été mis sur la table. Mais on parle d'adaptation au changement
climatique. Il n'y a pas que la climatisation. La question des réseaux de
manière globale est un sujet très important et qui emporte d'ailleurs plusieurs
chefs de file très différents dans la société civile ou privée.
Dernier point, on va l'évoquer en CIC : il y a des impacts économiques,
notamment beaucoup sur le monde agricole, sur lequel je souhaite qu'on
retrouve, en tout cas, qu'on arrive à prendre du temps ce soir pour prendre un
certain nombre de décisions pour accompagner nos agriculteurs sans oublier la
question des risques de feux de forêt, qui, cette semaine va être
particulièrement prégnante et nous amènera aussi à prendre un certain nombre de
décisions.
Pour finir, j'ai demandé au ministre pour cette réunion (et le travail va
se poursuivre dans les 48 à 72 heures), qu'on imagine une nouvelle
planification pour les chaleurs extrêmes parce qu'on ne peut pas faire comme si
ce qui s'était passé n'était pas extraordinaire. Ça l'était, ça l'était. On ne
peut pas faire non plus comme si ça ne peut pas se reproduire. Ça va se
reproduire. Et donc, on va déclencher, construire et potentiellement déclencher
si besoin en été, un « plan ORSEC, chaleurs extrêmes » qui n'existe pas
aujourd'hui, qu'on va créer, qui va emporter les différents acteurs du pays,
qui va créer de la subsidiarité et qui va pouvoir clarifier le rôle de chacun,
à la fois sur la gestion de crise de court terme, mais aussi sur l'adaptation
de plus long terme.
Dernier message, sans langue de bois : je veux vraiment remercier
l'ensemble des équipes de l'État. On gérait beaucoup de crises dans ma vie de
ministre ou dans ma vie d'élu local, ce n'est jamais très agréable d'être sous
le feu de la critique, qu'elle soit justifiée ou non. Souvent, on l'a vécue de
manière très injustifiée par celles et ceux qui n'ont pas beaucoup dormi ces
jours derniers dans les différentes équipes. Mais comme on dit chez moi en
Normandie : « Il y a les diseux, il y a les faiseux ». Et donc, je vous propose
de continuer de gérer ces différentes crises avec beaucoup de sang-froid parce
que c'est ce que les Françaises et les Français attendent de nous.
► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Laurent Nunez (ministre de l’Intérieur)
> [Mort de Louis / Intervention à l’Assemblée] Personne ne minimise ce
drame ; personne ! On a vu des jeunes agir avec une violence inouïe,
se comporter comme de véritables barbares et s’en prendre au jeune Louis. Au
moment où je vous réponds, j’ai évidemment une pensée pour sa famille. Que les
choses soient claires : personne ne minimise ce drame ! L’enquête en
cours déterminera la part de responsabilité des uns et des autres et nous
espérons toutes et tous que les sanctions seront exemplaires.
Vous avez employé le mot d’ensauvagement pour vous me reprocher d’avoir refusé
de l’utiliser. C’est – vous le savez – un mot connoté
politiquement.
Ministre de l’intérieur, je préfère des mots objectifs et un choc d’objectivité
à des chocs de mots. Personne ne nie – je ne l’ai jamais fait – qu’il y a chez
certains jeunes la montée d’une violence insupportable, qui se manifeste dans
de nombreux domaines. On le voit dans les home jacking, les vols
violents et dans d’autres circonstances. Malheureusement, on l’a vu ici, au cas
d’espèce, et franchement, c’est ignoble. Évidemment, tout est fait pour
confondre les auteurs et les enquêtes se poursuivent.
On m’a accusé par ailleurs de parler de « récupération ». Avez-vous
vu les manifestations qui se sont tenues ? Deux groupuscules d’ultradroite
nationaliste ont parlé de francocide, de blancocide et de crime raciste, alors
même que le procureur n’a pas employé ces mots ? Je veux aussi répondre sur
ce sujet. On m’accuse de minimiser les faits parce que je ne veux pas nommer
les choses de cette façon. Je ne les nomme pas ainsi parce que ça n’est pas
ainsi. Il faut savoir le dire ! Et, quand je parle de récupération, vous
savez très bien que je ne vise pas votre formation politique mais
d’autres : M. Zemmour, M. Ravier et M. Messiha ont tenu des
propos qui ne sont pas acceptables !
Ce que nous devons faire, c’est lutter tous ensemble contre cette violence des
jeunes, qui ne regarde pas seulement le garde des sceaux et le ministre de
l’intérieur. Il faut, à tous les étages, rappeler ce choc d’autorité
indispensable et, évidemment, de ce point de vue, je partage votre
préoccupation.
Catherine Vautrin (ministre des Armées et des Anciens
combattants)
> [Actualisation de la loi de programmation militaire / Intervention au
Sénat] Le Gouvernement a
souhaité présenter une actualisation de la LPM ; nous le devions à nos
concitoyens avec le retour de la guerre de haute intensité, le durcissement des
rapports de force, la multiplication des menaces hybrides, cyber, spatiales et
informationnelles. Attendre l'échéance de 2027, cela aurait signifié
fermer les yeux sur ces réalités.
La programmation aurait pu être actualisée budget après budget, mais le
Gouvernement a préféré la soumettre au débat - lequel a été riche -
pour parvenir à une accélération de 36 milliards d'euros supplémentaires
d'ici à 2030, en plein contexte budgétaire dégradé. À votre demande,
1,2 milliard d'euros seront avancés sur l'année 2028.
Le Gouvernement souhaite se donner une ambition crédible. Ce texte a
engendré un consensus et est devenu le texte du Parlement. Je remercie chacun
d'entre vous d'y avoir contribué. La CMP en témoigne.
Je salue la qualité des rapports qui nourrissent chaque année la réflexion
stratégique de la nation.
La LPM prépare nos armées en vue d'un conflit majeur. Elle concentre les
efforts sur les urgences opérationnelles, les munitions, les drones, l'espace,
la guerre dans le champ électromagnétique, l'innovation opérationnelle et la
préparation des forces. Elle amplifie notre effort industriel et, s'agissant de
la dissuasion, s'inscrit dans la continuité du discours prononcé par le
Président de la République à l'Île Longue. Elle fait une place à la
subsidiarité, avec les 150 millions d'euros laissés à la main des chefs
d'état-major.
Nous avons abouti à un équilibre sur le volet normatif en adaptant nos
règles aux menaces nouvelles.
Enfin, la France ne fera face qu'en renforçant sa cohésion et sa force
morale : c'est le rôle de la journée de mobilisation, du service militaire
volontaire, du correspondant défense.
Depuis 2017, sous l'autorité du Président de la République, la France a
choisi la cohérence et la constance, permettant le doublement du budget entre
2017 et 2027. L'échéance présidentielle sera l'occasion d'un débat sur
notre souveraineté, devant les Français. J'appelle à voter ce texte pour nos
armées, mais surtout pour la France.
> Au Venezuela, les sapeurs-sauveteurs de la Brigade des Militaires de la Sécurité civile démontrent une nouvelle fois l’excellence du savoir-faire français en matière de secours d’urgence. Spécialistes des interventions dans des régions frappées par des catastrophes naturelles, ces militaires de la Sécurité civile mettent leur expertise, leur sang-froid et leur engagement au service des populations sinistrées. Leur action a déjà permis de sauver des vies. Je veux saluer leur professionnalisme, leur courage et leur sens de la mission. Ils font honneur à la France et illustrent, par leur engagement, l’excellence de nos armées au service de la protection des populations, en France comme à l’international.
Roland Lescure (ministre de l’Economie, des Finances
et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique)
> Bonnes nouvelles : après un printemps difficile, l’inflation repasse sous
les 2% pour s’établir à 1,8% en juin et la consommation des ménages progresse
de 0,5% pour le mois de mai. C’est le signal de la relance de la croissance en
France. Le taux du Livret A sera également augmenté.
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et des Affaires
étrangères)
> [Discours lors du 9e Congrès mondial pour l’abolition universelle de la
peine de mort] Il y a 45 ans, la France tournait une page de son histoire. Le 9
octobre 1981, sous l’impulsion du Garde des Sceaux, Robert Badinter, la loi
abolissant la peine de mort était promulguée. Ce jour-là, comme le dit Robert
Badinter devant l’Assemblée nationale, la justice française cessa d’être une
« justice qui tue », « une justice d’angoisse et de mort ».
Au nom de la dignité de la personne humaine, la France cessa d’appliquer en son
territoire ce supplice inhumain, qui ne répondait d’aucune justification, ni
morale, ni juridique.
Mais ce combat n’est pas terminé, et c’est un combat universel. Or si la France
a aboli, si l’Europe a aboli, trop de pays dans le monde pratiquent encore la
peine de mort. En Iran, la peine capitale et les exécutions se sont multipliées
depuis 2022. N’oublions pas nos frères et sœurs iraniens. En Chine, en Arabie
saoudite, aux États-Unis, la peine capitale est encore largement appliquée. En
2025, Amnesty International recensait plus de 2.700 exécutions dans 17 pays.
Cette réalité doit nous alerter : jamais autant d’exécutions n’ont eu lieu
depuis 1981. Ce sont des milliers de vies arrachées au nom d’une justice qui se
trompe de cible. Car tous les rapports le montrent, qu’ils proviennent des
Nations unies ou de la société civile : la peine de mort n’a aucun effet
dissuasif. Son application est le plus souvent discriminatoire à l’égard des
opposants politiques, des groupes les plus vulnérables et des minorités. Les
procédures ont un coût exorbitant. Non, la peine de mort ne répare pas :
elle détruit.
Aujourd’hui, un mouvement mondial pour l’abolition s’est levé, et je souhaite
lui rendre hommage. Il est porté par l’Europe et par une majorité des États
membres des Nations unies. Mais aussi par des acteurs issus des systèmes
judiciaires du monde entier : avocats, magistrats et surtout par la
société civile et par une jeunesse qui refuse d’hériter d’un monde où l’État a
le droit de tuer.
Je remercie du fond du cœur Ensemble contre la peine de mort qui fait avancer
ce combat en organisant depuis 25 ans des Congrès régionaux et mondiaux. En
menant des campagnes de plaidoyer. En formant les magistrats et les avocats. En
décembre 2023, le Président de la République avait appelé de ses vœux
l’organisation de ce Congrès : aujourd’hui, nous y sommes. L’action et la
mobilisation d’Ensemble contre la peine de mort ont fait de cet engagement une
réalité.
Mes remerciements vont aussi à la Coalition mondiale contre la peine de mort et
à toutes les organisations de la société civile, parmi lesquelles Amnesty
International, qui, chaque année, informent, plaident et mobilisent. La société
civile internationale est le moteur du changement.
Merci à tous les avocats, magistrats et parlementaires présents aujourd’hui à
Paris, qui portent ce combat au quotidien dans leurs pays, encourant parfois de
grands risques. Votre engagement est indispensable.
La tenue de ce Congrès, ici même à Paris, est particulièrement symbolique. Nous
nous trouvons à quelques encablures du Palais de Chaillot. C’est là que fut
adoptée en 1948 la Déclaration universelle des droits de l’Homme, à laquelle
René Cassin participa. Prix Nobel de la Paix pour son combat inlassable pour la
dignité de la personne humaine, il disparut il y a cinquante ans et demeure
pour nous un phare et une source d’inspiration.
