Voici une sélection, ce 20 septembre 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France.
► Emmanuel Macron (Président de la République)
> De l’autre côté de l’Atlantique, à quelques kilomètres du Canada, bat un
cœur français, Saint-Pierre-et-Miquelon. Très fier et heureux de venir à votre
rencontre durant deux jours. L’océan nous sépare, l’essentiel nous
rassemble : nos valeurs, un destin commun, la République.
> À Miquelon, la montée des eaux menace l’avenir d’un village. Face au changement climatique, il nous faut nous adapter. Nous relocalisons le village pour protéger ses habitants et permettre aux générations futures de continuer à vivre sur leur terre. Nous adapter, sans jamais nous résigner. Nous continuerons à œuvrer pour protéger les territoires menacés, réduire nos émissions de gaz à effet de serre et limiter le réchauffement. Malgré les crises qui bouleversent le monde, le climat doit rester le combat de notre siècle. Ce message essentiel, je le réaffirmerai aux Nations unies dès demain. Pour Miquelon, pour tous nos territoires, pour les générations à venir.
> Bienvenue à Saint-Pierre-et-Miquelon, cher voisin Mark Carney! Moment historique. Première visite officielle d’un Premier ministre canadien sur cette terre française d’Amérique du Nord. Dans un monde en crise, notre amitié est une force. Nous affirmons ensemble notre souveraineté, notre liberté de décider et notre volonté de bâtir un avenir de paix et de prospérité.
> Bonnes Journées européennes du patrimoine à toutes et à tous. Nos monuments, nos paysages, nos forêts, nos savoir-faire et nos traditions : notre patrimoine raconte notre histoire et fait vivre nos territoires. Depuis 2017, nous avons fait de sa sauvegarde une priorité. Restaurer, protéger, faire renaître. Avec la Mission Patrimoine et le Loto du patrimoine, avec une mobilisation exceptionnelle de la Nation, nous avons agi partout en France pour préserver cet héritage commun. La renaissance de Notre-Dame de Paris a montré ce dont nous sommes capables lorsque nous unissons nos forces. Cet élan doit continuer de nous inspirer. Mais notre patrimoine ne se réduit pas aux pierres. Nos forêts et nos paysages sont aussi une part vivante de ce mémoire national. Face au dérèglement climatique et aux incendies cet été, nous devons mieux les préparer à l’avenir. C’est le sens de notre mobilisation aux côtés des acteurs de terrain. Parce que préserver notre patrimoine, c’est le rendre accessible à tous, nous lançons le Pass Patrimoine. Il donnera accès à plus de 500 sites partout en France. Merci aux élus, aux associations et mécènes, aux artisans et bénévoles, qui font vivre chaque jour nos trésors. Notre patrimoine est notre mémoire, notre fierté et notre avenir. À nous tous de le protéger, le partager et le transmettre.
► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans cette liste alors qu’il
n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de Renaissance, parti
centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un homme de droite;
c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du fait qu’il a
composé un gouvernement d’axe central.]
> Redresser les finances publiques, c’est aussi préserver la capacité d’agir
des élus locaux. En 2027, les ressources des collectivités progresseront au
rythme de l’inflation : plus de 5 milliards d’euros supplémentaires, après leur
contribution à l’effort national. L’État s’appliquera donc une discipline
beaucoup plus forte : ses dépenses resteront stables, hors réarmement et
intérêts de la dette. Je fais confiance au Sénat, en lien avec les associations
d’élus, pour proposer la répartition la plus juste de l’effort : tenir compte
des responsabilités de chacun, reconnaître les efforts déjà accomplis et
protéger les collectivités les plus fragiles. Un cap clair, des modalités
ouvertes au dialogue, une priorité : préserver les services de proximité et
l’investissement local.
> Août 1944. La France est libre. Il faut désormais la relever. De Gaulle prend la tête du Gouvernement provisoire. Entre Brienne et Matignon, l’État se réorganise. Et partout en France, celui qui était jusqu’alors, pour beaucoup, la voix de Londres devient un visage, au contact d’un pays qui sort de la guerre. Pour les Journées européennes du patrimoine, les jardins de Matignon racontent ces années 1944-1946 à travers des photographies d’archives rarement, voire jamais, montrées au grand public. Deux années où l’urgence n’a jamais empêché de préparer l’avenir.
► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Catherine Vautrin (ministre des Armées et des Anciens
combattants)
> À Doha aujourd’hui, je me suis entretenue avec Cheikh Saoud bin
Abdulrahman al Thani, vice-premier ministre et ministre d’Etat chargé des
affaires de défense du Qatar. Nous avons échangé sur la situation régionale et
sur la nécessité de rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
Nous œuvrons ensemble pour la sécurité et la stabilité dans la région. Aux
côtés du Qatar, la France reste un allié fiable et fidèle.
> Aux côtés du ministre de l’Intérieur, à la réunion des préfets de zone et des hauts fonctionnaires de défense et de sécurité, en présence du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale et des officiers généraux des zones de défense et de sécurité pour renforcer la résilience du pays face à l'amplification des risques et des menaces. Face à des menaces plus nombreuses, plus hybrides et plus imprévisibles, la France doit être prête. Les armées prennent toute leur part à cet effort, aux côtés des services de l’État, des collectivités et de l’ensemble des acteurs de terrain. La résilience nationale repose sur notre capacité à anticiper, à nous entraîner ensemble et à mieux coordonner nos réponses, partout, pour tenir dans la durée : c’est tout le sens de cette mobilisation.
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et des Affaires
étrangères)
> Le prochain président de la République n'aura pas de majorité
parlementaire spontanée. Cessons de faire de cette élection présidentielle
l'alpha et l'oméga de la vie politique française. Changeons de pratique.
L'espace politique a changé, s'est reconfiguré : voyons ce moment comme une
opportunité de dissocier l'élection présidentielle des élections législatives.
Soyons la clé de voûte de la coalition qui se présentera en force aux
élections. Quel que soit la présidente ou le président élu au mois de mai prochain.
> Si nous voulons reconstruire la France, il faut redonner de la liberté aux Français.
> Après l'élection présidentielle, soit notre pays restera la force motrice qui déplace l'Europe vers plus d'indépendance ; soit il tournera le dos à cette construction politique inédite de notre histoire et c'est l'ensemble de l'édifice qui vacillera.
> Nous risquons d'être pris en tenaille entre deux géants, la Chine et les États-Unis. Est-ce que l'Europe est condamnée à subir ? Non, elle peut être une superpuissance au XXIe siècle si elle en a le courage et la volonté.
Stéphanie Rist (ministre de la Santé, des Familles, de
l’Autonomie et des Personnes handicapées)
> Des arrêts de travail qui se prolongent peuvent conduire à un éloignement
durable de l’emploi. Nous accélérons le déploiement de parcours de soins de
réadaptation et de réhabilitation pour mieux accompagner les assurés en arrêt
de longue durée et favoriser leur retour à l’emploi. Nous renforçons également
la lutte contre le nomadisme médical, pour sanctionner les abus manifestes.
Eléonore Caroit (ministre délégué auprès du
ministre de l’Europe et des affaires étrangères chargée de la Francophonie, des
Partenariats internationaux et des Français de l’étranger)
> Dans un contexte international particulièrement difficile et à quelques
mois des élections, nous devons doter notre pays d’un budget à la hauteur des
enjeux, qui garantisse la stabilité et la continuité de l’action de l’État.
● Autres ministres
Edouard Geffray (ministre de l’Education nationale)
> La chute des naissances comme le changement climatique nous imposent
d'avoir une vision à long terme pour notre Ecole. Ma conviction profonde est
que nous devons :
- faire de l'Ecole un élément d'aménagement du territoire ;
- nous emparer de la baisse de la démographie pour garantir l'accès à la
diversité de l'offre scolaire, notamment en milieu rural ;
- Construire une vision partagée et pluriannuelle de la carte scolaire avec les
collectivités territoriales ;
> La maîtrise de la langue est un élément essentiel
pour l’obtention du brevet et du baccalauréat et une condition pour poursuivre
des études supérieures.
C'est une évidence de bon sens, mais le cadre n'avait jamais été clarifié ni
rendu public. J'ai donc demandé à l'Inspection générale de l’éducation, du
sport et de la recherche (IGÉSR) d'expliciter ces éléments de barèmes afin que
les futurs candidats les connaissent dès le début de l'année.
Pour la première fois, un barème précis pour chaque épreuve du brevet et du
baccalauréat a été rendu public ce jeudi.
Concrètement, la qualité de l’expression
sera prise en compte à hauteur de deux points minimum, quelle que soit la
discipline. Dans celles où la rédaction est centrale, comme le français ou l’histoire-géographie,
il ne sera pas possible d’obtenir la moyenne sans maîtriser l’essentiel des règles.
Pour s'y préparer, il existe des méthodes simples : identifier ses erreurs
récurrentes pour réviser les règles de grammaire, de syntaxe ou d'orthographe
pour les corriger ; procéder à des relectures méthodiques ; lire tout au long
de l'année pour travailler son expression et son vocabulaire.
La juste exigence n'est pas un gros mot : elle vise à tirer vers le haut les
élèves. A les «élever», au sens propre, c'est-à-dire à les amener à leur plein
développement. Pour eux, et leur avenir.
> L’avenir de nos écoles se construit de manière pluriannuelle avec ceux qui font vivre nos territoires. Cet après-midi, à la préfecture de Meurthe-et-Moselle, j’ai échangé avec les élus du département, l’un des 18 qui expérimentent la nouvelle manière d'élaborer la carte de l'offre scolaire des 5 prochaines années. Baisse du nombre d'élèves, utilisation de sites scolaires communs à l'école et au collège, mise en cohérence des investissements et de la démographie scolaire, transports, diversité de l'offre : tout cela doit être travaillé en commun. Une méthode : partir des réalités locales, anticiper les besoins et construire ensemble l’offre scolaire, pour donner à chaque enfant les meilleures conditions d’apprentissage. Merci aux élus pour la qualité de nos échanges !
> La culture ouvre les horizons, donne des repères
et forme des citoyens libres. L’École doit en ouvrir les portes à chaque élève.
Aujourd’hui à Nancy, les collégiens de Niki de Saint Phalle et de La Craffe en
font la démonstration : théâtre, arts plastiques, cinéma, médias, découverte du
patrimoine… Ils rencontrent les œuvres, pratiquent et créent.
Pour que cette ambition bénéficie à tous, il faut aller plus loin. Nous allons
:
- Faire découvrir le patrimoine de proximité, en encourageant les partenariats
entre les établissements scolaires et les lieux culturels qui les entourent.
- Donner le goût de lire, avec des recommandations de lecture adressées aux
familles avant chaque période de vacances.
- Transmettre le goût des grandes œuvres : chaque mois, une personnalité
partagera une œuvre littéraire ou cinématographique qui l’a marquée,
accompagnée de ressources pédagogiques pour les classes.
- Passer du petit au grand écran, avec la publication, dans les prochains
jours, d’un référentiel pour construire un parcours progressif d’éducation au
cinéma et à l’image animée.
- Mieux reconnaître le rôle des professeurs documentalistes, véritables
passeurs de culture.
Connaître, rencontrer, pratiquer : chaque élève doit pouvoir vivre ces trois
piliers de l’éducation artistique et culturelle.
► Partis politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes
et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire général de Renaissance, président du
groupe Ensemble pour la république à l’Assemblée nationale)
> Désormais, plus personne ne peut faire semblant de ne pas voir la menace
que fait peser la Russie sur la France et l’Europe. Les choses ont été dites
clairement aux Français : nous sommes testés chaque jour un peu plus par un
régime qui nous désigne comme son ennemi. Désormais, personne ne peut délier
notre sécurité de celle de l’Ukraine. Le combat qui se mène là-bas, en fixant
la Russie, est notre dernier cran de sûreté. La suite, on la connaît ; le
régime poutinien ne tient que par la guerre et la guerre, il continuera à la
faire. Si l’Ukraine tombe, ce sera au tour de l’Union européenne. Désormais,
quand des candidats à la présidence n’assistent pas à une réunion organisée par
le chef de l’État pour leur partager des informations, cela ne doit plus être
considéré comme un problème politique mais comme une question de patriotisme.
Désormais, toute proximité avec les intérêts russes doit être considérée pour
ce qu’elle est : le choix d’un camp qui n’est pas celui de la France.
Désormais, nous sommes dans un monde où notre liberté dépendra de notre unité.
> Ma position sur l'immigration est claire, je l'ai dit dès mon arrivée à Matignon : la France doit accueillir moins, pour accueillir mieux. Je refuserai toujours de rentrer dans les théories de grand remplacement. Ce sont des sont des théories racistes. Je refuse de dresser les Français les uns contre les autres en pointant du doigt ceux qui sont issus de l'immigration.
> Face aux États-Unis, face à la Chine, face à la Russie, je propose de bâtir les États-Unis d’Europe. Pour un marché unique, une monnaie unique et une véritable économie unique. Pour nous permettre de devenir une puissance capable de s'affirmer dans le monde.
> Face à la flambée des prix du carburant, je souhaite protéger et soutenir les Français qui travaillent. Je souhaite protéger et soutenir les Français qui ont besoin de leur voiture pour travailler.
> « Couper le robinet » à l’Ukraine comme vous le souhaitez, Marine Le Pen, ne ferait qu’empirer la domination, et donc la menace, de la Russie. Y compris sur l’Europe et sur la France. Ce double discours est insupportable et irresponsable. Un communiqué de presse n’effacera rien de ce que vous êtes vraiment.
> [Poutine met la main sur les actifs russes de Nestlé, Auchan et l'ex-Leroy Merlin] Et pendant ce temps, l’Europe hésite et tergiverse encore à saisir et utiliser les avoirs russes qu’elle héberge, pour financer le soutien à la défense ukrainienne. Tous les indicateurs sont au rouge : la Russie multiplie ses attaques contre nous et nos alliés. Pour nous diviser et nous faire céder. Nous avons un outil pour faire payer sa guerre à la Russie. Il y a urgence. J’appelle à nouveau à utiliser les avoirs russes gelés en Europe pour soutenir le peuple ukrainien.
> Des cloches de Notre-Dame aux plus petits édifices de nos villages, notre patrimoine, c'est notre identité. C'est l'âme de la France. C'est ce que nous avons de plus précieux. C'est notre héritage et autant de raisons d'être fier. Fier d'être un peuple bâtisseur, qui a toujours su éblouir le monde. Notre patrimoine est notre mémoire et notre trésor. En tant que président, nous mènerons des actions fortes pour le mettre à l'honneur, l'entretenir et parfois aussi le sauver. Bonnes Journées du Patrimoine à toutes et à tous ! Et reconnaissance aux ingénieurs et aux artisans d'art qui, tous les jours, font des merveilles pour préserver et transmettre.
Agnès Pannier-Runacher (députée)
> Ce qui flingue aujourd’hui l’économie française et l’économie mondiale
c’est la politique de Trump. Il a imposé des droits de douane au monde entier,
qui pénalisent nos entreprises et nos exportations. Et avec la guerre contre
l’Iran qu’il a déclenché tout seul, le prix du pétrole a explosé. Il a sorti le
dentifrice du tube. Et aujourd’hui, il ne sait plus très bien comment le
remettre dans le tube.
