mardi 3 novembre 2026

La Quotidienne centriste du 3 novembre 2026. Faut-il retirer à Cnews son autorisation d’émettre sur la TNT en tant que chaine d’information, voire l’interdire?


Chaîne d’information ou chaîne d’opinion?

La question se pose pour Cnews et la réponse conditionne, non pas son existence mais sa diffusion sur la TNT.

En revanche, si la chaîne appartenant au groupe Bolloré est qualifiée d’instrument de propagande raciste, elle pourrait être interdite.

C’est ce que demande une pétition qui a réuni jusqu’à présent près de 800.000 signatures.

Celle-ci, déposée sur le site de l’Assemblée nationale par un certain Lucas Massoni dont rien ne permet de dire quelle est son orientation politique, demande sa fermeture et rejoint donc les souhaits de l’ensemble de la Gauche.

Petit rappel de ce qu’est le débat autour de Cnews actuellement.

Sa fréquence TNT a été renouvelée fin 2024 par l'Arcom sous condition qu’elle respecte un cahier des charges en tant que la chaîne d’information.

Alors que le renouvèlement de son autorisation d’émettre avait déjà suscité des controverses suite à de multiples rappels à l'ordre, mises en demeure et sanctions financières car ne respectant pas ses obligations conventionnelles, les interventions de l’Arcom ont continué depuis.

Les reproches faits à Cnews concernent avant tout:
- le pluralisme des courants de pensée et d'opinion ;
- l'honnêteté, la rigueur et la maîtrise de l'information (le cahier des charges impose une obligation d'exactitude et de vérification des faits, ainsi qu'une maîtrise de l'antenne par les journalistes) ;
- la lutte contre les discriminations et la haine.

Parmi les mises en demeure et les sanctions prises de l’Arcom:
- La mise en demeure en juin 2026 pour manquement au pluralisme, l'analyse de 168 heures de programmes ayant révélé une surreprésentation massive d'un seul courant de pensée (extrême-droite) et un traitement univoque de thématiques clés (immigration, sécurité, justice, géopolitique) ;
- Plusieurs sanctions pour «manquement à l'obligation d'honnêteté et de rigueur de l'information» avec notamment des séquences à caractère climatosceptique (niant le réchauffement climatique d'origine humaine) ou diffusant des informations non vérifiées)
- De multiples amendes allant de 50 000 à 200 000 euros selon les séquences suite à des déclarations de chroniqueurs ou d'invités jugées discriminatoires ou stigmatisantes, notamment envers les personnes immigrées ou de confession musulmane, sans recadrage des journalistes de la chaine.
On peut dès lors se poser la question de savoir pourquoi l’Arcom a renouvelé l’autorisation et pourquoi elle la maintient actuellement sachant que CNews comptabilise plus d'une vingtaine de rappels à l'ordre et des centaines de milliers d'euros d'amendes cumulées.

Cela s’explique par une combinaison de critères légaux stricts, de considérations économiques et de stratégie de régulation progressive.

Bien que sanctionnée, les manquements de Cnews (liés au pluralisme et au respect des opinions) ont été caractérisés par l'Arcom de «diffus» sur l'ensemble de sa grille plutôt que relevant d'un dérapage unique et incontrôlé.

Par ailleurs, Cnews étant souvent la première chaîne d'information en termes d'audience, lui retirer purement et simplement sa fréquence pourrait être interprété comme une mesure politique discriminatoire au moment où la candidate de l’extrême-droite est e, tête des sondages pour la présidentielle.

Enfin, l’Arcom est obligée de respecter le principe de gradualité et de proportionnalité des sanctions.

Ainsi, tant que les étapes intermédiaires (mises en garde, mises en demeure, amendes financières) n'ont pas épuisé toutes les voies de droit, un retrait direct est juridiquement risqué.
Si l'Arcom avait retiré la fréquence sur la seule base des opinions exprimées, la décision aurait eu de fortes chances d'être annulée par le Conseil d'État pour «excès de pouvoir» ou «atteinte disproportionnée à la liberté d'expression».

Sauf que depuis 2024, après le renouvèlement de la fréquence de Cnews, le même Conseil d’Etat a adopté une nouvelle jurisprudence en ordonnant à l'Arcom de comptabiliser désormais le pluralisme non plus seulement sur le temps de parole des politiques, mais sur celui de tous les intervenants.

Ce qui a conduit l’Arcom a adressé la mise en demeure de juin 2026 pour manquement au pluralisme sur la base de ces nouveaux critères édictés par le juge administratif.
Cette mise en demeure est un avertissement solennel.

Si la chaîne conserve son droit d'émettre elle est désormais sous surveillance juridique stricte.
Tout nouveau manquement caractérisé sous ce nouveau régime pourrait, cette fois, ouvrir la voie à une suspension de diffusion.

Pour autant, on voit mal l’Arcom prendre la décision d’interdire Cnews à six mois d’une l’élection présidentielle, décision qui provoquerait sans aucun doute de graves controverses politiques, voire des troubles.

Reste que sur le principe, on doit certainement considérer Cnews comme une chaine d’opinion qui n’a plus sa place sur la TNT et dont l’existence même se pose en se basant sur les thèses racistes qui y sont diffusées.

Cependant, ce qui est le plus inquiétant dans cette affaire comme c’est le cas pour Fox news aux Etats-Unis ainsi que d’autres chaines dans nombre de démocraties, c’est moins leur existence – qui doit être combattue – que le nombre important de téléspectateurs qu’elles drainent quotidiennement.

 

 

 

[Retrouvez quotidiennement ce billet rédigé par l’équipe du CREC concernant l'actualité du jour] 

 

 


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