Nous sommes engagés au niveau multilatéral pour parvenir à l’abolition
universelle. En 2007, la France a inscrit dans sa Constitution la prohibition
de la peine de mort. Cette modification nous a permis de ratifier le deuxième
protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits civils et
politiques visant à abolir la peine de mort. Avec ce pacte et d’autres textes,
les membres des Nations unies ont fait de l’abolition de la peine de mort une
priorité. Des résolutions majeures ont été adoptées dans les enceintes
internationales. En 2007, la première d’entre elles, qui demandait un moratoire
universel sur les exécutions, a été adoptée à une large majorité. Ces
résolutions montrent une tendance irréversible : le monde se détourne de
la peine de mort ; notre combat porte ses fruits. En 2024, 130 États à
l’Assemblée générale ont voté en faveur de cette résolution.
Le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme joue un rôle clé pour porter ce
combat sur la scène internationale. Je salue à ce titre le Haut-Commissaire, M.
Volker Türk, et le remercie d’être à nos côtés. L’Alliance mondiale pour les
droits de l’Homme, lancée il y a quelques jours à Genève, contribuera à
mobiliser les opinions publiques, les acteurs du monde privé, comme ceux de la
société civile. Monsieur le Haut-Commissaire, face aux attaques contre
les droits qui se multiplient partout dans le monde, cette initiative est
essentielle ; vous avez notre soutien.
De nombreux États se mobilisent aux côtés de la France pour l’abolition
universelle de la peine de mort. Je tiens donc à remercier chaleureusement les
24 États membres de la Commission internationale contre la peine de mort pour
leur action, ainsi que les États membres du Core group des amis des Congrès
mondiaux pour leur mobilisation dans la préparation de ce Congrès.
Le pouvoir judiciaire est aussi un allié incontournable vers l’abolition
universelle. La Cour européenne des droits de l’Homme a joué un rôle
fondamental en ce sens, et je salue la présence parmi nous du Secrétaire
général du Conseil de l’Europe, M. Alain Berset. La Cour a progressivement
érigé l’abolition en principe intangible, grâce à son interprétation de
l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’Homme. C’est une fierté
pour les peuples d’Europe. Car chaque fois qu’un juge refuse de recourir à la
peine de mort, il porte sa pierre à l’édifice de l’abolition. Quant aux
avocats, ils sont la dernière ligne de défense entre l’accusé et la chambre
d’exécution. Souvenons-nous de l’exemple de Robert Badinter, que la Nation
française a fait entrer au Panthéon, avec les Lumières et l'esprit de 1789, le
9 octobre 2025. Pour lui, la peine de mort était l’échec de la justice, et
aucun échec n’est irréparable.
La jeunesse est l’espoir de l’abolition universelle. Les étudiants, les
militants, les influenceurs, toutes celles et ceux qui sont ici avec nous et
portent le combat de l’abolition avec une énergie nouvelle. C’est pourquoi le
Congrès a décidé de mettre en lumière l’engagement de la jeunesse. Pour nous,
il s’agit de renforcer l’éducation en matière de droits de l’Homme, de former
les futurs juristes à défendre l’abolition, et de promouvoir les initiatives
portées par les réseaux de jeunes militants partout dans le monde.
La lutte contre la peine de mort n’est pas qu’un combat juridique ou politique,
c’est l’affirmation d’un principe simple : la dignité de la personne
humaine ne saurait connaître ni exception, ni hiérarchie. Elle est le socle
vivant de nos démocraties, le principe cardinal qui fonde la primauté de la
personne humaine sur toute forme de pouvoir.
De cette exigence découlent l’ensemble des libertés fondamentales auxquelles la
France demeure indéfectiblement attachée : la liberté d’expression, le
droit à l’éducation, le droit de participer à la vie publique dans le cadre
d’élections libres. La France soutient toutes celles et ceux qui, avec
détermination, se battent pour que ces droits soient protégés. Alors que les
démocraties sont mises à l’épreuve, nous devons réaffirmer avec clarté ce qui
nous unit : notre attachement à l’universalité des droits et aux principes
qui fondent nos sociétés libres.
« La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. Partout
où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine ; partout où la peine de
mort est rare, la civilisation règne. » Ainsi parlait Victor Hugo en 1848.
Nous reprenons ses mots et son combat aujourd’hui, pour faire de ce projet de
civilisation une réalité.
Par votre présence nombreuse, par vos engagements et vos témoignages, vous
donnez corps à ces valeurs et vous faites vivre la dynamique dont nous avons
besoin pour atteindre l’abolition universelle de la peine de mort. Grâce à
votre mobilisation collective, à vous toutes et tous qui êtes présents
aujourd’hui, la promesse d’un monde sans peine de mort est accessible. Alors ne
baissons pas la tête, ne baissons pas les bras, et travaillons sans relâche
pour atteindre l’abolition universelle.
Stéphanie Rist (ministre de la Santé, des Familles, de
l’Autonomie et des Personnes handicapées)
> [Canicule / Intervention à l’Assemblée] Permettez-moi de commencer par
saluer tous les personnels soignants. Aujourd’hui encore, la tension persiste
au sein du système hospitalier en raison de l’effet retardé de la canicule sur
le corps humain. Vous l’avez dit, nos soignants travaillent parfois dans des
conditions compliquées, certains de nos établissements étant dépourvus de
climatisation ou de système de rafraîchissement.
Rappelons cependant ce qui a été fait, car il serait faux de dire que rien ne
l’a été. Pour la période 2021-2030, 3 milliards ont été mobilisés dans le
cadre de l’adaptation des Ehpad au changement climatique. Depuis 2003, ces
établissements ont l’obligation de disposer d’une pièce rafraîchie ou
climatisée. Nous avons par ailleurs reconstruit ou réhabilité 40 % des
hôpitaux en tenant compte de la nécessaire adaptation au changement climatique.
Les services les plus sensibles, comme les blocs opératoires et les salles de
réanimation, sont climatisés. Les autres bâtiments sont rafraîchis. Depuis le
Ségur de la santé de 2020, 19 milliards ont été investis dans nos
établissements. Par comparaison, 4 milliards seulement avaient bénéficié
aux hôpitaux entre 2012 et 2017. Des crédits ont donc bien été alloués à leur
reconstruction. Je l’ai annoncé récemment, une enveloppe de 6 milliards
est prévue pour l’investissement hospitalier au cours des dix prochaines
années. Au sein de cette enveloppe, des financements spécifiques pour
l’adaptation au changement climatique sont programmés. Nous avons décidé de les
doubler car, comme l’a dit le premier ministre, nous devons accélérer
l’adaptation de nos établissements. À plus court terme, j’ai débloqué en
urgence une enveloppe pour équiper, dès la fin de la semaine et tout au long
des prochaines semaines, nos hôpitaux et nos Ehpad en climatiseurs.
> [Canicule / Intervention à l’Assemblée] Monsieur
Garot, je rappelle que vous appartenez à un parti [PS] qui a consacré
4 milliards d’investissements à l’hôpital pendant cinq ans alors que,
depuis depuis 2017, date à laquelle je suis devenue députée, ce sont
19 milliards qui lui ont été alloués – 3 milliards
pour les Ehpad, 16 milliards pour les établissements de santé. Grâce
au Ségur de la santé, les projets de reconstruction d’hôpitaux et d’Ehpad
intègrent désormais systématiquement des exigences d’adaptation au changement
climatique.
Certains font comme si le gouvernement français était responsable des
températures élevées. Ils ont certes le droit de nous critiquer en nous
reprochant de ne pas en avoir fait assez. Mais regardons autour de nous.
L’épisode caniculaire qui nous a touchés la semaine dernière affecte
actuellement nos voisins, qui sont confrontés à la même situation que nous,
l’Allemagne et le Royaume-Uni connaissant en outre de graves difficultés
d’approvisionnement en électricité. Nous sommes tous contraints à nous adapter
rapidement.
Enfin, vous avez évoqué le chiffre d’un millier de morts en raison de la
canicule. Je vous remercie d’avoir retenu cette information publiée dimanche
par Santé publique France, dont je rappelle l’indépendance scientifique. Ce
chiffrage doit cependant être considéré avec précaution. Environ 60 % des
certificats de décès sont transmis par voie électronique, le reste l’étant par
voie papier. Or les premières données reposent sur les seules transmissions
électroniques. Le chiffre de Santé publique France est donc nécessairement en
dessous de la réalité. L’organisme a annoncé que la surmortalité liée à la
canicule s’élevait à 1 000 décès environ, avec une journée à
1 200 décès, toutes causes confondues. Nous ne disposons pas de
chiffres consolidés sur la surmortalité : Santé publique France devrait
les publier dans les prochains jours. Quoi qu’il en soit, ces chiffres
témoignent d’une surmortalité beaucoup plus faible qu’en 2003, ce qui montre
que nous avons progressé.
> J’ai échangé aujourd’hui avec Bernard Tranchant, président de l’UNAF, partenaire essentiel de notre politique familiale. Nous avons salué l’engagement quotidien du réseau des UDAF (Union Départementale des Associations Familiale) auprès des familles, des parents, des aidants et des personnes les plus vulnérables. Nos échanges ont porté sur les suites des Assises du soutien à la parentalité, la protection de l’enfance, la santé mentale et l’accompagnement des majeurs protégés. J’ai réaffirmé ma volonté de construire les évolutions à venir avec les acteurs de terrain et de poursuivre un dialogue étroit avec l’UNAF dans les prochains mois au service des familles.
Marina Ferrari (ministre des Sports, de la Jeunesse et
de la Vie associative)
> [Organisation du sport professionnel / Intervention à l’Assemblée] Je suis
très heureuse d’être avec vous pour l’examen de la proposition de loi relative
à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel. Je
souligne tout d’abord à quel point ce texte est essentiel, attendu,
structurant. Je sais que vous en avez conscience. Preuve en est que vous avez
accepté le principe d’une procédure de législation en commission (Plec) sur six
des trente-sept articles qui le composent, et je vous en remercie. J’aspire à
ce que nos débats soient constructifs et permettent une adoption du texte d’ici
à la fin de la journée.
À l’heure où nous sommes toutes et tous supportrices et supporters de l’équipe
de France de football, nous mesurons la capacité du sport à réunir au-delà de
nos différences, ce dont témoigne la volonté, exprimée par chaque groupe, de
voir ce texte aboutir. Si certains ont tendance à n’y voir qu’une manière de
répondre à la crise que traverse le football français, ce texte fait, selon
moi, bien plus que cela : il permettra notamment d’adapter l’organisation
du sport professionnel en lui donnant les outils pour être plus compétitif dans
un environnement de plus en plus concurrentiel et de renforcer le rôle du
ministère des sports dans sa relation avec les fédérations et les ligues.
Cette proposition de loi s’articule autour de quatre grands axes,
indissociables les uns des autres. Le premier axe est de lutter plus
efficacement contre le piratage, fléau qui touche bien d’autres domaines que le
sport. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique
(Arcom) chiffre les pertes qui en découlent à 1,5 milliard d’euros, dont
plus de 300 millions pour le sport. Des clubs, des emplois et la capacité
à investir sont directement menacés. Au-delà de l’enjeu économique, il s’agit de
protéger les publics, qui s’exposent, via des plateformes de télévision sur IP
(IPTV), à des contenus illicites ou à une utilisation frauduleuse de leurs
données. À cet égard, je salue les ajouts à l’article 10 que Mme la
rapporteure Sophie Mette a utilement proposés.
Lutter contre le piratage, c’est aussi créer les conditions pour l’accès à une
offre sportive payante à un tarif décent. Dans sa rédaction initiale,
l’article 5 visait à permettre la commercialisation des droits
audiovisuels en un seul lot, ouvrant la voie à une offre plus lisible et plus
attractive pour le public. Même s’ils poursuivent le but louable de rendre le
sport visible par le plus grand nombre, les amendements adoptés en commission
peuvent produire des effets contraires au but recherché. En effet, contraindre
à la diffusion en clair d’un match par journée conduira inévitablement à
favoriser une commercialisation en plusieurs lots, ce qui risque de dévaluer
les droits audiovisuels.