> Le sujet, c’est d’aider les Français, d’avoir un pays stable et de faire preuve de responsabilité. Avec Renaissance, nous voulons un budget au 1er janvier pour ne pas mettre les Français en difficulté et faire en sorte que ce budget soit le moins mauvais possible. Nous n’allons pas arriver avec une caisse de propositions. La vision que nous avons pour la France, nous la porterons pendant la campagne 2027. Et celui qui gagnera pourra changer le Budget en cours d’année. Mais il faut être sérieux. Nous ne pouvons pas augmenter les taxes alors que nous sommes déjà l’un des pays les plus taxés d’Europe. Les gens ne supportent plus l’impôt.
> Sébastien Lecornu a fait une chose importante : il a prolongé les aides au carburant. Dans ce moment difficile, oui, il faut aider les Français. Mais il faut bien distinguer deux choses : aider les Français qui en ont besoin à payer leur carburant et subventionner les énergies fossiles. Baisser la TVA sur les carburants, c’est indirectement soutenir la consommation de pétrole et de gaz. Alors que ce qui compte, c’est que les aides reviennent directement aux Français.
Elisabeth Borne (députée)
> Demain, personne ne gouvernera seul. Il faut en tirer les
conséquences. Une dose de proportionnelle, c'est faire vivre le pluralisme et
imposer une culture du compromis. C'est l'ADN du Centre : convaincre,
rassembler et bâtir des majorités capables d'agir.
> Les extrêmes ont toujours besoin d'un coupable : l'étranger, le riche, l'entreprise, le Conseil constitutionnel, l'Etat. C'est un mécanisme simple : désigner, opposer, fracturer. L'Etat de droit, lui, ne désigne pas d'ennemis. Il protège les Français et leur avenir.
> Nous sommes aujourd'hui à un moment particulier de notre histoire. La guerre est revenue sur le continent européen. Le droit est chaque jour davantage remis en cause. Certaines dépendances que nous avons acceptées sont devenues des vulnérabilités.
> La marche est encore haute pour la transformation écologique qui renforcera notre souveraineté, notre économie et notre capacité à préparer un avenir meilleur. Cette transformation doit être pragmatique, à l'écoute, ambitieuse et constante.
> Les extrêmes nous donnent une leçon sur l'absurdité du dogmatisme : LFI veut sortir du nucléaire, le RN veut sortir du renouvelable. On a pourtant impérativement besoin de ces deux énergies complémentaires.
● MoDem
François Bayrou (président)
> [Discours de clôture lors l’université
de rentrée du MoDem]
(…) Cet événement, il intervient au moment où la situation nationale et
internationale est la plus dure, la plus difficile, la plus menaçante que la
France ait connue depuis la guerre. Alors vous connaissez tous les étapes de
cette accumulation de menaces.
Il y a quatre ans et demi, la guerre d'agression et d'annexion que Poutine a
lancée contre l'Ukraine est venue bouleverser l'ordre international, et
reconnaissons — tous ceux qui étaient dans cette équipe — que nous l'avons vu
et nommé dès la première minute, et que nous avons depuis la première minute
considéré qu'une partie du destin de notre Europe et de notre destin à nous, et
peut-être une partie essentielle de ce destin, se jouait là-bas, dans les
plaines de l'Ukraine. Et qu'au moment où tout le monde considérait que
l'affaire était jouée, nous, au contraire, nous mobilisions les forces pour
cela, les forces de notre pays, autant que cela était en notre pouvoir, et les
forces locales.
Je veux rappeler que nous avons été un certain nombre, élus locaux, villes,
départements, régions, à accueillir les réfugiés d'Ukraine, et les réfugiées
aussi, les réfugiés d'Ukraine, qui ont trouvé chez nous accueil, sourire,
soutien et solidarité. Alors merci à tous ceux qui ont fait cela.
Et puis merci au peuple ukrainien. Qui aurait dit, qui parmi les savants, les
sachants, les experts, qui aurait dit que le peuple ukrainien, au bout de
quatre ans et demi, serait non seulement en train de résister, mais en train
d'avoir équilibré les forces agressives ? Je me souviens très bien de plusieurs
responsables politiques, je me souviens très bien de Jean-Luc Mélenchon par
exemple — vous chercherez la vidéo, elle existe — qui dit, devant une caméra de
télévision : "Mais qui peut imaginer que l'Ukraine résiste plus de
quelques jours à l'armée russe ?" Et c'est ces gens-là qui veulent
conduire le destin du pays.
Ceux qui disaient — je me souviens très bien de Marine Le Pen, qui disait «
mais qui peut imaginer que Poutine veuille envahir l'Ukraine ? Tous ceux-là n'y
connaissent rien. Qu'est-ce que Poutine et les Russes iraient faire en Ukraine
? » Vous chercherez la vidéo. Ces déclarations-là, elles devraient à jamais, ne
serait-ce que pour cette raison, disqualifier les responsables qui les ont
tenues, au vu et au su de tout le monde, alors que l'essentiel de la liberté et
de notre avenir était en jeu.
J'ai beaucoup d'admiration pour le peuple ukrainien, pas seulement parce qu'il
a tenu, et c'est remarquable, comme on dit, la résilience qui a été la sienne,
et qu'autour de Marc, nos députés sont allés découvrir et nous ont raconté de
manière tellement émouvante. Ils étaient totalement bouleversés intérieurement.
Ils sont allés découvrir ce qu'était la vie de tous les jours, sous les
alertes, sous les alarmes, sous les menaces, avec un million de morts et de
blessés. Et autant évidemment en Russie. Les vies humaines, je ne les compte
pas en fonction de leur carte d'identité ou de leur étiquette.
Pas seulement parce qu'il a tenu, mais parce qu'il a, pour tenir, pour
sauvegarder son avenir et son identité, réinventé l'art de la guerre. Il a tout
seul, par sa créativité, sa capacité, sa technologie — il a tout seul, ce
peuple ukrainien, qui avait, je le rappelle, renoncé volontairement à l'arme
atomique. Volontairement. Et en renonçant volontairement à l'arme atomique, il
avait reçu l'assurance de tous les pays libres qu'on ne le laisserait pas seul
si un jour, inimaginablement, il y avait une agression, il y avait un
engagement que nous avions pris et qu'il avait reçu en le prenant pour
certitude.
Et il s'est lancé dans une réflexion technique, technologique, sociologique sur
la manière dont le faible pouvait résister au fort. Celui qui n'avait pas
grand-chose pouvait résister à la puissance des armes, du nombre des armes. Et
je trouve extraordinaire — je suis certain que les historiens consacreront des
thèses et des volumes à cette capacité de vie — qui s'est exprimée en
choisissant les chemins les plus contemporains et les plus modernes, et donc «
Slava Ukraïni », « Gloire à l'Ukraine ».
Et puis se sont ajoutés à cela deux événements qui, eux, ont leur origine non
pas à Moscou mais à Washington. Deux événements majeurs, inimaginables, même
pour ceux qui, depuis longtemps, dans la trace du général de Gaulle, avaient
plaidé pour qu'on n'accepte pas la dépendance totale à l'égard des États-Unis.
Tout à l'heure Thierry l'a dit, nous sommes les héritiers, nous, peuple
français, de cette volonté et de cette vision. Nous disions, attention, on ne
peut pas s'en remettre aux seuls États-Unis.
Mais jamais, j'en témoigne, jamais nous n'aurions imaginé que l'histoire nous
placerait devant le renversement des alliances que Trump a voulu, dont nous
avons été les victimes : au lieu d'être alliés, nous sommes devenus des cibles.
Et je l'ai dit comme Premier ministre — je crois avoir été le seul Premier
ministre de l'Union européenne à l'avoir dit — lorsque l'accord scandaleux de
ce golf en Écosse a fait que la présidente de la Commission, au nom de l'Union
européenne, est allée s'agenouiller devant Trump pour accepter les conditions
symboliquement inacceptables qu'il nous imposait. Et j'ai dit à cette époque, à
la minute où cet accord a été signé et annoncé à grands sons de trompe, j'ai
dit que cet accord était une honte, que c'était un jour de honte pour l'Europe
qui avait été désigné ce jour-là.
Et puis deuxième événement, la guerre au Moyen-Orient, la guerre décidée par
les Israéliens et le président américain, le gouvernement israélien et le
président américain, Netanyahou et Trump. La guerre déclenchée avec la naïveté
de ceux qui croient qu'ils savent tout et qu'ils ont les moyens de résoudre la
question par la violence. Et on a invité hier le général Yakovleff, qui, en
direct, avait dit « vous n'y arriverez pas ». Ils ont fait ça. Et contrairement
à ce qu'ils imaginaient, la question n'a pas été tranchée, elle a été
durablement prolongée par le risque et la crise internationale et, en
particulier, économique qu'elle déclenchait.
C'est très simple. À l'Élysée, avant-hier, ont été présentés aux responsables
politiques les chiffres et les éléments précis, stratégiques. La fermeture des
deux détroits, le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab-el-Mandeb — cette
fermeture de ces deux détroits, c'est 30 % du commerce de pétrole dans le
monde. 30 %. Quand on sait, monsieur le commissaire, ce que représente comme
déstabilisation 3 %, parce que les prix, les placements, la crainte qui en
découle... alors 30 %.
Ce qui fait que couramment, comme vous le voyez, les consommateurs français,
notamment les plus fragiles des consommateurs français, ceux qui dépendent de
leur voiture pour aller travailler et ceux qui dépendent du fioul pour leur
chauffage, parce qu'ils sont éloignés des grandes villes, ils découvrent
aujourd'hui — et c'est un problème pour nous tous, qu'il va falloir traiter, ou
en tout cas il va falloir proposer des éléments de réponse — ils découvrent
tous ce que pourrait être un prix du carburant autour de 3 euros, dit-on, le
litre de fioul, et ce que ça veut dire pour l'hiver qui s'approche.
Et tout à l'heure Thierry recevait sur son téléphone une photo d'un
consommateur français qu'il me montrait, et qui avait collé sur la pompe à
essence une étiquette « Merci Trump ». Il ne faut pas oublier qu'il y a des
responsables à ce qui s'est passé. Et que nous, les gouvernements français, les
responsables français, ne sommes pas ces responsables-là. C'est une situation
que nous subissons.
La crise agricole
Ça veut dire, dans la complexité de la situation, il y a aussi des éléments qui
sont inéluctables. Et la sécheresse en a été un, et Marc a eu raison de dire
ici, d'évoquer ici, la situation des paysans français. Devant des récoltes
absolument écrasées par le climat, devant des prairies desséchées et devant des
champs de maïs où désormais aucun de ceux qui les avaient semés n'est assuré de
retrouver même le prix de la semence qu'il avait déposée là. Il y a une
tragédie qui est en cours pour les agriculteurs français, qui est du même ordre
et peut-être pire encore que 1976, et ceci aussi est une contrainte que, comme
responsable, co-responsable de notre pays, nous devrons assumer.
Ce salut et cette déclaration sont adressés à tous ceux qui, aujourd'hui, dans
leur exploitation, sont dans l'immense inquiétude de ne pas savoir de quoi
demain peut être fait.
Et tout cela, c'est un prélude à un changement de monde. Et c'est dans ce
changement de monde que nous sommes entrés. Je viens de parler du changement de
monde géopolitique, mais il faut parler du changement de monde qui s'impose à
la société française.
Alors, je ne parlerai pas longuement, pour l'avoir fait beaucoup, de la crise
financière qui vient. Je ne dis pas de la crise financière qui risque de venir.
Je dis de la crise financière qui vient, sans que, à mes yeux en tout cas, il
n'y ait aucun moyen de l'éviter. On peut trouver des moyens de la rendre moins
cruelle. Ça demande du courage, ça demande des choix, pour aujourd'hui et pour
l'avenir. Je ne suis pas absolument certain que jusqu'à maintenant ces choix
aient été faits.
Cette crise financière, vous connaissez les deux chiffres. Le chiffre officiel
paru hier, c'est que nous venons de franchir la barre des 120 % de notre
produit national pour une année pour la dette, pour le stock de dette. Et que
nous allons très vite vers la barre des 100 milliards de charges des intérêts
de la dette annuelle, dus sans qu'on puisse évacuer cet engagement — 100
milliards — alors que le produit total de l'impôt sur le revenu de tous ceux
que vous payez, vous, dans cette salle, que paient tous vos frères, tous vos
cousins, tous vos amis, tous vos voisins, et tous les foyers fiscaux dans notre
pays, le total, c'est 90 milliards. La totalité de l'impôt sur le revenu que
vous acquittez et que vous trouvez trop lourd ne suffira plus l'année prochaine
à atteindre le montant des intérêts de la dette — pas du remboursement de la
dette, des intérêts de la dette. Et nous allons vers 120 ou 130 milliards, dit
la Cour des comptes, en 2030, c'est-à-dire demain matin.
Évidemment, cet argent-là n'est pas... Cette marée qui monte, elle nous
interdit d'imaginer des politiques auxquelles on devrait avoir recours pour
l'éducation nationale, pour la santé, pour la justice, pour tout ce dont nous
aurions besoin pour rebâtir et reconstruire le pays.
Alors je dis au passage que lorsque cette crise arrivera, plus tôt, peut-être
très tôt, ou plus tard, les Français poseront une question toute simple. Ils
diront qui nous l'avait dit, qui nous a alertés, qui nous a avertis, qui nous a
mis en garde et qui nous a proposé un chemin. Et à cette question, il n'y aura
qu'une seule réponse, seule. Depuis le premier jour, seuls, de désert en
désert, seuls de risque politique en risque politique, nous avons dit la vérité
aux Français, parce que nous savions que seule la vérité permet d'agir, de se
ressaisir et de se reconstruire.
Et ne croyez pas que ce soit par hasard. Ceci est notre ligne, notre sillon si
j'ose dire pour les plus avertis. Ceci est notre ligne, et vous savez bien
quelle est la définition de la démocratie que Marc Sangnier — j'évoquais le
sillon en souriant — a formulée. Il a dit : la démocratie est l'organisation
sociale qui porte à son plus haut la conscience de la responsabilité du
citoyen. Nous avons construit la conscience, l'information, l'analyse qui
permet de savoir où on en est, pour construire la responsabilité, qu'on s'y
mette tous ensemble.
Et cette idée que la vérité seule permet de reconstruire, cette vérité, c'est
la traduction de l'estime que des citoyens doivent porter, même s'ils sont dans
les situations de responsabilité, surtout s'ils sont dans les situations de
responsabilité. J'estime qu'ils doivent porter un peuple de citoyens qui doit
choisir son avenir, et avec qui nous devons regarder en face les impératifs qui
seuls nous permettront de redresser la situation.
Une fois qu'on dit ça, qui est notre immédiat avenir, il y a une question qui a
été posée à plusieurs reprises à cette tribune, c'est celle de notre action
publique, de notre État bien sûr, mais pas seulement, aussi de l'action
publique locale. Pour des résultats qui ne sont pas meilleurs que les autres,
nous dépensons 20 % de plus que nos voisins. Et il n'est pas vrai que les
résultats obtenus justifient l'utilisation de ces 20 %. On pourrait le défendre
si on avait des moyens, parce que les urgences de court et de long terme
auraient exigé qu'on fasse cet effort. Mais en vérité, les résultats ne sont
pas meilleurs que les autres.
Ça nous place donc devant une certitude, c'est que nous ne pouvons pas en
rester à la perpétuation de ce qui a été fait. La réponse ne peut pas être dans
la reconduction, même avec des améliorations marginales, de ce qui a été fait.
