Emmanuel Macron a pris la parole devant les Français suite
aux violences et aux pillages qui ont accompagné les manifestations du 17 octobre.
«Nous ressentons tous ce soir de la
colère, de la honte» a-t-il affirmé, ajoutant que «voir les rues de nos villes ainsi saccagées est
insupportable».
«Hier, a-t-il dit en préambule, des factieux issus de groupuscules
d’ultra-gauche, rejoints par de nombreux délinquants, se sont livrés à une
violence débridée dans nos villes.»
et de poursuivre:
«En regardant ces images, nous nous
sommes tous demandé: ‘qu’ont-ils
dans la tête ? Comment des Français peuvent faire cela à la France’?»
Pour autant, il ne s’agit pas de mettre tous ceux qui étaient
dans la rue dans le même sac:
«Il ne faut pas confondre plusieurs centaines de milliers de manifestants
aux revendications légitimes avec ceux qui ont détruit, cassé, pillé.
Le Président de la république a également rendu hommage aux policiers et aux
gendarmes:
«En votre nom, j’exprime le soutien de la
nation à nos forces de l’ordre et à nos forces de sécurité intérieures. Elles
ont tenu et ont fait de leur mieux.»
Est venu ensuite, avec clarté, la réponse que l’Etat doit
apporter devant les responsables de ces événements:
«Ceux qui ont détruit doivent payer.
Ceux qui ont pillé doivent rembourser.
Ceux qui ont cherché à faire tomber la
République auront à en répondre.
Nous serons intraitables.»
Car, «tous ceux qui aujourd’hui vous expliquent que l’urgence est d’aller dans la rue, de manifester, de créer le désordre n’ont qu’un but : abîmer la République et voler le débat» de l’élection présidentielle.
En revanche, il a déclaré que les revendications légitimes, notamment celles des lycéens, auront une réponse du gouvernement: «notre responsabilité est donc double: entendre la colère et agir sur ces causes, et faire respecter fermement l’ordre républicain.»
Et de conclure:
«Oui au dialogue, oui à la réponse concrète de court terme et à la préparation
des décisions futures. Mais non toujours à la violence quelle qu'elle soit.
Nous avons besoin d'unité, de calme et de respect.»
► Allocution du Président de la République
Mes chers compatriotes, je m'adresse à vous ce soir dans un moment d'une
extrême gravité, après ce que nous avons vécu hier dans de nombreuses villes de
France, en hexagone comme dans nos Outre-mer. Hier, samedi 17 octobre, des
factieux, issus de groupuscules d'ultra-gauche, rejoints par de nombreux
délinquants, se sont livrés à une violence débridée dans nos villes. Des
commerces ont été pillés, des bâtiments publics, des magasins, des mairies ont
été attaqués et pour certains détruits. Plusieurs centaines de policiers et de
gendarmes ont été blessés.
En regardant ces images, nous nous sommes tous demandé, qu'ont-ils dans la
tête ? Comment des Français peuvent faire cela à la France ? Pourquoi
brûler la mairie de Limoges, l'office de tourisme à Lyon, envahir la mairie à
Marseille ou attaquer la résidence du préfet à Bordeaux ? Comment
peuvent-ils en arriver là ? Rien ne le justifie, rien ne l'explique, rien
ne l'excuse.
Nous ressentons tous ce soir de la colère, de la honte. Voir les rues de nos
villes ainsi saccagées est insupportable. En votre nom, j'exprime le soutien de
la nation à nos forces de l'ordre et à nos forces de sécurité intérieure. Elles
ont tenu et ont fait de leur mieux. Nous pensons aux nombreux blessés ainsi
qu'à leurs familles. J'exprime aussi notre soutien à tous nos maires et tous
nos élus. Je veux dire aussi notre soutien aux nombreux commerçants, artisans,
acteurs économiques qui ont subi les conséquences de ces violences et qui sont
aujourd'hui dans le désarroi. Certains ont défendu eux-mêmes leurs magasins et
leurs vitrines face aux délinquants. Je veux leur dire qu'ils ne seront pas
laissés seuls face à ces difficultés. Le gouvernement leur apportera des
réponses. Dès demain, le Premier ministre présidera une cellule de crise pour
mobiliser les aides les plus rapides possibles et accompagner celles et ceux
qui traversent ces heures si difficiles.
Il faut être lucide. Hier, nos forces de l'ordre, malgré leur
professionnalisme, ont eu à subir une violence inouïe dans de nombreuses villes
à plusieurs reprises. J'ai demandé au gouvernement d'en tirer toutes les leçons
en matière de renseignement et d'anticipation et faire en sorte que cela ne
puisse pas se reproduire. J'attends des réponses claires et toute la
transparence sera faite. C'est ce que j'ai demandé au ministre de l'Intérieur.
Les enquêtes seront conduites avec toute la diligence nécessaire le plus
rapidement possible et la plus grande fermeté a été demandée au procureur par
le garde des Sceaux. Le suivi judiciaire doit être exemplaire. Nos juges
rendent la justice en votre nom et ils savent ce que vous attendez. Chaque fois
que des infractions sont commises, elles doivent donner lieu à des suites
judiciaires appropriées. Ceux qui ont détruit doivent payer. Ceux qui ont pillé
doivent rembourser. Ceux qui ont cherché à faire tomber la République auront à
en répondre.