Rappelons qu’un spectateur ayant basculé dans le piratage est très difficile à
ramener vers une offre légale et sécurisée. À cet égard, l’article 10
bis C, introduit à l’initiative de Mme la rapporteure Sophie
Mette, tend à interdire aux influenceurs la promotion directe ou indirecte de
contenus piratés. C’est une mesure efficace au regard de l’objectif poursuivi.
Deuxième axe : le texte vise à réaffirmer l’architecture du modèle du
sport professionnel français. À l’heure où de plus en plus de modèles de ligues
fermées émergent en Europe, s’inspirant de ce qui se fait notamment aux
États-Unis, il est essentiel de défendre notre modèle, mais aussi de le porter
au-delà de nos frontières – je l’ai appelé de mes vœux au niveau de l’Union
européenne lors de la réunion, au mois de mai, du Conseil éducation, jeunesse
culture et sport. Ce texte nous permet de faire un premier pas en ce sens au
niveau français en rappelant trois principes : le caractère conventionnel
de notre organisation, par délégation et subdélégation de service public ;
le système de ligue ouverte, qui favorise à la fois le mérite sportif et
l’ancrage territorial de nos clubs ; la solidarité financière entre monde
professionnel et monde amateur.
Dans cette organisation pyramidale, la place du ministère des sports est
essentielle. C’est tout l’objet de l’article 2. En commission, vous avez
décidé de renforcer le pouvoir du ministère de s’opposer au retrait par une
fédération de la subdélégation accordée à une ligue. Cette évolution me semble
utile afin de limiter les effets potentiels de conflits de personnes.
À l’inverse, dans le cas de négociations sur le renouvellement d’une
subdélégation qui n’aboutiraient pas, vous avez décidé de revenir sur la capacité
du ministère à donner force exécutoire à un projet de convention temporaire.
Par souci de cohérence, je proposerai un amendement tendant à réintroduire
cette disposition car il me semble essentiel que le ministère dispose de moyens
de médiation autres que la menace de retrait d’une délégation accordée à une
fédération – c’est la sanction ultime.
Le modèle français repose aussi sur des organes de contrôle de gestion. Dans sa
rédaction initiale, le texte prévoyait la possibilité pour le comité d’administration
d’une fédération, sur proposition de la direction nationale du contrôle de
gestion (DNCG), de s’opposer à un projet de rachat. M. le rapporteur
Lionel Duparay a fait évoluer utilement cette disposition en ramenant cette
possibilité au niveau de la DNCG elle-même, seule autorité compétente pour
juger les risques associés à l’arrivée d’un nouvel investisseur. Néanmoins,
cette disposition présente des risques d’inconstitutionnalité, ce qui me
conduira à proposer sa suppression.
Troisième axe : ce texte donne les moyens au sport professionnel féminin
de se développer. Trop souvent, le secteur féminin demeure la variable
d’ajustement d’un secteur masculin en difficulté. Ce texte ouvre de nouvelles
possibilités de croissance au secteur féminin. Il autorise par exemple une même
association sportive à constituer deux sociétés commerciales distinctes, l’une
dédiée à la structure féminine, l’autre à la structure masculine. Il prévoit
également qu’une fédération puisse créer plusieurs ligues professionnelles afin
de gérer distinctement les compétitions masculines et féminines.
Je suis très attachée au fait d’offrir au sport féminin un maximum de souplesse
pour organiser ses compétitions professionnelles sur le modèle le plus adapté à
la maturité et à la stratégie de chaque discipline. C’est un préalable
indispensable à son développement économique. J’en profite pour saluer le
travail que Mme la rapporteure Véronique Riotton réalise depuis longtemps
sur ces sujets.
Quatrième axe : le texte vise à accompagner la réforme de la gouvernance
du football professionnel. Le football français traverse une crise profonde,
qui est d’abord économique. D’après les estimations, les droits de diffusion
audiovisuelle devraient s’établir à 205 millions d’euros en 2026, contre
1,153 milliard en 2020, soit une baisse de plus de 80 % en six ans.
Malgré l’apport d’oxygène par le fonds d’investissement CVC en 2022, la baisse
des droits audiovisuels et les conflits de diffuseurs ont mis en lumière les
limites du modèle économique actuel et des difficultés de gouvernance majeures.
La mission d’information sur la financiarisation du football professionnel,
confiée aux sénateurs Laurent Lafon et Michel Savin, est née de cette crise.
Ses conclusions, qui sont à l’origine de la présente proposition de loi, ont
été déposées au mois d’octobre 2024. Je tiens à remercier MM. Lafon et
Savin et à saluer leurs réflexions, qui ont suscité des travaux indispensables
à la refonte de la gouvernance du sport professionnel français.
La situation que nous connaissons est aussi la conséquence d’une évolution
structurelle du football. Les flux financiers qu’il génère nécessitent des
organisations plus agiles et plus transparentes, capables d’accompagner des
évolutions extranationales. Compte tenu de leur, les nouvelles formes
d’investissement, notamment la multipropriété, appelle une régulation.
Néanmoins, celle-ci doit s’opérer, au minimum, au niveau européen si nous
voulons qu’elle porte ses fruits sans affaiblir les clubs hexagonaux.
Cette proposition de loi prévoit de créer une société de clubs pour gérer
l’organisation et la commercialisation des compétitions professionnelles. Cette
structure, qui sera une nouvelle forme de ligue professionnelle,
responsabilisera les acteurs – les clubs et la fédération –, qui en
deviendront actionnaires. À l’heure où le déficit opérationnel cumulé des
Ligues 1 et 2 est estimé à 1,3 milliard d’euros, ce qui rend nécessaire
une recapitalisation des clubs à hauteur de 700 millions, cette évolution
paraît indispensable.
En conclusion, cette proposition de loi poursuit le double objectif de
moderniser l’organisation du sport français et de renforcer un modèle reconnu
dans le monde entier. En consolidant les relations entre fédérations, ligues et
ministère, nous réaffirmons une singularité française. En élargissant les
champs d’action de nos organes de contrôle, nous valorisons la reconnaissance
de leurs compétences. Enfin, en offrant la possibilité aux clubs de s’organiser
en sociétés de clubs, nous renforçons leur compétitivité, dans un écosystème de
plus en plus concurrentiel.
Je termine mon propos en rappelant que, sur le plan des résultats sportifs, les
clubs français se portent bien, et même très bien ! En football, le Paris
Saint-Germain a réussi son back-to-back en remportant la Ligue des
champions pour la deuxième année consécutive. Les joueuses de l’OL Lyonnes
ont, quant à elles, atteint la finale de la Ligue des champions féminine.
En rugby, l’Union Bordeaux Bègles a remporté la finale de la Champions Cup,
tandis que le Montpellier Hérault Rugby a remporté la Challenge Cup. Je
félicite aussi le Stade toulousain pour sa belle victoire en finale du
Top 14.
En basket-ball, le JL Bourg-en-Bresse a gagné l’ Eurocup masculine
et l’ESB Villeneuve-d’Ascq a remporté l’ Eurocup féminine.
En handball, deux clubs français ont participé au Final Four de la Ligue
des champions. Je voudrais avoir un mot tout particulier pour les handballeuses
du Metz Handball, si chères à M. le rapporteur Belkhir Belhaddad :
première équipe française à remporter la Ligue des champions féminine, elles
ont réalisé un formidable exploit, que je tiens à saluer devant la
représentation nationale.
Nos clubs et nos territoires rayonnent dans toute l’Europe. L’affluence dans
les stades et les salles n’a jamais été aussi haute, ce qui témoigne de
l’attachement des Français à leurs clubs.
Si nous sommes performants sportivement, et si la qualité de nos formations
n’est plus à démontrer, nous devons encore progresser dans la structuration de
notre modèle professionnel. Face à une offre sportive de plus en plus
importante et désormais sans frontières, nous ne pouvons pas risquer de prendre
du retard sur nos voisins.
Aurore Bergé (ministre déléguée auprès du Premier
ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte
contre les discriminations)
> Les discriminations, c'est un gâchis humain et une aberration économique.
42% des Français vivent dans une commune rurale ou un quartier populaire. Il
est impensable de laisser 42% des Français de côté.
Marie-Pierre Vedrenne (ministre déléguée auprès du
ministre de l’Intérieur chargée de la citoyenneté)
> L’intégration, c’est bien plus qu’un emploi. C’est retrouver une place,
reconstruire un parcours, gagner en autonomie et participer pleinement à la vie
de notre pays. À l’occasion de la première édition du Prix « Entreprises avec
les réfugiés », nous avons eu le plaisir de récompenser des entreprises qui
s’engagent concrètement en faveur de l’intégration par le travail. Derrière
chaque initiative, il y a des femmes et des hommes qui se forment, travaillent,
reprennent confiance et construisent un nouvel avenir. L’intégration est une
réalité qui se vit sur le terrain, grâce à l’engagement de celles et ceux qui
accompagnent ces parcours avec exigence et humanité.
Félicitations aux entreprises lauréates
Parce que l’intégration par le travail n’est pas seulement une opportunité pour
les personnes concernées : c’est aussi une richesse pour nos territoires, notre
économie et notre cohésion nationale.
Mathieu Lefevre (ministre délégué auprès de la
ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations
internationales sur le climat et la nature chargé de la Transition
écologique)
> [Ultrafast fashion / Intervention au Sénat] Ce texte, qui marque une étape importante, est le fruit de plus de deux
années de travail parlementaire, au cours desquelles les lignes ont évolué, les
scandales se sont succédé et les pratiques de certaines plateformes ont été
mises en lumière. Chacun a mesuré les dérives d'un modèle fondé sur la
production massive, le renouvellement rapide des collections et les prix
dérisoires.
Je salue l'action de la rapporteure et de son homologue à l'Assemblée
nationale, Anne-Cécile Violland.
Aujourd'hui, nous serons le premier pays européen adoptant des mesures pour
lutter contre l'ultrafast fashion.
Nous choisissons d'agir sans culpabiliser le consommateur et sans faire
peser le moindre risque sur l'emploi français.
Derrière ces prix se cachent des modes de production polluants et des
déchets qui mettent sous tension nos filières de tri. Cette industrie ne crée
pas de valeur, mais détruit notre environnement, nos ressources, et une partie
de notre tissu économique via une concurrence déloyale. Elle fragilise
les acteurs de l'ESS.
Nous agissons sur plusieurs leviers : le prix, l'information des
consommateurs, l'encadrement de certaines pratiques publicitaires et une
meilleure connaissance des flux de déchets textiles.
Il serait insensé d'opposer écologie et économie. Nous ne pénalisons pas
les entreprises qui innovent et créent des emplois.
Nous ne prendrons pas le risque de détruire un seul emploi français,
puisque notre cible est claire : les plateformes extra-européennes.
Je salue les travaux de la CMP, qui a amélioré le texte en tenant compte
des apports des deux chambres. Toutefois, nous devons adapter certaines
dispositions pour permettre une meilleure coordination avec la directive
Déchets. L'amendement du Gouvernement vise à rehausser la plage du montant des
malus. C'est une amélioration importante.
Ce texte s'inscrit dans une action plus large de la France : nous
voulons donner aux entreprises les moyens d'écoconcevoir leurs produits et aux
consommateurs de réaliser des choix éclairés sur les produits les plus
responsables, sans les culpabiliser.
Nous renforçons par ailleurs nos capacités de collecte, de tri, de réemploi
et de recyclage. Nous portons cette ambition à Bruxelles, car seule une réponse
européenne permettra une régulation efficace.
Ce n'est pas un texte contre l'industrie textile ni contre les
consommateurs, mais contre les excès d'un modèle économique. Avec cette
proposition de loi, nous ouvrons la voie à une dynamique européenne
indispensable, sans pénaliser l'emploi français ni donner de leçons aux
consommateurs. Je vous appelle à adopter les conclusions de la CMP.