Je le dis parce que nous sommes tous évidemment solidaires d'un certain nombre
de décisions qui ont été prises, et depuis longtemps, parce que c'est une
affaire qui monte depuis 50 ans. Mais aujourd'hui, ça ne peut pas durer comme
ça.
Je donne un chiffre que j'ai déjà cité à la tribune. Si nous regardons la
production par habitant, le PIB par citoyen, le PIB par citoyen et famille de
notre pays, le PIB des Pays-Bas — ce n'est pas le Pays-Bas, ce n'est pas un
pays qui est tellement supérieur ou serait tellement supérieur à nous — le PIB
par habitant des Pays-Bas est de 30 % supérieur au PIB français. Et le PIB de
nos voisins immédiats est de 15 % supérieur au PIB français. Est-ce que vous
imaginez ce que serait notre vie à tous, notre vie de famille, notre vie de
salariés, si nous avions des ressources de 30 % ou même de 15 % supérieures à
celles que nous avons ? Et ce que serait la situation de notre État s'il avait
des ressources de 30 % ou de 15 % supérieures à ce que nous avons ?
Alors j'ai essayé d'analyser poste par poste les raisons pour lesquelles les
Pays-Bas en étaient là. Alors je vais faire de la peine sans doute à des gens
qui nous conduisent constamment dans des chemins qui sont des impasses. Il y a
deux points sur lesquels les Pays-Bas s'affirment par rapport à nous. Le
premier de ces points, c'est l'accueil des entreprises. Et le deuxième de ces
points, c'est la quantité de travail.
Accueil des entreprises et quantité de travail, je pense très souvent à cela.
En France, les entrepreneurs et les entreprises sont devenus une cible. Cible
de beaucoup de démagogues, des très grandes aux toutes petites. Je dis les très
grandes pour ne pas éluder les sujets.
Nous sommes un pays qui vit, comme tous les pays du monde, de ses
hydrocarbures, de son pétrole, enfin des produits transformés du pétrole et du
gaz. Et ces hydrocarbures sont produits par cinq, allez, quatre ou cinq très
grandes entreprises dans le monde. Nous en avons une en France, TotalEnergies.
Elle est ciblée tous les jours par tous les démagogues de la planète. On ne dit
rien des autres qui profitent de l'affaiblissement possible de notre entreprise
nationale pour prospérer sur ses difficultés et sur ses décombres. Je rappelle
que cette entreprise française a été la seule à plafonner les prix à la pompe,
et qu'on ferait mieux, au lieu de les attaquer, d'interroger les autres qui ne
font pas le même effort.
Mais c'est vrai aussi pour les entreprises plus petites, c'est vrai jusqu'aux
artisans, jusqu'aux entreprises de main-d'œuvre, qui voient par exemple les
charges prélevées par l'URSSAF augmenter très souvent sans même qu'on les ait
averties, sans qu'on comprenne la totalité de la logique, et qui fragilise
l'emploi qu'elles portent, et qui fragilise plus encore que cela, c'est-à-dire
le moral des femmes et des hommes qui entreprennent. Ils ont le sentiment
d'être incompris, qu'il n'y a rien à faire, au point que très souvent, ils
renoncent à la transmission. Regardez les artisans autour de vous. Eh bien,
nous nous honorons de vouloir être les défenseurs de ceux qui sont ainsi
attaqués et qui ont, au contraire, mérité d'être défendus et soutenus.
Alors devant toutes ces difficultés, tout le monde va dire il faut des moyens.
Vous savez, c'est la formule magique de notre pays. Il faut des moyens, des
moyens supplémentaires. Et tous les menteurs, tous les démagogues qui
fleurissent en période électorale vont évidemment promettre des moyens
supplémentaires, distribuer l'argent larga manu, d'une main généreuse,
distribuer comme autant de victoires.
Il y avait une devise célèbre qui était « je sème à tout vent ». C'est la
devise du petit Larousse. Si vous regardez le petit Larousse, il y a une fleur
de pissenlit qui envoie les graines au loin. Ça fait très longtemps qu'en
France, la vie publique, médiatique et civique consiste à applaudir ceux qui
signent des chèques sans jamais s'interroger sur la manière dont on va
recueillir les moyens ainsi distribués.
Eh bien, je veux dire, pour être absolument transparent, si on doit la vérité à
notre peuple, il faut dire que les perfusions, les doses, l'opium de dépense
publique, tout cela va devenir impossible, parce que des moyens
supplémentaires, il n'y en aura plus. Des moyens supplémentaires, on n'en
trouvera pas.
Et donc, notre ligne, si on veut être sincère, si on veut dire la vérité, dit
que s'il n'y a pas de moyens supplémentaires, alors l'obligation, c'est une
puissante réorganisation du pays, une puissante réorganisation de l'action
publique dans tous les domaines que nous avons évoqués, et que nous allons
devoir faire mieux, beaucoup mieux. Beaucoup plus efficace, beaucoup plus
attentif, beaucoup plus généreux, beaucoup plus incitatif. Nous allons devoir
faire beaucoup mieux avec moins. Personne n'ose le dire. Alors soyons ceux qui,
au moins, l'affirmons, à l'entrée de cette période critique dans laquelle nous
allons vivre : c'est notre devoir et c'est notre fierté.
Et donc ça veut dire que notre pays — je parlais de l'Ukraine à l'instant —
comme l'Ukraine a su le faire pour vaincre ses démons extérieurs, nous, nous
devons le faire pour vaincre nos démons intérieurs, pour lutter, pour ne pas
accepter, pour résister et pour inventer les moyens de suppléer aux difficultés
que nous avons identifiées, qui menacent notre survie, et devant laquelle,
jusqu'à maintenant, notre pays n'a pas su répondre comme il aurait dû, et dans
laquelle, en tout cas, nous savons qu'il n'y a de survie possible que si nous
résistons et si nous inventons un chemin nouveau. C'est exactement ce que nous
sommes en train de faire ici.
Alors, il y a les échéances immédiates. Les ministres du gouvernement, que je
salue affectueusement pour chacun d'entre eux, que les parlementaires de notre
mouvement, que je salue et que je remercie, Marc, pour chacun d'entre eux, ils
connaissent bien ces échéances. La première de ces échéances, c'est le budget
que nous allons devoir affronter.
Il y a presque, non, jour pour jour, que nous avons engagé la responsabilité du
gouvernement, Élisabeth et Éric, et Patrick, que nous avons engagé la
responsabilité, et que les oppositions, les partis politiques, nous ont refusé
cette adhésion, condamnant le gouvernement à disparaître. La situation
aujourd'hui, un an après, est pire qu'elle n'était il y a un an. Et il n'y a
aucun doute de ce point de vue-là.
Nous avions conduit une action — permettez-moi de le rappeler une seconde,
parce que personne ne le fait si nous ne le faisons pas nous-mêmes. Nous avons
conduit une action dont les résultats — je ne parle pas des intentions, je
pense que les intentions étaient uniques dans la suite des choses politiques —
mais les résultats de ce gouvernement, qui était composé, ils sont nombreux au
premier rang, de personnalités fortes, qui avaient toutes des histoires, des
engagements, des talents, de l'expérience, et qui travaillaient ensemble, pas
les uns à part des autres. Et permettez-moi de le dire avec une liberté
d'expression qui n'est pas habituelle dans les gouvernements français : eh
bien, nous avons réussi à prendre un pays dans lequel le déficit était à 5,8 %,
presque 6 %, et que nous avons ramené à 5,1 %, presque 5 %, trois quarts de
points d'amélioration et de diminution du déficit du pays. C'est notre fierté,
que nous revendiquons.
Et ça veut dire une chose toute simple, pas que nous sommes plus brillants,
plus intelligents — ça se discute pour beaucoup d'entre nous. Ça veut dire une
chose toute simple, c'est qu'on peut le faire. Si on choisit un chemin
différent de ces chemins qui conduisent à l'impuissance, si on décide de
rassembler et pas de rétrécir, d'élargir et pas de rétrécir le socle de
confiance, alors on y arrive, alors c'est cette fierté que je voulais défendre
devant vous.
Et ce déficit que nous avons si fortement baissé, ce déficit aujourd'hui ne
baisse pas, il augmente. Il augmente, Thierry a rappelé les chiffres, de
manière lourde, c'est-à-dire plus de 150 milliards chaque année de plus qui
viennent s'ajouter aux charges que je décrivais à l'instant. Et donc, ce motif
de fierté, c'est aussi, permettez-moi de le dire, un motif d'espérance.
Alors, toutes ces questions vont dominer les mois qui viennent. Et en
particulier, à commencer par — je le dis à voix basse, s'il n'y a pas de crise
aiguë avant — à commencer par l'élection présidentielle.
Alors, je vais vous dire un mot de l'élection présidentielle. Qu'est-ce que
c'est, l'élection présidentielle ? C'est le choix d'un visage, d'une femme ou
d'un homme, par un peuple, pour choisir son destin. C'est ça, l'élection
présidentielle. Et vous voyez bien l'organisation du paysage politique, comme
on dit, de l'offre politique, comme elle est aujourd'hui. Vous voyez bien les
deux immenses menaces extrêmes, ce que j'ai appelé la tenaille du pire, ou la
tenaille des pires, qui menacent la vie du pays, la survie du pays.
Et ces menaces-là, elles sont si fortes que la puissance des simplismes, comme
disait Élisabeth, est telle que la perspective d'un deuxième tour mortel entre
l'extrême droite et l'extrême gauche est aujourd'hui une menace immédiate sur
la vie du pays. Si nous ne nous rendons pas compte de ça, alors nous ne sommes
pas dignes d'être des citoyens engagés.
Et ces deux extrêmes, il ne faut pas se dissimuler quelque chose d'essentiel :
ils s'alimentent l'un l'autre. Ils sont l'un le meilleur argument pour voter
pour l'autre.
Je vais parler simplement : on est en train de vivre quelque chose qui est pour
moi désespérant, c'est-à-dire le retour de la question de la race, de la
religion, de la culture, de la couleur de la peau, dans la vie de tous les
jours de chacun, de nos lieux de vie, de nos villages et de nos quartiers. Tous
les jours. Et qu'on ose parler comme on en parle de ces sujets, c'est un signe
de dégradation absolument épouvantable.
Et je connais beaucoup de juifs, de femmes et d'hommes, membres de la
communauté juive, même s'ils ne pratiquent pas, qui sont terrifiés par ce qu'on
dit d'eux à l'extrême gauche. Et je connais beaucoup de femmes et d'hommes de
culture, ou d'origine, ou de religion musulmane, qui sont terrifiés par ce
qu'on dit d'eux à l'extrême droite. Et tous me disent : François, qui va nous
défendre ? Et les uns choisissent de voter Mélenchon pour se défendre contre Le
Pen, et les autres choisissent de voter Le Pen pour se défendre contre
Mélenchon. Et ceci est un drame national pour notre pays.
Ils soutiennent, ils alimentent par tous les moyens, discrets ou affichés, ils
soutiennent et alimentent la haine, et la conséquence de la haine, c'est la
peur. Et la peur fait qu'on se précipite dans les bras de l'autre pire ennemi
du pays, et d'ailleurs de sa propre vie pour l'avenir.
Et c'est précisément pour cela que nous sommes engagés, nous qui regardons les
femmes et les hommes non pas en raison de la couleur de leur peau. La vérité,
mes amis le savent bien, c'est que je ne vois pas la couleur de la peau. Ça
n'est pas une vertu, c'est comme ça que je suis. Le plus beau compliment que
j'ai eu de ma vie : j'étais derrière un pilier, donc on ne me voyait pas, et de
l'autre côté, il y avait un de mes collaborateurs dont je n'avais pas remarqué
la couleur de la peau. Je pensais qu'il avait une peau mate, mais je n'avais
jamais pensé que ça dénotait une origine. Et il disait à un autre de mes
collaborateurs : de toute façon, François, il ne voit pas la couleur de la
peau. Et c'est exactement la vérité de ce que je vis.
Mais nous ne voyons pas les gens en raison de la couleur de leur peau. Et
quelle que soit la couleur de leur peau, nous considérons qu'ils ont leur place
pleine, entière et affectueuse chez nous, dans notre pays. Et nous voyons les
religions, et nous voyons les origines, mais je ne juge pas quelqu'un
péjorativement en raison de son origine et de sa religion, réelle ou supposée.
Parce qu'un grand nombre de nos compatriotes se découvrent musulmans alors
qu'ils n'avaient plus aucune pratique ni aucune participation à la religion. Et
un grand nombre de nos compatriotes — l'un d'entre eux est venu me voir il y a
quelques jours, il m'a dit : mais je découvre que je suis d'origine juive alors
que je ne pratique pas et que je ne suis pas l'héritier, mais aujourd'hui je me
sens menacé. Et c'était quelqu'un de très important dans la vie politique
française.
Eh bien, nous sommes ceux qui regardons fraternellement les gens dont la
couleur de la peau n'est pas la même, les gens dont l'origine n'est pas la
même, les gens dont l'accent n'est pas le même, y compris sur le territoire
français, les gens qui ont d'autres cultures, qui ont d'autres préférences
spirituelles, qui ont d'autres traditions, et qui sont des Français, citoyens,
et un peu plus que ça, puisqu'ils sont aussi nos frères, si nous croyons à
liberté, égalité, fraternité.
Et puis ces deux extrêmes complices, ils ont un autre point de rencontre
absolument évident, c'est que tous les deux plaident, défendent un chemin dont
le but est commun : c'est la fin de l'Europe, la fin de l'Union européenne.
Lorsque Marine Le Pen dit « c'est facile, on ne remplira plus nos obligations à
l'égard de l'Union européenne », et, au contraire, nous ne respecterons pas les
engagements en question ; et quand Jean-Luc Mélenchon dit « la dette, on va la
mettre à la poubelle », tous, ils se rencontrent sur un sujet, c'est que
l'organisation internationale que nous avons bâtie si difficilement, chère
Thierry, que nous avons bâtie à force de générations, qui a été bâtie à partir
de femmes et d'hommes de nos rangs, cette organisation internationale, l'Union
européenne, elle est aujourd'hui menacée dans sa survie.
La victoire de l'un et la victoire de l'autre, ça veut dire la fin de l'Union
européenne comme elle est aujourd'hui. Et à qui cela profite-t-il ? Ah, ben,
c'est très simple : c'est que la crise ou la fin de l'Union européenne, c'est
la victoire ultime de Trump et de Poutine.
Alors, pour dire la vérité, Donald Trump n'est pas le premier président
américain à nourrir l'idée, l'espoir, le fantasme d'un affaiblissement ou d'une
disparition de l'Union européenne. C'est une politique à peu près constante
qui, venant d'outre-Atlantique, menaçait cette union que nous sommes en train
de construire. Mais Poutine n'a jamais eu d'autres idées, d'autres obsessions
que de voir l'Union européenne disparaître. Et donc il travaille de concert sur
des positions clairement affirmées, eux qui, depuis des années et des décennies
quelquefois, sont les meilleurs alliés de nos pires ennemis.
Et ceci explique ces risques immenses, apocalyptiques. Ces risques expliquent
la raison pour laquelle nous sommes là. Pour laquelle, pas seulement les
membres traditionnels de notre famille politique, mais ceux qui ont voulu
partager avec nous ce moment d'appel à la résistance, d'appel à la
responsabilité, c'est pour ça que nous sommes là. Alors ils viennent d'horizons
différents.