Il faut aussi regarder lucidement ce qui s'exprime dans le pays. Hier,
plusieurs centaines de milliers de nos compatriotes ont manifesté avec la
volonté de porter des revendications légitimes. Jamais nous ne devons confondre
ces derniers avec ceux qui ont détruit, cassé, pillé. Ces manifestants ont fait
part d'une inquiétude sur le coût de la vie, sur le prix des carburants, qui
trouvent leur source dans le conflit lancé dans le golfe Persique, auquel la
France n'a pas pris part et dont nous subissons les conséquences. Je comprends
parfaitement leur inquiétude. Elle s'exprime d'ailleurs aussi dans plusieurs
autres capitales en Europe. A ce titre, j'ai pris plusieurs initiatives au
niveau international pour garantir notre carburant, notre gaz et agir sur les
marchés de l'énergie. Je poursuivrai ces actions dès demain matin, en allant
dans les pays du Golfe pour sécuriser nos approvisionnements. Le Premier
ministre et le gouvernement ont également pris des décisions en lien avec les
distributeurs de carburant pour que ces efforts se répercutent concrètement sur
les prix. Le gouvernement fait le maximum pour que cette question essentielle
du pouvoir d'achat soit traitée. Je sais que les Français attendent des
résultats concrets et nous continuerons à agir.
Depuis plusieurs semaines aussi, notre jeunesse exprime une angoisse profonde
dans les lycées comme dans les universités. Une inquiétude sur l'avenir, sur
les conditions de vie et d'études, sur la capacité à s'orienter, à se projeter,
à trouver sa place dans la société. L'idée qu'il n'y aurait pas de futur
désirable en quelque sorte. Je comprends nos lycéens et nos étudiants. Ils sont
au cœur de mon engagement politique depuis plus de dix ans. Leur parole doit
être entendue, sans a priori et sans minimiser les difficultés. Le travail est
déjà engagé par le gouvernement. Le ministre de l'Education nationale s’est
mobilisé et a mis en place une plateforme qui a recueilli plus de 100 000
contributions qui s'ajoutent aux réunions tenues au niveau des académies et des
lycées. Cela nous permettra de construire avec notre jeunesse des réponses
adaptées.
Notre responsabilité est donc double. Entendre la colère et agir sur ses causes
et faire respecter fermement l'ordre républicain. Nous ne devons ni confondre
les revendications légitimes avec les violences, ni laisser les violences
empêcher que ces revendications soient entendues. C'est pourquoi je veux ce
soir donner une méthode claire. Premièrement, dans le contexte actuel, les
préfets prendront les décisions en lien avec les maires pour protéger nos
villes, nos bâtiments publics et nos commerces, y compris en allant jusqu'à
interdire quand il le faut certains rassemblements et en prenant toute action
nécessaire. Deuxièmement, j'appelle l'ensemble des partis politiques, des
organisations professionnelles et syndicales à condamner sans ambiguïté toutes
les violences et à appeler au calme. Chacun doit prendre ses responsabilités.
Le pays a besoin d'ordre, d'apaisement et pas d'une escalade. Le Premier
ministre réunira dans les prochains jours ces formations afin d'obtenir des
positions claires et publiques. Troisièmement, Nous ne pouvons pas demander à
notre jeunesse de croire en l'avenir sans lui donner la possibilité de
construire les réponses et d'être autour de la table. Oui, il nous faut nous
asseoir autour de la table et construire ensemble des solutions. Élèves,
étudiants, enseignants, représentants des organisations patronales et
syndicales, collectivités territoriales, parlementaires travailleront dès cette
semaine avec le gouvernement à des propositions concrètes. Le Premier ministre
les réunira dans les prochains jours à cet effet. Je veux être ici très clair,
À l'égard des casseurs et de tous ceux qui se livrent à des violences, nous
serons intraitables. L'écoute et le dialogue ne signifient ni la faiblesse, ni
l'impunité.
Mes chers compatriotes, nous sommes à six mois de notre élection
présidentielle. À six mois. Et donc tous ceux qui aujourd'hui vous expliquent
que l'urgence est d'aller dans la rue, de manifester, de créer le désordre,
n'ont qu'un but. Abîmer la République et voler le débat. Les choix d'avenir que
vous aurez, que nous aurons à faire dans six mois, ils sont essentiels. La
France est une grande force démocratique. Elle mérite ces débats. Ils doivent
se faire dans les réunions publiques. Ils doivent se faire avec les partis, et
non pas dans la rue par la violence. Ils doivent se faire dans les journaux,
sur les plateaux de télévision, dans les rassemblements pacifiques, où l'on
parle et l'on s'explique dans le respect, jamais dans le désordre et dans la
casse. Notre pays mérite une belle élection présidentielle dans six mois. C'est
aussi maintenant qu'elle se joue, par l'esprit de responsabilité. Oui au
dialogue, oui à la réponse concrète de court terme et à la préparation des
décisions futures. Mais non toujours à la violence quelle qu'elle soit. Nous
avons besoin d'unité, de calme et de respect.
Vive la République et vive la France.

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