> La loi contre l’ultra fast-fashion est définitivement adoptée au Sénat ! Merci aux rapporteures ainsi qu'aux parlementaires engagés derrière ce texte historique qui concilie ambition écologique, compétitivité et souveraineté industrielle. Nous mettons en place un malus financier incitatif pour protéger notre environnement, sans jamais détruire le moindre emploi français ni pénaliser nos commerçants. La France ouvre la voie !
> Le taux de collecte et de recyclage des bouteilles en plastique et des canettes n’était que de 58,4% en 2024, contre un objectif de 90%. C’est donc une certitude : compte tenu de la non-atteinte de nos objectifs, la mise en oeuvre de la consigne pour recyclage sera obligatoire au 1er janvier 2029. La question est donc désormais de savoir si l’on anticipe ou si l’on subit. Je regrette le choix fait par les associations de représentants d’élus de ne pas accepter la concertation que propose le Gouvernement. Seul le dialogue permet de répondre efficacement aux enjeux environnementaux.
> Aucun Président de la République, aucune majorité
n’a fait autant que celle d’Emmanuel Macron aussi bien en termes d’adaptation
que d’atténuation du changement climatique.
- Les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de près de 25% depuis 2017,
contre seulement 15% entre 1990 et 2017,
- Le budget de l’écologie a doublé, passant de 11 milliards en 2016 à 22
milliards en 2026,
- Création de MaPrimeRénov’, qui a permis de rénover plus de 2,5 millions de
foyers,
- Création du Fonds vert qui a permis de financer la rénovation de plus de 3
500 écoles.
25 000 projets ont été accompagnés, pour un total de 4,5 milliards d’€
d’investissement Bien sûr, beaucoup reste encore à faire face à des décennies
antérieures de sous-investissements. Mais dire que rien n’a été fait est une
contre-vérité qui dessert le débat public.
> Face au choc de la guerre en Iran, le sérieux budgétaire porté par le Premier ministre est la seule option responsable. On ne peut pas nous accuser de laxisme budgétaire et critiquer la moindre économie. Avec une dette dont les intérêts pourraient frôler les 100 milliards d’euros dans les prochaines années, des choix courageux s’imposent pour préserver nos capacités de financement de la transition écologique.
> Main dans la main avec LFI, le RN a voulu censurer Sébastien Lecornu quand il a proposé une ambitieuse programmation pluriannuelle de l’énergie, fondée sur le nucléaire comme sur le renouvelable. La canicule leur rappelle un peu tard la nécessité d’être souverains et de compter aussi sur le renouvelable pour y parvenir.
Eléonore Caroit (ministre délégué auprès du
ministre de l’Europe et des affaires étrangères chargée de la Francophonie, des
Partenariats internationaux et des Français de l’étranger)
> Nous menons des efforts diplomatiques pour obtenir le respect du droit
international humanitaire. Avec mes homologues britannique et quatarienne,
j’étais la semaine dernière au Liban. J’y ai réaffirmé le soutien de la France
au peuple libanais et à son gouvernement, ainsi que la poursuite de notre
engagement humanitaire, diplomatique et militaire.
● Autres ministres
Serge Papin (ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de
l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat)
> [Ultrafast fashion / Intervention au Sénat] Il est question non pas seulement de vêtements, mais du modèle de société
que nous voulons défendre. Derrière cette proposition de loi, deux combats se
rejoignent.
L'écologie d'abord, car l'industrie visée par ce texte inonde nos marchés
avec des articles portés seulement quelques semaines.
Un défi économique, ensuite, car l'ultrafast fashion pose la
question de notre souveraineté. Sommes-nous capables de faire respecter nos
propres règles sur notre territoire ? Les derniers contrôles de la DGCCRF
sont sans appel : 75 % des produits importés via les
plateformes Shein et Temu sont jugés non conformes et 43 % sont dangereux.
Comment accepter qu'un producteur français soit en concurrence avec des acteurs
qui ne respectent pas nos règles ? C'est injuste.
Nous fabriquons encore en France des jeans à moins de 50 euros, à
Roubaix ; ou des tee-shirts à moins de 10 euros. Ce « fabriqué
en France » fait vivre nos territoires et nos savoir-faire, et renforce
notre modèle social.
L'avenir économique de notre pays passera par une reconquête de la
production des biens du quotidien. C'est pourquoi j'œuvre au rassemblement des
acteurs pour reconstruire des filières accessibles au plus grand nombre.
Mais ces efforts seront réduits à néant si nous laissons entrer des
produits qui ne respectent pas nos règles. Nous avons dénoncé le scandale de la
vente en ligne d'armes ou de poupées pédopornographiques. La Commission
européenne a condamné Temu à une amende de 200 millions d'euros et la
DGCCRF a infligé une amende de 22 millions d'euros à Shein, en plus des
40 millions d'euros d'amende prononcées en novembre. Nous agissons donc
avec détermination.
La suppression de l'exemption des droits de douane pour les colis de moins
de 150 euros entrera en vigueur le 1er juillet. Cela
rétablira un minimum d'équité entre ceux qui respectent les règles et les
autres.
Mais le secteur a besoin des outils que seul le Parlement peut lui donner.
Ce texte y pourvoit.
Je salue l'engagement de Sylvie Valente Le Hir ainsi que celui des
parlementaires.
Ce texte apporte trois réponses : mieux informer - les
plateformes devront afficher des messages en faveur d'une consommation plus
sobre - ; pénaliser - un malus sera mis en place en fonction de
deux critères : l'étendue de la gamme proposée et l'incitation à la
réparabilité des produits - ; interdire la publicité à compter du 1er janvier
2027- les entreprises de l'ultrafast fashion ne pourront plus y
recourir.
Quel modèle de société voulons-nous encourager ? Celui qui pousse à
acheter toujours plus, toujours plus vite ? Ou celui qui choisit de
produire plus durablement ?
La liberté du commerce ne peut durablement prospérer que dans des
conditions de concurrence équitables. Ceux qui ne respectent pas nos règles
doivent être pénalisés.
La transition écologique et la reconquête productive relèvent d'un seul et
même projet. Car une économie qui crée durablement de la valeur est une
économie qui préserve. Je vous invite à adopter les conclusions de la CMP.
Edouard Geffray (ministre de l’Education nationale)
> [Protection de l'enfance] Nous voulons créer une «liste noire» des
personnes écartées de l'Éducation nationale, du périscolaire ou du sport afin
qu'elles ne puissent plus être recrutées au contact de mineurs.
> Tu as raison Mahaut : c'est un ensemble de mesures qu'il nous faut déployer. Le fait de planter un arbre dans une cour d’école est tout aussi important que de mettre un climatiseur là où c’est nécessaire. Il n’y a pas de solution unique à nos problèmes.
> La France compte 144 nouveaux auteurs. Grâce au projet « Écrire », 144 élèves de CM1 et CM2 ont pu découvrir le processus de création littéraire, de la structuration de la pensée jusqu’à la possibilité d’être édité chez Gallimard. Car écrire, c’est avant tout apprendre à penser : c’est organiser ses idées, progresser au fil des textes et affiner sa réflexion. Un immense merci aux enseignants impliqués, dont l’engagement a rendu cette aventure possible.
Maud Bregeon (porte-parole du Gouvernement et ministre
déléguée auprès du Premier ministre chargée de l’Énergie auprès du ministre de
l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et
numérique)
> [Canicule / Intervention à l’Assemblée] Tout d’abord, un point sur la
situation du parc nucléaire : il a largement tenu et a répondu présent
depuis plusieurs jours malgré la canicule. Trois réacteurs ont certes été
arrêtés pour des raisons de protection environnementale – Golfech,
Bugey et Nogent – mais, je le répète, le nucléaire a encore une fois répondu
présent. Nous sommes restés exportateurs nets pendant l’ensemble de la crise,
produisant même davantage pour permettre à nos voisins de bénéficier des prix
bas de l’électricité en France – je pense notamment à l’Allemagne. Le réseau
électrique, dans sa globalité, a également tenu. J’en profite pour remercier
l’ensemble des services d’Enedis notamment, qui ont fait un travail
extraordinaire pour intervenir là où c’était nécessaire dans les plus brefs
délais.
S’agissant de la question des batteries, il y a un besoin de flexibilité
évident. Des installations se multiplient partout en France sans soutien
public. Et il est extrêmement important d’avoir un modèle qui fonctionne
économiquement. Il faut certes déployer la production de ces batteries plus
rapidement et nous travaillons à un arrêté qui précisera le cadre réglementaire
et qui doit être publié d’ici à la fin de l’année.
On travaille aussi sur les systèmes duaux, c’est-à-dire ceux qui associent
photovoltaïque et batterie pour faciliter le travail de stockage, de régulation
et de flexibilité. Nous allons ainsi faciliter dans les prochains appels
d’offres que nous nous sommes engagés à prendre dans le cadre de la troisième
programmation pluriannuelle de l’énergie, la candidature de dispositifs qui
intègrent également des batteries. Cela va vraiment dans le sens qui est le
vôtre et je vous remercie pour votre question.
> [Canicule] Pour les hôpitaux, les premiers milliers de climatiseurs seront livrés en fin de semaine.
> [Présidentielle] En responsabilité, j'ai fait le choix d'une part d'aller au meeting d'Édouard Philippe la semaine prochaine et puis plus globalement de le soutenir dans sa candidature. C’est quelqu'un qui a beaucoup d'expérience, expérience de premier ministre, expérience de maire, et que je crois que dans les temps extrêmement troublés que nous vivons aujourd'hui, c'est quelque chose qui est important. Il est le plus à même aujourd'hui à rassembler très largement, bien au-delà de sa propre famille politique. Ce rassemblement est un impératif absolument vital pour le pays, pour notre accession au second tour et pour éviter l'arrivée du Rassemblement national au pouvoir. Si on n'est pas capable d'opérer ce rassemblement, nous n'arriverons pas à éviter ce duel [entre] la France insoumise et le Rassemblement national" au second tour de l'élection présidentielle.
> [Canicule] L'État a beaucoup appris depuis 2003. Nous
avons massivement avancé dans la coordination des services entre Météo-France,
entre les services déconcentrés de l'État, l'ARS. (…)
Bien sûr qu'il ne faut pas mettre de la climatisation partout mais c'est une
des réponses à apporter. Nous sommes favorables à la climatisation partout où
c'est nécessaire, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les maternités, dans
l'ensemble des services publics où on voit que nous n'avons plus d'autre choix (...),
pour autant, ce n'est pas la seule réponse à apporter. (…)
Le réchauffement climatique va plus vite que nous, donc il va falloir aller
bien plus loin que ce que nous sommes en train de faire.
Benjamin Haddad (ministre délégué auprès du
ministre de l’Europe et des Affaires étrangères chargé de l’Europe)
> Nous sommes rentrés dans l’ère de la géoéconomie, c’est-à-dire
l’imbrication des dimensions stratégiques, économiques et politiques. Quand on
parle de compétitivité, d’innovation, de ressources ou d’intelligence
artificielle, ce sont d’abord des leviers de puissance. Les Américains et les
Chinois ont bien compris cette bascule. Ils accélèrent dans cette
instrumentalisation des dépendances. Début 2025, Gina Raimonda, qui était la
secrétaire au Commerce de Joe Biden, l’expliquait déjà parfaitement en quittant
son poste. Elle estimait que sa fonction consistait fondamentalement à piloter
un département de sécurité nationale et de technologie. Quant aux Chinois, ils
ont intégré cette dimension depuis longtemps via la planification. (…)
Cette évolution, majeure, demande aux Européens un changement de logiciel. Ce
changement est en cours, mais nous devons accélérer. Ce que l’Europe a réussi
en s’émancipant du gaz russe, ou en livrant aujourd’hui un effort massif sur le
réarmement, nous devons le répliquer dans d’autres secteurs comme le numérique,
l’IA ou l’espace. À nous de retrouver une ambition européenne presque
civilisationnelle. Il faut que l’Europe trouve l’envie de prendre des risques,
de repousser les frontières, de rêver.