Mais je veux dire une chose simple : si nous ne sommes pas ensemble, ces forces
qui se sont opposées pendant longtemps, des sociaux-démocrates aux gaullistes,
en passant évidemment par tous les engagés au centre — si nous ne sommes pas
ensemble, si nous continuons à perpétuer les vieilles rivalités, parfois même
les vieilles haines, il n'y a aucune chance que nous l'emportions. Aucune
chance que nous l'emportions sur deux plans. Aucune chance que nous gagnions la
bataille vers laquelle nous allons. Et aucune chance que nous puissions
gouverner après.
Ce que nous avons devant nous est tellement difficile, est tellement exigeant,
est tellement impressionnant que si nous repartons sur les bases habituelles,
c'est très simple : à la première décision difficile que vous prendrez, vous
aurez les extrêmes contre vous et la partie qui ne vous a pas soutenu à
l'intérieur de ce grand fleuve central. Et vous vous retrouvez — ce qui nous
est arrivé, Élisabeth, à toi, ce qui m'est arrivé, à la tête du gouvernement,
ce qui est arrivé à ceux qui nous ont précédés — nous nous retrouvons avec un
quart du champ politique qui nous soutient et trois quarts qui s'y opposent.
Les uns parce qu'ils sont extrêmes, et les autres parce qu'ils sont
confortablement distants de ceux qui demandent des efforts.
Et donc, cette certitude-là, elle demande que nous changions en profondeur
notre manière de vivre la vie politique française. En profondeur.
Alors pourquoi ça ne s'impose pas, pourquoi ça ne triomphe pas ? Parce que ce
sont les vieilles habitudes qui continuent à gouverner. J'ai eu l'occasion de
le dire à plusieurs d'entre eux. Bruno Retailleau — pour cet homme, de l'estime
personnelle. Il était membre du gouvernement et nous avons eu des relations
excellentes. Mais chaque fois qu'il dit « socialiste » ou « macroniste », on a
l'impression qu'on lui arrache les amygdales. Et la distinction de sa
personnalité, je crois, son authenticité, sa générosité, en tout cas les
valeurs qu'il porte, ne méritent pas qu'on se trouve dans cette situation qui
alimente une division qui sert à nous conduire au pire.
Et je dis la même chose : certains socialistes ont l'impression que, simplement
de parler avec des membres de la majorité actuelle, c'est une trahison. Et ils
votent des censures qui n'ont aucun sens. Et les deux, là encore, ils se
nourrissent l'un l'autre.
La rupture que nous affirmons, c'est que ceux qui étaient des ennemis d'hier
doivent devenir des alliés, des compagnons de demain. Sans ça, la France n'a
aucune chance de s'en sortir. Désormais, il faut qu'ils comprennent qu'ils ne
sont pas face à face, mais qu'ils doivent être côte à côte. Et même qu'ils
doivent se serrer les coudes, sans rien renier de leur histoire.
Je me suis opposé très longtemps à une phrase de François Mitterrand, qui était
réellement puissant comme personnalité politique, quand il a créé le Parti
socialiste et qu'il a accueilli ce qu'on appelait à l'époque, cher Éric, la
deuxième gauche. On disait à l'époque, ne prends pas ça pour toi, les chrétiens
de gauche. Quand ils sont venus, Mitterrand a eu cette phrase que je trouve
terrible, qui est à peu près le contraire de ce que nous sommes. Il a dit
qu'ils viennent, mais qu'ils laissent leurs armes et leurs bagages aux
vestiaires. Et j'ai dit, en créant ce mouvement, que tous viennent, mais
qu'aucun ne laisse son bagage, sa mémoire, son patrimoine, ses valeurs, ce à
quoi il croit, aux vestiaires. Qu'ils viennent, qu'ils viennent avec ce qu'ils
ont de plus précieux, parce que nous sommes là avec ce que nous avons de plus
précieux.
Alors, c'est ma dernière partie. L'élection présidentielle est devant nous et
ne se prépare pas très bien. Alors pourquoi ? Les enquêtes d'opinion après
enquête d'opinion, pourquoi ce climat de morosité ? Pourquoi le sentiment que
ceux qui sont en avant de la scène ne parviennent pas à convaincre, et on a
mille exemples en tête, tous ceux qui sont là, de cette certitude-là ?
Parce qu'on vit l'élection présidentielle aujourd'hui comme si elle était la
même que les élections présidentielles qui précédaient. Je parle d'un sujet que
je connais : j'ai été trois fois candidat à l'élection présidentielle, et, ma
foi, en pouvant poser sur les élections une marque qui n'était pas anodine.
Et donc, qu'est-ce que c'était, l'élection présidentielle ? C'était une
élection à deux tours. Et le premier tour permettait non seulement de
sélectionner deux candidats, puisqu'il n'y en a que deux, mais de leur donner
la légitimité de leur présence au deuxième tour. Ce n'était pas joué d'avance
pour un grand nombre d'entre eux. Et ils étaient discutés par leur
personnalité, par leur passé, par toutes ces choses-là. Eh bien, c'est le
premier tour qui les chargeait d'une légitimité qu'ils n'avaient pas en se
présentant la première fois. C'est la raison pour laquelle, lorsqu'il y avait
ce premier tour de plein exercice, on pouvait se présenter pour se faire
connaître, quelques-uns, pour défendre un parti politique pour les autres, pour
proposer des idées originales, simplement pour équilibrer différemment la vie
politique française.
Aujourd'hui, c'est fini. Il n'y a plus de premier tour. Parce que si on va, au
premier tour, diviser toutes les forces démocratiques et républicaines de
résistance que je décrivais, et de propositions que je décrivais, si on va
diviser au premier tour, on sait que le deuxième tour sera le deuxième tour
d'un extrême contre l'autre extrême, donc une menace létale, mortelle, sur
l'avenir du pays. Donc on ne peut pas se permettre le luxe de la division au
premier tour, donc il faut qu'on tranche la question de l'unité avant le
premier tour, et c'est la raison pour laquelle, précisément, nous sommes là.
Pourquoi cette morosité ? Parce que le champ politique, dans les propositions
différentes qu'il fait, manque de légitimité. La légitimité, ça ne peut pas
être des déclarations de candidature, ça ne peut pas être des décisions
d'appareil, ça ne peut pas être des mouvements spontanés, sympathiques, mais
dont on pense qu'ils n'ont pas d'avenir — c'est tout à fait autre chose. Cette
décision, ce choix, il ne peut venir, à mon avis, que de l'expression des
citoyens, que de l'expression de centaines de milliers de citoyens.
Alors je sais bien qu'on me dit que c'est impossible. Le nombre de fois dans ma
vie politique où j'ai entendu « François, c'est impossible », « Monsieur le
maire, c'est impossible », « Monsieur le Premier ministre, c'est impossible »,
c'est légion. Je pourrais citer des dizaines d'exemples. Alors aujourd'hui,
j'ajoute un exemple. On me dit « c'est impossible », et c'est impossible
pourquoi ? C'est impossible parce que les candidats déjà déclarés, me dit-on,
ne se retireront jamais.
Alors, il faut que vous compreniez quelle est la logique, peut-être la
dynamique de la situation que nous vivons. Tout le monde dit qu'il faut un
candidat unique. Tout le monde dit qu'il faut se rassembler. Et tout le monde
ajoute qu'il faut se rassembler derrière moi. Mais je décris la situation comme
elle est, je ne caricature pas. Au mieux, ils disent, les sondages trancheront.
Je ne sais pas qui sont les sondages. Je ne connais que les citoyens. Je ne
connais que le choix, l'adhésion de femmes et d'hommes soucieux de l'avenir de
leur pays, qui disent : voilà celle ou celui que nous sommes prêts à soutenir.
Et donc, pour moi, cette évidence entraîne une conséquence qui est une
exigence, qui est une prise de position. Si nous voulons trouver la légitimité
de la candidate ou du candidat qui représentera cet immense courant au premier
tour, donnant ainsi la garantie que le deuxième tour ne sera pas extrême contre
extrême, eh bien il faut que nous le choisissions tous ensemble.
Alors je sais bien que tout le monde, peut-être même dans cette salle, n'est
pas d'accord avec moi, mais je pose une question simple. Si nous ne mettons pas
sur pied ce processus-là, qu'est-ce qui va se passer ? Chacun va rester à sa
place. Chacun va dire, écoutez, je suis candidat, je suis en tête au sondage,
donc c'est à vous de me rejoindre, et les autres diront, tu es en tête au
sondage, mais de si peu que peut-être ça va s'inverser dans les jours qui
viennent. Et nous, nous sommes frustrés — tous les citoyens français, tous les
électrices et les électeurs — nous sommes frustrés parce que, pardonnez-moi de
le dire, je ne connais pas les projets des uns et des autres. Et même une
élection présidentielle, c'est plus que connaître un projet, c'est connaître
une personnalité, savoir comment il réagit dans les difficultés. Et ça ne peut
se décanter que s'il y a une compétition loyale et franche, tranchée par les
citoyens eux-mêmes.
Alors, les journaux disent une primaire. Ce n'est pas une primaire habituelle.
La primaire habituelle, c'est à l'intérieur d'un parti ou d'un camp. Et la
primaire habituelle a beaucoup d'inconvénients que j'ai décrits souvent, parce
que, quand c'est la primaire d'un camp ou d'un parti, elle pousse toujours à
privilégier les extrêmes. Vous vous souvenez, il y avait une loi qui porte mon
nom qui dit les partis se tiennent par leur noyau dur. Et donc cette
certitude-là, évidemment, il fallait l'écarter tant qu'il y avait un premier
tour, parce que c'est les citoyens qui jugeaient. Et on n'a pas de premier tour
; il faut donc construire le processus de sélection avant le premier tour.
Alors comment peut-on faire ? C'est extrêmement simple. On dit, on affirme, on
appelle toutes celles et tous ceux qui sont intéressés, qui pensent qu'ils ont
un projet pour le pays, qui pensent qu'ils ont l'expérience nécessaire ou la
juvénilité nécessaire ou l'enthousiasme nécessaire. On leur dit, soyons clairs,
soyez francs, présentez-vous, dites « je suis intéressé, je pense que c'est
quelque chose à apporter au pays, en mon nom ou au nom du courant politique
dont il me semble pouvoir être l'incarnation ».
Alors il y a un filtre, évidemment nécessaire ; moi je propose quelque chose de
très simple, c'est 10 signatures de parlementaires. Quand on est au niveau
présidentiel, sur l'ensemble des parlementaires, députés, sénateurs,
parlementaires européens, ça ne doit pas être impossible à trouver. Un filtre
qui est dit soutien de parlementaires, première nécessité.
Et après ça, je propose qu'on le fasse avant la fin octobre. Non, non, non,
réfléchissez une seconde. Contrairement à ce que vous croyez, très souvent on a
ce genre de réflexe : l'élection présidentielle, c'est très loin. On a tout à
fait le temps. Je veux rappeler que l'alliance que nous avons conclue à notre
initiative avec Emmanuel Macron en 2017, c'est le 23 février. Il y avait, me
semble-t-il, tout le temps de faire campagne après.
Donc je dis, on a cinq ou six semaines pour que ces candidatures se déclarent.
Après, on a deux mois pour qu'il y ait confrontation entre les uns et les
autres, que les chaînes de télévision organisent des débats, qu'on organise des
meetings. Et puis, ça, ça nous amène à la fin décembre. Et puis on fait le
premier tour en janvier, peut-être vers le 15 janvier, quelque chose comme ça,
à la mi-janvier. On fait un premier tour par internet où tous les Français sont
conviés à participer, en tout cas ceux qui s'intéressent, contre un engagement
qui est qu'ils s'engagent à refuser les extrêmes d'un bord ou de l'autre, pour
aujourd'hui et pour demain. Et ils prennent un deuxième engagement très simple,
c'est qu'ils soutiendront, ou en tout cas ils ne s'opposeront pas à la
personnalité qui a été choisie, qu'ils sont prêts à dire « j'accepterai de bon
gré mal gré, j'accepterai le choix et je le soutiendrai ». Ça, c'est les deux
engagements qu'il y a à prendre.
Et en organisant un vote par internet, on fait le premier tour à la mi-janvier
et on fait le deuxième tour 15 jours après, à la fin du mois de janvier ou dans
les premiers jours du mois de février. Et il reste deux mois et demi de
campagne après. Et vous voyez qu'on a tout à fait le temps.
Voilà une méthode, elle est simple, elle est franche, elle est loyale. Elle
prend en compte le désir légitime de beaucoup de s'affirmer, et elle donne aux
Français le choix, c'est-à-dire elle leur donne le moyen d'investir le candidat
choisi de la légitimité nécessaire pour être assuré d'être au deuxième tour et,
j'espère, de gagner l'élection présidentielle.
Alors il est vrai que c'est une proposition qui, pour l'instant, n'a pas été
faite par d'autres. Parce qu'elle va largement jusqu'aux deux rives des
extrêmes. Ce qui, pour moi, est la condition nécessaire pour que ce soit un
renouvellement de la vie politique française et une capacité de gouverner
après. Et qui veut participer vient participer, d'où qu'il vienne, quelles
qu'aient été les fonctions qu'il a exercées auparavant. On a un cadre et on
offre une garantie au pays. Et cette garantie est que, à la fin du mois de
janvier ou au premier jour du mois de février, ils auront le candidat unique
qu'ils attendent, pour les rassurer et leur garantir que l'avenir du pays ne
soit pas détruit par des bêtises électorales.
Alors on nous dit que c'est impossible parce que ceux qui sont déjà avancés ne
se retireront jamais. Est-ce que je puis adresser un message personnel à ceux
que nous connaissons le mieux, en tout cas à deux d'entre eux, à Gabriel Attal
et à Édouard Philippe ? Qu'est-ce que vous craignez en refusant cette sélection
? Où est le problème ?
Vous dites — l'un et l'autre, encore que j'ai vu Gabriel Attal entrouvrir une
porte sur cette procédure — qu'est-ce que vous craignez ? Vous dites que vous
êtes les meilleurs pour le pays. Vous dites que votre expérience vous qualifie,
ou votre enthousiasme vous qualifie. Vous dites que les sondages prouvent que
vous pouvez gagner le deuxième tour. Alors ne craignez rien, vous serez choisis
par les Français. Mais vous aurez une légitimité supplémentaire. Et au lieu de
rester dans les non-dits, au lieu d'imaginer des stratégies de contournement,
ce sera franc et loyal. Et vous pourrez vous adresser aux Français ; il n'y a
pas de manœuvre derrière tout ça. Je ne décris aucune manœuvre, parce que je ne
crois pas aux manœuvres. Je crois à l'engagement, et je crois à la loyauté, et
je crois à la résolution d'un peuple qui se retrouve dans celui qui va le
conduire.
Et tout ceci, c'est la traduction de ce que je crois nécessaire aujourd'hui
pour le pays. On a besoin d'optimisme. On a besoin de voir s'ouvrir des portes
alors qu'on croit être dans des impasses. On a besoin de discerner et de
décrire et de faire vibrer les Français avec ce que l'avenir pourrait être à
partir de la vérité de ce qu'il est aujourd'hui. C'est un message de confiance
dans notre démocratie, de confiance dans l'avenir du pays et de confiance dans
notre peuple.
