Par Aris de Hesselin et Alexandre Vatimbella
Le projet européen était de construire la paix qui avait été tellement agressée sur le continent de 1870 à 1945 avec trois conflits entre la France et l’Allemagne dont deux avaient débouché sur des guerres mondiales aux bilans effroyables.
«Plus jamais ça» était une volonté éminemment respectable et légitime de la part de peuples qui avaient tant souffert.
Et, grâce à quelques personnalités dont la plupart étaient centristes avec évidemment le français Robert Schuman, l’Europe a réussi ce pari que d’aucuns lui prédisaient être une impossible utopie.
Voilà que les espoirs portés pendant tant de siècles par des Erasme, des Henri IV et Sully, des Emmanuel Kant, des Saint-Simon, des Victor Hugo, des Aristide Briand, des Winston Churchill, des Louise Weiss, des Jean Monnet jusqu’au légiste français Pierre Dubois qui proposa dès 1306 une confédération des princes chrétiens pour assurer la paix, devenaient réalité.
Mais elle a oublié que la paix suppose que l'on se protège des éventuels agresseurs.
Et là elle a largement échoué.
Ou, plutôt, elle a cru qu'elle pouvait mettre sa paix sous la protection des États-Unis.
Seule la France a refusé de sacrifier son armée et de se reposer sous le parapluie américain.
Il faut dire que cela avait des avantages d'être protégé par les États-Unis.
C'est une des raisons du miracle économique allemand, par exemple (et de celui du Japon en Asie).
C’est pourquoi tant de membres de l’Union européenne ont renâclé pendant longtemps à investir suffisamment dans leur défense et qu’aucune armée européenne unifiée n’a pu voir le jour, projet proposé par la France et rejeté par… la France!
Devant les menaces actuelles, une prise de conscience a eu lieu, certes très tardive mais elle est là.
Il faut dire que la réalité ne pouvait plus être ignorée même de la part des plus rétifs qui vivaient dans la douce utopie que la guerre ne concernerait plus jamais l’Europe alors que, pourtant, la guerre dans l’ex-Yougoslavie et les agressions de Poutine notamment en Géorgie et en Crimée disaient le contraire.
Néanmoins pour un Suédois, un Hollandais, un Espagnol et même un Français, ces conflits n’étaient pas les leurs au-delà de l’émotion que suscitaient les pertes humaines.
Heureusement tout à changer et, à part les partis extrémistes liés à la Russie de Poutine, plus personne ne nie l’impérative nécessité pour l’Europe et, en particulier pour l’UE, d’avoir les moyens de se défendre contre des périls qui sont non seulement concrets mais immédiats.
Il reste aux Européens beaucoup à faire pour sécuriser leurs pays.
Mais, tout autant que le challenge de la paix apparaissait comme irréalisable entre ennemis et que pourtant ils ont réussi à installer, celui de se préparer à la guerre – et non de la faire comme le prétend les ennemis intérieurs et extérieurs de l’UE – peut être remporté avec de la volonté, de la clairvoyance, de la responsabilité et avec cet espoir qui les a animés au sortir du cauchemar en 1945.
Et si l’Europe réussi à assurer sa sécurité comme elle a assuré sa paix, alors elle deviendra cette puissance qui compte, qu’elle est mais qu’elle a refusé jusqu’à présent de construire jusqu’au bout.
Aris de Hesselin et Alexandre Vatimbella
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