> Il ne faut plus être naïfs. Nous sommes entrés dans une période brutale en matière de relations internationales. Les Américains ont pivoté et n’ont pas attendu Donald Trump pour faire du « buy american act », lancé sous Joe Biden. La montée en gamme technologique de la Chine représente, dans le même temps, un défi économique colossal. L’Europe s’est rassurée face à ces changements en s’appuyant sur la jambe réglementaire avant même d’avoir mis en place une jambe innovation suffisamment dotée. Une prise de conscience des Européens est nécessaire : il n’y aura pas de retour à une forme de normalité du monde tel que nous l’avons connu. Le monde a changé, nous devons en prendre acte.
> Si nous voulons réduire nos dépendances, l’échelle pertinente reste l’Europe et je ne dis pas cela pour nous défausser du travail que nous avons à faire en France. Il faut des solutions européennes pour ne pas dépendre des autres. En réalité, il y a un déficit d’investissement en Europe. Nous avons donc un intérêt, face à ces nombreux défis existentiels, à continuer à investir en commun. Cela veut dire travailler à de nouvelles ressources propres de l’Union européenne: pour financer nos nouvelles priorités d’avenir et conserver les politiques essentielles, tout stabilisant nos contributions nationales. La dette commune ne doit pas être taboue. Nous l’avons fait dans un moment existentiel comme le COVID. Nous sommes à un autre tournant existentiel pour l’Europe. Nous voulons travailler aux conditions d’un accord d’ici la fin de l’année sur ce prochain cadre financier pour l’Europe. Le monde a changé, nous devons en prendre acte.
> Nous avons besoin d’être plus agiles. Avancer en Européen et passer à l’échelle ne veut pas forcément dire tout faire à 27. Nous le faisons sur le soutien à l’Ukraine avec la coalition des volontaires. Sur les sujets de financement et de défense, nous pouvons faire des coopérations à plusieurs. Être pro-européen ne veut pas forcément dire passer par les institutions européennes.
> Notre marché intérieur est un formidable atout qu’il nous faut maintenant approfondir et simplifier. L’Union européenne nous confère une importante force de frappe financière, et nous ne devons pas nous en priver. C’est aussi une importante source de stabilité, ce qui a beaucoup de valeur dans ce monde turbulent. Il ne faut donc pas voir ces deux approches comme contradictoires.
► Assemblée nationale
Yaël Braun-Pivet (présidente)
> L’Assemblée nationale a adopté en nouvelle lecture le texte relatif à
l’aide à mourir.
Ce vote est l’aboutissement de plusieurs années de travaux et d’un débat en
séance publique approfondi, mené avec sérieux, respect et dignité.
Je remercie l’ensemble des députés qui ont permis à notre Assemblée d’être à la
hauteur de ce sujet si intime.
Le texte poursuit désormais son parcours parlementaire au Sénat.
► Partis politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes
et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire général de Renaissance, président du
groupe Ensemble pour la république à l’Assemblée nationale)
> Je fais une promesse aux Français : que leurs enfants aient une vie
meilleure que la leur. Pour y arriver, il faut devenir la première puissance
d'Europe et c’est possible en 10 ans. En concentrant nos efforts sur 4
chantiers capitaux : École, salaires, frontières, IA.
> J’explique au Rassemblement national qu’il y a un moyen pour que la guerre en Ukraine s’arrête dès demain : que la Russie cesse de tirer sur les Ukrainiens.
> Lors du vote qui a eu lieu au Parlement européen pour soutenir Alexeï Navalny, le premier opposant à Vladimir Poutine, pourquoi est-ce que le RN ne l’a pas voté ? Lors des votes sur les paquets de sanctions contre les oligarques russes et le financement de la guerre par la Russie, pourquoi est-ce que le RN ne les a pas votés?
> Si Marine Le Pen avait été élue en 2022, nous serions dans une crise européenne majeure. Nous serions soumis à Donald Trump. Et nous ne serions en train d'aider les Russes à attaquer les Ukrainiens.
> Manuel Bompard, vous proposez une taxe sur tout. Depuis 2017, nous sommes le pays le plus attractif d'Europe pour les investissements étrangers. Entre 2017 et 2024, le chômage a baissé. Et il y a eu plus d'ouvertures d'usines que de fermetures. Vous voulez nous faire revenir en arrière, mais dans votre monde, il n'y aura plus personne à taxer.
> Je cherche à rassembler les Français, à apaiser et à unir notre pays. Faire siffler la Marseillaise, nier l'antisémitisme, dresser nos compatriotes les uns contre les autres, c'est tout faire pour le diviser.
> Je propose de bâtir un nouveau modèle pour notre système de retraite. Je propose un système universel, libre, sans âge légal de départ et avec une part de capitalisation.
> Je demande à être jugé sur mes actes pour résorber la dette publique. Premier ministre, j'ai mis fin au bouclier tarifaire sur l'électricité qui coûtait 80 milliards d'euros publics pour subventionner les prix de l'énergie. Et j'ai pris un décret pour suspendre 10 milliards d'euros de dépenses.
> Je veux me battre pour la liberté, la liberté d'entreprendre. Je veux me battre pour conquérir de nouveaux droits et l'égalité.
> Je pense que c'est possible de mettre fin au doute français.
> Une entreprise chinoise sur quatre exporte en Europe à perte dans l'unique but de couler nos industries. Nous devons nous défendre et assumer une politique commerciale beaucoup plus ferme. Vous voulez vendre vos voitures en Europe ? C'est joint-venture à 50/50 avec nos industriels et vous leur transférez la technologie.
> Lors des élections législatives, en 2024, j'ai été le seul à me rendre sur le terrain pour affronter Raphaël Arnault, le candidat LFI fiché S. Il y a aujourd'hui moins de députés LFI à l'Assemblée nationale qu'en 2022. Et je pense y être pour quelque chose.
> Les sujets régaliens, de sécurité, de justice, sont pour moi aussi importants que les sujets économiques. Et dans toutes mes fonctions, j'ai démontré que j'avais la force d'agir pour garantir le respect de l'État et des valeurs de la République. Sur ces sujets, il ne peut y avoir de en même temps.
> Se battre contre les extrêmes, c'est bien, mais ça ne fait pas un projet présidentiel. C'est pourquoi je me bats pour bâtir un projet d'espoir. Pour un projet d'espoir autour de 4 chantiers capitaux : École, salaires, frontières et IA.
> Je souhaite mettre fin à l'excuse de minorité automatique. Pour que les narcotrafiquants cessent d'utiliser les mineurs comme de la chair à canon. Pour protéger les jeunes de France. Pour protéger les Français.
Agnès Pannier-Runacher (députée)
> [RN] Assumez ! Si vous voulez supprimer l'ADEME, assumez aussi de
vouloir supprimer ses véritables missions. Assumez de stopper la lutte contre
la précarité énergétique, de stopper l’électrification de notre industrie qui
permet à nos entreprises de ne plus dépendre du gaz russe ou américain, de
stopper le développement des réseaux de chaleur et de froid qui baissent la
facture des Français. Car 92 % du budget annuel de l'ADEME finance ces projets
concrets sur le terrain. Vous le savez parfaitement, mais vous préférez
caricaturer et mentir. Car vous avez toujours soutenu le pétrole et le gaz de
vos amis poutiniens et trumpiens. Et assumez surtout que vous n’en avez rien à
faire de l’environnement, et de ce que protège cette politique : la qualité de
l’air, la qualité de l’eau, la qualité de l’alimentation et la santé des
Français.
> Quel football voulons-nous ? Un championnat français relégué au second rang et écrasé par une ligue européenne réservée aux vingt clubs aux budgets les plus élevés ? Ou un championnat national qui tire l’ensemble du football professionnel et amateur vers le haut et qui permet à des collectifs sportifs fortement engagés de battre les clubs les plus puissants, un championnat, en résumé, où l’argent n’achète pas tout ? Ce qui vaut pour le foot vaut pour les autres sports : basket, handball, volley… Aujourd'hui, l'Assemblée nationale a tranché en adoptant la proposition de loi sur le sport professionnel. Et c'est une victoire pour tout le sport français !
> La loi visant à lutter contre les dérives de l'ultra fast-fashion est désormais définitivement adoptée. J'ai engagé ce chantier quand j’étais ministre et aujourd'hui, nous franchissons une étape importante pour encadrer ces pratiques, garantir une concurrence plus loyale avec notre industrie textile et nos commerçants physiques et défendre les droits de nos consommateurs, malmenés par ces plateformes. C’est aussi une manière de se battre contre l’impact environnemental et social dramatique de ces activités. Face à des plateformes comme Shein ou Temu, nous avons refusé de rester spectateurs.
> La France n'est pas condamnée à choisir entre deux extrêmes qui se nourrissent l'un de l'autre. L'heure n'est plus au barrage, l'heure est à porter un projet. Dans cette tribune, Gabriel Attal démonte le piège politique tendu aux Français : celui d'un face-à-face entre le RN et LFI. Deux partis qui empruntent le pire des méthodes de Trump ou de Poutine : polariser, diviser et désigner des boucs émissaires pour mieux conquérir le pouvoir. Il est temps de desserrer cette tenaille, parce que la France mérite mieux que le choix entre les outrances, les renoncements et le chaos. Elle mérite un projet. Nous en portons un.
Elisabeth Borne (députée)
> Je pense qu’on ne peut pas faire reposer l’essentiel du financement de
la protection sociale sur des cotisations assises sur les salaires. C’est un
débat que nous devons avoir dans le cadre de la présidentielle à venir.
> Depuis 2017, nous avons réduit de 25 % les émissions de gaz à effet de serre. Nous avons démontré qu'il était possible d'agir, mais l’action doit se poursuivre dans la durée. Alors que notre pays a fait face à un nouvel épisode de canicule, chacun mesure que le dérèglement climatique est une réalité. Pour y répondre, il faut une action globale et collective. C'est tout le sens de la planification écologique que j'ai portée en tant que Première ministre.
Marc Ferracci (député)
> Le sport professionnel français traverse une mutation profonde, et il
fallait l'accompagner. J'ai voté pour la proposition de loi relative à son
organisation, sa gestion et son financement. Dans le sillage des Jeux de Paris
2024, ce texte pose des bases concrètes : il accompagne l'évolution des modes
de financement des clubs, protège la valeur économique du sport face à un
piratage qui représentait déjà 290 millions d'euros de manque à gagner en 2023,
et structure enfin un sport féminin trop longtemps sous-financé et
sous-médiatisé. Une première étape essentielle pour un sport plus solide, plus
attractif et plus juste. Au service de celles et ceux qui en sont le socle :
les clubs, les éducateurs, les bénévoles et les licenciés.