> [Discours
d'ouverture lors l’université de rentrée du MoDem]
(…) Les événements que nous avons le devoir de comprendre, d'analyser, de
corriger, de façonner si nous pouvons, ces événements sont d'une gravité comme
aucun d'entre nous n'en a connu et aucun de nos prédécesseurs depuis la fin de
la guerre. Et je dis cela en ayant parfaitement conscience de ce qu'était la
situation du pays à la fin de la guerre, de la gravité, de la profondeur des
contraintes ou du poids des contraintes que la France devait affronter. Mais
nous avions des instruments de contrôle de la situation que nous n'avons pas
aujourd'hui. Ce qui donne à l'élection présidentielle qui vient, tout son
enjeu, toute sa gravité et qui décrit tout son risque. Et c'est pour cela que
nous sommes là.
Je dis que ce n'est pas comme les autres années. Parce que quand des très
grands leaders politiques nationaux venaient les autres années, c'était un
geste de sympathie. C'était un signe que nous avions à faire ensemble. Cette
année, c'est un message. Et je voudrais dire ce qu'est pour moi ce
message.
Je disais une situation de crise comme la France n'en a pas connue depuis la
guerre, une situation de risque tous azimuts, toutes les sources de risque
additionnées les unes aux autres sans que nous apercevions bien la voie pour
les réduire.
Et ces risques, on va les décrire en une seconde. Un risque systémique,
planétaire, déclenché par l'entrée de la planète dans le siècle de la loi par
la violence. Il y a eu un temps où l'affirmation c'était la force de la loi, et
aujourd'hui c'est la loi de la force. De la force la plus brutale, la plus
militaire, celle qu'on croyait disparue, de notre Europe en particulier. Et
tout d'un coup, on découvre que c'est à nos portes, c'est chez nous que la
Pologne, elle-même, se sent menacée. L'Estonie, enfin tout ce que vous allez
nous décrire Marc Fesneau, nos parlementaires qui, avec toi, étaient en Ukraine
pour 8 ou 10 jours de séjour très approfondis. Je crois que vous avez été très
bouleversés. Et tout le monde voit bien que la contagion est une perspective
qu'on ne peut pas écarter. Et tout le monde voit bien que le leader de la
Russie envisage toutes les éventualités. Il le fait dire, il le dit, si l'on
lit ses discours attentivement, et évidemment, les cibles sont chez nous. Le
renseignement allemand a caractérisé que l'attaque ratée par chance, par drone,
à l'aéroport de Leipzig, était faite pour détruire des avions. Et tout le monde
voit bien que les attaques hybrides, comme on dit, sont évidemment présentes et
évidemment suspectes, et éminemment suspectes. Ça c'est l'Europe.
Et il y a le Moyen-Orient. Ce matin, à l'invitation du Président de la
République, les responsables de partis politiques ont été conviés pour
découvrir quelles étaient les conséquences, ce n'était pas pour tous une
surprise, mais quelles étaient les conséquences systémiques sur notre
organisation sociale, nationale, internationale. Et pour chaque foyer de
l'explosion avérée et encore davantage probable du prix de l'énergie. Quand les
deux des trois sont conjointement visés, et bien cela veut dire que les hydrocarbures
ne passent plus et il suffit d'une variation à la marge pour que les prix
explosent chez nous. Tout le monde se souvient du temps où l'augmentation du
prix du carburant avait provoqué le mouvement des Gilets jaunes. Et à l'époque,
le carburant était à 1,80. Il est aujourd'hui en moyenne à 2,30. Et évidemment,
tout le monde voit les menaces de tout cela, y compris sur les relations entre
États. Cela, c'est pour ce qui est planétaire.
Et puis il y a ce qui est européen. Nous n’avons pas le sentiment que la
volonté de l'Union européenne soit précisément formée. Nous n’avons pas le
sentiment qu'un bloc soudé soit en train de se constituer. Nous voyons plutôt
des risques de fissures, en tout cas des risques d'incompréhension.
Et puis nous avons la situation nationale qui est, je pèse mes mots, plus
dangereuse, plus inquiétante et plus ingérable qu'elle ne l'a jamais été. Parce
que pour la première fois de l'histoire, notre pays, notre État, notre
démocratie est menacée par deux risques qui sont de l'ordre de la vie et de la
mort. Et je vous assure qu'en disant cela, je ne force en rien mon expression.
Je pense que le risque est, comme disent les médecins, létal.
C'est-à-dire que la vie même de notre pays y est engagée. Et ce risque, c'est
celui de la prééminence électorale et de la présence au deuxième tour de deux
forces qui sont chacune pour leur compte et conjointement, mortelles dans leurs
conséquences pour le pays.
Est-ce que ce risque se réduit ? A mon sens, il s'aggrave chaque jour un peu
plus, sans que personne ne donne le sentiment de le mesurer. Et nous sommes
précisément là, cher Bernard Cazeneuve, pour cela.
Ceux qui vont venir avec nous tout au long de ces deux jours, tous les
responsables politiques de grandes expériences, de premiers plans, de grands
enthousiasmes, tous essaient de traduire une vision différente de l'avenir et
pour l'instant ne parviennent pas à se faire entendre. Et nous avons avec cela
une différence, et je suis très heureux que Bernard Cazeneuve soit le premier à
s'exprimer devant nous, parce qu'il a dit avec les mots les plus précis ce que
nous pensons, en tout cas ce que je pense de plus essentiel sur cette
affaire-là.
Autrefois on pensait que l'élection présidentielle c'était la victoire d'un
camp sur les autres. Et aujourd'hui cela ne peut pas être ça parce que ceux
qu'ils appellent les camps, ceux qui disent : « Je suis de
Droite », ceux qui disent : « Je suis de Gauche », et même
ceux qui disent : « Je suis du Centre ». Ils ne peuvent pas
imaginer qu'à l'issue de cette élection présidentielle, si elle est heureuse,
et des élections législatives qui suivront, nous ayons la possibilité de
conduire ce pays faute d'une majorité suffisamment large, reconnue et légitime.
Et nous allons nous retrouver dans le cas précis dans lequel nous sommes, on
dit, encalminés pour les marins.
Cela s'arrête, il n'y a plus de vent et on ne bouge plus. Nous croyons, et
Bernard Cazeneuve l'a dit de la manière la plus explicite, nous croyons que la
situation électorale nous impose de créer autant que possible une garantie
d'empêcher le pire de l'emporter. A fortiori si c'est le pire contre le pire,
ce que j'ai appelé la tenaille des pires. Comment trouver une garantie et
surtout comment après bâtir l'organisation, la structure, l'entente, l'alliance
qui permettra de gouverner le pays, de prendre les décisions qui s'imposent
dans les temps les plus difficiles qu'on ait jamais rencontrés. Notre
conviction, Bernard Cazeneuve a trouvé une expression qui me plaît, je ne dis
pas que c'est celle qu'on doit prendre. Il a dit qu'il faut bâtir la coalition
des engagés. Alors cela nous plaît beaucoup parce que notre parti frère en
Belgique s'appelle « Les engagés ». Notre parti adhérent au Parti
Démocrate Européen. Je ne sais pas si les responsables du Parti Démocrate
Européen sont arrivés, pas tous encore. Mais c'est une expression qui cherche à
traduire quelque chose. Les camps d'autrefois, dressés les uns contre les
autres, qui étaient là pour triompher les uns des autres, pour prendre le
pouvoir et négliger après l'expression de ceux qui ne l'ont pas emporté. Cette
formule-là est une formule du passé, dépassée et du passé. Parce que c'est
seulement si nous sommes capables de construire ce grand ensemble, cette grande
coalition, que nous avons une petite chance, petite chance, de remporter
l'élection, et de conduire le pays à affronter les extrêmes difficultés qui
sont devant lui. Vous voyez ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'on laisse
derrière nous les habitudes qui s'étaient constituées au travers du temps. On
était d'un bord ou de l'autre, d'un camp ou de l'autre, d'un parti ou de
l'autre. Et quand on devait organiser une sélection, on appelle cela une
primaire, c'était à l'intérieur du camp. Et nous, notre vision n'est pas du
tout celle-là. C'est que dans un moment aussi grave de l'histoire du pays, ce rassemblement,
union sacrée, engagés, nous choisirons le terme, mais nous devons choisir
ensemble la démarche. Je sais très bien le scepticisme habituel du monde
politique à l’égard d’une telle démarche. Mais, c’est une démarche de
reconnaissance de la légitimité du pluralisme, de la capacité à rassembler et à
former une volonté pour que le pays échappe au pire. C'est cela notre volonté.
Et derrière cela, il y a un optimisme fondamental qui a disparu de la scène
politique. Cet optimisme fondamental, c'est que le chemin existe, c'est que les
clés existent, c'est que nous apercevons dans les forces de notre pays, dans sa
capacité, nous apercevons une possibilité de reconstruire.
Nous savons que la tâche est immense. Mais nous savons que cette tâche, nous ne
pouvons l'affronter qu'ensemble, en écartant les deux extrêmes et en réunissant
tous ceux qui croient que la démocratie et la République ont encore quelque
chose à dire.
Maud Gatel (secrétaire générale)
> [Discours à l’université de rentrée du MoDem] Il est minuit moins 5 s’agissant de la
situation internationale. Nous assistons au basculement du monde, et à la
remise en cause de toutes les règles qui régissent notre communauté
internationale depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Qu’il s’agisse du
droit international, du principe de l’intangibilité des frontières, ou de
l’explosion des ingérences.
Il est minuit moins 5 sur le plan des finances publiques.
Le sujet n’est pas de revendiquer d’avoir eu raison avant les autres, mais
de continuer, inlassablement, à alerter sur le fait qu’un pays surendetté est
un pays qui perd sa liberté d’agir au moment même où il en a le plus
besoin.
Il est minuit moins 5 sur le plan environnemental. Vous le savez, le MoDem
a été fondé en 2007 sur deux piliers, la démocratie et l’écologie.
Nous, nous n’avons pas découvert avec les vagues de canicule successives
cet été les conséquences du dérèglement climatique, notamment pour les plus
fragiles. Nous en connaissons le prix, à tous les sens du terme.
Et c’est parce qu’il est minuit moins cinq que notre responsabilité est si
grande et que l’heure est à la gravité.
Gravité face au duel annoncé, dont les protagonistes sont en réalité les
deux faces d’une même pièce.
Il suffit de voir leurs convergences à l’Assemblée nationale sur de très
nombreux sujets, le plus douloureux pour nous étant sans doute leurs mêmes
accointances avec ceux qui aujourd’hui nous menacent, pour mieux abandonner
l’Ukraine, et donc notre sécurité et notre liberté.
Cette gravité, elle n’est pas simplement due au fait que le second tour que
l’on nous promet est l’illustration de tout ce contre quoi nous nous battons.
Car nous, démocrates, nous ne pouvons être plus éloignés des extrêmes, qu’ils
soient de droite ou de gauche.
Cette gravité, elle est le fait que les solutions brandies sont le
contraire de ce qu’est la France, ses valeurs, son histoire. Mais elles sont
aussi mortifères. Pour notre pays. Et pour les Français. Une politique de bouc
émissaires, les étrangers pour les uns, les riches pour les autres, c’est une
politique de guerre civile et c’est la négation de ce que nous sommes.
Et une majorité de nos concitoyens en est consciente. C’est pourquoi la
peur de l’un nourrit le vote de l’autre. Et dans les deux cas, c’est
dramatique.
Beaucoup semblent considérer qu’un second tour entre le RN et LFI serait
inéluctable. Qu’il faudrait s’y préparer. S’y résigner.
Nous refusons cette fatalité.
Car les Français ne se laissent pas dicter leur destin.
Pour autant, le temps du barrage est révolu. On ne rassemble pas
durablement un peuple autour d’un refus. La peur peut mobiliser, elle ne peut
être un projet pour le pays.
Notre responsabilité n’est pas seulement d’empêcher. Elle est de proposer, elle
de construire. Et de démontrer qu’un autre chemin existe.
Nous croyons en la France.
Dans sa jeunesse, dans ses agriculteurs, ses enseignants, ses chercheurs,
ses soignants. Dans sa capacité à produire, à inventer, à transmettre. Dans sa
capacité à retrouver la maitrise de son destin.
C’est ce que nous avons montré au cours de ce we. En dessinant ce que
pouvait être un projet démocrate. Lucide mais plein d’espoir. Car nous refusons
de croire au déclin inexorable de notre pays.
Au cours de ce week-end, nous avons rappelé les fondamentaux :
- sur l’état de droit
- sur l’urgence du redressement pour dégager des marges de manœuvre
nécessaire à la préservation de notre modèle social, et à l’adaptation de notre
pays aux conséquences du dérèglement climatique
- sur le besoin de reconquérir notre souveraineté, sur tous les plans
- sur la nécessité de redonner de l’espoir à la jeunesse et à tout un pays
- sur la nécessité de lutter contre l’impuissance publique
- sur le besoin de renforcer la place de la France dans le monde.
Autant de sujets fondamentaux que nous partageons avec des Engagés, de
gauche, de droite et du centre et qui se sont succédés ce weekend à la tribune.
Avec des différences bien sûr, et heureusement, mais avec des convergences sur
l’essentiel. Et notamment sur la manière de faire.
Loin du populisme, en respectant suffisamment les Français pour ne pas les
insulter avec des solutions présentées comme des recettes miracles.
Ce que font quotidiennement nos élus.
Grande fierté de voir cette nouvelle génération d’élus. Déterminés à agir
pour l’intérêt général.
Nous avons une grande admiration pour nos parlementaires, tant français
qu’européens. Qui préservent ses lettres de noblesse dans une Assemblée qui en
manque singulièrement. Et ce, sans jamais céder à la facilité.
Alors, oui, dans le monde d’auj, c’est particulièrement courageux. De ne
pas céder au populisme, au yakafokon. Et en assumant les 10 dernières
années.
Au MoDem, nous avons été des alliés exigeants et loyaux.
En 10 ans, nous n’avons jamais pris en défaut de loyauté.
Nous avons parfois échoué à convaincre, mais sans jamais renoncer à
essayer.
Et c’est ce qui nous autorise à avoir un regard exigeant sur les 10
dernières années.
Parce que c’est ce que nous sommes.
Parce que nous ne changeons pas en fonction du vent.
Et face au péril qui pourrait venir, nous le sentons bien, seul un large
rassemblement, en accord sur l’essentiel, est en mesure de l’éloigner.
Un rassemblement, en respectant chacun. Sans exiger des uns et des autres
qu’ils renoncent à ce qu’ils sont.
Le dépassement n’est pas l’effacement.
Le rassemblement n’est pas le renoncement.
Nous ne demandons à personne de renoncer à son histoire. Parce que nous ne
renoncerons jamais à la nôtre.
Oui, nous avons, une certaine idée du Centre.
Le Centre, ce n’est pas un positionnement sur l’échiquier politique. Ce
n’est pas non plus un opportunisme ou l’indécision.
Le Centre, c’est une histoire. Une éthique. Une volonté. Une constance. Et
un certain esprit de résistance. Résister au simplisme. Résister à la tentation des boucs
émissaires. Résister
à cette idée mortifère selon laquelle il faudrait nécessairement choisir son
camp et considérer tous les autres comme des ennemis. Et continuer de croire que des
femmes et des hommes qui ne pensent pas la même chose sur tout peuvent décider
de construire ensemble lorsqu’il s’accorde sur l’essentiel.
