Au lieu de garder les mémoires vivantes et faire en sorte que le passé soit une leçon à ne pas oublier, les années, au contraire, patinent puis effacent petit à petit les pires aspects de la réalité, gardant les plus glorieux ce qui permet de réhabiliter des événements et des personnages pourtant inexcusables.
Ce processus est bien connu et, pour prendre un exemple du quotidien que nous connaissons tous, à chaque décès nous avons tendance à ne garder que les aspects positifs de la personne disparue et à excuser ou amoindrir ses défauts ou ses agissements fautifs, comportement qui s’accroit au fil des années.
La liste serait trop longue à faire de tous ceux qui, dans les histoires nationales sont devenus des icônes alors qu’ils n’étaient souvent que de vulgaires criminels.
On le voit avec Staline en ce moment en Russie.
En Chine, Mao est encore considéré comme un dieu.
Tout comme Peron en Argentine ou Castro à Cuba.
Mussolini a toujours son mausolée en Italie où il demeure une idole pour une grande partie de la population.
En France, le «bon roi Dagobert» était un génocidaire et, oui, Napoléon un autocrate égocentrique qui ne reculait sur aucun moyen pour assouvir son désir de gloire.
L’inculture, voire l’acculture, des peuples en matière d’Histoire joue un rôle dans l’effacement des aspérités, même les pires.
Pour que ce ne soit pas le cas et pour éviter les réhabilitations scandaleuses, la formation et l’information des citoyens est primordiale.
Or, ici, force est de constater une grande et grave faillite quand on sait, par exemple, qu’une majorité de lycéens allemands ne savent pas qui est Hitler, surtout de ce qu’il a fait.
Dès lors, si on leur dit qu’il a construit les autoroutes, créé la coccinelle de Volkswagen et gagner des batailles militaires et quelques autres faits sortis de leur contexte, on en fait un type tout à fait fréquentable et non le monstre qu’il était.
D’autant que l’Allemagne toute entière et pas seulement celle de l’Est n’a pas été au bout de son processus de dénazification, la faute en revenant, en partie, aux élites du pays mais aussi aux pays vainqueurs de la Seconde guerre mondiale qui, lorsqu’ils sont entrés dans l’ère de la Guerre froide, ont décidé de passer l’éponge et de s’attacher, qui des Etats-Unis et de leurs alliés, les Allemands de l’Ouest et, qui de l’Union soviétique et de ses satellites, les Allemands de l’Est.
Tout cela a permis que le nazisme ne disparaisse jamais en Allemagne et qu’il puisse aujourd’hui revenir en force sur le devant de la scène politique avec l’AfD, deuxième force politique du pays aux dernières législatives et qui vient de gagner les élections dans le land de Saxe-Anhalt.
Et comme ce parti néo-nazi n’a pas été interdit, il est donc légalement apte à se présenter devant les électeurs et à concourir pour diriger le pays, tout comme le Parti national-socialiste à son époque.
Du coup, pour les citoyens, il est donc légitime d’exister et l’on peut voter pour lui.
Ce qui est déjà un premier pas pour la réhabilitation d’Hitler alors que celui-ci a perpétré ses crimes immondes il y a moins d’un siècle.
Gageons que si l’AfD parvient au pouvoir, d’autres pas seront réalisés jusqu’à la phase finale où il sera un grand dirigeant historique voire un héros de la patrie.
Est-ce inévitable?
On veut croire que non mais, pour cela, il faut, qu’enfin, en Allemagne mais aussi dans le monde entier la formation du citoyen d’un pays démocratique et républicain soit à la hauteur de l’enjeu ce qui n’est pas le cas actuellement.

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