> Mardi 23 juin, j'ai eu l'honneur de conclure la Soirée des mémoires des ingénieurs-élèves du corps des Mines, à l’école des Mines de Paris. J'y suis intervenu autant en ancien ministre qu'en chercheur et professeur d’université. J’ai souhaité rappeler aux personnes présentes que notre époque réclamait de respecter une certaine éthique de la vérité, en respectant les faits, mais aussi la rationalité, qui permet de leur donner sens. Ce qui m'a frappé en suivant les travaux de cette promotion, c'est qu'aucun des sujets de mémoire n'a été choisi au hasard. Métaux critiques et renouveau minier, industrie de défense, sortie des carburants fossiles, intelligence artificielle, innovation en santé, contrôle de nos échanges… Ces questions sont les lignes de défense de notre souveraineté. Ce ne sont pas seulement des sujets d’étude, mais aussi les batailles que cette génération devra mener. Aucune ne se gagnera par décret. Toutes se gagneront par notre capacité à comprendre, à maîtriser et à produire nous-mêmes ce dont nous dépendons. Un pays qui renonce à former ses esprits finit par dépendre des autres pour penser à sa place. En septembre, ces nouveaux ingénieurs prendront leurs premiers postes et passeront de l'analyse à la décision. Ils le feront avec un avantage rare : celui d'avoir appris à chercher avant de conclure et à douter avant d'affirmer. La France a de la chance de les avoir. Merci aux organisateurs pour cette invitation, et bravo à toutes et à tous pour la qualité de ces mémoires. J'ai été heureux de pouvoir leur souhaiter, de vive voix, plein succès dans leurs carrières.
> Protéger les femmes et les enfants devrait
rassembler la nation. Le Premier ministre Sébastien Lecornu l'a annoncé devant
l'Assemblée nationale : la proposition de loi intégrale contre les violences
faites aux femmes et aux enfants sera examinée à l'automne. C'est un texte que
j'ai cosigné, aux côtés de près de 150 collègues issus de presque tous les
bancs de l'hémicycle. La preuve que, sur ce sujet, nous savons dépasser nos
divisions.
Il faut une réponse à 360 degrés : prévention, protection des plus vulnérables,
justice, réparation, lutte contre la récidive. Il faudra tenir le calendrier
annoncé. Il faudra tenir l'ambition du texte. C'est le cap que nous devons
garder.
Véronique
Riotton (députée)
> [Organisation du sport professionnel /
Intervention à l’Assemblée] Je me réjouis que nous examinions aujourd’hui une
proposition de loi qui donne des outils pour développer la pratique éthique et
le financement du sport professionnel. Ce texte est nécessaire pour deux
raisons : le système actuel doit progresser en matière de transparence et
d’équité ; il faut aussi permettre au sport professionnel féminin de
prendre toute sa part des financements.
L’article 1er, pour lequel je suis rapporteure, renforce les
obligations des ligues professionnelles. Désormais, afin d’éviter les conflits
d’intérêts, un dirigeant de ligue ne pourra plus occuper simultanément à ses
fonctions un poste dans une entreprise de diffusion audiovisuelle ou de paris
sportifs. Les rémunérations des dirigeants seront plafonnées, à l’image de
celles des dirigeants d’entreprises publiques, et un rapport devra être publié
chaque année pour garantir la transparence. Au regard des dérives qui ont pu
être observées dans certaines disciplines, ces mesures sont proportionnées et
répondent aux attentes légitimes des citoyens.
Nous donnons en outre des outils supplémentaires au sport professionnel
féminin. Je félicite le Sénat d’avoir introduit ces éléments, qui étaient
absents du texte initial. Grâce à ces dispositions, les ligues professionnelles
féminines pourront désormais exister juridiquement, en développant leurs
propres structures.
En commission, à la lumière des auditions et des travaux que nous avions
engagés depuis plusieurs années, nous avons poursuivi ce travail afin de rendre
le sport professionnel féminin plus visible, d’offrir des perspectives à nos
athlètes et de renforcer la solidité juridique et l’attractivité de ce secteur
pour les investisseurs. Nous avons par exemple prévu explicitement la
possibilité pour une même ligue professionnelle de gérer concomitamment le
secteur masculin et le secteur féminin. Les ligues seront ainsi libres de s’organiser
comme elles le souhaitent. Nous avons aussi défini un cadre, dans le code du
sport, pour les ligues qui ne sont pas dotées de la personnalité juridique.
Je remercie mon collègue rapporteur Belkhir Belhaddad : sa force de
proposition et sa conviction ont permis l’adoption en commission d’amendements
dont je partage pleinement l’orientation. Notre texte prévoit désormais un
principe de solidarité entre les secteurs féminin et masculin, ainsi qu’une
contribution accrue des services de télévision à la visibilité du sport féminin
et une expérimentation des parrainages et de la publicité virtuelle, outils qui
devraient permettre d’accroître les ressources du sport féminin.
Toutes ces mesures sont importantes et nécessaires. Il serait toutefois erroné
de les croire suffisantes, tant le sport féminin reste sous-financé et
sous-médiatisé. En 2025, il ne représentait que 6 % de la valeur des
partenariats sportifs. Pour combler le retard accumulé durant plusieurs
décennies, il faudra aller plus loin, par exemple en instaurant des quotas de
diffusion télévisée ou en améliorant les infrastructures pour favoriser la
pratique et garantir un spectacle de qualité. Comme le souligne le Comité
national olympique et sportif français (CNOSF), il est urgent de structurer l’écosystème
du sport professionnel féminin autour de ses principaux piliers :
professionnalisation des organisations sportives, modernisation des
infrastructures, accroissement de la diffusion et de la visibilité,
amélioration de l’engagement des fans.
Les mesures de la proposition de loi que nous examinons gagneraient à être
complétées par voie réglementaire ou dans le cadre de futurs textes
budgétaires. Nous l’avons dit en commission, madame la ministre : vous
pouvez compter sur nous pour lancer de tels travaux. Il faut notamment
accompagner la professionnalisation des organisations sportives féminines par
des mesures fiscales et sociales. Au-delà des enjeux en matière d’amélioration
des conditions de travail, nous pourrions alléger les charges sociales pour
favoriser le recrutement des sportives qui sortent de centre de formation.
Ces propositions montrent bien que la féminisation du sport professionnel est
désormais au centre de nos débats sur la politique publique du sport. Les
nombreux amendements que vous avez déposés à ce sujet témoignent de notre
ambition à tous en la matière – je ne peux que le saluer. Il nous faut à présent
engager un nouveau cycle de travail pour mettre au point une proposition de loi
transpartisane dédiée à cette question. Je vous donne rendez-vous pour
travailler ensemble sur cette proposition de loi.
Je remercie mes collègues rapporteurs, Sophie Mette, Lionel Duparay et Belkhir
Belhaddad ; nous avons travaillé dans une parfaite concorde.
Une loi se construit par étapes. Ce qui compte, c’est que nous avancions dans
la bonne direction, en adoptant des mesures solides et applicables. Avec cette
proposition de loi, nous posons des bases qu’il nous appartiendra de consolider
dans les mois à venir ; le travail continue.
● MoDem
François Bayrou (président)
> [Loi sur la fin de vie] Je ne l'aurais pas voté. C'est un immense problème
de conscience. Parce que dans tous les pays où ce genre de texte est peut-être
encore moins engageant que chez nous, dans tous les pays où ce texte a été
voté, cela a fait tache d'huile. C'est pour cela que c'est très difficile et
douloureux. Parce qu'il y a des gens qui, eux, pour leur propre destin, pensent
que cela serait mieux d'avoir cette issue. Mais à partir du moment où on
dit : « la mort est un soin », nous qui avons construit notre
société sur : « normalement, je ne te laisserai pas seul. Je ne te
laisserai pas malade et je ne te laisserai pas souffrir », à partir du
moment où on introduit l'idée qu’il existe un soin qui est pour mettre un terme
à tout cela et qui est la mort, partout cela fait tache d'huile parce que cela
s'introduit, cela s'immisce dans la conscience générale et cela se multiplie. (…)
Cela se multiplie pour qui ? Pas pour les gens qui sont avantagés, qui ont les
moyens, qui ont des relations, de la famille. C'est pour les autres que cela
vient. Je n'ai jamais oublié une lettre qui m'a bouleversée. C'est une maman
qui m'écrivait alors parce qu'elle avait une petite fille trisomique. Et elle
me disait : « mais quand je ne serai plus là, avec cette loi, elle
est tellement gentille, elle veut tellement faire plaisir à tout le monde,
qu'on lui expliquera que c'est pour rejoindre sa maman ». Je ne dis pas
que cela se passera. Je ne dis pas que c'est dans les intentions de ceux qui
rédigent la loi. Mais il y a ce risque. En tout cas, je sais une chose, c'est
que tous les médecins qui travaillent dans ces admirables services de soins
palliatifs, dans les établissements dédiés à cela, Jeanne Garnier par exemple,
tous disent qu'il ne faut pas faire cela. Tous disent : « donnez-nous
les moyens de soulager la douleur ». On a constaté une chose très simple.
Parmi tous les gens qui sont en soins palliatifs et qui voulaient avant qu'on
leur applique cette fin de vie, parmi tous ceux-là, il n'y en a plus que 2 ou
3% s'ils sont soulagés de la douleur qui veulent continuer. Alors cela ne veut
pas dire qu'il n'y ait pas des personnes, j'en connais, et j'ai parlé beaucoup
avec elles, qui disent : « mais moi j'ai une maladie très lourde,
dégénérative, comment je fais le jour où je ne pourrai plus bouger ? ». Eh bien
c'est cette question-là qui, à mon avis, se traite. Les yeux dans les yeux avec
les médecins, on est là pour aider, comme cela se fait tous les jours alors que
la loi n'existe pas. (…)
Si on croit que notre démocratie ou notre République doit être transparente et
honnête. C'est pourquoi j'ai voulu deux votes, un sur les soins palliatifs et
un sur cette fin de vie.
> [Justice] Vous avez des attitudes qui sont des attitudes très antagonistes. Vous avez les Français qui voudraient juger les juges, qui exigent de juger les juges. Et vous avez les juges qui disent ne touchez pas aux magistrats. Il va falloir trouver. Et c'est un bon exemple de toutes les réconciliations qu'il va falloir conduire en France. Et vous voyez que vous avez ces antagonismes qui excitent complètement les positions. Moi, je suis du côté des parents. Alors, ce n'est pas très original de dire ça. Cela fait homme politique qui a ses formules sur ses sujets. Et aucun d'entre nous ne peut être indifférent. Mais dans l'affaire Lyhanna, par exemple, on voit bien que ce qui a provoqué le drame, c'est une erreur de fonctionnement de la justice ou un dysfonctionnement, comme on dit. C'est-à-dire, non seulement cela n'a pas fonctionné, mais cela a fait le contraire, cela a poussé sous le tapis la poussière. Ce dysfonctionnement est hélas, et je dis cela en pensant aux parents de cette petite fille, cela a hélas provoqué le drame. Ce n'est pas un drame qui a été subi, c'est un drame qui a été provoqué.
> Il y a des secteurs de la société qui sont tellement en panne et tellement enflammés. Par exemple, l'aide sociale à l'enfance. C'est exactement le cas. Nous avons dans nos rangs, dans notre groupe à l'Assemblée nationale, une jeune femme formidable sur ce sujet qu'elle connaît intimement, qui s'appelle Perrine Goulet, et qui mène le combat sur la réforme en profondeur qu'il faut conduire, parce que ces jeunes garçons et ces jeunes adolescents, dans des familles d'accueil qui sont parfois démunis pour maîtriser ou pour orienter leur développement. C'est un immense travail à conduire et dans un pays qui n'a plus les moyens d'augmenter les dépenses perpétuellement.
> Il y a quelque chose d'une violence tellement forte dans toute la société que c'est un ensauvagement de la société tout entière. Exemple, vous allez sur les réseaux sociaux et vous lisez les postes qu'il y a sous chacun de vos gestes, de vos actes, vous journaliste, responsable politique, chef d'entreprise. C'est d'une violence, d'une méchanceté, d'une haine recuite, une volonté d'abattre, de déshonorer, de tuer. Par centaines et milliers, protégés par l'anonymat. Comme si -j'ai un chapitre dans le livre sur ce sujet- comme si se révélait par l'anonymat le tréfonds de la nature humaine dans les sociétés où nous sommes, qui ne sont plus cadrées, qui ne sont plus guidées, et qui donne aux responsables de la société une très importante charge. Personne ne pourra éluder, y compris dans les campagnes qui viennent.