Et c’est la raison pour laquelle, le Mouvement démocrate prend toute sa
place dans ce rassemblement. Pas pour réclamer une place particulière pour
nous-mêmes. Quand il est question de la France, l’heure n’est pas aux
revendications partisanes.
Mais parce que ce rassemblement correspond profondément à ce que nous sommes et
à l’idée que nous nous faisons de la politique.
Croyons en nous. Nous avons les armes pour rassembler,
pour proposer et pour agir. Voilà pourquoi, lorsque nous quitterons
l'Isle-sur-la-Sorgue, notre travail ne sera pas terminé. Il commencera.
Nous pouvons regarder 2027 avec inquiétude. Nous en avons même le devoir, parce
que les risques sont bien réels. Mais nous n'avons pas le droit de regarder
2027 avec résignation.
Notre histoire politique nous a appris une chose : les scénarios que l'on
présente comme inéluctables ne le sont jamais. À condition de proposer un autre
chemin. À condition de faire renaître l'espoir. À condition de rassembler. C'est
à cette tâche que nous devons désormais nous consacrer. Avec d'autres,
évidemment. Mais pleinement nous-mêmes. Avec notre identité. Avec nos
convictions. Avec notre liberté. Avec l’optimisme de la volonté et le courage
de la lucidité.
Alors, au terme de ces Universités de rentrée, ne repartons pas seulement avec
des craintes. Repartons à la tâche. Construire. Rassembler. Et redonner aux
Français une raison d'espérer.
Marc Fesneau (député, président du groupe MoDem à
l’Assemblée nationale)
> [Discours à l’université de rentrée du MoDem] (…) Je reviens d'Ukraine, nous revenons d'Ukraine
avec un groupe de parlementaires. On pourrait dire, au fond, bien des choses
sur ce que nous y avons vécu. On l'a écrit.
Si j'avais une chose à retenir, c'est la conversation que nous avons eue,
c'était avec Pascal et Nicolas avec un viticulteur et son œnologue. Et le
viticulteur, très ému, et nous avec, nous a dit : « Vous savez, j'ai deux
cartes dans la chambre de mon fils. La première, c'est celle de l'Ukraine, pour
lui dire que jamais nous ne céderons sur les frontières. Et la deuxième, c'est
celle de l'Europe. Parce que je lui ai promis une chose, c'est qu'à la fin de
la guerre, nous visiterions tous les pays qui nous avaient aidés. »
Ils ont passé leur temps à nous dire : nous, on tient. Et la seule question
qui nous est renvoyée sur l'Ukraine, c'est : est-ce que nous, nous tenons ? Et
nous, nous sommes venus dire que nous tiendrions. Mais nous en rapportons aussi
une conviction simple qu'on peut généraliser : là-bas comme ici, on ne
peut jamais s’élever au-dessus du réel.
Et au fond, c’est toujours de là que la politique devrait partir.
Pas de nos partis.
Pas des échéances électorales.
Pas des sujets de personnes.
D’abord du réel.
Le réel du monde et le réel de ce que vivent nos concitoyens.Et le réel,
aujourd’hui, est inquiétant. Désarçonnant,
tant il remet en cause des fondations que nous pensions acquises. Et donc ce réel est exigeant.
Nous sommes entrés dans une époque où trois questions, que nous avions
peut-être pris l’habitude de considérer séparément, voire lointainement, se
rejoignent et deviennent existentielles.
La première est celle de la paix. La guerre n’a jamais disparu de la surface du globe.
Mais elle est revenue en Europe. Elle menace, elle rode, elle se généralise,
elle donne le sentiment de renaître partout. Partout les rapports de force se durcissent. Partout les grandes puissances
réarment. Partout le multilatéralisme est mis en cause. Des alliances que nous
pensions immuables sont questionnées. Les nationalismes sont agités. Les dépendances et les
interdépendances économiques deviennent des armes quand elles avaient été des
objets de paix.
La deuxième question est celle de l’habitabilité de notre planète. Le dérèglement climatique n’est plus
une abstraction, ni une affaire réservée aux générations futures. Ce n’est pas
demain, c’est aujourd’hui. Il bouleverse notre agriculture, nos forêts, nos
ressources en eau, nos littoraux, nos villes, nos vies quotidiennes. Je dirais juste un mot sur
l'agriculture. Je
n'entends et je ne vois que des agriculteurs qui me disent et qui nous disent :
je ne suis plus en capacité, l'an prochain, de remettre mon exploitation en
situation de produire. Et pour la première fois dans l'histoire agricole
française que nous connaissions, nous sommes dans une situation où nous ne
sommes plus certains de pouvoir produire ce que nous produisions aujourd'hui. Et ça demande à la fois de répondre
à leurs exigences du moment, mais ça demande d'accélérer, je dis ça sous l'œil
d'Élisabeth, tout ce que nous avions fait, parce que sans la transition, il n'y
aura pas de production agricole possible dans ce pays qui était habitué au
climat tempéré et qui découvre les affres des climats extrêmes. Et donc on a
besoin d'adresser et un salut et un soutien à l'agriculture dans ce moment de
grande mise en cause. Et la lutte et la préparation, pas la préparation,
l'adaptation au dérèglement climatique, c'est un impératif, je l'ai dit pour
l'agriculture, mais globalement c'est un impératif économique, c'est un défi
social et c'est aussi un défi de politique étrangère, avec les multiplications
des tensions, des conflits, et donc des risques de migrations incontrôlées.
La troisième question en partie conséquence des deux premières est celle de
notre souveraineté. Que
produisons-nous encore ? De qui dépendons-nous pour nous nourrir, nous soigner,
nous défendre, nous éclairer, nous déplacer, maîtriser nos données, développer
l’intelligence artificielle ? Que
pouvons-nous encore décider seuls ? Que devons-nous désormais décider ensemble,
en Européens ? Paix.
Habitabilité. Souveraineté. Et derrière ces trois défis, il en existe un
quatrième, qui conditionne tous les autres : celui de notre démocratie. Car au
moment même où le choix politique redevient décisif, nos démocraties éprouvent
de plus en plus de difficultés à choisir, à décider et à agir et, j’ose le
dire, à convaincre.
Nos sociétés se fragmentent. Le
débat public se brutalise. Les
réseaux sociaux récompensent l’outrance et la violence davantage que la nuance
et le raisonnement. Les
ingérences étrangères cherchent à exploiter nos divisions, quand elles ne les
nourrissent pas. Et
les populistes travaillent méthodiquement à convaincre nos concitoyens que nos
institutions sont impuissantes, que le compromis est forcément une trahison et
que la démocratie elle-même serait devenue impotente.
C’est cela, le moment politique dans lequel nous sommes. Et c’est ce moment
politique que, chers amis, nous allons traverser ensemble. Non seulement pendant le débat
budgétaire. Non
seulement pendant la séquence présidentielle. Mais il n’est pas impossible que nous ayons à le
traverser pendant des années.
Partir du réel, cela signifie aussi savoir que nous ne partons pas d’une
feuille blanche. Depuis
près de dix ans, nous avons gouverné. Nous avons soutenu des gouvernements,
participé aux décisions, voté des réformes, exercé des responsabilités. Fait
entendre notre différence aussi.
Alors, à l’approche de 2027, je crois que nous avons un devoir simple
: celui d’assumer, c’est-à-dire regarder lucidement ce que nous avons
fait, pas fait ou mal fait.
Je vois bien tous ceux qui, après avoir décidé ou participé aux décisions,
après avoir parfois bâti leur carrière ou leur ascension grâce à Emmanuel
Macron, voudraient désormais devenir les passagers clandestins de cette
aventure.
Au fond, ces responsables étaient hier plus royalistes que le roi, au
point, je le dis à bas bruit, de nous donner des leçons de loyauté quand nous
exprimions une divergence, et sont désormais les premiers à expliquer qu’ils
n’habitaient pas vraiment le même palais. Ils en ont presque oublié l’adresse. Les plus zélé
laudateurs sont devenus les plus zélés démolisseurs. Ce n’est pas ma conception de la
politique. Ce n’est pas la nôtre et c’est une part aussi de notre identité que
de savoir assumer ses responsabilités. Je suis certain que les Français y sont
sensibles. Nous
avons participé à cette aventure et nous en assumons le bilan. J’ajouterais
aussi une petite note de bas de page : que n’avons-nous pas été assez
écoutés quand nous alertions sur les risques de fractures, sur le besoin de
changer d’attitudes, sur les espoirs de justice. Parce qu’on ne se défausse pas quand on aspire aux
responsabilités, et encore moins lorsqu’on les a exercées. Parce que si nous ne sommes pas
capables d’assumer nos réussites comme nos échecs, comment demander demain aux
Français de croire à nouveau notre parole ?
On ne gagne pas , et c’est vrai, une élection sur un bilan. Mais je crois
que l’on se perd lorsque l’on refuse de regarder le sien avec lucidité. Et que
l’on assume pas !
Alors regardons-le. D’abord, il y a ce qui a marché ou
ce qui a changé
Nous avons fait de l’apprentissage une voie de réussite et non plus une
orientation par défauten triplant le nombre de jeunes qui rentrent chaque année
en apprentissage, ce qui était une relégation est devenu une promesse.
Nous avons engagé les réformes de la SNCF et de la RATP et lancé une rénovation
inédite de nos réseaux ferrés. En reprenant 35 milliards d'euros de dette de
SNCF réseau ensuite en mobilisant 4,1 milliards pour la régénération du réseau.
Nous avons engagé une réduction extrêmement significative de nos émissions de
gaz à effet de serre. La plus grande jamais enregistrée, plus de 20% en 10 ans.
Ça n’empêche pas dire aussi qu’il faut accélérer encore.
Nous avons développé les maisons France Services et des dispositifs nouveaux
d’aménagement du territoire, l’occasion, ici, de citer Jacqueline Gourault. Il
y a ici des élus : le fond friche, les territoires d’industrie les petites
villes de demain … ça ne nous empêche pas de dire aussi que devant les
mutations en cours il faudra travailler sur nos institutions locales, leur
financement et leur rapport avec l’État. Mais aussi sur les mutations
démographies et leurs conséquences dans nos territoires, sur les mobilités.
Nous avons renforcé notre attractivité, engagé le mouvement de
réindustrialisation. Ça n’empêche pas de dire que le risque d’essoufflement et
déjà là devant les nouveaux défi technologiques et l’incapacité que nous avons
à libérer les énergies.
Nous avons modernisé l’impôt avec le prélèvement à la source.
Nous avons réinvesti dans la police, la justice et surtout dans nos armées, à
un moment où l’histoire nous rappelle brutalement combien cet effort était
nécessaire quand et où nos prédécesseurs avaient décider à l’aveugle de baisser
la garde. Et viennent désormais donner des leçons.
Tout cela, qui l’a fait ? Qui l’a porté ? Qui l’a défendu ? Nous.
Et surtout, sur l'essentiel de ces transformations, et c'est cela qui est
fascinant, voyez-vous aujourd'hui beaucoup de nos adversaires, y compris les
plus irréductibles, proposer sérieusement de revenir en arrière sur ces
réformes-là ? Je n'en vois aucun. Et donc que nous n'en soyons pas les premiers
défenseurs me paraît dommage.
Et nous devons assumer avec la même franchise les échecs et les difficultés.
D’abord, et peut-être avant tout nous n’avons pas réussi à rendre notre État
efficace.
Nous n’avons pas suffisamment transformé un État contrôleur en État
facilitateur ; un État qui édicte des normes en un État qui accompagne les
projets ; un État qui se méfie du terrain en un État capable de lui faire
confiance. Agile dans les crises impotent par temps normal.
Et une démocratie trop lente à décider, pour dire oui comme pour dire non, dans
un monde qui s’accélère, est une démocratie qui se fragilise.
Que vaut la parole d’un ministre si elle n’est pas suivie d’effet ? Que vaut
une nouvelle règle si rien ne change ?
Et que vaut l’action publique lorsque, faute de parvenir à appliquer une
première règle, on en adopte une deuxième, puis une troisième, sans jamais
rompre le cercle du sentiment d’impuissance ?
J'ai souvent pensé que nous n'avions pas assez de lois, mais trop. Au fond,
nous avons fini par faire de la loi l'outil de l'impuissance, ce qui est quand
même le moindre des paradoxes. Et, non content de cela, ceux qui n'ont pas
réussi ou ceux qui pensent qu'ils ne peuvent pas réussir par la loi mettent
maintenant en cause les gardiens de l'ordre constitutionnel. C'est-à-dire que
ce qu'on n'arrive pas à faire par la loi, on dit que ce n'est pas la faute de
la loi et des parlementaires et des politiques, c'est la faute du Conseil
constitutionnel. Et je mets en garde contre ce risque, cette dérive, je sais où
ça mène, nous savons où ça mène dans les pays qui l'ont pratiqué.
Ensuite, nous n’avons pas suffisamment répondu à cette aspiration très
française à l’égalité et à la justice. Nous voulions rendre à chaque Français
une part de maîtrise sur sa propre vie. Faire en sorte que l’endroit où l’on
naît, la famille dans laquelle on grandit, le patrimoine dont on hérite ou le
réseau dont on dispose ne décident pas, dès le départ, de ce que l’on pourra
devenir. Nous y avons réussi sur un certain nombre de points, je viens de le
dire, mais nous ne l'avons pas réussi sur tous, et nous devons en avoir
conscience.
Car que faisons-nous lorsque nous finançons durablement notre niveau de vie par
la dette ? Nous préemptons une partie des choix de ceux qui viendront après
nous. Nous leur transmettons des intérêts à payer plutôt que des marges de
manœuvre pour investir, une contrainte plutôt qu’une liberté de décider.
C’est pourquoi nous devons continuer le combat sur la dette. Le combat pour
l’émancipation individuelle et celui pour la responsabilité collective sont, au
fond, le même combat : celui qui consiste à rendre à chacun la maîtrise de son
avenir.
Je veux ici retrouver une conviction que François Bayrou porte depuis longtemps
: la politique ne se juge pas seulement à ce qu’elle apporte aux citoyens
aujourd’hui, mais aussi à ce qu’elle laisse à ceux qui viendront demain.
La dette n’est donc pas seulement une question comptable. Elle est une question
de souveraineté, bien sûr. Mais elle est aussi une question de justice entre
les générations. Chaque fois que nous reportons sur demain une dépense que nous
refusons d’assumer aujourd’hui, nous réduisons un peu la liberté de ceux qui
nous succéderont.
Et notre responsabilité, celle que nous avons vis-à-vis des jeunes, n’est pas
de choisir à leur place. Elle est de leur transmettre suffisamment de liberté
pour qu’ils puissent, à leur tour, choisir leur avenir.
Et puis nous avons échoué sur les questions de démocratie.
D'abord et sans doute pour les attitudes, nous avons été quelques-uns à
assister à l'émergence de ce mouvement en 2017 et à avoir le sentiment,
parfois, que la nouvelle façon de faire de la politique était plutôt un
écrasement qu'un respect des oppositions et même des partenaires de la
majorité.
On s'en souvient à quelques-uns, et qu'il a fallu de temps en temps mettre les
bornes aux limites ou les limites aux bornes pour expliquer que c'est parce
qu'on est majorité absolue qu'il faut tendre la main. Et c'est parce qu'on est
majorité absolue qu'il faut tendre la main, parce que quand vous vous retrouvez
après en situation de fragilité ou de majorité relative, ceux à qui vous n'avez
jamais tendu la main pendant des années, ils disent : mais pourquoi maintenant
je viendrais t'aider au moment où tu es en situation de faiblesse ? Et je pense
que c'est une difficulté, de même que nous n'avons pas su aller assez loin sur
ce que nous portions et ce qui faisait partie de l'alliance avec le président
de la République, parler de la question en particulier de la proportionnelle et
de la réorganisation des pouvoirs locaux.
