La raison contre l’affectif, les faits avant les émotions, telles sont deux des principaux axiomes qui doivent fonctionner pour que la démocratie l’emporte à l’opposé de régimes extrémistes qui manipulent le peuple par l’affectif et l’émotion contre la raison et qui usent et abusent d’une interprétation mensongère des faits, quand ils n’inventent pas ces derniers, afin d’assoir leur pouvoir.
Un peuple qui, dans tous les régimes, démocratiques ou totalitaires, est souvent submergé par l’affectif et les émotions et, ce qui est particulièrement dangereux pour la démocratie républicaine, par celles que l’on appelle les passions tristes comme la colère, la haine ou le rejet de l’autre qui peuvent provoquer de la violence et favoriser les comportements extrêmes avec un soutien aux thèses les plus radicales.
Non pas que l’affectif doive être combattu systématiquement, bien au contraire, il marque souvent des volontés et des comportements positifs comme l’empathie, la solidarité et la fraternité, mais ceux-ci, s’ils doivent être encouragés ne doivent pas interférer sur des décisions politiques qui doivent se prendre au regard d’éléments factuels et de principes objectifs afin d’éviter que l’émotion du moment s’impose devant la réalité et pervertisse le choix raisonnable qui sera, in fine, bénéfique pour tout un chacun et la collectivité.
Bien sûr, il n’est pas possible d’éliminer complètement les éléments subjectifs et les réactions émotionnelles qui font partie de l’existence même et touchent évidemment les décideurs politiques mais simplement, il convient de ne pas les laisser subvertir une action publique qui doit agir en regard de la réalité et non de son interprétation sentimentale.
Ce que l’on constate, de plus en plus, c’est que les émotions deviennent souvent le principal moteur de l’agir des gouvernants qui, au lieu, de délivrer un discours de raison et de sagesse, se laissent emporter, pour des raisons électoralistes, par l’émotion ambiante avec tous les risques que cela comporte.
Tous les groupes de pression, politiques, économiques, sociaux et sociétaux, l’ont bien compris et délivrent leur messages – parfois de simples propagandes – en utilisant jusqu’à plus soif de l’émotion et, la plupart du temps, des émotions négatives pour alimenter les passions tristes.
Et ils savent qu’ils ont plus de chance de réussir à infléchir les décisions politiques qu’en utilisant la raison et les faits, en décrivant la «vraie» réalité.
Alors, non, pour répondre à la question, il n’a plus aucun pays où la raison l’emporte systématiquement sur l’affectif mais il en existe encore où la raison n’est pas totalement absente et n’a pas dit son dernier mot, tentant une conciliation difficile avec les émotions mais sans être sous leur diktat.
Peut-être que la solution serait dans l’affectif raisonnable qui semble un oxymore à première vue.
Encore faudrait-il le définir et savoir exactement où se trouve la limite où l’affectif se transforme en déraison.
Il y a du travail en perspective mais il est essentiel pour définir ce que doit être la démocratie républicaine du troisième millénaire si elle veut vraiment mettre en œuvre les valeurs humanistes souvent énoncées mais peu pratiquées tout en restant le régime de la raison.

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