> On va vers une guerre de génération si on ne fait
rien. Une guerre des générations par négligence, par laxisme. Il y a 50 ans, 50
ans, que la France n'a plus voté un budget en équilibre. Cela veut dire des
déficits tous les ans, des déficits croissants. Et ces déficits, il faut les
emprunter pour payer les salaires, pour payer les charges de l'État et de la
Sécu. Ce sont ces déficits qu'il faut emprunter, qui accumulés au fil du temps,
forment la dette incroyable dans laquelle nous sommes. Et alors autrefois, vous
savez que je mène campagne sur ce sujet depuis longtemps. (…)
Autrefois on disait bon, d'accord François Bayrou a raison, c'est une obsession
chez lui, mais c'est pour plus tard, c'est un jour qu'on aura des ennuis. Mais
aujourd'hui, vous l'avez vu, et la Cour des comptes et toutes les analyses que
j'ai développées dans ce livre montrent que cela n'est plus pour plus tard.
C'est désormais aujourd'hui. Cela n'est plus un risque, c'est une fatalité que
nous affrontons aujourd'hui. A telle enseigne que l'année prochaine, la
totalité des impôts sur le revenu que paient chacun de ceux qui nous écoutent
quand ils en paient, et vous, et moi, et tous ceux qui sont là, la totalité de
l'impôt sur le revenu de toutes les villes et de tous les villages français ne
suffira plus à rembourser seulement les intérêts de la dette. Pas la dette, on
n'a jamais remboursé un euro de dette depuis 50 ans.
> Quand nos générations avaient 20 ans, il n'y avait pas de dette. En 80, il n'y avait pas de dette. Et puis, tout d'un coup, cela s'est installé, cela s'est accéléré. C'est devenu un réflexe pour chacun des gouvernants et chacun des citoyens. Tout le monde dit mais sur ce problème, il faut des moyens. Tous les grands sujets que vous avez évoqués, il faut des moyens. Et on doit donner les moyens supplémentaires. Il n'y aura plus de moyens supplémentaires. Parce qu'on a la défense, on a l'école, on a la sécurité. On devrait avoir la science et la recherche. On a l'intelligence artificielle. Et donc vous voyez que tout cela, en réalité, exige une prise de conscience de la société. Parce que s'il n'y a pas de prise de conscience, alors les gouvernants qui suivent toujours la société, qui suivent toujours la demande, qui suivent toujours les sondages, ne feront pas face.
> Je pense que cette élection présidentielle, elle n'est pas comme les autres. Autrefois, on allait à l'élection présidentielle pour se faire connaître, pour se faire voir, pour que les Français découvrent les charmes immenses qui sont ceux des candidats successifs. Mais c'est fini ! Cette année, l'élection présidentielle, ce n'est pas cela. Cette année, l'élection présidentielle, c'est la menace des extrêmes. Et il n'y a aucun pays dans le monde, aucun pays dans le monde, qui se soit relevé des extrêmes. Jamais. Je ne veux pas citer des noms, mais vous les avez en tête. Et donc, la menace immense créée par cette tenaille, elle doit être conjurée et elle change la nature de l'élection présidentielle et des candidatures. Pourquoi ? Parce que cela veut dire qu'il ne faut pas se présenter pour participer, il ne faut pas se présenter pour témoigner, il ne faut pas se présenter pour faire connaître, il faut se présenter pour gagner. Et se présenter pour gagner, cela veut dire aussi qu'il faut des candidats, je suis sûr qu'il y en a qui vont apparaître, qui ont les épaules pour être demain matin président de la République.
> Le pays se laisse envahir par des pratiques qui
sont des dérives, en réalité, et celle de la dette n'est pas la plus mince,
mais ce n'est pas la seule. Vous avez dit tout à l'heure, il n'y a plus rien
qui marche dans le pays. C'est vrai ce qui veut dire qu'il faut changer notre
organisation profondément. (…)
Est-ce qu'on va changer par force, méchamment ? Ou bien est-ce qu'au contraire,
on va comme un peuple debout, ouvrir les yeux, ce que j'ai proposé et qui a été
refusé à l'Assemblée nationale il y a neuf mois. On va ouvrir les yeux et dire
voilà le constat et donc on va décider tous ensemble de faire ce qu'il faut
pour s'en sortir. Ce qu'il faut sur plusieurs années, ce qu'il faut pour s'en
sortir avec un plan sérieux, exigeant de retour à l'équilibre. Les mois que
nous allons vivre, je ne parle même plus d'années, je parle de mois, les mois
qui viennent sont un danger terrible pour le pays et donc il faut une prise de
conscience, et donc il faut les yeux ouverts et du courage.
> C’est la première fois, je crois, qu’en France un
livre explique à destination du grand public, des citoyens, ce
qu’est cette dette, comment elle s’est constituée, ce qu’elle représente,
quel est son mécanisme. Voilà 50 ans qu’on n’a plus voté en France un
budget en équilibre. Donc tous les ans des déficits, de plus en plus
importants. Ces sommes, il faut les emprunter. Comme les sédiments au fond de
la mer, s’est accumulée cette colossale et abyssale quantité de dette.
Aujourd’hui, nous venons de dépasser les 3 500 milliards d’euros.
Pour les gens, ce sont des chiffres très lointains, très abstraits. Mais
depuis que j’ai mis sur la place publique ce sujet vital, il commence à
être identifié. (…)
Les gens commencent à se dire : « La dette, c’est dangereux, il a
raison. Mais, c’est pour plus tard. Ce sont les générations futures qui
paieront ». C’est cela le grand mensonge : nous avons atteint un
seuil où désormais, ce sont les générations actuelles qui non seulement paient,
et paient bien au-delà de tout ce qui avait été imaginé. L’année prochaine, la
totalité de l’impôt sur le revenu de tous les foyers fiscaux de tout le pays,
toutes ces sommes que vous payez, que nous payons tous, additionnées, ne
suffiront pas à compenser les intérêts de la dette ! Cette année,
80 milliards d’euros, l’année prochaine 90 ! Cela change tout, car
cet argent, on en aurait la plus urgente utilité, pour les jeunes, pour
l’école, pour la justice, pour la sécurité, pour les hôpitaux, mais on ne
l’aura plus.
> Le bilan, il vient d’être confirmé. Ne serait-ce
que par une baisse importante du déficit. Mais pour durer on voulait m’imposer
par exemple de renoncer à la réforme des retraites. De Gaulle et Mendès (et je
ne me compare pas à ces géants) ont vécu cela avant moi. Qu’ont-ils dit ?
« Si on m’empêche de poser les questions essentielles, à quoi bon rester
au pouvoir ? » C’est le sens de cette épreuve de vérité. Et cela a
plus de gueule que de se faire censurer tête basse…
> Sébastien Lecornu a été ministre de la Défense dans mon gouvernement et je
ne l’ai pas oublié. Et tout a toujours été clair entre nous : je savais
que si j’étais renversé, c’est lui qui serait nommé. Et nommé dans cet
esprit : pour chercher des accommodements, des compromis qui permettraient
que le gouvernement dure. Ma philosophie au contraire était de prendre de face
la vérité. D’ici peu de mois, je ne sais pas si c’est 6 ou 18, mais pas
beaucoup plus, il n’y aura plus de discussion possible sur ce sujet. Parce que
la France ne peut pas échapper à la même crise qu’ont vécue la Grèce, l’Italie,
l’Espagne, le Portugal… Tous ces pays qui ont été obligés d’entrer dans une
démarche incroyablement sévère.
> [Manque d’autocritique] Quand on disait cela à Mitterrand, il répondait : « La critique, il y en a suffisamment venant de mes adversaires sans que j’apporte de l’eau à leur moulin ». Peut-être que j’aurais pu mieux faire des choses. Mais je n’aurais pu être de meilleure foi. Et les résultats que nous avons obtenus, personne ne les a obtenus jusqu’à maintenant. Depuis combien de temps il n’y a pas eu un gouvernement qui a fait baisser le déficit de manière aussi importante ?
► Autres
● Organisations centristes
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement européen)
Bernard Guetta (député)
> [Opinion : Le temps presse à Paris] Il y en a tant que le décompte
devient difficile. Entre les déclarés, les virtuels, les probables et les
embusqués, les prétendants et prétendantes à la présidence française sont si
nombreux qu’on les croirait vraiment décidés à porter l’extrême-droite au
pouvoir.
Les centres, les écologistes, les sociaux-démocrates et les droites, tous
éparpillent aujourd’hui si bien les voix démocrates en voulant se les disputer
que le premier tour paraît joué et le second arrivé. Jean-Luc Mélenchon d’un
côté, Jordan Bardella ou Marine Le Pen de l’autre, la gauche de la gauche et la
droite de la droite sont face-à-face et la France étant aussi majoritairement à
droite que le reste du monde et beaucoup des démocrates refusant de choisir ou
préférant même barrer la route à la France insoumise qu’au Rassemblement
national, le résultat est acquis.
L’extrême-droite est élue. Donald Trump et Vladimir Poutine sablent le
champagne. Ils n’en croient pas leur bonheur car ils n’ont jamais fait mystère
de leur soutien aux « patriotes » des démocraties européennes. Alors la France
! La seule puissance nucléaire de l’Union et son seul membre permanent du
Conseil de sécurité ! L’inventeur de l’unité européenne ! La deuxième puissance
économique de l’Union !
Leur rêve s’est réalisé. L’extrême-droite va réduire de moitié la
contribution française au budget de l’Union qui va donc se défaire puisque les
26 autres Etats membres ne combleront pas ce trou et seront au contraire amenés
à réduire leur propre contribution. Voilà l’Amérique débarrassée de ce
concurrent économique qui lui fait tant d’ombre. Voilà la Russie libre
d’accroître sa pression sur toute l’Europe centrale afin de reconstituer une
zone d’influence perdue. Voilà l’Ukraine sans plus d’Europe unie pour faire
front avec elle et le Kremlin à même de peser sur un continent entier que ne
protégeront plus ni les Etats-Unis ni la Défense commune dont l’Union se
dotait.
Si mal nommés, les « patriotes » font de la France l’instrument de deux
puissances ennemies. Ils l’abaissent et, parallèlement, démantèlent
l’audiovisuel public pour l’offrir à de grandes fortunes amies et trahissent
leurs électeurs les plus modestes en revenant à leurs racines et réduisant
brutalement les protections sociales et les services publics.
Voilà ce qui se prépare. Voilà ce qui sera bientôt joué si les démocrates
ne se ressaisissent pas – tous les démocrates, de droite, de gauche et
d’ailleurs – mais chaque courant et sous-courant de la démocratie française
veut son candidat et espère l’emporter contre les autres sans plus voir leur
adversaire à tous.
Comment le comprendre ?
L’ego d’hommes et de femmes auxquels il est difficile de faire admettre que
n’est pas De Gaulle qui veut est une partie du problème car le mythe de l’homme
providentiel ressurgit en France à chaque moment de crise.
Or une crise, la France en traverse une puisqu’elle ne peut plus se
permettre son train de vie, qu’elle perd pied en Afrique, que l’Allemagne
prétend lui ravir sa place de première puissance militaire de l’Union, qu’elle
ne peut plus jouer la carte gaullienne de l’indépendance entre Washington et
Moscou et que l’avenir de ses grandes industries dépend de l’affirmation de
politiques industrielles européennes.
Alors même que l’Europe s’est ralliée à leurs idées de défense commune et
d’autonomie stratégique, les Français se sentent désorientés et perdus.