Tout cela, ce sont des choses que nous n'avons pas réussi à faire, mais ce sont
des choses sur lesquelles il faudra que nous planchions dans les années qui
viennent.
Voilà notre bilan.
Il y a eu des réussites. Il y a eu des erreurs. Des insuffisances. Des
décisions que nous avons contestées et des méthodes avec lesquelles nous avons
parfois été en désaccord.
Et la politique doit renouer avec le droit à apprendre : l’humilité de
reconnaître ses erreurs, la lucidité de les corriger et le courage de
revendiquer ses réussites.
C’est cette attitude qui doit être la nôtre.
Et cette lucidité est d’autant plus nécessaire qu’une nouvelle séquence
politique s’ouvre devant nous.
Les extrêmes progressent.
Nous ne sommes pas démocrates par peur des extrêmes. Notre engagement précède
le danger.
Nous n’avons pas attendu leur progression pour croire à la liberté, au
pluralisme, à la responsabilité, à l’Europe, au respect de l’autre et à notre
capacité à construire ensemble malgré nos différences.
Nous combattons les extrêmes, non par réflexe, non par intérêt, non pour
préserver je ne sais quel ordre établi, mais parce que nos convictions nous y
conduisent.
Nous ne sommes pas démocrates contre les extrêmes. Nous combattons les extrêmes
parce que nous sommes démocrates.
C’est notre engagement. C’est notre responsabilité.
Et nous connaissons le phénomène populiste. Il n’est pas nouveau dans
l’histoire.
Notre histoire nous a appris que les périodes d’incertitude produisent toujours
leurs marchands de certitudes. Les bonimenteurs de toutes les foires du monde.
Les « y a qu’à, faut qu’on » de tous bords. Ils partent de colères réelles pour
proposer des réponses factices.
Ils prennent des difficultés complexes et leur trouvent un coupable :
l’étranger. L’Europe. Les riches. Les fonctionnaires. Les immigrés. Les
entreprises. Les élites. Personne n’y échappe. Et bientôt ce sera les pêcheurs
à la ligne.
Peu importe finalement le bouc émissaire, pourvu qu’il dispense de chercher une
solution.
Et leurs méthodes finissent étrangement par se ressembler.
Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon prétendent tous deux rendre aux Français
leur souveraineté. Mais Marine Le Pen entretient depuis des années une relation
politique singulière avec la Russie de Vladimir Poutine.
Dans le moment historique que nous traversons, alors que Moscou mène la guerre
sur notre continent et cherche à fracturer les démocraties européennes, une
question s’impose : quelle indépendance nationale Marine Le Pen peut-elle
sérieusement prétendre incarner, quand son propre parti a été, pendant si
longtemps, débiteur, pour vivre, d’une banque russe ?
Et puis il y a les mots. Ceux qui révèlent parfois davantage que les
programmes. Lorsque Louis Aliot annonce tranquillement qu’il faudrait « couper
le robinet » de l’aide à l’Ukraine, il ne parle pas d’une abstraction
budgétaire. Il parle d’un peuple agressé qui se bat pour sa liberté, pour son
territoire et pour le droit de choisir son destin.
« Mourir pour Dantzig ? », avec un point d'interrogation, disait Marcel Déat.
Ils ne nous demandent pas de mourir, ils nous demandent juste de les aider à
combattre pour éviter qu'un jour les questions qui se posent chez eux viennent
se poser chez nous. Cette formule est indigne et révélatrice. Car derrière la
brutalité des mots apparaît une conception de la politique étrangère où la
lassitude devrait l’emporter sur la fidélité et où la force finirait par créer
le droit.
À l’autre extrême, Jean-Luc Mélenchon promet de libérer la France de toutes ses
contraintes en dépensant toujours davantage et, désormais, en proposant de «
mettre la dette au feu ou aufrigo ». La formule est à l’image du reste du
programme : illusoire. Car même si une partie de la dette était gelée ou
annulée, la France continuerait à avoir des déficits à financer, à émettre de
nouveaux emprunts et donc à dépendre de ceux qui acceptent de lui prêter.
Difficile de demander à celui à qui on dit qu'on ne va pas le rembourser de
continuer à vous prêter de l'argent. Il promet l'indépendance et organise la
dépendance.
Le problème des extrêmes n’est pas seulement ce qu’ils feraient demain s’ils
gouvernaient.
Leur progression et l’instabilité politique à laquelle ils contribuent ont déjà
des conséquences pour le pays.
Nous en avons fait l’expérience depuis quatre ans. Elles commencent par la
politique de leurs « amis », Monsieur Trump, Monsieur Poutine. Et
j'alerte sur le fait que les situations, y compris je pense aux questions de
carburant, elles sont portées par ceux dont ils défendent les politiques à
l'extérieur de nos frontières. Et je dis une deuxième chose, regardez bien ceux
qu'ils défendent, Monsieur Poutine et Monsieur Trump.
Est-ce que vous trouvez que l'Amérique va mieux depuis Monsieur Trump et gagne
en crédibilité et en force ? Est-ce que vous trouvez que la Russie va mieux
depuis que Monsieur Poutine est en place ? Donc ils nous vendent un modèle de
gens qui détruisent leur propre pays. Et donc on a besoin d'avoir face à ça un
certain nombre de choses à dire.
Alors ils perturbent aussi la vie parlementaire, je raccourcis mon propos, mais
non content d'avoir des modèles qui sont un peu éloignés des nôtres, ils
passent leur temps au niveau national à faire en sorte qu'on n'avance pas,
qu'on ne progresse pas, et qu'on empêche toute initiative de se créer.
Et donc cette incertitude qu'ils créent, cette pagaille qu'ils créent et cette
fracture qu'ils créent, ça a un prix, le prix du renoncement aux sujets
centraux et le prix du renoncement des entreprises. L'incertitude atteint aussi
les niveaux de l'économie. Les extrêmes ne sont pas seulement un risque pour
demain, la politique de l'instabilité produit déjà ses effets aujourd'hui, avec
des risques pour demain, grâce à eux et à leurs amis.
Ils prétendent libérer le pays de ses contraintes ; ils contribuent à
l’incertitude qui le paralyse.
Ils prétendent défendre notre souveraineté ; ils fragilisent notre capacité à
financer nos choix.
Ils prétendent défendre notre souveraineté, ils fragilisent au fond notre
capacité à financer nos choix. Ils prétendent rendre le pouvoir au peuple, ils
transforment trop souvent le Parlement en instrument de blocage. Ils prétendent
aimer le pays, ils le livrent aux banquiers, soit pour la dette soit pour
financer leur campagne. Et ils ont une fascination débordante, pour ne pas dire
bouillonnante, pour le fort, et alors singulièrement quand ce fort veut nous
affaiblir ou nous anéantir. Voilà les patriotes qui parlent.
Voilà les patriotes qui parlent. Et bien ce n’est pas notre conception du
patriotisme. Mais on ne bâtit pas un projet politique en criant au loup. On ne
demande pas éternellement aux Français de voter pour nous parce que les autres
seraient pires. Si notre seul projet pour 2027 consiste à expliquer que Marine
Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon seraient dangereux, alors nous aurons déjà perdu
une partie de la bataille politique.
Nous aurions raison. Mais nous ne pouvons pas seulement avoir raison. Parce
qu’à la crainte, il faut opposer l’envie. À la colère, une espérance. À la
facilité, un chemin exigeant mais juste. Et aux projets des extrêmes, notre
projet.
Nous avons décidé en Conseil national, de lancer un grand chantier
programmatique dont nous avions parlé lors des journées parlementaires. Pour
affirmer ce que nous sommes, bien sûr, mais surtout pour mettre dans le débat
public les sujets qui nous semblent essentiels et les réponses que nous voulons
porter.
Je veux d’abord vous dire que notre groupe à l’Assemblée nationale s’engagera
pleinement dans cette démarche. Les 37 députés, dont je suis fier, qui le
composent ont chacun développé une expertise, une expérience du terrain, une
connaissance fine des grands enjeux auxquels notre pays est confronté.
Ils ont vocation à nourrir ce travail, à produire des analyses avec vous, avec
d’autres et tous ceux qui voudront se joindre à ce travail collectif.
Et parce que j’ai le sens du collectif je voudrais poser simplement une
exigence ou une ligne qui me semble devoir guider notre réflexion : la
réconciliation.
Réconcilier les Français avec leur démocratie, d’abord. Cela suppose une
démocratie qui représente mieux, avec la proportionnelle, mais pas que ; une
information libre et pluraliste ; mais aussi un État qui retrouve son
efficacité. Simplifier les normes et les procédures, raccourcir les délais,
évaluer ce que nous faisons. Avec un principe simple : un responsable, une
procédure, un délai. Une démocratie ne se juge pas au nombre de décisions
qu’elle prend, mais à sa capacité à les rendre effectives.
Réconcilier les Français entre eux, ensuite. Retrouver le sens d’une communauté
nationale dans laquelle chacun contribue selon ses moyens et chacun sait que
l’effort est justement réparti. Mieux rémunérer le travail sans fragiliser
notre compétitivité ; mieux financer notre protection sociale sans toujours
faire peser son coût sur le travail. Davantage de compétitivité, sans affaiblir
notre protection sociale.
Réconcilier, enfin, l’écologie avec la vie quotidienne. Parce que la transition
ne réussira que si elle améliore concrètement la vie. Préparer notre
agriculture à un monde où l’eau sera plus rare. Construire des mobilités du
quotidien là où il n’y a ni métro ni tramway. Permettre de rénover son logement
sans alourdir ses charges.
Et enfin, et peut-être est-ce le plus important, réconcilier les générations.
Nous ne pouvons plus demander aux plus jeunes de financer demain les choix que
nous refusons d’assumer aujourd’hui. Cela vaut pour notre dette, pour notre
modèle social, pour le financement des retraites comme pour le climat.
Et c’est ainsi, finalement, que nous répondrons au constat posé au début de ce
discours.
Oui, la démocratie peut encore agir. À condition qu’elle accepte de choisir. À
condition qu’elle sache se transformer. À condition surtout que les décisions
prises changent réellement quelque chose dans la vie des citoyens.
Si je parle de réconciliation, ce n’est pas un hasard. Parce qu’au fond, c’est
peut-être là que réside depuis toujours notre singularité. Être du Centre, ce
n’est pas chercher le juste milieu en toute chose. Ce n’est pas calculer en
permanence la distance qui nous sépare de la droite et celle qui nous sépare de
la gauche.
C’est tracer une voie qui nous est propre.
Voilà notre singularité : tenir ensemble ce que les idéologies séparent
trop facilement.
La liberté et la solidarité. L’économie et l’écologie. L’autorité et
l’humanisme. La nation et l’Europe. L’entreprise et le salarié. Celui qui
arrive et celui qui accueille. Le présent et les générations futures.
Tenir ensemble ce que d’autres opposent, pour transformer sans défaire.
Le Centre n’est pas l’endroit où l’on modère les autres. Il doit être l’endroit
d’où l’on transforme le pays. Et dans l’époque qui vient, je crois même que la
modération sera une audace. Révolutionnaire peut-être.
Tout pousse à réduire le monde à quelques caractères sur un écran. Tout pousse
à transformer chaque adversaire en ennemi. Or, depuis deux ans, notre groupe
fait chaque jour l’expérience d’une réalité qui pourrait aussis’installer
durablement dans notre vie politique : aucune force politique ne peut
plus, à elle seule, faire avancer le pays.
C’est cela aussi, respecter le vote des Français et c’est cela que nous faisons
chaque jour.
C’est précisément cela la force du centre et c’est cela que nous devrons
diffuser.
Et ce que nous avons appris à construire à 37 dans l’Assemblée, nous devons
maintenant avoir l’ambition de le construire dans le pays. Et pour réussir il
faudra rassembler. Et ce rassemblement, mes chers amis, il n’est pas une
abstraction.
Il a, pendant trois jours, commencé à prendre corps ici.
Regardez ce que nous venons de faire. Nous avons aussi accueilli Bernard
Cazeneuve, Xavier Bertrand, Jean-Louis Borloo, Élisabeth Borne, Thierry Breton,
Eric Lombard, Eric Dupont-Moretti, Juliette Méadel et bien d’autres. Des femmes
et des hommes qui n'ont pas la même histoire, qui ne viennent pas du même
endroit, qui ne sont pas d'accord sur tout et heureusement, mais qui savent
qu'il existe quelque chose de plus important que nous appartenons sur nos
histoires.
Ce que nous sommes encore capables de construire ensemble pour le pays. Je veux
dire que ce qui s'est passé ici est important et que c'est un point de départ,
parce que dans une vie politique qui passe son temps à dresser des murs, nous
avons fait le pari de la rencontre et du dialogue. Et dans un pays que l'on
voudrait condamner au face-à-face des blocs, nous avons montré qu'un autre
espace existe. Et maintenant il faut aller plus loin, il faut transformer ces
rencontres en travail commun, ces convergences en engagement et ces bonnes
volontés en une force capable d'agir.
Je ne suis pas, comme vous le savez, obsédé des étiquettes, je suis beaucoup
plus parce que nous voulons faire ensemble. Avant de distribuer les places,
écrivons les engagements. Avant de choisir les personnes, choisissons le
chemin. Nous avons besoin d’une équipe de bonnes volontés. Elle s’est exprimée.
Des hommes et des femmes venus de partout, ces hommes et ces femmes peuvent
devenir la clé de voûte d'un nouvel arc démocrate construit sur un travail de
fond pour faire émerger quelques engagements. Ces hommes et ces femmes venus
d'horizons différents pourront dire, sur cela nous sommes d'accord, et sur cela
nous sommes prêts à agir ensemble. (…)
Quand les autres maisons à droite et à gauche semblent en risque de
disparaitre, qui l’aurait pensé ? Nous, nous sommes encore là. Et
vais vous dire en trois mots la recette de cette solidité : nous avons
d’abord toujours fondé nos décisions politiques sur l’idée que nous nous
faisons de l’intérêt du pays et sur la base des convictions.
Nous avons toujours essayé de nous éloigner des aventures individuelles
croyant, et à juste titre que seul le collectif avait une force et l’on a vu ce
qu’il advenait de ceux qui s’y aventurait. Des plaisirs immédiats, des petites
notoriétés vaniteuses puis… le néant.
Et peut-être, surtout, nous n’avons jamais accepté la domination des uns ou des
autres, et parce que d’abord, nous n’avions pas une âme de dominant, nous
cherchions la liberté.
Je n’ai jamais douté, parce-que ici, au Centre, je peux tout simplement, comme
beaucoup d’entre vous, exprimer ce que je suis.
Parce que je ne me résous pas à ce que l’on vienne m’imposer les pensées
uniques et les certitudes de la bipolarisation. Parce que j’aime ceux qui sont
capables d’écouter les arguments des autres, de les comprendre, y compris et
peut être surtout, dans leur différence. Parce que j’aime les gens qui doutent
tout en étant solides dans leurs convictions et que je déteste la société en
construction qui fait par nature de celui qui ne pense pas comme vous un
gêneur, un adversaire quand ce n’est pas un ennemi. Comme si l’on était trop
faible pour accepter les différences. Parce que je ne crois pas que l’on
construise quoique ce soit de beau dans la détestation de l’autre, dans son
ostracisation et dans l’enfermement communautaire et les certitudes d’un petit
cercle. Parce que je ne crois pas que les forces de l’argent doivent dominer le
monde mais au contraire le servir. Parce que je crois à la nécessité
d’encourager les initiatives privées parce qu’elles ne sont pas l’ennemi
mécanique de l’intérêt général. Parce que je crois que l’écologie doit être
l’une des premières préoccupations des humanistes que nous sommes. Et que ceux
qui veulent la défendre ne peuvent en faire l’ennemi de l’humanité comme si
parce que nous sommes effectivement la cause des désordres il faudrait désormais
que l’humanité s’efface. Parce que je crois que le service public c’est la
chance de ceux qui n’en ont pas par la naissance et que c’est une promesse
faites à tout enfant qui naît de pouvoir sortir de sa condition. Parce que je
crois en la force de notre réseau local d’élus engagés, de forces associatives
de ceux qui chaque jour se frottent au réel et que je refuse qu’on vienne
opposer ces forces avec celles de l’État. Parce que je crois que l’Europe est
l’espace pour exprimer notre liberté et notre souveraineté et qu’elle reste la
plus belle promesse d’hommes et de femmes qui ne veulent pas revoir la guerre
qui a failli détruire ce continent. Parce que j’aime mon pays quand il rayonne
fait vivre son histoire, porte avec fierté le message universel de ceux qui
nous ont précédé et que je refuse d’en faire un objet d’enfermement nostalgique
mais au contraire d’ouverture.
Je suis donc ici parce qu’il est nul autre espace, endroit, famille, maison où
je peux exprimer cela et m’y sentir bien. Il n’y a que là que je pouvais être
et c’est tellement confortable je vous assure. Alors dans les semaines et les
mois à venir je vais vous donner un conseil pour que continue l’aventure et
qu’elle s’élargisse. Soyons et soyez généreusement sincères, absolument et
totalement. En sortant de l’esprit boutiquier, des affaires de boutiques
médiocres et de nos intérêts personnels. Voilà trente ans que je voyage ainsi,
et vous avec nous. Nous n’avons pas à nous en plaindre, et je suis à nouveau
prêt à prendre le risque de tout perdre parce que seul ce don à un vrai sens et
crédibilisera devant les Français. Le reste c’est de la littérature Soyons
généreux et refusons les petits calculs, de bruler les étapes, de mettre la
charrue avant les bœufs. Prenons les choses dans l’ordre et l’ordre c’est la
Présidentielle et le reste viendra bien assez tôt pour les gens pressés. Et
dans l'intervalle, donnons sans compter de notre énergie, de notre
intelligence, de notre collectif, pour bâtir ces rassemblements. Soyons
généreux c’est-à-dire donnons l’image au français une nous n’avons qu’un seul
sujet de préoccupations : eux. Soyons généreux : ouvrons nous à
toutes celles et ceux qui cherchent autre chose que le duel annoncé. Soyons et
soyez généreux je ne connais pas d’autre mot pour dire notre désintéressement,
note volonté de rassembler et notre volonté de changer le pays pour les
Français.
Et avec cette générosité communicative, sincère, totale je suis certain que
nous pouvons conjurer le fatalisme et offrir une autre voie au pays.
> A la crainte, il faut opposer l'envie. A la colère, une espérance. A la facilité, un chemin exigeant mais juste. Et aux projets des extrêmes, notre projet. Nous avons décidé de lancer un grand chantier programmatique. Pour affirmer ce que nous défendons et pour porter dans le débat public les sujets essentiels et les réponses que nous voulons y apporter.
> Notre engagement précède le danger des extrêmes. Nous croyons en l'Europe, au pluralisme, à la liberté, au respect de l'autre et en notre capacité à construire ensemble malgré nos différences. Nous ne sommes pas démocrates contre les extrêmes. Nous combattons les extrêmes parce que nous sommes démocrates.
> Certains, après des années au pouvoir, prétendent n'avoir jamais habité au palais, ne plus même en connaître l'adresse. Mais gouverner, c'est savoir assumer ses échecs comme ses réussites.
Bruno Fuchs (député)
> Nous avons un ennemi extérieur, la Russie, qui veut mettre un terme au
modèle de société dans lequel on vit via des proxys comme le RN en France ou
l'AFD en Allemagne. On est dans une guerre de survie.
► Autres
● Organisations centristes
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement européen)
Valérie Hayer (députée, présidente)
> Renaissance, MoDem, Horizons et UDI siègent dans le même groupe au
Parlement européen : Renew Europe. Un groupe clé pour obtenir des majorités
dans un hémicycle qui n’a jamais eu de majorité absolue. Ce rassemblement, on
le vit tous les jours à l’Europe. J’aspire à ce qu’en France on puisse
atteindre une forme de maturité politique pour bâtir des coalitions et sortir
des postures, dans l’intérêt des Français. J’espère que cette présidentielle
permettra de changer cette culture politique française.
● Personnalités centristes
Clément Beaune (haut-commissaire au Plan)
> « Lei das Grandes Opções », ça ne vous dit rien ? C’est un outil
utilisé par le Portugal dont nous pourrions nous inspirer en France ! Hier,
j’étais invité par l’Instituto Progresso, à Lisbonne. Depuis les années 1990,
le Parlement portugais adopte régulièrement des « lois des grandes
options » qui fixent les priorités du pays pour les années à venir : les
objectifs stratégiques, les principaux choix à faire et la trajectoire
budgétaire à suivre. L’intérêt est simple : donner davantage de stabilité, de
visibilité et de prévisibilité. Pour les citoyens, pour les entreprises. Car
certains défis ne se règlent pas en un an : réindustrialisation, transition
écologique, démographie, souveraineté, éducation… Ils nécessitent une direction
claire, des objectifs mesurables et de la continuité dans l’action. Alors,
pourquoi ne pas imaginer en France une « loi des grandes options », votée par
le Parlement, qui fixerait quelques grandes priorités nationales pour cinq ans
? Un retour modernisé à nos « lois de plan ».
> « Ça ne sert à rien d’agir pour le climat, la
France représente 1% des émissions mondiales. »
« On n’a aucun moyen de contraindre les autres pays du monde à réduire
leurs émissions. »
Si, l’Europe le peut !
Et si notre politique climatique regardait aussi ce que nous importons ? En
France, notre « empreinte carbone » est de 50% supérieure à nos
émissions territoriales. Donc notre empreinte climatique vient souvent
d’ailleurs !
Nous devons marcher sur deux jambes : poursuivre la neutralité de nos émissions
territoriales en 2050, mais aussi nous fixer un objectif de neutralité en
« empreinte carbone » à l’horizon 2060. C’est ce que propose le
haut-commissariat au Plan: agir sur ce que nous produisons ET agir sur ce que
nous consommons, avec un objectif de neutralité en empreinte carbone à
l’horizon 2060. Notamment en utilisant la politique commerciale pour pousser
les autres puissances à réduire leurs émissions ! Une Europe plus forte et plus
verte…
Sarah El Hairy (haut-commissaire à l’Enfance)
> [Tribune: «TikTok a dix ans et certains enfants n’auront jamais dix ans de
plus»] Ce 20 septembre, TikTok fête ses dix ans. Dix ans de vidéos, de
danses, de découvertes, de créativité. Dix ans pendant lesquels une application
est devenue, pour une génération entière, une porte d’entrée vers le monde,
mais aussi parfois vers elle-même. Dix ans, pourtant, ce n’est pas rien. Pour
une plateforme, dix ans sont une décennie d’innovation et de croissance. Pour
un enfant, dix ans, c’est une enfance. C’est l’école primaire qui devient
collège, le collège qui devient lycée. C’est le temps des amitiés, des premiers
amours, des rêves de métier, des erreurs dont on se relève. C’est dix années de
vie qui restent à construire.
Et certains enfants n’auront pas ces dix années. Je pense aux familles qui ont
perdu un enfant après son exposition répétée à des contenus d’automutilation,
de dépression ou de suicide sur les réseaux sociaux. Les trajectoires
suicidaires sont toujours complexes et ne peuvent être réduites à une cause
unique. Mais cette prudence ne doit pas nous dispenser d’une question devenue
incontournable : que se passe-t-il lorsqu’une technologie amplifie,
recommande et répète à un enfant vulnérable les contenus les plus dangereux
pour lui ?
Nous ne pouvons pas demander à un enfant de gagner seul contre un système conçu
pour retenir son attention
Le sujet n’est plus seulement celui de ce que l’on publie sur les réseaux
sociaux. Il est celui de ce que les plateformes choisissent de montrer, à qui,
quand, combien de fois et selon quels objectifs. Car un enfant n’est pas un
utilisateur comme les autres. Il est un être humain en construction, dont le
cerveau, l’estime de soi et la capacité à prendre du recul sont encore en
développement. Face à lui, des systèmes analysent ses comportements, apprennent
ce qui retient son attention et peuvent lui proposer, seconde après seconde, la
vidéo suivante. Nous ne pouvons pas demander à un enfant de gagner seul contre
un système conçu pour retenir son attention.
Pendant trop longtemps, nous avons fait reposer l’essentiel de la
responsabilité sur les enfants et leurs parents : limiter le temps
d’écran, activer le contrôle parental, surveiller les contenus, dialoguer,
repérer les signaux d’alerte. Tout cela est nécessaire. Mais cela ne peut
constituer notre seule politique de protection.
Il existe une asymétrie fondamentale entre un enfant de treize ans et une
plateforme mondiale disposant de milliers d’ingénieurs, de milliards de données
et de systèmes capables de personnaliser chaque seconde de son expérience. La
protection de l’enfance ne peut pas être le dernier bouton que l’on ajoute à
une application déjà conçue. Elle doit être présente dès la première ligne de
code. C’est cela, la protection dès la conception. C’est cela, le Safe Child
by Design que je défends.
Lorsqu’une plateforme imagine une nouvelle fonctionnalité, la première question
ne devrait donc pas être seulement : combien d’engagement va-t-elle
générer ? Elle devrait aussi être : quel risque cette fonctionnalité
peut-elle faire courir à un enfant ? La sécurité doit être pensée avant
l’engagement, la santé avant le temps passé, l’intérêt supérieur de l’enfant
avant l’optimisation de l’audience. Ce qui est techniquement possible n’est pas
nécessairement acceptable lorsqu’il s’agit d’enfants.
Mais nous devons franchir une étape supplémentaire. La sécurité des enfants ne
peut plus relever du seul département chargé de la modération ou de la
conformité. Elle doit devenir un sujet de gouvernance. Lorsqu’un service
utilisé par des millions de mineurs est présenté devant un conseil
d’administration, le risque qu’il fait peser sur les enfants devrait être
examiné avec la même rigueur que le risque financier, juridique, cyber ou
réputationnel. Les dirigeants doivent pouvoir savoir quels risques leurs produits
créent, quelles mesures ont été prises pour les réduire et quels indicateurs
permettent d’en mesurer les résultats.
Protéger les enfants n’est donc pas seulement une obligation morale ou
réglementaire. C’est une responsabilité de conception, de management et de
gouvernance. Les plateformes démontrent d’ailleurs elles-mêmes qu’elles savent
différencier leurs produits, leurs fonctionnalités et leurs paramètres selon
les marchés. La version chinoise de l’application, Douyin, fonctionne dans un
contexte réglementaire et culturel profondément différent et il serait
simpliste d’en faire un modèle. Mais une réalité demeure : lorsqu’une
protection peut techniquement être conçue et déployée sur un marché, il est
légitime de demander pourquoi elle ne pourrait pas l’être ailleurs.
Un enfant français n’a pas moins droit à la protection qu’un enfant vivant dans
un autre pays. Nous devons donc changer de question. Nous ne devons plus
seulement nous demander : « Comment apprendre à nos enfants à
mieux utiliser les réseaux sociaux ? » Nous devons aussi demander
aux plateformes : « Comment allez-vous concevoir vos services pour
qu’un enfant puisse les utiliser sans que sa vulnérabilité devienne une
variable de votre modèle économique ? »
À qui appartient le temps de nos enfants ? Aux plateformes ? Aux
algorithmes ?
Cette exigence n’est ni une guerre contre la
technologie, ni une volonté de tenir les enfants à l’écart du numérique. Je
souhaite qu’ils puissent bénéficier de ce que le numérique a de meilleur :
apprendre, créer, s’exprimer, découvrir, se retrouver. Mais l’innovation ne
peut se construire au prix de leur santé, de leur attention ou de leur
sécurité.
L’Europe a commencé à construire cette responsabilité. Le Digital Services Act impose
aux très grandes plateformes d’évaluer les risques systémiques que leurs
services peuvent faire peser sur les mineurs et de prendre des mesures pour les
réduire. C’est une première architecture essentielle. Il faut désormais
franchir l’étape suivante : passer de la régulation des dommages à la
conception de services intrinsèquement plus sûrs pour les mineurs.
Des paramètres protecteurs par défaut. Des mécanismes réellement efficaces
contre les spirales de contenus dangereux. Une conception qui ne pousse pas les
enfants à rester connectés toujours plus longtemps. Des audits indépendants des
systèmes de recommandation. Une transparence réelle sur les risques. Et une
responsabilité qui remonte jusqu’aux instances qui décident.
Après dix années dominées par l’économie de l’attention, les dix prochaines
doivent être celles de la responsabilité. Car derrière chaque débat sur le
« temps d’écran », il existe une question beaucoup plus
fondamentale : à qui appartient le temps de nos enfants ? Aux
plateformes ? Aux algorithmes ? Aux modèles économiques qui
valorisent chaque minute supplémentaire passée devant un écran ? Il
appartient d’abord aux enfants eux-mêmes. Ce 20 septembre, TikTok a dix
ans. Nous pouvons regarder cette décennie comme celle d’une formidable révolution
technologique. Nous pouvons aussi choisir d’en faire le moment où nous avons
compris que la prochaine révolution devait être celle de la responsabilité.
Dans dix ans, TikTok aura peut-être vingt ans. Notre ambition doit être que les
enfants qui utilisent aujourd’hui les réseaux sociaux puissent, eux aussi,
avoir dix années de plus. Qu’ils aient grandi. Qu’ils aient aimé. Qu’ils aient
échoué et recommencé. Qu’ils aient changé d’avis. Qu’ils aient construit leur
vie.
TikTok peut célébrer ses dix ans. Notre responsabilité collective est de faire
en sorte que nos enfants puissent célébrer les leurs. Cette ambition
dépasse le seul cas de TikTok. Elle est au cœur de Changer d’ère, le mouvement
que je porte pour réunir toutes celles et ceux qui refusent que le progrès
technologique se fasse au détriment de l’humain. Parents, éducateurs,
associations, chercheurs, entrepreneurs, citoyens : je les appelle à nous
rejoindre sur changer-d-ere.fr, à partager leurs expériences et à faire émerger
des propositions concrètes pour que la protection des enfants devienne le point
de départ de toute innovation numérique.
C’est cela, protéger les enfants à l’ère numérique : ne pas attendre que
le dommage soit arrivé pour agir. Concevoir la protection dès le départ.
Organiser la responsabilité jusqu’au sommet des entreprises. Parce qu’une
enfance, elle, ne se redémarre pas.

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