L’Europe parle français mais au lieu d’en tirer force et fierté, les Français
hésitent à adopter l’identité que leur offre ce spectaculaire succès politique,
fruit d’une si longue ténacité. Si stupéfiant que cela soit, ils hésitent à
endosser ce rôle d’artisans d’une renaissance et, un jour, d’une primauté
européennes.
Les Français balancent entre une identité d’hier, singulière jusqu’à
l’arrogance, et l’affirmation d’une identité européenne, pourtant autrement
plus ambitieuse et conforme à leur Histoire nationale puisque renouant avec les
temps où ils guidaient l’Europe vers de nouveaux horizons.
Dans cette présidentielle à venir, il y a la France d’hier, celle du repli
sur les siècles passés, celle d’une extrême-droite et d’une extrême-gauche
vieillies et radotantes, et la France de demain, bravant le vent du renouveau
et défrichant les chemins d’une nouvelle puissance européenne hors desquels il
n’y a pas d’autre avenir que celui de devenir le musée d’une grandeur perdue.
Le drame de cette France de demain est que ses partisans se croient encore en
guerre civile, bourgeois et prolétaires, droite et gauche, entreprises et
partageux, alors qu’il y a longtemps que la gauche défend l’entreprise et que
la droite a adopté la protection sociale. C’est ensemble qu’elles ont
aujourd’hui à les défendre l’une et l’autre contre le dumping chinois, le
revanchisme poutinien et la rupture de la solidarité atlantique. Comme à
l’Europe entière, il faut à la France un grand parti démocrate, un parti des
Lumières, de l’équité sociale et de l’innovation, de l’affirmation de l’Europe
unie contre les empires qui rêveraient de se la partager. Il est encore temps
mais comme à Londres et Berlin, le temps presse à Paris.
Pascal Canfin (député)
> Le monde bascule à vitesse grand V vers la voiture électrique.
En 2019, l'Agence Internationale de l’Energie publiait son scénario le plus
optimiste : 30% de voitures électriques dans les ventes mondiales d'ici 2030.
Ce cap vient d'être franchi en 2026, soit quatre ans plus tôt que prévu !
Depuis le début de l’année, les voitures électriques (100% électrique et
hybrides rechargeables) en Europe ont atteint 30% des ventes. Mais c’est loin
d’être une tendance européenne. Bien au contraire, c’est un mouvement mondial,
y compris dans des pays qu’on n’attendait pas. En 2025, les véhicules
électriques représentaient 37% des ventes de voitures neuves au Vietnam, 24% en
Thaïlande, 18% en Turquie ou encore 16% en Indonésie.
Le marché est en train de basculer. Partout. Et rapidement. La guerre au
Moyen-Orient et l’explosion des prix du carburant n'ont fait que renforcer
cette donne. En Europe, les consommateurs européens ont compris que la voiture
électrique était un bouclier pour le pouvoir d’achat.
Dans ce contexte, hésiter et vouloir revenir en arrière comme le propose
l’alliance de la droite et de l’extrême droite au Parlement européen c’est
prendre du retard. La batterie est au début de sa courbe technologique. Les
leaders de l'automobile demain seront sans aucune doute les champions
industriels de l'électrique. Changer radicalement les objectifs industriels au
moment précis où le monde accélère, c’est envoyer le mauvais signal au pire
moment. Laisser ce terrain aux constructeurs chinois serait une erreur
historique et un suicide pour l’industrie automobile européenne. Au contraire,
c’est le moment d’accélérer l’électrification des usages.
Maintenir le cap, c'est le seul choix cohérent pour l'avenir de notre
industrie, notre pouvoir d'achat, notre souveraineté et pour notre climat.
Grégory Allione (député)
> « Les services publics, même bien préparés, ne pourront plus faire
face seuls. » Cette phrase est dans Le Monde du 28 juin. Je la porte depuis le
premier jour de mon mandat.
Au Parlement européen, je traduis cette exigence d'anticipation à travers
quatre leviers concrets :
- Une généralisation de la formation aux gestes qui sauvent à l'échelle de
l'Union. Pour créer les conditions d'une véritable culture de la résilience.
- La révision du Mécanisme de protection civile de l'Union, dont je suis
rapporteur pour Renew Europe. Afin de faire passer l'Europe de la réaction à
l'anticipation.
- Un Erasmus de la protection civile, pour former une génération d'Européens
à une culture harmonisée de la sécurité civile.
- Une directive européenne sur l'engagement citoyen, pour garantir notre
modèle de sécurité civile qui repose sur nos volontaires.
Beaucoup se sont moqués du kit de préparation aux 72 heures, porté en mars 2025
par la commissaire Hadja Lahbib. Aujourd'hui, plus personne ne sourit. En
France, la semaine dernière : 72 départements en vigilance rouge canicule, deux
en alerte rouge feux, un record national de chaleur dès la fin juin. La saison
2026 commence dans des conditions que personne ne savait imaginer il y a cinq
ans. Depuis des années, nous le savons. 2022 a été un avertissement. 2025 a été
un tournant. 2026 est le constat. Je salue la prise de conscience générale. Ce
matin encore, le directeur général de la Sécurité civile indiquait que « le
pire est devant nous ». C'est le cas. Vraiment. Face à cela, notre réaction
doit être celle de la sobriété, de la solidarité et du pragmatisme. Ne lâchons
rien. Préparons-nous, ensemble, tous. C'est ainsi, et seulement ainsi, que nous
résisterons.
● Personnalités centristes
Clément Beaune (haut-commissaire au Plan)
> La canicule va passer, l’urgence climatique va rester. Le
commissariat au Plan apporte des diagnostics et des propositions concrètes
sur la transition écologique. Pas de « backlash écologique », pas de
« stop and go » : nous en faisons une priorité constante.
D’abord pour chiffrer les investissements massifs, publics et privés,
nécessaires pour réussir cette transition - lutter contre le changement
climatique, atteindre nos objectifs de baisse des émissions, et nous adapter au
mieux à ce dérèglement : de 60 milliards supplémentaires à mobiliser chaque
année ! C’est ce que montre le rapport de référence, de 2023, de Jean
Pisani-Ferry et Selma Mahfouz.
Ensuite, en regardant les solutions les plus efficaces pour décarboner au
plus vite, au moindre coût.
Aussi en examinant de près des enjeux essentiels liés au changement
climatique : les risques sur la gestion de l’eau, par exemple : après la
canicule, cette question majeure va revenir ! Et l’été en 2050 risque d’être en
moyenne comme celui vécu en 2022…
Ou les manières très concrètes de protéger les Français contre les risques
climatiques qui menacent leur Logement.
Et nous allons continuer : bientôt un travail, après cette canicule (qui
reviendra), sur l’adaptation de nos villes, de nos vies professionnelles, de
nos vies quotidiennes, de nos services publics.
À suivre ! Planifier pour agir et changer.
> Défense européenne : assumer la coopération
industrielle comme levier de souveraineté
La défense européenne paraît une évidence autant qu’un mystère. Une évidence
car chacun voit l’absolue nécessité d’un investissement renforcé et d’une
autonomie accrue pour l’Europe en la matière. Un mystère aussi car derrière les
termes de défense européenne ‑, des visions très différentes et parfois un
grand flou peuvent se loger. L’Europe de la défense qui s’affirme, c’est
d’abord, condition indispensable, une augmentation massive des budgets de
défense. Ce mouvement a commencé, à l’est du continent, en 2014, après l’invasion
russe de la Crimée ; la dépense polonaise de défense dépasse aujourd’hui 4 % du
PIB. La France s’y est inscrite, et aura doublé son budget de défense entre
2017 et 2027. L’Allemagne a aussi doublé son effort, en part du PIB, par
rapport à 2018, avec une très forte accélération depuis 2022. Ce fait nouveau
s’incarne dans l’adhésion des pays européens à la nouvelle cible de l’OTAN, de
3,5 % du PIB en 2035. Pour la France, un tel ratio n’avait pas été atteint
depuis 1971. Mais l’Europe de la défense, c’est aussi une autonomie accrue,
notamment sur le plan des équipements militaires, par rapport aux États-Unis. À
cet égard, la fragmentation reste massive : seulement 18 % des dépenses
européennes en matériels militaires résultent de programmes en coopération et
les pays de l’UE comptent 178 types d’équipements différents, contre 30
outre-Atlantique. Sur ce volet – l’autonomie et la coopération européennes –,
il est essentiel de développer une industrie de défense plus coordonnée et plus
forte : sans capacité collective à produire en quantité et en qualité suffisantes,
les États européens, nos partenaires, ne réduiront pas leur dépendance aux
achats américains ; les habitudes ancrées, les pressions reçues ne seront
surmontées que s’il y a un intérêt national direct à acheter autrement. Cela
passe par associer les industriels des différents pays européens à travailler
et produire davantage ensemble. Cette note inédite traduit cette double
conviction : il n’y aura pas de défense européenne crédible sans industrie de
défense plus forte et plus intégrée ; il est nécessaire de clarifier les
différents modèles industriels possibles – du morcellement actuel à une logique
de spécialisation poussée. Défense européenne : assumer la coopération
industrielle comme levier de souveraineté Notre travail identifie ainsi cinq
modèles possibles : le maintien de productions nationales séparées pour le maximum
d’équipements ; la diversification des approvisionnements ; la production sous
licence ; l’intégration complète du marché européen de défense ; des
coopérations industrielles renforcées. C’est à moyen terme ce dernier modèle –
des coopérations beaucoup plus nombreuses entre États et indus- triels
européens – qui paraît le plus réaliste et le plus souhaitable. Pour économiser
les coûts, pour assurer l’excel- lence industrielle et technologique, il ne
faut pas exclure une logique de spécialisation approfondie, où chaque État ne
viserait pas à investir tous les segments dans son industrie nationale ; mais
ce niveau d’interdépendances au sein de l’Europe suppose un seuil de confiance
mutuelle qui n’est pas encore franchi – et qui doit se construire par étapes.
La défiance américaine croissante nous aide en cela ! Dans cette nouvelle
architecture européenne de défense qui s’esquisse, quel rôle utile doit jouer
l’Union européenne en tant que telle ? Elle ne doit dupliquer ni l’OTAN ni les
États membres. Par ses moyens juridiques et financiers, par son cadre même,
l’UE doit devenir le grand facilitateur des efforts de défense nationaux et de
coopérations industrielles fortes. Avec trois missions centrales : encourager
les projets industriels associant plusieurs États membres, par des incitations
financières (cofinancement par le budget européen) ; favoriser les efforts
d’innovation, pour lesquels les habitudes nationales sont moins enracinées et
sur lesquelles la commande publique peut jouer un rôle puissant d’accélérateur
(commande commune de drones, robo- tique…) ; suivre les engagements pris par
les États membres pour garantir leur réalisation (comme en matière budgétaire,
avec des indicateurs propres à l’UE et une revue annuelle pour suivre les
écarts entre trajectoire annoncée et dépense de défense effective, et la
convergence vers un objectif de 1 % européen ‑, soit 1 % du PIB au minimum
consacré à l’achat de matériels militaires européens…). Cette ambition implique
– malgré l’échec récent du projet commun d’avion de combat (SCAF) ou plutôt en raison
de son abandon – une relance franco-allemande forte avec un double agenda :
bilatéral, par l’identification rapide de projets industriels communs,
associant potentiellement d’autres États membres ; européen, en promou- vant
ensemble le renforcement des outils de l’UE, à commencer par son budget
pluriannuel, en encourageant ce triple rôle de facilitateur, au service d’une
défense européenne plus puissante et plus autonome.
Sarah El Hairy (haut-commissaire à l’Enfance)
> Une politique de l’enfance ne peut réussir sans une politique de
parentalités. Les propositions remises dans le cadre des assises du soutien à
la Parentalité renforcent un cap : faire de la prévention l’investissement le
plus utile pour protéger les enfants.

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